EFFROI Production
PRESENTE


Les monstres attaquent à Nice
Un récit de science fiction par Jacques Olivier Bosco

Texte déposé




LE REGNE DES IMPURS

I /LE SANG DES PURS

Quand Tcheck était revenu de « là bas » il n'eut pas de mal à récupérer un permis de vivre réactualisé. Il commença par se rendre dans une clinique privée qui comprit rapidement sa chance d'avoir été ainsi sélectionnée. Il put choisir son numéro de matricule ainsi qu'un appartement et un coupé flottant, s'ensuivit la batterie de tests et les différents implants obligatoires pour pouvoir le « pister » mais aussi surveiller à distance ses consommations et ses activités ainsi que leur compatibilités avec son statut de Pur. Le plus ardu fut de négocier les émoluments, Tcheck avait été absent plus de deux années et les fluctuations économiques étaient tellement violentes qu'il lui était impossible de se faire une idée de son futur niveau de sur-vie. Néanmoins on lui fit comprendre que des gens de sa qualité, pur à plus de 98%, il y en avait de moins en moins, d'ailleurs les dirigeants étaient en train de préparer des lois limitants les droits au transferts sanguin total de purs vers des impurs possédant les moyens de se payer de tels luxes, cela affectait à la préservation d'un vivier d'items pouvant permettre de trouver les anti-viraux nécessaires à la sauvegarde de l'humanité (tout du moins de ses élites).
A cette époque les humains se divisaient en deux catégories qui annihilaient, du coup, tout sentiment de race, de nation ou de sexe mais bien évidemment en aucun cas celui de l'argent, il y avait les purs et les autres. Une question de naissance. Certains êtres après les guerres bacterio-chimiques des cent dernières années avaient ressentis des modifications génétiques qui, suites à l'injections de drogues ou par le mélange de virus créés à la base pour tuer, leur fournissait miraculeusement une protection quasi-divine contre toutes infections ou transmission de maladie quelqu'elles soient. Ainsi en possession d'un sang pratiquement pur mais surtout bourré d'antiviraux et pouvant fabriquer sous la menace ses propres vaccins, ces personnes considérées comme intouchables étaient extrêmement convoitées tant par les riches que par des dirigeants encore soucieux du sort des générations à venir. Le pur était pris en charge et salarié par des labos ou par la région en échange de quoi son corps était régulièrement soumis à diverses expérimentations. Quant aux autres, les impurs, ils étaient pratiquement tous en possession de cellules cancéreuses, de virus dormant tel le sida, le srass ou la grippe tri-aviaire, infection à l'amiante, aux radiations ou reste génétique des guerres, ceux là étaient travailleurs, constamment sous surveillance médicale prêts à être envoyés dans des pays ghetto tels que l'Afriquasouth ou l'Angleterre devenus des zones de quarantaines centenaires suites à des contaminations passées.
Puis il y avait les riches, l'argent tenait lieu de vecteur politique pour les nations, un dirigeant en faillite était remplacé par un autre en état de bénéfice, des classement des richesses permettaient de distribuer les fonctions, président de région, ministre ou simple maire, chacun d'eux avaient ensuite la responsabilité du maintien économique du territoire qu'il détenait. Une partie des revenus lui revenait, tant que cela fonctionnait…

Après une guerre bactériologique contre la Corée puis deux « nucléaires contrôlées » cette fois ci contre l'Iran et l'Ukraine, les pays du G8 avaient fait main mise sur les états du golf et détruit la moitié de l'Indonésie à coup de virus afin de profiter directement des ressources pétrolières restantes. Les maladies, les radiations avaient fait des ravages, la population mondiale avait chuté à moins 60% et les durées de vies du commun allaient de 15 à 45 ans grand maximum. On avait laissé tomber les cycles scolaires et tout le reste (démocratie, justice…). Si tes parents étaient riches, tu étais majeur à 10 ans et tu occupais rapidement des fonctions dans la finance. Seuls les purs et les riches étaient considérés, les riches aidaient les purs à sur-vivre et les purs aidaient les riches à survivre…

Tcheck mordit le trottoir de sa vieille basket, Sophia Antipolis IV n'avait guère changé. Les bolides flottants sifflaient sur le boulevard tandis qu'un tram pendulaire se balançait sur son bus-stop juste en face de la clinique. Et les passants filaient, quelques uns sans masques, beaucoup traînant leur chariot anti-G chargé d'eau salle du Var qu'ils purifieraient chez eux, pour ceux qui en avaient les moyens. Les miséreux, les terriens, les restes humains de notre société se reconnaissaient facilement, ils rampaient sur le sol, là ou les radiations se concentraient, les autres, les vernis, flottaient dans leur bolide immunisé.
Là bas, sur un mur d'une autre clinique, Lenval 112, traînait un vieux graphe du temps des conflits civils de 629; « Un jour les terriens prendront la terre! » Le rêve d'une génération de jeunes, tous internés aux alentours de Cape Town à présent. Tcheck en avait fait partie, avant d'être engager de force dans les guerres pour les capitaux, c'était ça ou la prison. A l'époque on ne savait pas encore ce que c'était que d'être Pur.
Mais ça, c'était bien avant qu'il ne se retrouve piégé « là bas ».

Tcheck revenait de loin, et il le savait, il s'empressa de connecter son coupé flottant et imprima l'acte de propriété de sa fille. Il avait pris soin, grâce à ses avantages en tant que pur, de faire tatouer un code barre de propriété dans l'œil droit de sa fille, ça lui avait coûté une fortune de vouloir la reconnaître et la garder. A présent grâce aux géodes de son bolide il avait repéré sa position, elle se trouvait à Saintrop city, rien de moins, dans un palais d'enfants purs.

Son cœur ne put s'empêcher de l'étouffer, la gorge pleine de sanglots il la prit dans ses bras. Elle avait à peine changé, son corps frêle tremblait d'émotion comme prêt à se briser. 8 ans, des blés d'or flottant au dessus de ses grands yeux bleu foncés et mouvant tel les tourments de l'océan, débordant de larmes, eux aussi. Leur amour mutuel dépassait tout ce que l'imagination peut invoquer en force, en rage et en espérance. C'était grâce à lui que Mordeck avait réussi à fuir l'enfer, et Maya, sa fille, savait qu'il reviendrait la chercher;
Ils s'installèrent dans une jolie villa accrochée à un building 3 miles du coté de la méga pole de Grasse, non loin de son International Airport. Tcheck avait pour projet secret de se barrer un jour ou l'autre du coté des Maldives, la zone était infestée d'un virus particulier que seul les purs supportaient. Là bas les gens fumaient de la Marie Jeanne et buvaient du Rhum Arrangée, il n'y avait pas de lois pour les purs, normal il n'y avait qu'eux et leur république, baptisée Administration Bob Marley en hommage à une ancienne divinité du Haut Civilisé.
Tcheck s'équipa en vivres et en armes de toutes sortes, bien décidé à enfin vivre tranquille avec sa fille…



II/ POLAR MASSENA


Il s'appelait Polar Masséna, pas très grand, très gras, les cheveux en brosse et le visage rondouillard barré de lunettes pour myope. C'était lui le milliardaire, le maire, le préfet, le ponte de la région PM (Provence et Mer). Sa base, son palais, c'était Monaco ; la quatrième place boursière du monde. Il pouvait se vanter de diriger une des plus intéressante agora de la planète au niveau du ratio capital bénéfice, s'il n'y avait eu ce problème avec Nice, à présent plus ou moins sous contrôle. Impur et à moitié stérile, à 28 ans on lui programmait encore 15 années de survie, plus qu'honorable en ces temps difficiles. Alors, comme tout à chacun en recherche d'amour ou tout du moins d'affection, il avait conçu une fille en insémination avec l'aide de quelques purs mais aussi de ses fabuleux labos Pétropharmachimiques qui avaient fait la fortune de sa famille.
Sa princesse, sa beauté, son trésor de 10 ans était pure à 78%. Il l'avait nommé Claire en hommage à la première femme qui obtint un prix Nobel de littérature uniquement grâce à des lobby et à des relations puissantes, faisant sauter ainsi un des derniers bastion de l'incorruptible au Moyen Civilisé. La culture. Car il était plus qu'avéré que ses ouvrages étaient de la plus haute médiocrité. Ainsi s'ouvrit la porte du Bas Civilisé ou tout à chacun pour peu qu'il soit fortuné pouvait devenir ce que bon lui semblerait. Chose qui aujourd'hui en cette époque d'état capitalisé pourrait paraître plus qu'anodin, mais avant que la notion de talent artistique ne disparaisse complètement il y eu l'intervention de cette Claire Lagendre et pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'arrivisme décadent, elle compte comme précurseur.
Et Polar avait de grandes ambitions pour sa fille. Déjà inscrite aux conseils d'administration d'une demi douzaine de holdings elle devait bientôt intégrer le ministère des morts en tant que conseillère titulaire honorifique, en attendant mieux. Par exemple un poste important dans le conseil d'état de la France Nucléaire (C'était le nom actuel de la France, comme il y avait les Comptoirs Hollandais, La Police du Monde - Ex USA- l'Internationale Ibérique - qui comprenait la moitié de l'Afrique du Nord, quand aux anciens Royaumes Unis ils avaient racheté, après plusieurs OPA agressives argumentées par des bombardements chimiques, le Danemark et la Norvège et s'appelaient à présent la Royale Cold Victoria Compagnie, surnommée la DCC ; Death Cold Company. De plus leurs anciennes îles (contaminées) servaient aux autres états pour se débarrasser de leurs vieux ou de leurs impurs improductifs, un nouveau marché à forte valeur ajoutée…
Oui mais voila, un groupe d'anarchistes dont Polar avait fait lobotomiser une partie de la direction lorsqu'il dirigeait la Police de la Violence, avait kidnappé sa petite chérie. Après lui avoir incisé la nuque afin de lui retirer puces radioactives et émetteurs intégrés, ils l'avaient emmené dans les grottes des Hautes Alpes qui après plusieurs attaques Atomiques venant des Balkans, recelaient de radiations empêchant toutes recherches électroniques. De plus la présence de têtes nucléaires endormies interdisait bombardements et balayages électriques paralysant. Polar avait eut beau envoyer ses meilleurs robots renifleurs, ses troupes d'élites, ses chiens drogués à la Tragicoîne, rien n'y fit.
Ces salopards restaient introuvables!
Le pire c'est qu'il était prêt à payer mais les autres ne demandaient pas d'argent, ils lui demandaient simplement de balancer sur les satellites la liste des personnes impliquées dans un scandale financier étouffé qui avait causé la mort de milliers de personnes lorsqu'une tour 6 miles s'était écroulée en 634. Polar savait ce que signifierait une telle dénonciation, d'abords sa propre mort, ses amis étaient très puissant, mais surtout, et c'est-ce que voulaient les terroristes, un risque de nouvel guerre civil entre les terriens et les flottants, il ne fallait pas oublier que ces saletés de terriens composaient 90% de l'armée non robotiques. Et surtout qu'ils passaient le plus clair de leur temps à boire ce qui s'écoulaient de leurs transmetteurs vidéo, à moitiés drogués par les ondes téléguidés (Inventées par TF1 il y a bien longtemps, juste avant que la chaîne ne prenne le pouvoir en France), si une telle nouvelle leur rentrait dans les neurones c'étaient la prise de Crack modifié pour tous et les massacres dans la cité assurés.

