Enlèvement
de Caroline Boisvert

Elle était couchée dans son lit, se balançant entre le sommeil et l'éveil lorsqu'elle entendit un cri. En fait, ce n'en était peut-être pas un, mais simplement le fait d'avoir perçu un son inconnu la fit frissonner. Elle se redressa vivement dans son lit et prêta l'oreille, espérant entendre une seconde fois ce bruit terrifiant.

Et comme de raison, il y eût un second cri. Un cri de terreur, peut-être de douleur. C'était le cri de sa mère ça elle en était sûre. Un cri haut perché qu'elle avait déjà entendu quand sa mère avait retrouvé une araignée sur le mur de la salle de bain.

Elle se retira des couvertures et se leva, les poils des bras hérissés comme une forêt de cactus. Elle se rendit à sa penderie où elle s'empara d'un bâton de baseball qui traînait au fond. Elle se serra entre ses doigts crispés et avança, tranquillement, prudemment.

Il n'y avait maintenant plus aucun son. La maison était aussi silencieuse qu'elle l'avait été deux minutes plus tôt. Mais elle savait que quelque chose d'anormal se produisait ici.

La mâchoire serrée, les mains tremblotantes et les yeux tentant de s'habituer à la noirceur de la chambre, elle tourna doucement la poignée de la porte. Celle-ci s'ouvrit en un faible grincement qui lui parut s'intensifier de millions de fois à travers les pièces de la sombre maison.

Alors qu'elle pénétra dans le corridor, elle ressentit une profonde vibration sur le plancher. Comme s'il y avait des travaux dans sa demeure.

Elle attendit un instant avant de continuer, effrayée par ce mouvement qu'exerçait le sol. Elle avait l'impression qu'il allait se fissurer sous ses pieds. On aurait juré un tremblement de terre.

Ses pieds se remirent à avancer en direction du salon éclairé. Étrangement éclairé d'ailleurs. Comme si le jour était revenu. Comme si les rayons du soleil venaient passer par la grande fenêtre.

"Mais qu'est-ce que c'est que ça ?"
Inquiète, elle fit un autre pas, puis un autre et un autre. Jusqu'à ce qu'elle arrive au séjour et qu'elle aperçoive ce qu'elle n'aurait jamais dû apercevoir. Entendre ce qu'elle n'aurait jamais du entendre.

Elle laissa tomber le bâton de baseball sur le sol et cela fit accentuer le tremblement du sol. Elle eût peine à se retenir pour crier. Ce qu'elle voyait était si horrible, si atroce que même un être surhumain aurait paniqué.

Devant elle, à quelques mètres à peine, il y avait ses parents, le visage décomposé par la terreur, retenus par deux êtres grisâtres aux yeux de quadruple volume que les siens et aux doigts brillants, comme s'ils étaient huit soleils - car ils n'avaient que huit doigts - brillants dans les cieux.

Elle voulait les aider, mais ses pieds restaient cloués au sol. Sa mère la regarda, la priant des yeux, puis hurla à nouveau. Il y eût un bref éclat lumineux qui aveugla la jeune fille puis, tandis que sa mère criait à nouveau, ils disparurent tous les quatre.

Lorsque ses yeux se rétablirent au faible éclairage, elle courut à la fenêtre. Elle crut apercevoir, ne serait-ce que l'espace d'une fraction de seconde, un vaisseau spatial décoller vers la voie lactée.

Elle dût se rendre à la fatidique évidence : ses parents s'étaient faits enlevés par des extra-terrestres.
Fin

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