Le doryphore qui mangeait des spaghettis
de Jean-Claude Touray



Regardez le charmant bambin, le joli petit insecte… c’est Fédor le doryphore. Il vient de faire sa dernière mue sous le regard de la nouvelle lune. Voyez comme sa maman est heureuse d’avoir un si bel enfant. Il est en forme de demi-boule à six pattes et il a de très belles dents. Il ressemble à une coccinelle qui aurait, au lieu de points noirs sur fond rouge, des bandes noires et jaunes en décoration.

Le papa, la maman, les frères et les sœurs de Fédor sont des « ravageurs des cultures ». Les paysans les détestent. Ils habitent dans un champ de pommes de terre dont ils broutent les feuilles à tous les repas.
« Et sans feuilles, adieu les patates» dit Cador le frère aîné. C’est pour cela que les gens nous détestent. Mais ça nous est bien égal on n’aime pas les patates qui poussent dans la terre. Seulement les feuilles.
«Patate toi-même » lui lance Lindor son cadet
« Sois poli ! »
« Va donc Eh…patate pourrie qui pue ».
« Les garçons ça suffit » ! Maman fait la grosse voix. « Dépêchez-vous de brouter votre goûter et cessez de vous disputer ». Mais Fédor l’inquiète : il n’a encore rien mangé car il n’aime pas les feuilles de pomme de terre… « Je vais lui préparer une bonne purée mousseline »…« Avale mon bébé…Une cuillerée pour papa et maman… ». Mais Fédor n’aime pas la purée non plus.

La fée Bonnefrite qui passait par là avec sa robe couleur de soleil a pitié de ce malheureux dory-garçon qui ne mange rien et ne pourra pas grandir. « Tu veux devenir fort comme un doryphore ? Et tu n’aimes pas les patates ! Alors à la place tu mangeras ABRACADABRA des spaghettis ABRACADABRI» dit-elle en jetant des poussières d’étoiles et en donnant un bon coup de baguette magique sur le dos de Fédor. Miracle ! Il se met aussitôt à dévorer les nouilles par paquets, toutes crues, sans fromage ni sauce tomate. Il mange, il va pouvoir grandir, les parents sont rassurés.

Fédor pour se nourrir ne ravagera jamais les cultures de pommes de terre et il sera l’ami des paysans. Mais il faut bien s’alimenter et, comme il a bon appétit, il deviendra « ravageur des supérettes » au rayon des spaghettis .

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