Merci "La Poste"
de Jean-Claude Touray



« Aux guichets de la poste il y a toujours des queues pas possibles. Je perds un temps fou à attendre chaque fois que j’envoie un dossier pour un concours de nouvelles ».
« C’est bien vrai mais pour l’usager capable d’un peu d’initiative, il y a des machines à affranchir. Elles ne sont pas submergées par la clientèle… »
« Mais bonjour le fonctionnement. Au bureau de Saint-Malbèze, ce matin, la machine refusait de rendre la monnaie : il fallait faire exactement l’appoint avec des pièces jaunes et rouges pour acheter la vignette d’affranchissement correspondant au poids du courrier. La machine était d’une honnêteté stupide. Si l’on payait, par pièces successives glissées dans la fente, un seul centime de trop, l’appareil criait « halte au feu, je ne joue plus » et rendait toutes les pièces déjà introduites dans un cliquetis de jackpot. Pas question pour l’engin d’être accusé de vouloir escroquer le client en ne lui rendant pas sa monnaie. Et si le client avait envie, pour arrondir les angles, de laisser cette monnaie comme pourliche ? Eh bien, il devait rester sur son envie ».
« Une bonne et une mauvaise nouvelles. Je commence par la bonne : on peut utiliser sa carte de crédit. La mauvaise maintenant : mais seulement au dessus de cinq euros).
« Alors comment je fais moi avec cette machine à affranchir pour payer 77 centimes et timbrer mon enveloppe ? Merci « La Poste ».
« C’est vrai qu’il faut parfois être un peu débrouillard. L’autre jour j’ai acheté pour le prix modique de 10 cents la pièce de 5 centimes qui me manquait pour faire le compte exact à un usager qui attendait son tour. Je lui ai dit que c’était une opération à double bénéfice. Pour lui une rentrée d’argent inattendue et pour moi 25 minutes de gagnées à ne pas faire la queue à un guichet. Et cela pour un centime les 5 minutes, un coût très inférieur à celui d’une communication de même durée au meilleur tarif de France-Telephone.
Je m’étais proposé d’écrire une protestation virulente au Président de « La Poste », avec copie au ministre de tutelle et à l’Elysée. Mais quand je suis revenu deux jours après, pour poster le dossier du concours de recettes littéraires de l’hebdo « Tripes à la mode de quand », la machine a eu un frisson en me voyant. Et elle s’est mise aussitôt à rendre la monnaie. Alors maintenant, c’est moi qui ai l’air malin : qu’est-ce-que je vais bien pouvoir faire de mon texte…

Jean-Claude Touray

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