C'était la fin de tout, malgré son cynisme Polar était fou amoureux de sa fille, il savait que la sensiblerie crétine des Anarchistes la protégeait de violence mais il voulait à tout prix la retrouver, il l'avait conçu pour qu'elle partage ses quinze dernières années, merde, sans compter le fric que ça lui avait coûté. Il devenait fou, fou de rage et fou de désespoir il était prêt à tout et à n'importe quoi. Jusqu'à cette fameuse nuit…



III/ NICE VILLE MAGNETIQUE


Tcheck émit un sourire incrédule en allumant la radio, on passait un vieil air de Raphaël, un chansonnier du 21 ém qu'il adorait. Il se dépêcha de préparer le plateau pour Maya, les toasts venaient de bondir du grille-pain et le café fumait bon, le jus d'orange, à peine décongelé, était glacé.
« C'est bon aujourd'hui de se trouver sur la même terre que toi… »
Il poussa la porte de la chambre en chantonnant, le plateau s'explosa sur le parquet, le lit était vide. Sur l'oreiller, un mot : « Si tu veux revoir ta fille, rends toi à la Tour Polar, 128 ém étage, demande le Boss. »

Mordeck avait été obligé de laisser son bolide au 100 ém étage de la Tour, à quelques centaines de mètres au dessus du brouillard de chaleur polluée recouvrant le reste de la cité. Une troupe de miliciens en armure téflon l'avait escorté dans un des véhicules anti-g bourré d'armes qui gravitaient en force autour de la place économique la plus importante du pays. La Tour Polar, excroissance monstrueuse montant vers les cieux plantée en plein sur l'ancienne ville de Monaco, abritait le gouvernement de la Provence Mer ainsi que de la Lombardie et de la Province Romaine, rachetée par la France Nucléaire une dizaine d'année plus tôt.
Mordeck tournait comme un lion en cage, essayant d'imaginer ce qui allait lui tomber sur le coin de la gueule. Polar ramena son poids dans le bureau ou on l'avait introduit, Tcheck se retint de lui assener un coup de boule, d'autant que deux brutes, apparemment bien au fait de leur rôle, accompagnaient le boss. Le plus vilain des gorilles s'approcha de l'invité pour une ultime fouille. Voyant l'effet que ça lui faisait Polar intervint, magnanime ;
- Laisse, Frédor, de toute façon on n'est pas ici pour s'entretuer.
Mordeck mata le deuxième homme, il se déplaçait lentement pour se mettre derrière lui, la moitié du visage recouvert d'une plaque de métal, pas de nez, sûrement perdu en dormant pensa Tcheck, se remémorant une nouvelle de Gogol qu'il avait lu à Maya la veille.
Il lâcha;
-Espèce d'enfoiré ! Qu'est ce que vous avez fait de ma fille ?
-Ne vous énervez pas comme ça Tcheck, nous sommes là pour affaire, laissez moi vous offrir un rafraîchissement, j'ai de l'eau du Pérou…
Polar ne proposa ni cigarette d'oxygène, ni bière électrique, il savait que les purs n'en avaient pas le droit.
-Elle est glacée…
L'hôte accepta, personne n'était assez dingue, en ces temps de canicule polluée, pour refuser une vraie canette d'eau naturelle. Polar se servit une bière, la décharge rafraîchissante lui parcourut le corps, le détendant aussitôt par connexion interposée, il s'affala derrière son bureau en désignant un fauteuil à son invité.
Il faisait mine d'être souriant, mais on aurait put découper du bœuf en carpaccio en le laissant passer entre ses dents.
Le boss attaqua ;
-Nous avons un point commun tout les deux. Nous avons chacun une fille, que nous chérissons particulièrement, et qui ont… disparues.
Tcheck bondit de son fauteuil mais le gorille s'interposa ;
-Salaud, c'est vous qui la détenez, allez-y, droit au but, qu'est ce que vous voulez ? Allez !
Mordek pensait que cette pourriture voulait lui soutirer un organe ou peut-être même une période de son sang (c'est-à-dire un prélèvement de 80% de son fluide, ce qui poussait le pur aux soins intensifs pendant deux ans, immobilisé sous perfusion de sang animal -le rat était ce qui se rapprochait le mieux- une vraie loque qui mourrait de faiblesse trois fois sur quatre, quand à l'impur qui en bénéficiait il pouvait se permettre un rallongement de vie de 2 ans minimum, avec une pèche d'enfer). Mais il ne s'agissait pas de cela, loin de là.
-D'accord Mordeck, il y a moyen de négocier. Je vais vous demander un service et vous pourrez récupérer votre fille, et moi la mienne.
Polar lui expliqua brièvement ses déboires avec ces enfoirés d'anarchos, Tcheck se crispa, se pourrait-il qu'ils détiennent aussi Maya ?
-Non, c'est mon groupe qui la détient, répondit le Boss comme s'il avait lu dans ses pensées. Alors écoutez moi attentivement…
Il leva sa grosse masse et s'alluma une cigarette d'oxygène, ce qui lui fit instantanément rougir les yeux, l'oxygène lui brouilla les neurones pendant quelques secondes, ça le calmait, le rendant presque humain.
Polar se planta devant la large baie vitrée donnant sur l'ouest et soupira, Tcheck suivit son regard à travers la vitre, et frémit. Au loin, on voyait briller le bouclier magnétique recouvrant cette verrue infectée qu'était devenue la ville de Nice.
-Vous connaissez Nice, n'est ce pas Tcheck ?
-Je la connaissais, vous voulez dire, il y a plus de deux ans, avant la… la contamination.
-Oui, je sais, la contamination. Est-ce que vous savez comment tout cela a commencé ? On parle d'un virus ramené par un ancien soldat Nord Coréen qui se le serait attrapé vers Borneo, mais la vérité est beaucoup plus terrible… Je n'étais que conseiller à l'époque et on voulait récupérer un quartier, l'Ariane, pour y faire de luxueuses tours-cités. Nice avait une notoriété croissante après la guerre civile de Paris-Bourges, mais voila il y avait juste un petit problème, les habitants du quartier. Une communauté de drogués aux produits chimiques gérée par un labo écolo et attirant tous les déchets humains d'Europe. Les reloger était impensable, personne n'en voudrait. Cette période était en pleine mutation, on avait autorisé l'euthanasie municipale pour liquider les vieux, on commençait à déporter les chômeurs infectés vers les îles saxonnes, bref, la porte s'ouvrait à un peu plus de libéralisme actif, crucial pour notre économie. On fit donc appel à mes laboratoires… Ils mirent au point un super virus à base de rage et de crack -les vieilles recettes sont toujours les meilleures- qui se répandrait dans l'air comme une grippe et donnerait aux personnes contaminées une envie de violence et de meurtre, ainsi les habitants s'entretueraient entre eux ou seraient abattus pour troubles, génial non ? Polar avait dit ça avec une pointe de cynisme désabusé, il continua. J'eu une promotion fulgurante. Mais il fallait un premier contaminé direct, on ne voulait pas se mouiller, trop d'enjeux, alors les scientifiques décidèrent de faire transiter le virus par les drogues que s'injectaient les gens. Encore une idée géniale. Sauf que… un abruti avait retrouvé un vieux stock de Maxicoïne et s'était mis dans l'idée de venir la vendre à l'Ariane !
-Quoi !
Tcheck s'était crispé et n'avait put retenir son exclamation. Polar se régalait à présent.
-Oui, de la Maxicoïne génétique, hein, cela en explique des choses maintenant. Cette fameuse drogue qui avait fait un carton il y a une trentaine d'année avant de disparaître complètement. Au début tout marcha comme sur des roulettes, les habitants de l'Ariane commençaient à se massacrer gentiment, sans éveiller les soupçons. Puis le virus se mit à muter, des gens avaient des élevages de poulets infectés au Srass Aviaire dans les caves, l'effet produisit des mutations physiques sur les personnes. On commença à s'inquiéter, heureusement on avait notre vaccin anti virus, au cas ou…
Et la catastrophe arriva. Un idiot se fit un shoot de Maxicoïne alors qu'il était contaminé par notre bébé, le virus se transforma de façon radicale, non seulement les humains eurent de plus en plus de mutations physiques -des monstres- mais leur violence se décupla, et le pire, l'inimaginable se produisit alors, notre anti-virus n'agissait plus !
Je vous laisse imaginer… Branle bas de combat dans les états Majors de la planète, nos actionnaires ne s'étaient pas gênés pour affoler les marchés et empocher des plus values. Tous les labos du monde se mirent à l'ouvrage, on allait de surprise en surprise, le virus résistait à tout, au feu, au nucléaire, à l'eau, à tout ! Pendant ce temps la ville fut bouclée, tout ceux qui approchaient à plus de deux cent mètres était abattus. Car tout Nice était maintenant concernée. Je vous passe les détails sur le nettoyage effectué par nos troupes, plus on tuait, plus le virus se multipliait. Seuls quelques miraculés passèrent à travers, coincés dans la cité et face aux monstres mais vivant ! On les appelle les immunisés, purs ou impurs, leurs parents avaient, il y a trente ans, bombardé à la Maxicoïne juste avant de se ranger et de faire des enfants. Leur sang conserva des souches de cette fabuleuse drogue, qui aujourd'hui n'existe plus, le créateur, un ancien champion de surf anti-g, fut assassiné emportant son secret dans la tombe et les armées du Pape firent brûler tout les plans de cette graminacée miraculeuse et surtout, hautement jouissive. Bref, mis à part les immunisés -enfants d'anciens drogués !- le monde entier était en danger de mort, il fallait réagir et vite. La Police du Monde nous fournit des centrales magnétiques, on avait remarqué que le virus ne traversait pas l'électricité, alors que l'air le faisait. Elles furent installées tout autour de la ville, et sur la mer, pour produire un immense bouclier magnétique au dessus et autour de Nice.
A présent, depuis bientôt trois ans, on cherche mais on ne trouve pas. Le virus occupe la ville, elle-même cernée par les militaires et recouverte par cet immense bouclier infranchissable qui part des collines de Rimiez jusqu'à deux kilomètres dans la mer en face de la baie des anges, pour s'enfoncer sous l'eau jusqu'au sol, afin d'empêcher toute sortie de… du virus. Nous avions sauvé l'humanité, en attendant… Nice n'existait plus, une verrue, un no man 's land, un cimetière. Tous les habitants moururent, pas le virus. On avait évité sa fuite en dehors de la ville, mais lui restait dans l'air, bel et bien vivant. Saloperie !

Un long silence s'ensuivit, Mordeck ne savait que penser, Polar le fixait d'un drôle d'air, il est au courant pensa Tcheck. Il prit la parole ;
- Je vous remercie pour votre petit exposé monsieur Masséna, mais vous vous doutez bien que la population locale se doutait d'une connerie dans ce genre. De toute façon il n'y a plus personne pour raconter quoi que ce soit. Vous avez fait gazer tout les survivant, infectés ou non, de la ville. Il n'y a plus que des morts sous votre bouclier, et votre ami le virus, qui doit bien s'emmerder tout seul !
Polar se mit à sourire mais cela faisait drôle tout d'un coup, parce qu'il souriait pour de vrai, Mordeck n'aimait pas ce sourire.
-Tous morts Mordeck ? Vous êtes sûr ? Mais c'est faux ! Et vous le savez très bien, autant que moi si ce n'est mieux. On a fait croire à cela par soucis, disons, d'humanité, mais en vérité on les a gardé en vie pour pouvoir continuer à chercher l'antivirus. Les contaminés, les monstres, mais surtout les autres, les immunisés, ceux dont les parents se shootaient à la Maxicoïne et qui ont put générer des anti-corps contre le virus. Ils sont entre trente et cent selon les dires, car vous savez peut-être qu'à cause du bouclier, on ne peut ni filmer ni écouter ce qui se passe dans la ville, mais on fait des statistiques d'après les éléments que l'on avait avant la fermeture complète, on pense qu'ils se barricadent dans le vieux Nice, sur les toits, car les monstres, et le virus, craignent la lumière électrique du bouclier, on pense même que par incidence psychosomatique ils en viennent à craindre la lumière tout court. Les immunisés disposent d'armes et de filtres d'eau de mer, ainsi que de quelques prises nucléaires que nous avons volontairement laissé pour qu'ils rechargent leurs armes et se nourrissent avec les millions de sachet hydrophiles fournit par nos soins. Quant aux monstres, des humains déformés, des rats, des chiens et même des lapins, qui se traquent et s'entretuent pour se nourrir. Une vraie fête sauvage !
Polar se planta face à Mordeck.
-Mais pourquoi vous raconter tout cela. Car vous le saviez, Tcheck Mordeck, puisque vous y étiez, vous étiez un de ces immunisé et il y a peu vous avez réussit à fuir ! Comment ? Par quel miracle ? Mais on y viendra… ne niez pas Tcheck. Est-ce vrai ?
-Oui, c'est vrai. Et alors ! J'ai réussit à fuir cet enfer ou j'ai passé deux années avec les monstres et les autres illuminés, mais c'est fini ! Quel rapport avec ma fille maintenant ? Hein ? Vous voulez des infos ?
-Avec nos filles Tcheck, nos filles. Non pas d'infos. Je veux que vous y retourniez !
-Quoi !
Tcheck pensa ; jamais, jamais, plutôt crever ! Mais Polar continua ;
-Oui, excusez moi de vous le dire ainsi mais… si vous voulez revoir votre fille vivante vous y retournerez, mais vous en reviendrez, aussi, avec une chose que je désire.
-Qu… Quelle chose ?
-Un homme et une femme, deux immunisés que vous connaissez sûrement. L'un se fait appeler le Médium et l'autre la Déesse. Ils… ils m'ont envoyé un message.
-Un message ? Mais comment ?
-Par l'intermédiaire du Médium, il y a deux nuits, et ils m'ont dit trois choses. Une, que vous vous étiez sauvé en les abandonnant, deux, que vous aviez donc trouvé un moyen de sortir et donc d'entrer, et trois, qu'ils savaient ou se trouve ma fille Claire !
-Et, bien entendu, votre Médium ne vous a pas craché le morceau.
-Bien entendu. Vous saisissez vite Mordeck, alors saisissez cela, ils veulent que je vous envoie les chercher, ils savent que j'en ai le pouvoir et que j'userais de tous les moyens pour revoir ma fille. Par contre, par rapport au bataillon semi robotisé qui couvre la zone, là, je ne peux rien faire. Le bouclier est parfaitement hermétique et surveillé, et seul le Complot des Hauts Riches peut le faire ouvrir. Même si j'en fais partie, ce n'est pas une simple histoire de fillette qui influera sur leurs intérêts, je peux vous le dire. On étudierait plutôt le moyen d'atomiser la zone sur 500 km carré… Mais imaginez les pertes engendrées ? (Pertes financières ndlr) Non Tcheck, je vais vraiment avoir besoin de vous.
-Vous êtes fou, jamais je ne retournerais là bas !
Polar se mit à s'énerver et à crier ;
-Si ! Car vous avez besoin de savoir que votre fille ne finira pas ses jours dans les souffrances les plus terribles ! Puis il se radoucit, je vous donnerais les meilleurs hommes, des armes, tout ce que vous voudrez et vous, vous me ramènerez ces deux fils de putain pour qu'ils me disent ou se trouve ma petite Claire. N'imaginez aucune autre solution Tcheck, et reprenez de cette excellente eau du Perou.
Tcheck tendit la main pour se saisir de la canette, il avait la gorge en feu, il pensait à cette salope de Déesse, elle avait dit qu'elle se vengerait de lui et elle était sur le point de réussir. Mais cela n'avait rien à voir avec son évasion.
A ce sujet, Polar rapprocha sa masse du fauteuil de son invité et se pencha doucement vers lui.
-Et maintenant monsieur Mordeck, pourriez vous satisfaire à ma curiosité ? Comment avez-vous fait pour sortir de la cité ?



