Rêverie sensuelle
à la manière de Marcel
de Jean-Claude Desperrier



Marcel s'endort passé minuit. Il entend dans le lointain les trains rouler sur les ponts, le martèlement de la ferraille ressemble à des percussions, avec l'amplification d'un chuintement accompagné d'intervalles, qui amène venant du manteau des ténèbres vers le tréfonds de sa torpeur une berceuse jazzy.

Les turbines d'un jet chauffent. Le pilote desserre les freins et l'oiseau s'élance dans le ciel. Le chant nocturne des réacteurs est une trompette aérienne qui accompagne la mélodie ferroviaire et il imagine le voyageur pensant aux mystères à découvrir.

En rêvant, Eve naît en déesse de l'amour et danse. Sa fournaise s'immerge à l'intérieur d'elle, et par son ardeur à vouloir s'y développer il s'éveille. Il se souvient des yeux qui ressemblent à des constellations. Passé les cils, il pénètre dans un univers où il est absorbé par leur puissance. Elle télécommande les soubresauts de son être, la régulation de sa température et il s'arrête quand elle a atteint la plénitude.

Le souvenir s'évanouit. Marcel oubli la vénus des songes et s'endort. L'astre sélène flotte parmi les étoiles, et valse avec la terre. L'odeur des substances de la nature le transporte et l'active. Ses neurones en miroirs reçoivent un signal de cette nymphe. Elle émerge assise nue au milieu du flot des draps en soie couleur de lune. Elle chante une mélopée Tibétaine, sa voix monte de son abdomen et rempli l'espace de la nuit. L'ambiance zen équilibre leurs esprits qui vibrent de concert. Une ondulation ressemblant à deux horloges qui se cadencent les relie.


Marcel replonge dans les bras de morphée. Il entend dans son évaporation des tics tacs qui caressent sa pensée et lui rappellent la comtoise de la gentilhommière ainsi que la couche de fougères d' aphrodite. Les paumes des mains vont et viennent sur la peau. Elle peut repérer l' expectase. Elle hume l'odeur et l'absorbe.


L'orient express s'ébranle, la locomotive aux roues remplies de bielles, tire un convoi de wagons-lits où nous sommes les explorateurs. Nous percevons le grondement du tonnerre de Zeus, aux hallucinantes tonalités auditives évoquant les orages dans les vallées de montagnes et ressemblant aux tambours guerriers des tributs africaines. Les roulements sur les rails infinis semblent être du vent qui évoquent Eole rencontrant Neptune. Dans la nuit, les lumières se reflètent sur l'acier et ressemblent à des comètes dans une chambre infrarouge. Les feux de signalisation sont des fleurs aux pétales en luminescences et apparaissent en coquelicots, dont l'un vient de s'ouvrir et se détend de satisfaction en s'épanouissant. Il s'éclot en ressentant la chaleur et la vitesse d'un soleil qui souffle la vie. Les élans corporels dansent sur les notes du métal musical. Le convoi entre dans un tunnel. Il suit le bercement du bateau qui tangue dans les vagues des draperies soyeuses en une peau qui flattent l'épiderme et contemple l'élégance du ballet en flux et reflux des marées lunaires.

Un concert d'orgues retentit dans l'immensité d'une cathédrale, ce vaisseau de pierres qui traversent le temps avec des colonnes hautes et des voûtes peintes d'œuvres d'arts polychromes. Les clefs du gardien du temple tintent en résonances. Une fontaine fredonne des vocalises en A, identique à des gémissements d'amour qui se mirent dans un patio de verdure aux nuances écarlates. La suavité d'un saxophone lance son arc bandé une flèche pour peindre la lumière.

Les cloches sonnent et nous volons vers un nuage stellaire odorant qui dialogue par brillance avec les milliards de galaxies lointaines, pour nous appropriés l'union de notre couple qui sera la reproduction de nous même en l'esprit saint. Marcel reconnaît l'endroit du monde il se trouve, au moment de son émergence en diamant d'eaux des perpétuelles renaissances.

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