L'alchimie des lettres
de Jeanne



Marc,

C'est seulement en t'écrivant cette première lettre que je me rends compte que se sera certainement la dernière.
Notre histoire a commencé vers plus loin pour se diriger vers nul part.
En voyant Jacques et Corinne, j'ai réalisé que nous finirions comme eux, un vieux couple volage. Et c'est pour éviter ceci que je te quitte aujourd'hui.
Je te laisse les souvenirs, moi, je n'en veux pas, je n'ai besoin de rien pour me reconstruire.
Je ne sais qu'une chose : j'y arriverais…
Mais je ne sais pas pourquoi je te dis ça, toi, ce soir tu iras la retrouver et tu te reconstruiras en quelques heures d'amour qui dureront peut être plus.
Parce que tu es comme ça. Et aussi parce que tu l'aimes plus que tu ne m'as jamais aimé.
Je pose un point final à la fin d'une relation qui n'auront jamais commencé avec un homme avec qui je faisais l'amour mais qui n'a jamais vraiment cherché à me comprendre.
Je ne sais pourquoi, les mots dans cette lettre me semblent prendre une toute autre signification que la leur première.
A moins qu'ils ne fassent que dévoiler leurs sens originels.
Je me disais la même chose il y a deux ans quand nous avons parlé pour la première fois. Ou plutôt quand tu m'as écouté parler.
Il faisait beau, il faisait chaud et j'avais pris ce jour là l'étrange éclat du soleil pour un bon présage.
Mais cet éclat s'est terni et notre couple a connu plus d'hivers que d'étés.
Mais s'est ainsi. La vie est dure.
Et moi j'apprends jour après jour à transformer mon cœur en un rocher inexpressif et glacé.

Je ne t'embrasse pas, je n'en ai plus la force et surtout plus l'envie.

Mathilde


Ma chère Mathilde,

As-tu jamais regardé le soleil ? Ne t'es-tu jamais rendu compte que ton cœur était déjà un rocher inexpressif et glacé ?
Ton raisonnement simpliste, naïf et qui semble si pleins de bons sentiments ne m'a même pas atteint. Tu me laisse les souvenirs mais tu veux le reste non ?
Tu n'auras rien.
Il me semble trop simple de me quitter en me pardonnant des actions nées de ton imagination fertile.
Tu me quitte, soit, de toute façon tu sais comme moi que je ne te retiendrais pas ; Mais m'écrire une lettre sous le prétexte fallacieux de me faire culpabiliser, je te le dis franchement, tu te dépasses Mathilde !
Je n'ai certes pas fait vœu de chasteté et les accusations d'adultère me semblent trop nombreuses pour que tu n'y croies pas, mais je vais être franc, tu peux me compter autant d'aventures que toi tu en as eu.
Ne me joues pas une scène d'un de ces Vaudevilles que tu affectionnes si particulièrement, tu sais très bien que je ne l'accepterais pas.

Je n'attends pas ta réponse de même que je ne t'attends pas.

Marc


Marc,

Pour quelqu'un d'aussi lent que toi je dois bien t'avouer que la rapidité de ta réponse m'a surprise !
Puisque ce que je veux je ne l'ai pas par les sentiments, je t'envoie mes avocats qui te diront eux même quelle somme je souhaite pour construire mon avenir et que tu dépenseras pour m'acheter mon silence.
Ne me crois pas de marbre, la détresse et la misère dans lesquelles tu plongeras bientôt m'émeuvent déjà.
Seulement je ne reculerais pas !
N'essaye donc pas de m'impressionner, c'est sans espoir.
Pour tout te dire, ta destruction prochaine me fait jubiler et je jouis déjà de ton malheur.

Je te souhaite selon la formule beaucoup de courage
Mathilde


Ma chère Mathilde,

Tu as tendance à t'oublier.
Quel silence veux-tu donc que je t'achète ?
Ta sœur est morte entendons-nous bien sur ce point mais ce n'est certainement pas moi qui l'ai tuée et ça, tu le sais mieux que moi.
Elle était ma maîtresse nous sommes d'accord mais il me semble ridicule que tu dénonces un crime dans lequel tu es largement impliqué.
J'ai bien vu tes avocats mais comme tu dois déjà le savoir ils ne sont pas rentrés de même que toi tu ne rentreras pas non plus.
Il ne sert à rien de poursuivre cet échange stérile et dénué d'intérêt.

N'espère même pas mon pardon pour ce que tu continue de me faire endurer.

Poliment

Marc


Marc,

Je me fiche pas mal de ton pardon comme je me fiche que tu ne souhaites plus me revoir.
Ce que je veux c'est mon argent.
Tes accusations m'indignent et tu sais comme moi que j'adorais ma sœur et que son souvenir ramène encore des larmes dans mes yeux.
Toi tu la haïssais elle n'a jamais voulu être ta maîtresse et tu l'as poignardée pour ça.
Je le sais et tu ne t'en tireras pas comme ça.
Tu paieras pour mon silence ou tu passeras par la chaise électrique.
Tu as encore le choix, ta vie est entre tes mains…

Mathilde


Mathilde,

Dis-moi, depuis quand sais-tu pleurer ?
Je t'accorde ton amour pour ta sœur mais tu sais également que je l'aimais et que notre couple allait se briser.
Et ça tu ne l'as pas supporté…l'échec est un mot que tu ignore totalement…
Si je me suis c'est parce que je me suis immédiatement senti coupable de ton geste…Si j'avais été plus présent, si je t'en avais parlé avant…
Alors peut être Héloïse serait-elle encore vivante…
Parce que je t'ai vu cette nuit là la tuer dans cette ruelle où nous nous rencontrions si souvent …
Comment l'as-tu sus ?
T'avait-elle donné un rendez-vous ?
Des questions qui m'obsèdent depuis sa mort…
Tu sais comme moi que s'est la vérité et je puisque je doute que ta soif d'argent aille contre une vérité éclatante je te dis adieu, pour toujours à jamais…

Marc


Retour au sommaire