IV/TCHECK MORDECK


Cela faisait six mois qu'il en était sorti, il avait l'impression que dix années s'étaient écoulées. Et voila qu'à présent tout déboulait comme si c'était hier.
Comment s'était-il fait piéger dans Nice ? Sachant qu'en plus des rumeurs de violentes exactions à l'Ariane circulaient ? Mais Tcheck s'en foutait, c'était à Cimiez qu'il se rendait, au Régina, pour un Timesex avec une pure. C'était ainsi que devaient se passer les rapports sexuels selon le contrat qu'il avait signé avec son précédent labo. D'ailleurs, la pure en question était dans la même boite que lui. A l'époque elle se nommait Filona, c'était bien avant qu'elle ne se fasse appeler la Déesse.
Deux folles journées de baise, Filona vivait sur place mais quand Tcheck avait voulu rentrer chez lui vers Grasse Antipolis il s'était heurté à des barrages, impossible de quitter la ville. Plus tard les autorités avaient édifié un mur, tirant sur tout ce qui s'approchait mais jurant que ce n'était que provisoire. Tcheck avait volontiers accepté l'invitation de Filona qui de son coté regroupait d'autres purs autour d'elle. On parlait déjà de contamination, mais pas encore des monstres. Rapidement ce fut l'horreur, les monstres envahirent les rues, des massacres se produisaient un peu partout, beaucoup espéraient encore que les autorités viendraient les délivrer, surtout les riches et notables de la ville. Ils se barricadèrent au Régina. Puis, au sein même du palais, untel ou untel se réveillait dans la peau d'une bête immonde assoiffée de sang. L'horreur avait fait son lit dans Nice. Un lit de sang, des gosses égorgés pour être dévorés, des chiens immondes poursuivant les gens, des enfants qui éventraient leurs parents. Ceux qui prenaient la mer pour s'enfuir étaient aussitôt tirés comme des lapins par l'armée robotisée, qui veillait.
Les immunisés se remarquèrent rapidement et se regroupèrent. Les forces civiles leurs firent parvenir des vivres et des armes en échanges de parties de leurs cellules. On leur demanda de se rapprocher du vieux Nice pour les fournir par la mer, les monstres ne savaient pas nager. Persuadés que l'on allait les faire sortir de cet enfer, ils abattaient chaque nuits des dizaines de monstres, et beaucoup d'eux tombèrent à leur tour. Tcheck, avec son passé militaire, forma les autres et participa activement à la défense du territoire, en attendant…
Puis tout espoir s'effaça.
Un matin le ciel se mit à grésiller, puis à se strier de longs éclairs figés et tremblants, reliés entre eux, donnant une teinte argentée au dessus de la ville et recouvrant les murs et les corps d'une lumière blanchâtre. Ils venaient de mettre en place le bouclier. Tout ceux qui, aux abords de la ville, avaient tenté de s'en approcher avaient grillés instantanément, comme frappé par la foudre !
Alors les immunisés s'organisèrent différemment. Filona devint la Déesse. Prétextant que seuls les Purs, descendant de parents schootés à la Maxicoïne ne présentaient aucun danger pour le reste de la communauté, qu'elle nomma les Superpurs, elle décida de faire faire des tests à tout le monde pour repérer les simples enfants de drogués à la Maxicoïne mais non purs. Ils résistaient pourtant aussi bien que les autres au terrible virus, mais ils n'étaient pas purs…
Des exécutions sommaires, des clans s'organisèrent. Tcheck désapprouva, ils devenaient tous fous. D'autant que Filona comptait sur lui pour repeupler, dans son lit, la race des Superpurs. Du délire, il le lui dit. Dés lors ils dut choisir son camp. Sa décision fut vite prise. Il devait trouver le moyen de quitter cet enfer. Contrairement aux autres, ils savaient que jamais aucun d'eux ne sortirait vivant de ce bourbier, inutile de croire aux promesses des riches.

Il se mit à parcourir la ville en tous sens, en permanence poursuivit par les monstres, toujours obligé de tuer, de se battre, de se défendre. Au bout d'un moment il dut se rendre à l'évidence, chaque fois qu'un monstre passait à moins de trente mètre du rideau il cramait comme une merguez. Restait la mer.
Depuis que des essais atomiques avaient été fait sur la Lune, la Méditerranée subissait des sortes de mini marées avec de fortes houles à certaines périodes du cycle de l'astéroïde.
Tcheck n'eut aucun mal à se procurer un équipement de plongée pour aller voir à vingt mètres de fond. Premier constat on pouvait s'approcher du rideau électrique jusqu'à un mètre, l'immensité froide de la mer empêchait la chaleur magnétique de se propager. Deuxième constat, la houle compressait le rideau et le faisait se soulever au dessus du sol sous marin, la porte de sortie était là. Le seul problème c'était les robfliks de l'autre coté, l'armée robotisée équipée de sonar à chaleur humaine et quadrillant toute la zone sur 15 kilomètres carrés. A peine Tcheck aurait-il franchit le bouclier qu'il se prendrait une torpille Thermo réglée sur les battements de son coeur.
Il lui fallait une combinaison hypothermique !
Après des semaines de recherches il en trouva une, et une seule. Dans les sous sols du commissariat de Calmet-Foch ou il dut réduire à néant à coup de crache feu une armée de chiens monstrueux. On stockait en cet endroit des équipements anti-guerre bacteriochimiconucléaire.

Un monstre manqua empêcher son projet, Tcheck était au bord du rivage et avait laissé son arme pour s'équiper. Il vit arriver la bête sur lui, courant de ses mouvements désordonnés, les crocs fendant l'air, la bave frappant sa gueule, les yeux brûlant d'une folie meurtrière. Mais tant de haine, tant de désir de revoir Maya l'habitait qu'il empêcha aux énormes griffes de l'atteindre en jetant des galets sur la bête et en reculant vers la mer. Là, il plongea et le monstre le suivit en hurlant, pour se noyer quelques secondes plus tard. La difformité de leur corps les empêchait de se mouvoir ni même de flotter dans l'eau.

Quatre heures plus tard, Tcheck accostait sur la plage de Villeneuve-Neuve. Vivant et libre, libre de revoir Maya !

Tcheck donna ses informations au gros, l'autre apprécia l'exploit à sa juste valeur, il se marrait ;
-C'est un gars comme vous qu'il me faudrait pour diriger certaines de mes filiales car, croyez moi, des monstres assoiffés on en a aussi dans les affaires.
Mordeck tenta une esquive.
-Ecoutez ça Polar, pourquoi vous n'envoyez pas des hommes à vous ? Maintenant que vous savez comment entrer et sortir de Nice…
-Me faites pas rigoler Mordeck. Vous seul avez déjà combattu ces putains de monstres, vous connaissez les moindres recoins de la ville mais surtout, vous étiez un des meilleurs dans votre partie au temps des commandos volants, pour Restore The Hope dans le Golfe, vous vous souvenez ?
Restore The Hope, « la Révolution du Golfe », les massacres du Golfe pensa Tcheck.
Il se souvenait, il dirigeait un commando d'élite volant, chaque homme étant équipé d'un pulseur antigravité collé dans le dos, et chargé de neutraliser les installations pétrolières avant que les milices des Emirs ne les fassent sauter. Ca payait bien, ils arrivaient en formation triangulée, dans les silences de l'aube naissante, fusil à lave et sabre radiant dans la main ils fondaient sur les soldats encore à demi endormis, tranchant les têtes, foutant le feu aux tentes, aux fuyards, un véritable carnage. A l'époque les Saladinistes les appelaient « Les anges de la mort ». La surface de l'Iran avait été soufflée par une Bombe Double A, les sous sols restant intact, mais pour le Golfe on voulait garder les installations. Quand aux familles Royales et autres consorts qui avaient foutus la haine aux puissants du monde pendant des siècles, pas un ne survécu, d'autres commandos d'élites s'en étaient chargés.
Une sale période.
-Et pour ma fille ? Demanda Tcheck.
Polar sauta de joie ;
-Pas de problème, elle est aux petits soins d'une institution des plus sérieuse avec d'autres enfants de son age, croyez moi, ce n'est pas avec votre salaire de pur que vous auriez pu l'envoyer là bas. Dés que notre contrat expirera je vous la rends. Ne cherchez pas à la retrouver, elle est entièrement déconnectée.
-En parlant de contrat…
-Ha, vous voulez dire votre contrat de pur avec cette clinique pseudo-ecolo, elle m'appartenait. Donc, vous m'appartenez. Nous allons en renégocier un ou vous serez autorisé à pratiquer des activités physique, heu… disons, violentes. Bien entendu l'assurance reviendra à votre fille seulement si vous mourrez utilement. Une fortune pareille, imaginez ce que cela me coûte d'assurer un pur contre la mort avec de telles clauses. Autre chose, ne tentez rien, les lois Médicales de Bourges interdisant de toucher aux purs, je m'assois dessus. S'il faut que votre fille fasse une révolution complète de son sang pour me faire gagner quelques années, je n'hésiterais pas, vous savez ce que cela signifie Mordeck.
-J'ai compris Polar, je vous ramènerez les deux illuminés, une dernière chose, et si c'était du flan, s'ils agissaient uniquement pour s'évader et que votre fille…
Le regard du boss se fit glacial, on voyait que là dedans il y avait de l'intelligence à revendre, personne ne prendra ce gars pour un con pensa Tcheck. Polar se leva en ricanant, il avait la haine.
-Ramenez les moi, c'est tout ce que je vous demande, et vous aurez votre fille. Quand à vos ex amis, oubliez les, c'est mieux. Car qu'ils me rendent ma fille ou non... Capicce ?
Tcheck se rassura en se disant que pour l'instant le boss était son allié. Pour l'instant. Mais lui aussi n'était pas con, et sa dose de haine n'avait rien à envier à celle du gros.
-Capicce Polar. Balancez votre plan…
Masséna se frotta les mains de satisfaction.
-Vous aurez les dernières armes avec des batteries nucléaires inusables, c'est moi qui les produis, quant aux hommes, j'ai retrouvé quelques uns de vos anciens collègues voltigeurs.
-Comment ça ? Mais le virus ? Si ce ne sont pas des immunisés ils vont tous y rester.
-J'ai quelques immunisés aussi, par contre pour les autres… La maladie se développe en 72 heures, vous aurez peu de temps.
-Vous voulez dire que… vous ne leur direz rien ?
-Si, bien sûr, on va leur faire croire qu'on test un anti-virus résistant 3 jours, ça va les motiver pour accomplir leur mission. Il va de soi qu'ils ne devront pas revenir. Mais ne vous en souciez pas, mes propres immunisés s'en chargeront.

On est vraiment dans un monde de merde pensa Mordeck.



V/CARNAVAL A NICE


L'eau noir clapotait doucement sur le ponton de la villa luxueuse, le commando s'équipait en silence sous l'œil de Polar et de son indissociable garde rapprochée. Tcheck apprécia les équipements fournis. pour la plongée des bouteilles d'oxygènes enzymées qui coûtaient une véritable fortune mais qui devaient leur permettre de progresser plus vite et surtout sans effort. Les combinaisons hypothermique étaient recouvertes d'une couche de kevlar souple afin qu'ils puissent les conserver sur eux, et leur casque à visière possédait tout les radars et moyens de vision et d'écoute derniers cris. Quant aux armes, de classiques crache-feux, qui en réalité tiraient des doses d'énergie pures pouvant percer un corps ou faire exploser à camion selon les réglages, très pratique car simplement alimentés par des batteries Nucléaire. Certains des commandos avaient des fusils à lave qui tiraient soit en rafales, soit en jet continus et pouvait transpercer du téflon ou de l'acier. Et pour finir, le fameux sabre radiant contenant une batterie d'uranium pur dans sa poignée agissant sur le fil de la lame et lui donnant un tranchant qui faisait s'écrouler des murs de béton. Avec cet outil n'importe quelle matière se coupait comme du beurre. L'arme était réservée à des experts en Blade Kendo car trop dangereuses à utiliser pour un néophyte.

