Resurrection
de Jean-Claude Desperrier


Au secours ! Y a-t-il quelqu'un ? Pourquoi suis-je si faible ? Je me sens dans un état lointain et ma flamme émerge des abysses par paliers ascendants. J'ai l'impression de sortir d'un lieu inexplicable, était-ce une sorte de rêverie. J'ai froid et une déambulation me berce, comme si j'étais dans le ventre de ma mère, mais quelle est cette secousse ?

Qui parle ?

J'ai dû m'endormir en laissant la radio ou la télévision allumée. J'ai la bouche sèche et la langue pâteuse. Un voile se lève à l'intérieur de mes paupières closes, c'est comme si la nuit déteignait vers des nuances claires. La tête me chauffe, il y a de temps en temps des clochettes qui tintinnabulent et un son plus grave qui revient inexorable en cadence régulière sur la même note vibrante.

Qui parle ?

Je n'arrive pas à mouvoir mon corps sur les côtés. Il y a deux odeurs que je connais, je suis trop faible pour arriver à les définir avec précision. J'ouvre les yeux. Mon Dieu je ne vois rien, je suis aveugle.

Ca y est, je sais, c'est Lorette ma tante qui suit la messe à la télévision comme tous les dimanche matin avec son chapelet, son missel, ses bougies, ses icônes etc.

« Et si j'étais entrain de passer à côté de ma vie ? Ai-je pris le temps d'aimer et de me laisser aimer ? Si je pouvais vivre une seconde vie, je réussirai tout, en profitant de l'expérience de la première fois. »

Mon regard fixe le néant sombre du vide sans relief. La peur me gagne, mon cœur s'accélère, la gorge me serre, j'étouffe, mes tempes vont exploser, je veux crier et je n'en ai pas la force. Je me concentre, je dois effectuer la respiration complète du yoga en trois temps. Un, inspirer en gonflant le ventre, deux, écarté les côtes, trois, soulever les clavicules. Bloquer et laisser filer l'air par le bout des lèvres.

« Imaginons un moment que vous puissiez avoir une deuxième chance. Pourriez-vous mieux contrôler les événements. »

Lorette elle m'exaspère avec sa télé. J'ouvre les yeux, j'aiguise ma vue. Je distingue des étoiles d'ors dans un ciel bleu. Je ferme les yeux, je dois rêver en couleur. Je peux bouger vers le haut, je remonte mes genoux en pliant les jambes.

« Il n'y a jamais deux fois le même programme, les mêmes relations. On ne redouble pas sa vie. »

Jetends mes jambes et m'assois. Jesens du bois à l'intérieur de mes paumes, je dois être dans une pirogue étroite. Où suis-je, que fais-je à l'intérieur de ce vaste vaisseau de pierre qui traverse le temps ?

« La résurrection n'est pas une réincarnation. Au-delà de la mort la vie continue. »

La frayeur m'envahit. Je sors de l'embarcation qui flotte dans l'air, je marche sur des dalles séculières accompagnées par le requiem de Mozart et je traverse un nuage de fumée blanchâtre à la senteur d'encens.

« Il n'est donc nul besoin de recommencer pour réussir, il suffit d'aimer »

Que font les gens du village et des hameaux alentour à me regarder comme un revenant. Il y en a qui hurlent, certain s'évanouissent et la plupart font le signe de croix comme pris de stupeur ou d'effroi, d'autres partent en courant.

Mais, que fais-je là et pour qui sonne le glas ?




Retour au sommaire