Le Maître du lac
de Jean de la Frinangry



-Encore un!
Baptiste batailla un moment avec le brochet. Celui ci à l'autre bout de la ligne, bien férré par ce piège très ancien mais toujours aussi efficace qu'est l'hameçon, n'avait pas du tout envie de se faire prendre aujourd'hui. Pourtant, il avait mangé l'appat et c'était fait avoir comme tant d'autres avant lui. Baptiste faisait travailler son moulinet d'une main experte; le poisson ne lui résisterait pas longtemps... Finalement, au bout de quelque minutes d'une lutte acharnée, il parvint à sortir de l'eau le sauvageon.
-Et voilà!... Joli, celui la!
L'attrapant, il le tint fermement en le coinçant entre ses genoux. De sa main libre, il maneuvra habilement le degorgeoir et libera le brochet de l'hameçon. Ceci fait, baptiste tira son petit filet de l'eau et plaça le brochet aux côtés de cinq autres confrères de bonne taille.
-C'est le sixième en trois heures! Allez, je retente encore une fois ma chance et je rentre...
Il accrocha un nouvel appat et le piège fut de nouveau prêt à tirer un autre gourmant des eaux du vieux lac.
Bien sur, l'un de ceux qu'il avait déjà pêché lui suffirait largement pour le prochain repas, mais il c'était fixé un objectif : pêcher le plus gros des brochets du lac. Car il y en avait un, de plus gros. Celui qu'un jour avait décrit un vieux pêcheur de coin. «gros comme ça, qui doit être! C'est point des conneries!» Baptiste le revit écarter les bras éxagerement «sur plus d'un mètre! vindious, vous auriez vu c'te nageoire!»... Bien sur, les vieux pêcheurs exagèrent toujours, le samedi soir au bistrot du coin . Surtout quand ils ont quatre ou cinq verres dans le nez... Il n'empêche qu'il devait quand même y avoir un beau brochet qui nageait quelque part dans le lac. Celui que Baptiste devait pêcher... Il avait tout mis en oeuvre pour cela : il c'était installé là ou le vieux avait aperçut cette nageoire. Il avait pris son fil le plus résistant et sa meilleure canne...
Il se rassit à côté de ses dernères proies et surveilla son bouchon...
Alors qu'il s'aprêtait à tout remballer pour rentrer, le bouchon s'enfonça soudain et le fil se tendis. Il saisit la canne et se prepara à refaire les habituels mouvements qui donnent son charme à la pêche, qu'il connaissait par coeur...
Une fois la bête ferrée, Baptiste put sentir sa puissance à l'autre bout du fil. Il devait être enorme! C'était sûrement lui! Enfin!
Le brochet tira si fort que le pêcheur faillit se retrouver à l'eau. Il se recula donc, mettant la plus grande distance possible entre lui et l'eau...
Il dut user de tout son art mais ne parvint pas à le ramener... Il eu juste le temps d'actionner le frein de son moulinet : le poisson, avec une force or du commun, tenta une nouvelle fois de se sauver. Baptiste en tomba à plat ventre mais ne lacha pas.
-On va voir qui c'est le plus fort!
Comme si la bête avait compris la provocation, elle tira de plus belle ; Baptiste fut traîné inexorablement vers l'eau. Mias il refusait de lacher prise, son honneurde pêcheur le lui interdisait.
Soudain, le brochet, d'un coup sec, força sur le fil comme jamais et Baptiste se retrouva à l'eau.
Alors que le poisson l'entrainait au milieu du lac, son pied se prit dans son filet, liberant ainsi les autres brochets qui se dispersèrent.
L'eau était claire et Baptiste pouvait voir à travers. Alors que la bête l'entrainait au fond, il se résolut enfin à lacher la canne et remonta lentement vers la surface. C'est alors qu'il le vit.
La bête était bien plus grande qu'il eut put l'imaginer, elle faisait peut être deux mètre de long et ses yeux brillaient d'une intelligence bestial. Sa gueule hérrissée de dent toutes plus tranchantes les unes que les autres ne fit qu'une bouché de la solide canne à pêche. Aperçevant le pêcheur, elle lui fonça dessus toutes dents dehors. Il ne pouvait rien faire pour l'éviter.
Mais le monstre ne le croqua pas. Il s'arrêta juste à temps et fit claquer ses machoires sous le nez du pêcheur.
Il n'avait pas l'intention de le manger. C'était un avertissement... Le brochet fit demi tour et disparut dans les eaux sombres des profondeurs du lac. Il lança juste un regard, une dernière menace, un dernier avertissement à qui viendrait troubler les eaux du grand, du terrible brochet, le maître du lac.

Jean de la Frinangry


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