Polar Masséna s'approcha de Tcheck suivit d'un grand blond baraqué au regard froid et méprisant, glacial.
-Mordeck, je vous présente Philips Kadick, ce sera, disons votre associé dans cette mission. J'ai toute sa confiance, il vous secondera mais il faudra le laisser agir à sa guise, vous comprenez ?
Un tueur urbain pensa Tcheck. Silencieux, calme et observateur, c'était aussi un des seuls à porter un sabre radiant, et son regard froid comme la banquise ne trompait pas. Sûrement le gars choisi par Masséna pour liquider le commando en fin de mission.
-Du genre immunisé j'imagine ?
-Du super pur comme dirait votre Déesse, ironisa le gros.
Kadick ne rigolait pas.
- Ha, et voila Mirella, de la même chimie, elle aussi elle…
- Ca va j'ai compris. Le coupa Tcheck agacé.
Une belle femme au regard un peu las mais dont la tenue ne dépareillait pas avec les habits militaires. Elle sourit sans une once de plaisir et tendit sa main à Mordeck.
Glacée.
-Votre fille s'appelle Maya ?
Tcheck resta con.
-Heu…oui. Pourquoi ? Demanda t-il agressif.
Mirella se tourna vers Polar et lança comme un défi ;
-Rien, j'espère que vous la reverrez, c'est tout.
-Ha…
Elle fit volte face et alla s'asseoir sur le bord du ponton pour enfiler ses palmes. Mordeck jeta un regard interrogateur au Boss. Celui-ci, gêné, tenta de ricaner;
-Elle est un peu spéciale, non ?
Tcheck se dit qu'il avait dut coucher avec. Masséna glissa sur un autre sujet.
-Vous avez certainement remarqué que les « Super Purs » avait quelque chose en plus, non ?
C'était vrai, Tcheck savait depuis longtemps qu'il avait des sortes de dons, par la suite il avait compris que cela venait des gènes de Maxicoïne. Il était plus rapide que quiconque et son acuité au combat le rendait terriblement efficace. Il venait à bout d'une dizaine de monstres en laissant aller ses réflexes et sa concentration, se battant dans une sorte d'état second. Pour la Déesse, son pouvoir sur les autres était quasi mystique, ses fidèles la suivaient comme des petits chiens et avaient tué sans état d'âmes, sur sa volonté. Le Médium pouvait envoyer des messages télépathiques, pouvait il aussi déchiffrer les pensées ? Ou les contrôler ? A priori les pouvoirs avaient tendances à s'intensifier le temps passant. Quant au tueur nommé Philips, il possédait sûrement le même genre d'aptitude que Tcheck.
-Et alors, c'est aussi une pro du Nunchaku à Trois Lames votre Mirella ?
-Non, ce sera votre porte bonheur, elle sent arriver les choses et peut provoquer des ondes magnétiques ou anti-G uniquement par la concentration. Un atout précieux pour l'endroit ou vous vous rendez.
-Ouais, si vous le dites… Il pensa ; manque plus que l'Homme élastique…

Restaient les six hommes du commando, Tcheck en avait la rage au ventre, il en connaissait au moins deux, avec qui il avait combattu dans le Middle East.
Matheson, un gros sergent qui défouraillait un crache feu dans chaque main avec une puissance de tir égalant un croiseur anti-g, et le lieutenant Evangelisti, une des fleurs des Kommando Voltigeurs. Un pro de l'infiltration et du combat au sabre. A l'époque on l'appelait l'évangéliste, l'évangéliste de la mort, il disait lui-même que pour les infidèles, de bonnes doses de crache feu valaient autant que des bonnes paroles, et ça le faisait marrer. Des potes… Tcheck se rassura en se disant que Kadick aura du mal avec ces deux là. Mais c'était comme à la guerre et personne ne les avait forcé à signer et à croire les conneries de Polar. Il se promit de les prévenir dés que possible, qu'ils puissent se barrer. Ils ont peut-être un plan en tête, rumina Tcheck. Quant aux quatre autres, il les connaissait plus ou moins de vue, tous des pros de la guérilla urbaine. Les monstres n'avaient qu'à bien se tenir. Tcheck était rassuré quoique une pointe d'écœurement ne l'empêche d'être satisfait. Polar chuchotait ses saloperies à l'oreille de Kadick, Mordeck le regarda avec dégoût.
-Ce gros porc ne s'en tirera pas comme ça. Quelqu'un devra bien lui faire payer toutes ses saloperies.
A ce moment, alors qu'il ressassait sa rage, son regard croisa celui de Mirella, elle lui fit un signe d'assentiment, comme si elle avait saisit ses pensées et y concordait. Tcheck, surpris tenta de sourire. Elle sourit elle aussi, en regardant Polar, son regard portait le meurtre.

Ils étaient prêts. Un des médecins vint lui faire son injection de Dinintéline, une amphétamine militaire qui allait leur permettre de ne pas dormir les trois jours à venir. Chacun portait son sac, vivres, armes et surtout les combinaisons Hypothermiques pour les deux illuminés à ramener.

Ils se glissèrent en silence dans la masse épaisse et mouvante de la mer. Si tôt dessous les membres du commando avaient pour consigne de rester en contact physique avec celui qui se trouvait devant et ainsi de suite jusqu'à Philips qui fermait la nage. A cause des radars de l'armée qui balayaient les fonds tout autour de la Nice Magnétique ils ne pouvaient utiliser ni torches ni vision infrarouge. Tcheck sentit que les pouvoirs de Mirella les guidaient, elle avait repéré le parcours sur la carte marine et se déplaçait avec l'aisance d'un dauphin. Mordeck la laissa passer devant, ne pouvant s'empêcher d'apprécier les courbures de son corps mouvant et élancé. Ils contournèrent la pointe du mont Boron et s'approchèrent du rideau de lumière, l'espace sous marin s'illuminait tel un immense palais aux verrières embrasées de soleil. Mirella resta frappée par la beauté du lieu, il n'y aurait eu la houle, pensa t-elle, on se serait cru sur la terre ferme, en apesanteur… Elle voyait jusqu'à la grève remontant sur la plage, de l'autre coté de la barrière, là ou la vase laissait place à un immense tapis de galets aux teintes grises, blanches, et noirs caressées par la lumière. Tcheck lui fit comprendre qu'il reprenait la tête des opérations, elle acquiesça et se glissa derrière lui.
La petite troupe longea la barrière de feu, Tcheck repéra le passage. La densité de l'eau était si épaisse qu'ils se retrouvaient plaqués au sol pour être ensuite aspirés deux mètres au dessus par les mouvements de la houle. Le rideau ondulait lentement devant eux, suivant le rythme d'une « Holla » glaciale et silencieuse, découvrant ses crocs par intermittence de 5 à 7 secondes. Vidant leurs ballasts afin de rester au maximum collés contre le fond il rampèrent chacun à leur tour, sans se précipiter.
Dés le mur franchit, ils se mirent en file et se faufilèrent tel un long serpent jusqu'au phare qui terminait la digue du port de Nice. Une par une, les têtes émergèrent du bouillon redevenu noir, deux soldats prirent pieds sur les blocs de béton, posant leur sac et armant dans un reflex leur crache feu. Les autres suivirent plus ou moins stupéfaits par le spectacle offert. La ville qui ne s'éteignait jamais, et ce bruit… En sus de la succion des vagues contre les rochers, un grésillement permanent, à vous rendre fou, manifestait la présence du brouillard magnétique. C'est l'humidité pensa l'évangéliste assis sur les marches du phare, mais il n'avait pas froid, il regarda les deux soldats s'éloigner, derrière lui, Philips venait d'enlever ses palmes, il brancha son casque et se leva brusquement.
Il cria ;
- Branchez vos casques ! Vite !
Puis apercevant les deux hommes un peu plus loin ;
- Et là bas ! N'avancez plus ! Revenez ! Revenez !
Mordeck tourna la tête vers lui en branchant son casque, son écran infra rouge se couvrit de taches sanglantes et dans ses écouteurs des milliers de couinements lui griffèrent les tympans, il avait compris, son crache feu sauta dans sa main.
Il y en avait des centaines, des rats ! Des rats infectés et métamorphosés, des monstres ! Des grincements de dents, des frottements furtifs s'élevèrent, la meute s'égaillait, une bête sauta à la pointe d'un rocher, juste en face de Mélina, il avait la taille d'une hyène, les pattes allongées et fines, comme recouvertes de barbelés, un museau de loup marqué de pustules, un énorme dos rond d'où l'on voyait sortir les os de la colonne vertébrale et des griffes et des crocs de la taille de couteaux, acérés comme tels et grinçant contre la roche. Le monstre ouvrit la gueule, un cri strident à vous péter les tympans s'en échappa, Mélina fit feu, sa mâchoire partit derrière lui à la vitesse d'une fusée, restait son cou, dodelinant, d'où jaillissait un geyser de sang noir. Des centaines de ses congénères se mirent alors à bondir comme montés sur des ressorts, les craches feu se mirent en branle, les faisant s'exploser en vol. Un des soldats sur la digue se prit un monstre sur la poitrine, il roula au sol, son collègue gueula - Jo ! Jo ! Relève toi !
Il se mit a canarder, la bête repartit aussi vite qu'à son attaque, emportant un bras dans sa mâchoire, une deuxième passa sur le corps de l'homme qui tentait de se relever, son pied s'arracha sous les crocs du rat qui fila, l'homme rugissait de douleur, une autre bête lui déchira les viscères, laissant dans sa course une longue traînée noirâtre, rapidement son corps fut déchiqueté par les dizaines d'attaques… Son ami n'hésita pas à l'abattre, hurlant de rage. Les doses d'énergie pleuvaient, les monstres sortaient de partout, se heurtant les uns aux autres et explosant sous l'impact des boules de feux, libérant leurs entrailles qui venaient s'éclater sur les visières des casques. Se faufilant entre les rochers une sorte de marée de poils hirsutes avançait sur la troupe qui faisait front, coincé au bout de la digue. Les commandos tiraient d'un feu nourrit, Matheson fit vrombir son fusil à lave et commença à arroser, il agissait comme un Karsher. Les six premiers rangs de la masse grouillante s'embrasèrent. Les bestioles prirent feux en poussant des cris démoniaques, en quelques secondes toute la digue s'enflamma au milieu des hurlements de mort. Ils entendirent les bêtes s'enfuirent de l'autre coté, certaines en feu allant se noyer dans la mer, puis les armes se turent. Le lourd grésillement du ciel de Nice reprit son chant, les flammes s'amenuisaient, laissant paraître un désert de roches encombrées de cadavres décharnés et fumant. Là ou se trouvait le corps du soldat ne restait que son casque, recouvert d'une masse visqueuse. Son ami se retourna pour vomir.
Tcheck resta un moment silencieux, guettant à travers ses capteurs les derniers mouvements des rats.
- Ils ne reviendront pas, ces monstres craignent le feu plus que tout, leur sang est tellement acide qu'il s'enflamme comme de l'éther. Les infestés le savent, ou le sentent…
L'évangéliste alla s'accroupir prés du soldat encore sous le choc, il lui demanda ;
- Ca va aller ?
- Ouais… Ouais, excuse moi chef, mais ça va aller.
Il renifla et se releva, son lieutenant lui tapa sur l'épaule ;
- T'inquiètes pas, on est tous sous le choc. Puis, se tournant vers Tcheck il dit avec rage ; personne ne s'attendait à voir débarquer ces saloperies.
Tcheck serra les dents.
- T'as raison l'évangéliste, mais moi non plus je n'avais pas pensé aux rats, je savais juste que les monstres « hommes » ne venaient jamais par ici.
Matheson remettait son fusil dans le holster attachée dans son dos, il rajouta d'un ton sec ;
- Maintenant tu sais pourquoi.
Mirella intervint ;
- C'est bon, c'est pas le moment de s'embrouiller les gars ; une chose est sûr, plus question de se séparer, ne serait-ce que d'un ou deux mètres, compris ?
Tout le monde acquiesça. Sauf Philips.
- Fallait être con pour pas y penser avant, non ?
Matheson avait fait un bon, il vint coller son gros ventre contre Kadick.
- Qu'est ce que tu insinuerais le blond ? Qu'on est con au point de ne pas relever les insultes d'enfoirés de ton acabit ? Il le saisit à la gorge, Philips le fit basculer d'une manchette au poignet et braqua son arme contre sa tempe, Matheson jura, Mirella intervint à une vitesse surprenante, d'un coup de pied elle fit voler le crache feu et le récupéra entre ses mains, Philips voulut réagir mais Tcheck venait de lui planter le canon de son flingue entre les reins.
- On se calme, ou alors on va finir la course moins nombreux.
Philips était blême ;
- Enlève ton arme Mordeck…
- Pas avant que tu t'excuses.
Matheson s'était relevé, tous les commandos avaient les yeux fixés sur le blond.
Philips grommela ;
- C'est bon, je m'excuse, je déconnais.
- Ouais, bah ne déconne pas trop, si tu veux mon avis. Grogna Matheson.
Tcheck s'adressa à la troupe ;
- Allez les gars, on n'est pas des saints et chacun à sa raison d'être ici, mais n'oubliez pas, à un moment ou à un autre on aura tous besoin d'un coup de main. D'accords ?
Les gars avaient la rage, l'incident avait réveillé leurs instincts de violence et de haine, Mirella le sentit et se dit que ce n'était pas plus mal, l'envie d'en découdre faisait brûler des flammes noirs dans leur regard.
Philips enrageait et souriait d'un drôle d'air en les matant. Il doit se dire que le pauvre soldat a mérité son sort, pensa Mordeck. Leurs regards se croisèrent, l'autre ricana, Tcheck préféra fermer sa gueule. Pour le moment. Il lança ;
- Si tout le monde a comprit… on y va.
Avant de partir, ils firent sauter la porte du phare pour y cacher leur équipement, dont les très précieuses combinaisons hypothermiques. Paco, un des jeunes soldats, souda ensuite la porte avec de l'acier à l'aide de son fusil à lave.

