Don Juan le DJ
de Jean-Claude Desperrier



Henri le voleur :
Il y a grève de la RATP.
La station Montparnasse Bienvenue est fermée comme toutes les autres stations. Je m'appelle Henri.

Chimène :
J'ai rendez-vous à minuit.
Près de cette bouche de métro qui est en face le cinéma Pathé et l'Hippopotamus.

Henri le voleur :
Votre ami risque de ne pas venir.
Vous allez vous ennuyer.
Tenez voila un lecteur CD portable avec radio FM.
Il y a un disque de MC Solard, écoutez la qualité du son.

Chimène :
Je ne veux pas vous démunir.

Henri le voleur :
Ooooh j'en ai plein.

Il lui place l'objet dans les mains.

Chimène :
Votre odeur de parfum est entêtante.

(Bruit assourdissant de moto)

Celui-là il ne risque pas d'être en retard au régime où il pousse les vitesses.

Henri le voleur :
Venez, vous voyez là-bas la BMW cabriolet.
C'est ma voiture.
Je vous emmène au bar latino à Bastille.

Chimène :
Voilà mon DJ qui arrive en Yamaha R1.
Houhou DJ.
Je suis là.

Don Juan :
Dialogue intérieur
Qui est avec Chimène ?
Je n'entends pas ce qu'ils se disent à cause du bruit de la circulation.
Je dois lui déclarer mon Amour et si elle m'aime, elle doit me le dire ici.

Bonjour Chimène.
(Ils s'embrassent sur les joues)
Tes cheveux sentent la fougère fraîche.
Excuse-moi il est minuit trente.
La grève des transports m'a pris de court.
Je suis allé emprunter la moto de mon cousin.

Il tend les fleurs à Chimène avec un sourire de bonheur.

Chimène :
Elles sentent bons tes fleurs DJ.
Elles me rappellent quand j'étais enfant.
Je jouais dans le jardin de mon grand-père au milieu de senteurs multiples. Toute l'année il y avait des fleurs.
J'aime toucher leurs pétales soyeux.

Don Juan :
Qui est ce ?

Chimène :
Henri m'a protégé des dangers de la nuit.

Henri le voleur :
Il existe des minis CD, où tu pourras récupérer de la musique sur internet.

Chimène :
Je ne possède pas d'ordinateur, je ne surf pas sur le web.

Henri le voleur :
Je t'en file un, un HP.

Chimène :
Quel homme prodigieux.
Et toi DJ combien de femmes sont tombées dans tes bras.

Don Juan :
Je n'aime que toi, tu es mon seul amour.
Je pense à toi jour et nuit.
Quand je regarde la lune c'est ton visage que je contemple.

Chimène :
Je suis sur que tu fréquentes d'autres femmes. Tu es un homme à femme.

Don Juan :
Qui peut te mettre ces idées en têtes ?

Chimène :
Que va penser ma famille si je fréquente un motard tel que toi, qui roule comme un fou.

Don Juan :
Mon amour est sincère.
Quand je me suis aperçu que le métro était en grève et que je serai en retard, j'ai couru sans m'arrêter pendant quinze kilomètres jusqu'à chez mon cousin, pour lui emprunter son bolide.

Henri le voleur :
Tiens voilà un téléphone portable, je te le donne.
Il est à carte. Tu peux te fournir chez les buralistes ou chez France télécom.

Don Juan :
Il te passe cet objet comme s'il payait une fille de joie.
Ce bouquet de fleurs est le messager de l'amour que je te porte.
Quand tu seras chez toi, tu t'apercevras des vibrations positives qui émanent de ses couleurs et tu comprendras combien je t'aime.

Chimène :
En dialogue intérieur.

Je suis troublé, je le sens, lequel est-ce.
Pour qui mon cœur bat si fort.
Celui dont la voix me transporte dans des nuages de cotons et m'enveloppe de ses attentions délicates.
La tête me tourne, j'en ai le vertige.

Henri le voleur :
Viens allons danser.

Don Juan :
Je t'aime Chimène.

Henri le voleur :
Toi aussi t'as repéré que c'est une bonne gagneuse.
Je me la garde pour la mettre aux asperges.

Chimène :
Je gagne peu, j'ai une paye, je subsiste.
Je n'aime pas les légumes qui poussent dans le sable.

Henri le voleur :
Ecoute ma petite puce.

Chimène :
Un, je ne t'écoute plus.
Deux, je ne suis pas à toi.
Trois, je ne suis pas petite.
Quatre, je ne suis pas une puce, qu'elle soit insecte ou électronique.
Et pour finir il va pleuvoir, va bâcher ton cabriolet, sinon tu vas être aspergé par l'orage. La pluie va déteindre ton dos vert, maquereau de malheur.

Elle jette les présents de Henri dans le cabriolet.

Henri le voleur :
Hééééé que fais tu ?

Chimène :
Ne parle pas si fort tu me fais mal aux oreilles. Excuse moi, j'ai pris ta voiture pour une poubelle.
Viens DJ allons nous en plus loin.

Chimène :
Embrasse moi. Montre moi comment tu m'aimes mon amour.
J'ai pensé à toi toute la nuit, si tu savais comment tu m'as manqué.
Je t'aime. Ton baiser a le goût de l'amour.

Don Juan :
Ta peau est douce.
C'est le plus jour de ma vie !


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