La "Bizness Success Story" de Job
de Jean-Claude Touray



Job prit un tesson pour se gratter et il s'installa parmi les cendres (Jb-2,8)
On a souvent glosé sur le tas de fumier du père Job. Erreur historique: Job ignorait les biotechnologies ; il ne produisait ni fumier ni purin ni compost, il incinérait directement les ordures ménagères.
Il n'avait pas commencé dans la vie par l'exercice de cet art. Adolescent, il s'était lancé avec succès dans l'élevage extensif (7000 brebis, 3000 chameaux, 500 paires de bœufs, 500 ânesses mais pas de chèvres). Et avec l’aide de Yahvé il vendait très bien sa production de viande et de lait.
Malheureusement, suite à une baisse des quotas et surtout à cause d'un malencontreux quiproquo entre le Diable et le Bon Dieu, Job fut conduit à un complet changement d'activité professionnelle: il prit un tesson pour se gratter et il s'installa parmi les cendres nous dit la Bible. Plus prosaïquement, il se reconvertit dans le traitement des déchets par incinération. Au début, sans imaginer son rôle de précurseur et sa fortune future, il se lamentait:
" Et maintenant je suis la risée
De gens qui sont plus jeunes que moi,
Et dont les pères étaient trop vils à mes yeux
Pour les mêler aux chiens de mon troupeau....
Saisis d'horreur ils se tiennent à distance,
Devant moi ils crachent sans retenue. "
Au début, chacun lui disait en araméen, en palestinien, en hittite ou en yiddish, en cunéiforme, pour les sourds et muets, ou même en anglais pour les plus instruits:
" Souffle Job, souffle à ton aise,
Souffle sur ce feu d'ordures.
C'est ton petit job. Pour fair’ de la braise,
Accepteras-tu quelques épluchures ".
Des débuts vraiment difficiles et remplis de lamentations:
" Tel l'esclave soupirant après l'ombre
ou l'ouvrier tendu vers son salaire
J'ai en partage des mois de déception
A mon compte de nuits de souffrance ".
Et en plus, Job n'était pas très content à cause des normes environnementales sur les émissions de particules qui devenaient de plus en plus drastiques; sans parler des dioxines et autres composés fumeux. Mais on n'arrête pas la libre entreprise et les profits en boule de neige qui grossit en roulant et ne fond pas au soleil de l'économie libérale. Job développa considérablement ses affaires et il s'enrichit. Il était positionné sur un excellent créneau : le marché était en pleine croissance ; il avait une vraie rente de situation qu’il conserva jusqu'à l'arrivée de la concurrence: les établissements Satan, qui brûlaient les damnés avec récupération d'énergie. Infernal. Heureusement, une multinationale qui faisait déjà dans l'outre d'eau claire et le bon bol d'air, sans compter ses intérêts dans la gestion de caravansérails et la téléphonie mobile, racheta un bon prix Job S.A. Il était clair que Yahvé avait de gros paquets d’actions de cette société, ce qui était plutôt bon signe. L'O.P.A n'était pas hostile: toutes affaires faites, Job put acheter 14000 brebis, 6000 chameaux, 1000 paires de boeufs, 1000 ânesses et même quelques chèvres. Il eut sept fils, dont les noms m’échappent, et trois filles. La première il la nomma " Tourterelle ", la seconde " Cinnamome " et la troisième " Corne à fard ". Dans tout le pays, on ne trouvait pas de femmes aussi belles que les filles de Job.
Je l'ai toujours pensé: même aux époques les plus reculées, il y avait de l'or à faire dans les ordures.

Jean-Claude Touray

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