La troupe se mit en route, casques branchés et tout sens en alerte. Philips fermait la marche.
Il y avait trois voies pour rejoindre le Vieux Nice, le bord de mer, mais Tcheck se dit qu'après le feu d'artifice qu'ils venaient de tirer sur la digue, les militaires allaient avoir l'œil plus que fixé sur ce qui se passait dans le coin, le tunnel passant sous la colline du Château, encombré de voitures mortes et véritable nid à monstres, valait mieux éviter, et enfin, prendre par la Place Ile de Beauté et rejoindre la Place Garibaldi puis le Vieux.
C'est là que les menait Mordeck.

Ils remontaient la rue Cassini en silence, avec sa longue file de voitures endormies, vides ou garnies de corps desséchés et déchiquetés. Ca et là des ombres immondes couraient soudain, comme affolées, puis disparaissaient. Ils nous suivent, pensa Philips, ils nous préparent quelque chose. Il avait son crache feu prêt à tirer, il voulait s'en payer un. Mirella observait tout, impressionnée par l'ambiance, la rue semblait éclairée par des néons tuberculeux, sur les vieilles façades frappées de flashs asthmatiques, les trous des fenêtres aux carreaux percés faisaient comme des yeux noirs, un noir profond derrière lequel se trouvaient des salons, des cuisines, des chambres d'enfants… Ils étaient morts maintenant, ou pire, infectés. Mirella sentait la force du regard de ces fenêtres, de ces yeux noirs, elles nous observent, nous les survivants, elles réclament vengeance, oui… vengeance, contre nous.
Soudain un être immense bondit en hurlant par-dessus une voiture, le corps recouvert de poils noirs et la gueule emplie de crocs baveux, il lui arrivait dessus. Le cœur de Mirella se bloqua, la paralysant, le monstre balança ses deux longs bras sur elle, une décharge de crache feu le fit rebondir vers l'arrière, Philips venait de tirer. La bête remua un instant en râlant puis s'immobilisa sur la capot d'une voiture, un trou fumant déformant son abdomen. Ils s'approchèrent pour l'observer.
- Merde qu'est ce que c'est que ça ? Grogna Matheson.
- On dirait un loup garou, releva un soldat.
Un autre rigola ;
- Mais non, tu vois pas que c'est un Yeti ! Mirella souffla ;
- Non, c'est un homme, ou une femme…
Tcheck souleva une des mains du monstre avec le canon de son arme.
- C'était un homme, maintenant c'est un être infesté, un monstre assoiffé de sang et de chair fraîche et vivante. Regardez sa peau, elle est noire, et ses mains. Les os des doigts ont poussé pour arracher la peau et sortir comme des stylets. C'est une des caractéristiques de la maladie, les os poussent, la colonne vertébrale est arquée vers l'extérieur et beaucoup de ces os sortent de la chair, provoquant une immense douleur. Ca les rend fou. La mâchoire et les dents aussi poussent, ils sont à moitié aveugle mais entendent et sentent particulièrement bien la chair non infectée. De fait pour eux, nous sommes une drogue, nous les rendons enragés. Ils ne se reproduisent pas mais ils survivent particulièrement bien, s'il le faut ils s'entredévorent mais leurs goût du sang frais les fait patienter, de l'eau, un peu de terre avec des vers qu'ils vont chercher et ils peuvent tenir des jours, à attendre.
- A attendre quoi ? demanda l'évangéliste.
- Que le bouclier s'ouvre, ou que des fous comme nous se ramènent. Heureusement, comme dirait un des personnages du Peter Pan de Walt Disney en parlant des indiens ; ils sont rusés mais ils ne sont pas intelligents. De plus leur corps déformé les empêche de courir normalement, leurs gestes sont brutaux mais gauches, mais sans armes un humain ne peut les combattre.
- Moi je dis que c'est des loups garous, renchérit le jeune soldat.
- Comme tu veux Jimmy, rigola Matheson.
Un nouveau cri retentit, deux monstres arrivaient en courant au milieu de la rue, hurlant et gesticulant comme des marionnettes désarticulées. Deux cibles faciles.
- Vas-y Jimmy, lança Tcheck.
Une rafale les coupa en deux, les jambes firent encore un pas ou deux avant de s'écrouler. Tcheck reprit ;
- Ils commencent à nous jauger, vérifiez vos casques, les plus jeunes vont nous attaquer n'importe comment, mais les anciens guettent.
- Ouais, ils « attendent ». Ricana Philips.
- Et si tu passais devant, le provoqua Tcheck.
- Avec plaisir.
L'évangéliste pris le bras de Mordeck ;
- J'ai l'impression que nos viseurs et nos radios ne vont pas fonctionner longtemps, ce putain de rideau envoie des ondes qui bousillent les systèmes et bouffent l'énergie, si tu vois ce que je veux dire.
- Oui, je sais, mais ne t'inquiète pas pour les armes, même si elles perdent en puissance plus rapidement, on pourra les recharger bientôt.
- Si tu le dis…
Un autre hurlement, le POUF-POUF d'un crache feu, et la troupe se remit en route.
Ce fut ainsi pendant un moment. Les monstres surgissaient les viseurs infra rouges se manifestaient et les commandos faisaient cracher le feu. Dans les casques, le rouge se mêlait au rouge et dans les oreilles les hurlements des infectés frappaient comme des coups de hachoirs. Jusqu'à ce que la ville reprenne ses droits, sa sauvagerie. La toile électrique du bouclier qui, à la longue, rendait les yeux hagards, avait réussit à bousiller les systèmes, visée, radio, tout s'éteignit progressivement, laissant venir le grand silence vrillée par les grésillements. Les hommes se sentirent nus, sans protection, d'autant que plus rien ne se passait. Les monstres n'attaquaient plus.
- Shit ! Cracha L'évangéliste.
- Fermez là ! Intima Tcheck à voix basse. Ces bêtes sont assez enragés pour bondir de n'importe ou, même de 20 mètres, rien qu'au son d'un steak fourré de sang frais comme ta pomme. Enlevez les casques et ouvrez grandes vos esgourdes. De toutes façons avec le ramdam qu'ils font en se déplaçant…
Il fit se rassembler le groupe contre un mur, il y avait Mirella, Matheson, l'évangéliste, cet enfoiré de Kadick qui suivait comme un touriste et quatre gars des commandos. Avec Mordeck ça faisait neuf. Tous armés et prêts à se battre.
- On y est presque les gars. Dit-il, et il étendit le bras.
Une grande place parsemée d'arbres et de candélabres géants, tous éteints, s'ouvrait devant eux. Au milieu, un tramway pendulaire s'était décroché et avait chuté de ses 15 mètres pour s'écraser et se coucher sur le coté, comme un serpent endormi. Quelques rangées d'arbres en cercle concentriques entouraient la rame, eux même cernés par des arcades plongées dans un gouffre.
- Messieurs, la place Garibaldi, notre objectif se trouve de l'autre coté. Ne reste plus qu'à traverser.
- Mouais… fit Matheson, sceptique.
- J'ai l'impression qu'on vient d'atteindre la salle à manger, yééé ! Avait reprit Jimmy.
Kadick se fit plus précis ;
- T'as tout compris mon petit gars. Voila pourquoi les monstres n'attaquaient plus, ils préparaient le couvert, attendant gentiment qu'on se pointent pour traverser la grosse place.
L'évangéliste rajouta ;
- Bien parlé le blond, m'est avis qu'ils doivent affûter les couteaux et les fourchettes à l'heure qu'il est.
-Nom de Dieu les gars, écoutez ! L'interrompit un des soldats.
Ils firent silence. Tout autour de la place, de sous les Arcades plongées dans l'obscurité retentissait comme le souffle d'un vent puissant et lourd, un halètement, montant et descendant tel une houle. Une marée noire prête à déferler, noire comme la mort.
Tcheck réfléchissait ;
- Les Arcades sont infestées, on va traverser par le milieu, vous connaissez le Shiltrom ? Une méthode de bataille du moyen age, utilisée par le Roi écossais Bruce contre l'armée Anglaise. On se met en cercle, dos à dos et armes pointées vers l'extérieur, si l'un de nous est blessé ou veut recharger son arme, il rentre dans le cercle. Et on avance. Du doigt il montra le Tram ; Jusqu'à la rame et après, plus qu'une vingtaine de mètres pour atteindre le Vieux…
- Attendez…
Mirella se tenait raide, le nez dans l'air, les yeux mi-clos. Ses cheveux vibraient sous l'effet du bouclier. Le souffle des bêtes avec le grésillement par-dessus faisait comme une musique d'orgue dans sa tête, Tcheck surprit son regard inquiet.
- Tu sens quelque chose Mirella ?
Elle chuchota ;
- Ils ont peur, ils sont affamés, ils sont des centaines Tcheck ! Leur corps est avarié, je sens leur bave… bouillante et noire. Notre odeur les rend fous…
- C'est tout ?
- Le tram, 5 peut être 6, ils nous guettent.
- Philips ?
- Ouais ?
- Tu nettoies le bus.
- Avec plaisir.
Kadick fit glisser son crache feu dans ses mains, il se mit à canarder les Wagons. Les vitres, les parois s'explosèrent dans des détonations semblables à des feulements rauques, un monstre tenta de bondir, la moitié de son corps fut emporté. En quelques secondes la rame était déchiquetée. Et ses occupants avec.
Tcheck vérifia la charge de son arme, poussa un immense soupir et lança ;
- On y va !
La troupe se mit en position, ce Shiltrom qui permit à une armée trois fois moindre de vaincre son ennemi 12 siècles plus tôt. Ils avancèrent d'une vingtaine de mètres vers le milieu de la place sans que rien ne se produise, ils avaient presque atteint le Tram et leur sang se glaça.
Des cris, des gargouillements, les monstres se mirent à courir en tous sens, déboulant de sous les arcades, ils hurlaient de douleur, une douleur trop forte, même contre leur propre vie. Les corps déglingués, les bras tendus vers cette chair chaude et palpitante, ils ralentirent un instant en arrivant dans la pleine lumière, mais voyant que rien ne se produisait, ils repartirent de plus belle.
- Ajustez les ! Ajustez les ! Hurla Mordeck.
Chacun serrait son arme, les salves partirent, en rafale, en jets continus ou sous la forme de petites bombes d'énergie, selon les réglages. Les bêtes se virent criblés de feu, sectionnés en deux, certaines explosaient en libérant boyaux et organes sous l'impact, des têtes roulèrent jusqu'aux pieds des soldats qui tiraient, tiraient. Mais d'autres arrivaient, escaladant les corps fumants, bondissant, et toujours, poussant d'effroyables beuglements. Tcheck sentit le goût du sang mêlé à sa sueur descendre jusque dans sa gorge, ils étaient plus d'une centaine encore à s'approcher, les créatures se mirent à ralentir, zigzaguant pour éviter les rafales, mais pas un ne réussit à s'approcher du commando. Les bras s'arrachaient, les viscères brûlaient et les corps agonisaient en rampant vers cette chair qui les rendaient fous, la langue pendante, les yeux injectés de rage et les griffes tendues dans un dernier espoir.
- Sur la rame, vite ! Ordonna Philips.
Des bêtes grimpaient dessus pour pouvoir sauter sur le groupe. Les hommes sautèrent et s'aidèrent, les monstres en profitèrent pour bondir comme montés sur d'immenses ressorts. L'un d'eux se saisit de Paco, un des soldats, et partit en courant, hurlant d'un rire de démon. Déjà ses congénères le prirent en chasse, Mirela vit un de ces êtres arracher la tête du soldat et mordre dedans en l'éclatant tel une pastèque, elle était sur la rame et une patte énorme lui frôla la joue, d'un coup de pied elle fit dégager l'indésirable tandis qu'elle lui vidait un chargeur dans le ventre en hurlant sa haine et son dégoût. Jimmy lui gueula de faire attention, il la bouscula pour en abattre un qui approchait par derrière. Elle lui sourit, puis le vit disparaître, sa jambe happée vers le bas du Tram. Il disparut sous un amas de corps poilus et excités. Des gerbes de sang jaillirent du groupe alors que le pauvre Jimmy hurlait de douleur. L'évangéliste balança une grenade qui fit trembler la carlingue. Un des commandos fut déséquilibré, il se rattrapa sur le bord du toit, la face vers le vide. Lorsqu'il releva la tête se fut pour voir une joie morbide briller dans le regard d'une sorte de loup garou, le monstre ouvrit sa mâchoire et à la vitesse d'un serpent lui broya la face, arrachant d'une bouchée tout son visage. Son corps roula à son tour dans la masse hirsute, Tcheck visa vers la base et tira, le groupe se disputant les lambeaux de chairs s'éloigna vivement avec les restes du jeune gars. Mordeck était écoeuré mais les choses commençaient à se calmer. Les monstres, ayant repris le goût du sang, se mirent à attendre en observant les survivants, ils s'éloignèrent pour éviter les rafales.
Matheson cria.
- Ne tirez plus ! Ca va, ça va… Ils nous lâchent, pour le moment…
- Putain ! On a perdu qui ? Demanda Mordeck.
- Le petit Jimmy, son frère Paco et Wolfskehl le polack. Enuméra Tricky, le seul qui restait des simples soldats.
- Et les armes ?
- Pas terrible, répondit le lieutenant, la plupart des CF sont à 15%. Reste le fusil à lave de Tricky.
- Chef, j'ai six minutes de feu à tirer, après…
Mordeck évalua la situation d'un coup d'œil. Les monstres s'étaient repliés derrière la barrière d'arbres, laissant libre un espace d'une trentaine de mètres autour du Tram. Là bas, une allée d'arbre brisait le cercle et s'en allait dans le Vieux Nice.
Kadick s'approche de lui.
- On n'a pas énorme de solutions, pas vrai ?
- T'as une idée ?
- Je repensais au petit barbecue sur la digue tout à l'heure, ce que tu disais sur leur sang acide…
- Sauf que là on a à peine de quoi en faire cramer une dizaine et après…
Philips ricana ;
- Je te croyais plus malin.
L'évangéliste s'était approché.
- Ouais, mois aussi, tu me surprends Mordeck.
- Quoi…
Kadick s'approcha doucement de son oreille et chuchota ;
- Les arbres Mordeck, les arbres…
- Non de Dieu… Et l'évangéliste rajouta ;
- Si Philips pense comme moi, la petite allée qui est là bas devrait nous mener directement dans la vieille ville, non ?
Tcheck avait saisi le raisonnement des deux hommes. Foutre le feu au cercle d'arbres et isoler ainsi la plupart des monstres, restait l'allée. Ils devaient y en avoir une cinquantaine entre les deux rangés d'arbres. Il demanda ;
- Et pour ceux qui vont se retrouver coincés dans l'allée.
Le lieutenant sortit son sabre radiant et désigna l'endroit avec sa lame.
- Comme tu l'as dit, ils vont se retrouver coincés, face à nous en rang de quatre par quatre, on peut se les faire comme au bon vieux temps.
- T'as raison l'évangéliste, pas de temps à perdre. Donne tes ordres.
Le lieutenant s'adressa à la troupe ;
- Okay, alors écoutez ; Tricky, toi tu vas arroser les arbres, commence par la base qu'ils puissent flamber un moment, et n'oublie pas l'allée. Ensuite Tcheck, Kadick, Matheson et moi on passe devant, on fonce dans l'allée sabre au clair et on vous dégage le chemin, toi et Mirella vous prenez les craches feu qui restent et vous couvrez nos arrières. Capicce les amis ?
- Rien d'autre ? demanda Philips avec cynisme.
- Si, si tu connais une prière, c'est le moment.
- Ouais, je vais prier pour toi.
Les deux hommes se fixèrent en souriant, les liens du sang, de la mort et de la guerre étaient en train de se mettre en place. Evengelisti rigola ;
- Perds pas ton temps pour moi. Avec toutes les saloperies que j'ai faite, je suis tricard au paradis !
Tout le monde se marra. Sauf Tricky qui avait envie de vomir, de peur ou de dégoût, et Mirella qui pensait aux quatre jeunes gars crevés en quelques heures.
Tcheck sortit son sabre et l'activa. Une lumière blanche se mit à recouvrir la lame qui à présent pouvait trancher jusqu'à du béton. Tricky fit vrombir son fusil à lave, calmant le tremblement de ses doigts. Les cheveux trempés de sueur et de sang, ça lui dégoulinait sur le visage, d'un coup de manche il s'essuya les yeux. Il regarda ses compères, ils étaient prêts. Voyant les quatre sabres briller de leur éclat métallique au milieu de la nuit, il chuchota ;
- Ca va être la boucherie…

Il commença à arroser pendant que Mirella canardait ceux qui voulaient franchir la barrière d'arbres. Des hurlements et des explosions de chairs jaillirent des bouquets feuillus, certains monstres s'y étaient réfugiés, ils tombaient à présent comme bûche en flamme sur leurs congénères affolés. L'allée d'arbres s'embrasa, les bêtes commencèrent à s'enfuir, quand certains arrêtèrent leur course en voyant des humains frais descendre du tram et se diriger vers eux. Tcheck se mit à courir en brandissant son sabre, il cria ;
- Vite ! Vite, il ne faut pas qu'ils s'égaillent sur la place ! Il faut les repousser dans l'allée !
Mirella tira par à coups, faisant sauter les jambes et les torses qui s'ouvraient en tablier de sang, les monstres refluèrent vers l'arrière, la troupe en profita pour s'engager dans l'allée. Les flammes formaient comme une grande arche, se rejoignant vers le ciel, la chaleur était suffocante, les bêtes gémissaient, les quatre hommes avançaient, tapant, tranchant en ahanant. Des flaques rougeâtres venaient les frapper, leurs corps fumaient tandis que la lumière des flammes se reflétait sur les crocs et dans la bave noir des monstres assoiffés de chair, certains en feu, d'autres n'ayant plus de bras mais essayant encore de morde avant de se faire décapiter d'un coup d'épée. Un véritable carnage. Le pouvoir des sabres était impitoyable, ils avançaient en défrichant une forêt de corps difformes, le sang giclait, dégoulinait sur les lames jusqu'à recouvrir leur bras, les hommes devaient parfois ralentir pour frotter leurs yeux emplis d'une sueur acide. Ils frappaient, les monstres pris au fait comme de simples roseaux tentaient de bondir par-dessus pour se faire éventrer, tripes et reins volants et s'enflammant comme de l'hydrogène. Mirella regardait le spectacle, au milieu des flammes, des cris, des hurlements de terreurs, des gerbes de sang s'élevaient, elle marchait derrière la troupe dans un amas de chairs, la couleur du sol avait disparut sous la masse des organes tranchés, têtes, pattes aux doigts décharnées, viscères, charriés par une rivière d'hémoglobine, bouillante sous l'effet du feu, des bulles éclataient, dégageant déjà une odeur de putréfaction et de mort. A gerber. Le liquide épais et noir montait et frappait ses genoux. Elle repensa à cette phrase d'un moine croisé lorsque Jérusalem fut conquise par les Francs ; « Le massacre des infidèles en la cité fut tel que nos chevaux avaient sang jusqu'aux genoux… »

Derrière, un arbre en feu avait coupé leur retraite, empêchant dans le même temps les infestés de les prendre à revers, Tricky et Mirella purent se mettre vers l'avant et tirer avec leurs armes, dégageant le chemin deux fois plus vite. Le jeune soldat avait jeté son fusil à lave hors d'usage et déchargeait au crache feu à bout portant, la fureur et la folie brillaient maintenant dans son regard. Il s'était avancé à cinq mètres devant la troupe, se collant au bêtes pour les abattre au plus près. L'une d'elle voulut le frapper de ses énormes griffes mais avant que la main ne le touche il lui trouait le ventre de feu. Mirella l'appelât pour qu'il revienne, il était devenu fou. Les monstres n'osaient plus attaquer, un autre arbre s'était écroulé à l'entrée même du vieux Nice les mettant en étau avec la troupe qui avançaient. Tricky vint se planter devant la dizaine de bêtes coincées par les flammes et appuya sur le pulser de son crache feu. L'arme émit une sonnerie d'alerte, elle était vide. Une des créatures ne voyant pas la mort partir de cet humain s'approcha, le soldat recula et se retourna pour appeler à l'aide. L'autre balança un coup de patte, la tête du jeune homme vola. Les monstres se mirent à glousser, l'un d'eux avait rattrapé la tête et l'engouffra dans sa gueule, ils se jetèrent sur le corps pour le déchiqueter. Philips arriva en courant, il trancha tant qu'il put dans la masse grouillante mais les flammes s'étaient assagis et les infectés purent s'enfuir. Chacun emportant un lambeau de chair de Tricky en récompense.
Les autres arrivaient derrière, la voie était libre, Kadick cria ;
- On y est ! On y est ! Courez ! Venez vite ! Vite !
Ils s'engagèrent dans les ruelles du Vieux Nice, les monstres avaient disparus. Etrangement les rues étaient éclairées par d'énormes projecteurs, mais pas toutes. Sur leur droite et leur gauche partait des boyaux pavés plongés dans le noir, de vrais gouffres. Tcheck cria de s'arrêter. Ils étaient sur la place Saint François.
On ne voyait que le blanc de leurs yeux briller sous le masque de chairs éclatées et de sang qui leur recouvraient le visage.
- Je crois qu'on a tous besoin d'une douche. Remarqua Matheson.
- Pouah ! Philips cracha ce qui sembla être un bout de cerveau noirâtre. Putain, quelle carnage !
- Tu l'as dit, une vraie boucherie. Renchérit Evengélisti en faisant tomber un rouleau de boyau qui pendait sur son épaule. Et en plus ça schlingue à mort.
- Ouais… A mort. Tcheck regardait lentement autour de lui. Vous avez remarqué le silence ? Et les monstres, on dirait qu'ils se sont planqués…
Mirella avait compris, elle leva un doigt vers le haut, leur faisant signe de jeter un coup d'œil. Ils levèrent la tête.



VI/LE PEUPLE DES ELUS


Là haut, sur toute la bordure des toits, une dizaine d'hommes et de femmes lourdement armés les braquaient. Tous vêtus de blanc, immobiles, ils attendaient.
- Dis moi Math, c'est pas un tube à grenades radiantes que je vois là bas ? Demanda l'évangéliste.
- Ouais c'est ça, ils ont même une mitrailleuse à ions. Répondit Matheson.
- Non ? Ou ça, je la vois pas.
- Sur le coté, y'a une mome derrière qui nous vise avec.
- Ha oui, ça y est, je la vois. Beau matos. Et bien, tu parles d'un accueil, après les monstres…
- Les monstres ne sont pas toujours ceux qu'on pourrait croire. Ironisa Philips.
Mirella se tourna vers Mordeck.
- Alors Tcheck, on dirait que ton ex a encore des raisons de t'en vouloir.
Tcheck souriait à peine.
- Je crois que les emmerdes, en fait, c'est pas encore fini…
-« Jetez vos armes ! » Cria un homme qui balançait le rayon de son laser sur la troupe.
- « Doucement, les sabres aussi ! »
Une voix venue du ciel, une voix que Mordeck connaissais bien, leur lança ;
- Tcheck ! Tcheck ! Est-ce bien toi sous ces vêtements recouverts de lambeaux infectés ?
L'interpellé leva son bras en signe d'assentiment, baissant la tête, accablé.
La voix de la Déesse s'exclama ;
- Mon Dieu, mon Dieu ! Nous avons réussit, notre frère Mordeck est revenu nous chercher, celui qui se repent aura les lauriers, notre Moïse est de retour !
Puis s'adressant à ses hommes ;
- Faites les monter, vite, vite ! Qu'on les nettoie et qu'on leur donne des tuniques, ensuite qu'ils viennent se présenter au conseil. Nous les attendons.
Des hommes et des femmes armés de craches feu surgirent de portes cochères et les entourèrent. Ils ramassèrent les armes, puis sans ménagement les poussèrent dans une des vieilles battisse du vieux Nice. Matheson grommelait.
- Tu parles d'un accueil, pour des sauveurs.
Mirella ironisa vers Tcheck ;
- Vous faites pas de soucis, on a quand même ramené Moïse à la maison, non ?
Tous s'esclaffèrent, sauf Mordeck, qui riait jaune.
Ils s'engagèrent dans un de ces escaliers raide comme une échelle typique du Vieux Nice. Mirella eut l'impression de gravir les degrés d'un donjon. Les illuminés ne parlaient pas. A chaque étage les portes étaient ouvertes, découvrant des cuisines, des chambres, un laboratoire cerné de literie apparut à l'avant dernier et, juste après, ils atteignirent les appartements « Royaux ». Les cloisons avaient étés abattus afin d'avoir de grandes pièces prenant presque tout le niveau. Sur la droite une immense salle était recouverte de tapis, des dizaines de bancs longeaient ses murs et tout au bout sur une estrade trônaient deux majestueux fauteuils en face d'une épaisse table de bois. La lumière des halogènes visant le plafond était troublée par la douzaine de faisceaux d'encens diffusant de lourdes fumées monacales. Pour finir, deux énormes cierges dans des candélabres d'or, sûrement fauchés à l'église Russe, encadraient le « trône ». Ne manquaient plus que les tentures au plafond et les armoiries sur les murs pour se croire dans une série du moyen age. On leur fit traverser la salle en diagonale afin de rejoindre un dernier escalier menant sur les toits.
Une véritable forteresse. Les illuminés avaient disposés d'énormes planches, poutres et linteaux pour aplanir l'endroit, tout autour de cette « terrasse » des murs crénelés fait de centaines de sacs de gravats faisaient office de remparts et à chaque angles se dressaient des tours faites elles aussi avec des sacs de ciments, de sables ou de gravats. Inutile de préciser que chacune d'elle protégeait un garde puissamment armé et muni de jumelle. Quelques élus poussèrent les derniers membres du commando dans un coin et leur ordonnèrent de se déshabiller. On les arrosa à coup de jet d'eau pendant un bon moment, du sang noir dégoulinait de leurs cheveux, de leurs oreilles, ils purent se laver la bouche et se frotter le corps avec du savon. Ensuite ils eurent droit à des sortes de pyjamas de toile blanche avec des sandales en latex, blanches elles aussi. Ca les changeait des tenues de commando mais ils étaient heureux, enfin d'être propre et en sécurité, même s'ils étaient prisonniers. Ils purent boire et se rassasier de soupe lyophilisée dans des cuisines jouxtant la salle du trône.
Une cloche retentit à plusieurs reprises.
- C'est l'heure du conseil. Dit l'un des élus en leur désignant la porte, ou deux gardes les attendaient.

Les bancs étaient maintenant garnis de fidèles, d'autres se tenaient en rangées comme à l'église, tous à genoux, devant le Trône, laissant une large allée traverser la salle en son milieu. La Déesse et le Médium siégeaient en haut de leur estrade. Quelqu'un avait allumé les deux cierges et tous, vêtus de blanc, faisait silence. On mena les quatre hommes et la femme en face des deux seigneurs.
- Qu'ils s'agenouillent ces mécréants ! Tonna la Déesse d'une voix froide.
A coups de crosses dans les jambes, deux costauds les forcèrent à obtempérer. Matheson ne put s'empêcher de jurer entre ses dents ;
- Salope, tu te prends pour qui !
Le Déesse se leva d'un bond ;
- Quoaaa ! Qu'as-tu dit sale fils d'impur ? La haine mais surtout une folie malsaine faisaient se crisper tous les muscles de son visage. Le sergent crut bon de rectifier ;
- Rien m'dame, rien, je me repends, je me repends…
L'évangéliste gloussa de rire, Tcheck lui balança un coup de coude dans les côtes.
Sa seigneurie fulminait, mais elle se calma en voyant Mordeck. Elle était trop contente de pouvoir savourer sa vengeance pour laisser aller sa haine inconsidérément.
- Mon petit Tchecky. Enfin tu es revenu. C'est bien ce que tu comptais faire de toutes façon ? Revenir libérer tes anciens amis ? Puis s'adressant à ses ouailles ; « le voila notre sauveur !»
Un brouhaha discret salua cette annonce. Elle les tient comme des chiots, pensa Mordeck, et elle a déraillé encore plus que la dernière fois, putain… Dans quelle merde je me suis fourré ? Il fit mine d'acquiescer.
La Déesse restait sceptique. Elle se leva, et désignant les prisonniers demanda ;
- Qui sont ces gens ? Je sens des impurs parmi eux. Son regard vénéneux se porta sur Matheson. Elle se tourna vers le Médium qui depuis le début triturait une sorte de chapelets fait de dents de monstre. Il balança ;
- Oui Maîtresse tu as le don. Deux de ces extérieurs ne sont pas des nôtres. Et… ce ne sont pas non plus des immunisés…
Elle devint livide comme la banquise.
- Co… Comment ? Ce ne sont même pas des enfants de la Maxicoîne ?
- Non. Mais ne t'inquiète pas Déesse, je ne les sens pas infectés. Du moins pas encore.
- Comment pourrait-il en être autrement, siffla t-elle de rage et se saisissant d'un des sabres radiant posé sur la table devant elle.
Tcheck intervint avant qu'elle ne fasse un pas, en se relevant légèrement sur un de ses genoux.
- Ne fais pas ça Filona ! Ils ne vont pas se transformer en monstres. D'abords cela fait à peine quatre heure que nous sommes là, Matheson lui lança un regard interrogateur, Tcheck continua, et, ils ont été vacciné par un nouvel anti-virus qui permet à leur corps de résister pendant 72 heures aux attaques. Filona éclata de rire.
- Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! 72 heures tu dis ? Comme par hasard, et après ? On recommence le vaccin ? C'est ça ?
- Non… ça ne marche qu'une fois. C'est pour cela que nous devons vous emmener toi et le Médium le plus rapidement possible d'ici. Il avait fait exprès d'exposer ce point.
Filona esquiva, car son peuple levait déjà des regards intrigués.
- Ca, nous en reparlerons. Quant à ton histoire de vaccin, ne me prends pas pour une idiote, encore une fois devrais-je dire… J'ai avec moi les meilleurs scientifiques et les meilleurs logiciels et nous progressons à peine. Alors ce n'est pas de l'extérieur… Enfin, de toutes façon nous verrons bien. Mais sache une chose Mordeck, j'espère pour toi que tu ne leur as pas menti, 72 heures, trois jours, c'est pas con. Sauf que depuis peu cette saloperie de virus a encore muté. Et à présent la contamination peut se déclarer dés les dix ou douze premières heures. Si tu vois ce que je veux dire.
Tcheck ne put s'empêcher d'être troublé. Heureusement que l'évangéliste et Matheson qui avaient passé plus de deux jours dans les mains des médecins de Polar, ne doutaient pas un instant qu'on leur ait menti. D'autant que dans la tête de n'importe quel humain, il n'était pas possible qu'un virus résiste aux progrès scientifiques du siècle. Ils s'inquiétaient juste de ne pas trop tenter le diable en poussant sur les 72 heures. Plus tôt ils décarreraient, mieux cela vaudrait.
Néanmoins Kadick ne put s'empecher de leur lancer un regard cynique empli de fausse pitié. Mirella aurait voulu l'étrangler.
La Déesse reprit la parole.
- Qu'on emmène ces deux impurs, faites des tests et essayez de récupérer l'anti-virus. S'il n'y a rien, qu'on les tue. Et maintenant, nous les élus, prions, prions pour notre libération prochaine !
Les autres se mirent à pasmoldier ;
- Gloria ! Gloria ! Gloria !
- En effet mes amis, continua t-elle en transe, Dieu nous a choisi pour naître en enfer et aller sur la terre répandre cet enfer ou seuls les élus survivront, et n'oubliez pas, Deo gratias ! Deo gratias ! Non nobis Domine, Veni vidi vici et Quo vadis !
Et « Alea jacta est » pensa Mirella, n'importe quoi, elle est encore plus timbrée que je ne l'imaginais.
D'autres « Gloria ! Gloria ! » Retentirent.
- Qu'on les emmène à présent, sauf le Sauveur. Nous devons préparer notre libération.
Tcheck se dit ; elle pense que j'ai trouvé un trou dans le bouclier ou tout le monde peut se faufiler. Elle ne va pas être déçut, et ses « élus » non plus. Pendant qu'on l'emmenait de force Mirella lui lança ;
- Hé, ciao Sauveur !
- Ciao ma belle, ne t'inquiète pas, je ne t'abandonnerai pas.
- Ouais… Ne me fais pas le coup à la Finela ou Filona…
Mordeck ne put répondre, déjà elle disparaissait dans un escalier.

La Déesse et le Médium lui intimèrent de se lever et de les suivre. Une garde de trois beaux illuminés ne permettait pas de discuter. Ils montèrent sur les « remparts ».
Filona était fier de sa place forte, elle demanda à Tcheck ;
- Alors Tcheck, que penses tu de notre « Montségur » ?
- C'est pas bête d'avoir repris et inversé les thèses Cathares. Mais n'oublies pas comment ils ont finis… répondit-il.
- Tu viens de le dire, les thèses sont inversées, et les croisés, cette fois ci, c'est nous !
No comment, pensa Mordeck.
Ils s'installèrent dans une sorte de salon d'été sur la plus haute des tours érigées en direction de la ville, Tcheck pouvait voir le bouclier magnétique passer à une cinquantaine de mètres au dessus de leur tête et partir se jeter contre les collines du haut pays. Jetant ses flèches blanchâtres les unes contre les autres, il faisait trembler les quartiers de Nice par ses mouvements de lumière et son grésillement permanent était parfois percé de hurlements, de râles ou d'agonie de quelques victimes perdues au cœur de la nuit blême. On lui proposa une paire de Ray ban, Mordeck regretta aussitôt de ne pas y avoir penser avant, il avait les yeux explosés par les amphétamines et le regain des crépitements du tablier électriques, il se sentit d'un coup détendu. Le Médium lui tendit un jus de fruit réhydraté, Tcheck ne put s'empecher de demander ;
- Comment se fait-il que vous soyez si nombreux, la dernière fois…
Le Médium émit un petit sourire ;
- On a stoppé « l'épuration ». On s'est rendu compte que la mise en place du bouclier avait ralenti les mouvements de masse d'air. Tu sais que le virus se transmet d'un corps, vivant ou mort, à un autre corps, simplement dans l'air. Du coup des milliers de personnes qui se trouvaient du coté de Gairaut, dans des résidences pour friqués hyper protégées, ont put s'en sortir. Dans ces villas vivaient pas mal de purs en résidences, que nous sommes allés voir. Nos laboratoires ont réussi à extraire de la Maxicoïne du sang d'impurs immunisé, ce sang que nous avons transmis à ces purs non encore infectés les a rendu à leur tour immunisés.
- Ainsi le peuple d'élus se met en place, uniquement composés de Superpurs. Intervint la Déesse.
Le Médium confirma ;
- Nous avons pris le pouvoir mais nombre d'impurs immunisés ont réussit à s'échapper et ont monter leur propre colonie. Nous devons à present nous battre contre deux fléaux. Heureusement nous avons la recharge pour les armes et les labos.
Tcheck était étonné ;
- Mais pourquoi ne pas vous unir ?
- Ce que ne t'as pas dit le Médium, précisa la Déesse, c'est que pour sauver un pur nous devons prendre le sang de deux impurs et le retravailler, inutile de t'expliquer ce qu'il advient d'eux par la suite. Trop faible, dans ce monde…
Mordeck reposa son jus d'orange artificiel, il voulait vomir, ce sont des monstres, des fous.
- Mais pourquoi ?
- C'est la révolution Divine Tcheck, tu ne l'as pas encore comprit ? Nous avons été choisi pour régner sur la terre. Lorsque nous serons sorti nous ferons ouvrir le bouclier et les monstres seront libérés. Tous les impurs mourront, seuls les élus survivront et mettront en place un nouveau pouvoir… Filona bavait d'extase, elle continua ;
- Mais pour cela nous devons d'abords sortir d'ici.
- Et après ? Vous pensez que Polar vous donnera les clés de la cité, pour que vous puissiez ouvrir la porte. Même si vous lui rendez sa fille…
Le Médium coupa Tcheck dans sa diatribe.
- Ne t'occupe pas de ça. Ce sont nos affaires. Dis nous plutôt comment sortir et quand ?
Mordeck préféra ne pas en rajouter. Il leur expliqua rapidement les moyens de leur évasion. Bien évidemment ils furent profondément déçut.
- Ce n'est pas possible, grogna la Déesse, il nous faut nos hommes et nos armes, quoique…
Le Médium reprit le fil des pensées de sa complice ;
- Oui Filona, nous n'avons besoin que de Tcheck pour trouver le passage, il vient de nous expliquer qu'une dizaine de combinaisons hypothermiques attendaient, planquées dans le phare. Cela fera une troupe suffisante pour accomplir nos projets, il nous faudra juste liquider les autres.
Filona eut un sourire vicieux.
- Pas avant d'avoir récupéré leur précieux sang de Superpurs…
- Cela va prendre du temps, remarqua l'autre.
Tcheck avait envie de vomir, abasourdi par leur cruauté. La Déesse trancha ;
- Allons nous coucher, on verra demain, il va falloir expliquer au peuple les tenants de notre mission. Gardes ! Emmenez le prisonnier, et qu'il soit séparé des autres.

Mordeck se retrouva dans une chambre assez confortable, sans fenêtre, la porte fermée à doubles tours. Il inspecta à fond les moindres recoins de la pièce, pas moyen de s'échapper. Epuisé, il se laissa enfin tomber sur le lit. Bien décider à en écraser un maximum. Cela faisait quinze bonnes minutes qu'il luttait contre les effets de la Dininteline afin de pouvoir s'endormir, lorsqu'il entendit un bruit du coté de la porte. Quelqu'un bidouillait la serrure et allait entrer. Tcheck ralluma la lumière. C'était Mirela. Qu'est ce qu'elle foutait là ?
Elle referma précipitamment la porte derrière elle, en disant.
- Géniale, la première chambre que j'essaye et je tombe sur toi.
- Que se passe t-il ? Comment as-tu fait pour…
Elle lui intima de se taire et chuchota ;
- Chhht ! J'ai hypnotisé le garde pour quelques secondes, il a dut reprendre sa position devant la porte à présent.
- Mais… Hypnotisé ? Et la serrure… Chuchota Tcheck incrédule.
- Tu oublies mes petits dons « Tchecky », c'est un jeu d'enfant pour moi que d'endormir quelqu'un à distance pour un instant. Quand à faire tourner ces vieux barillets de fer… Pfffit !
Visiblement, Mirella était aux anges, la situation l'amusait énormément. Tcheck bondit du lit.
- Mais alors… c'est génial ! Mirela, il faut qu'on parte, allons chercher les autres, vite…
- D'accord mais pas tout de suite, dit-elle sur un ton mystérieux.
- Comment ça ?
Mirella avançait vers lui, le poussant vers le lit ;
- Pas avant qu'on baise mon Tchecky.
- Quoi ! Tu es folle ! Et arrête de m'appeler « Tchecky », Filona ne m'a jamais appelé ainsi auparavant.
Mirella s'énerva ;
- Ha ça ! Je ne suis pas venu ici pour entendre parler de cette folle, ta… Ton ex ! Sa voix se fit plus mielleuse. Ecoute, ça fait trop longtemps que je n'ai pas baisé avec un pur de ta trempe, sois sympa allez, y'en a pour dix quinze minutes, pas plus.
- On peut pas faire ça, heu… Plus tard ?
- Quand t'auras encore des lambeaux de chairs sur la figure, ou alors une boule de feu dans l'abdomen ? Ha non, je ne laisserais pas passer ma chance ! Et elle lui empoigna la ceinture de son pyjama.
- Et Philips, t'as demandé à Philips ?
- J'aime pas l'odeur des blonds !
Mordeck ne put rajouter quoi que ce soit, déjà la bouche de Mirella étouffait la sienne. Il se retrouva projeté sur le lit. Il pensa « Bon, tant qu'à faire », et retourna Mirella pour se trouver au dessus d'elle, il lui dit avec un accent chinois;
- Allez, enlève ton Kimono petit scarabée.
Mirella pouffa de rire.

Une heure plus tard ils se faufilaient hors de la chambre. Le garde, assommé, somnolait dans un coin sombre. Tcheck avait son crache feu entre les mains.
- Tu sais ou sont les autres ? demanda Tcheck.
Mirella se concentra.
- A l'étage du dessous.
L'immeuble était plongé dans le silence, quelques veilleuses éclairaient doucement les couloirs, ils traversèrent plusieurs pièces. Dans l'une d'elle Tcheck s'arrêta ébloui. Un autoportrait de Marie Bouchkrief ainsi que plusieurs pièces d'art étaient entreposées ou exposés à tout va.
Ils ont dut récupérer les œuvres d'art dans les musées de la ville pour les conserver ici. Quelle grandeur d'âme artistique, pensa Mordeck, il y avait même les Warhol du Mamac. Il tomba intrigué sur un drôle de petit objet enfermé dans un coffre avec vitrine. Une relique, une drôle de relique.
Mirella l'appela.
- Tcheck, viens voir, c'est leur labo.
Il la rejoignit rapidement.
Un scientifique s'affairait sur les corps de Matheson et Evengelisti, Mordeck vit briller un scalpel, il donna un coup de pied dans la porte et bondit à l'intérieur de la pièce. L'homme en blouse blanche leva les bras. Du bout du scalpel pendait un petit viscère ensanglanté.
- Recule contre le mur ! Gueula Tcheck en le braquant. Il s'approcha du brancard, nom de Dieu, Matheson avait les tripes ouvertes, son cœur, mis à nu, continuait pourtant de battre. Il se pencha pour dégueuler sur le carrelage. Mirella s'était précipitée sur l'autre lit. L'évangéliste allait bien, elle le détacha. Lorsqu'il vit l'état dans lequel on avait mit son ami, il ne put retenir ses larmes. Fou de rage, il arracha le scalpel des mains du médecin et l'égorgea d'un coup sec.
- Les salauds… les salauds… gémissait-il. Il tomba à genoux, laissant le sang chaud dégoulinant de l'artère de sa victime baigner ses jambes.
Matheson était éveillé, la souffrance faisait trembler son corps. Mirella se saisit d'un masque à oxygène et lui plaqua sur le visage. Elle ouvrit la bonbonne à fond. Le sergent allait se prendre le Mégatrip avant de s'exploser définitivement les neurones. L'évangéliste murmura une épitaphe ;
- Il disait tout le temps « Je suis une légende »…
Matheson fit un dernier sourire et son cœur se gonfla entre les parois de sa poitrine, du sang commença à gicler en jets puissants, éclaboussant les murs, il allait éclater.
- Allons-y. Commanda Tcheck. Allons chercher ces deux salopards et rentrons à la maison.

Ils rencontrèrent des gardes qu'ils neutralisèrent, récupérant les armes.
Ils commencèrent à tirer sur tout ce qui bougeait, l'alerte venait de sonner, des hommes et des femmes armées sortaient de tout cotés. Arrivés à la salle du trône Mirella craignit que leurs clients ne s'envolent avec tout le ramdam, c'est là qu'une pensée lui traversa l'esprit.
- Et Tcheck, on a oublié Philips !
Il voulut lui répondre que non, quand une porte s'ouvrit sur le coté laissant apparaître Kadick, justement, poussant du bout de son crache feu la Déesse et le Médium.
Il sembla contrarié de les voir. Ce qui n'échappa pas à Mirella
Sûr que ce salopard allait se barrer sans nous, et elle comprit pourquoi Tcheck l'avait « oublié ».
- Alors Philips, tu comptais aller nous chercher après avoir ramené nos colis à la maison ? Ironisa Mordeck.
- Ne dis pas de conneries Tcheck, et toi qu'est ce tu foutais par ici, tu me cherchais ?
- Je savais que tu t'en sortirais tout seul Philips
- Moi pareil !
Des boules d'énergie éclatèrent contre le mur, passant tout prés d'eux, Philips se baissa et défourailla en direction des escaliers. Il gueula ;
- Cessez vos tirs bande de crétins, j'ai votre Déesse. Alors jetez vos armes et dégagez le passage. Elle va nous aider à fuir, ensuite, on vous la rendra ! Il fit un clin d'œil à Tcheck.
- Bon alors, sans rancune ?
Tcheck fit un geste du canon de son arme vers la porte ;
- Passe devant, je préfère.
- Pas de problèmes. J'ai l'habitude.

Ils déboulèrent dans la ruelle en plissant violemment des yeux. Le jour venait de se lever et les rayons du soleil frappant à travers l'ozone, la pollution et le bouclier magnétique, brûlaient la peau, bien que ne chauffant pas, il cramait aussi les yeux. La troupe s'engagea en courant vers la place Garibaldi. Derrière, les illuminés suivaient en trottinant, ne sachant quelle attitude adopter. Mordeck cria pour rassurer son groupe ;
- Ne vous inquiétez pas pour les monstres. Les jours de soleil comme ça, ils ne sortent pas, on ne risque r… Haaaaaaa !!
Une flèche venait de lui transpercer le bras, il s'écroula. L'évangéliste laissa passer Philips et les deux zouaves et couru à son secours. D'autres jets se mirent à siffler dans l'air, Tcheck défourailla de sa main libre et fit cracher le feu sur la façade qui cachait les « indiens ». Les tirs s'arrêtèrent, il se releva et regarda son bras.
- C'est rien, lui dit l'évangéliste, c'est rentré dans le gras, mais c'était quoi ça ?
- C'est des ennemis de la Déesse, des immunisés. On a intérêt à se grouiller, allez viens.
Les flèches se mirent à pleuvoir accompagnées de pierre et de cris stridents, Tcheck vit débouler une bande de fous furieux vêtus de loques et armés de gourdins et autres barres de fer, des coups de feu claquèrent, ces immunisés avaient dégotté un vieux stock d'armes à poudre. Mirella était revenu pour les couvrir, elle commença à tirer pour effrayer les fous. Ils étaient presque cernés, à nouveau sur cette maudite place Garibaldi encore jonchée de centaines de cadavres desséchés. Tcheck leva son arme et avant qu'il n'est pu tirer, il fut surpris de voir le premier rang des assaillants se faire trouer de flammes d'énergie pure. Le peuple des élus arrivait à la rescousse, les autres les aperçurent et se mirent à hurler des cris de guerre en changeant de direction ; les deux clans se rencontrèrent dans un fracas de haine et de sang. Les « Superpurs » avaient sortis les sabres, les bras et les têtes volaient, mais les autres avaient l'air plus aguerris, et c'est à coup de casse-tête primitifs et de haches qu'ils tranchaient et frappaient. Une bataille digne des temps barbares s'engagea.
Mirella et ses deux compères ne demandèrent pas leur reste et se débinèrent comme ils purent vers le port. La voie était libre sur les quais frappés d'un soleil bouillant et écarlate. Kadick était invisible, ils coururent jusqu'à la digue et virent la porte du phare défoncée. Tcheck fit signe aux deux autres de faire silence et se faufila entre les rochers. Il trouva Philips de l'autre coté. Les pieds dans l'eau, déjà en combinaison, il tenait en joue les deux otages pendant qu'ils s'équipaient péniblement.
Le blond sentit le canon d'un crache feu lui caresser les reins.
- Alors Philips, on n'oublie de faire ses adieux à la famille ?
- Arrêtes tes conneries Tcheck. Les illuminés risquaient de débarquer à tout moment, et… Tu t'en es sorti, Et…
- Nous aussi ! Balança Sergio, l'évangéliste en se montrant avec Mirella.
- Ha… Dommage.
- Ta sollicitude nous touche, le rembarra Mirella en le fusillant de ses yeux noirs.
Kadick tendit la main vers les sacs.
- Je disais ça pour autre chose. Mate les sacs Mordeck.
Tcheck se baissa, les combinaisons hypothermiques avaient étés saccagés. Quelqu'un était venus pendant leur absence et avait forcé la porte du phare.
Il en tenait une complète et compta les trois que portaient Kadick et les prisonniers.
- Quatre en tout. C'est ça Philips.
- Tu sais compter Mordeck, ça fait plaisir. Maintenant, si tu pouvais baisser ton arme…
Mirella se demanda si cet enfoiré de Philips n'y était pas pour quelque chose.
Elle demanda ;
- Et tu comptais de barrer en premier avec les deux colis et nous laisser nous démèrder avec une seule combi.
- La mission avant tout. Retorqua t-il.
- Et pourquoi on ne les entend pas les deux Zouaves, ils ont plus rien à dire nos seigneuries ? S'interrogea L'évangéliste en désignant les otages.
- Je leurs ai fait un shoot de calmant, la blonde n'arrêtait pas de me bourrer les oreilles et l'autre a essayé de me bouffer le cerveau avec ses « messages ». Je ne voulais pas prendre de risque.
- Et t'es sur qu'ils vont pouvoir nager ?
- Pas de problèmes, ils comprennent tout et je n'ai pas touché aux fonctions physiques.
- Et les combinaisons ? Tu leur a fait un shoot de quoi ? Insinua Mirella.
Kadick devint violent.
- Ta gueule la pétasse, t'es venu ici pour faire quoi déjà, faire chier ?
Tcheck fit un bond, Philips dépassait les bornes, d'un coup de crosse il lui fracassa la mâchoire. Le blond s'écroula dans l'eau. Avant qu'il ne se relève Tcheck lui expliqua.
- Maintenant t'arrêtes de nous prendre pour des cons, et tu fermes ta gueule le Blade Runner. C'est moi qui dirige les opérations, jusqu'au bout.
L'autre se releva en massant sa mâchoire qui saignait. Ses yeux criaient le meurtre.
- Et alors ! Tu décides quoi enfoiré ?
- C'est tout réfléchi, reprit Mordeck, on va plonger, toi, Mirella, la Déesse et moi. L'évangéliste reste ici avec le Médium, on fait un voyage pour ramener le premier colis à Polar. Ensuite, il se tourna vers Sergio, je reviens vous chercher. De toutes façons, c'est le Médium le plus important, il n'y a que lui qui sait ou se trouve la fille du Boss.
L'évangéliste acquiesça ;
- Pas de problème Tcheck. Je te fais confiance, je vous attendrais.
- On va faire sauter la digue pour t'isoler. Tu te barricades dans le phare avec toutes les armes et ça devrait aller. Je te promets d'être de retour d'ici deux heures.
- Deux longues heures, souffla le lieutenant.
Mirella vint se pendre à son cou.
- On te laissera pas tomber Sergio, je te le jure.
Tcheck pensait, ou espérait que son ami n'était pas encore infecté, à peine une vingtaine d'heures s'était écoulée depuis leur arrivée. Bien qu'il sache que Polar ne voulait prendre aucun risque de ce coté ci. Restera à le convaincre…

En quelques minutes ils furent prêts à plonger, Tcheck se tourna vers Philips ;
- Je ne te refais pas la chanson Kadick…
- Te foules pas Mordeck, j'ai compris. Je passe devant…
Sergio regarda les quatre têtes couler une à une dans le bouillon noirâtre, Mirella lui adressa un baiser volé qu'il attrapa. Elle s'empressa de disparaître dans l'eau tiède, les larmes faisaient des flaques à l'intérieur de son masque.



VII/LA RELIQUE DU ROUGE ET DU NOIR


De jour le chemin fut plus rapide. Les hommes de Polar attendaient sur le ponton de la Villa. Ils les repérèrent dés leur entrée dans le petit port privé, ça se mit à gueuler et à courir en tous sens.
- Les voila, le commando est de retour ! Qu'on réveille le gouverneur, vite ! Vite ! Allez chercher les médecins et enfilez vos masques anti-V.
La machine était rodée. Une dizaine de soldats se déploya tout le long du ponton, faisant résonner leurs bottes contre le bois reconstitué, ils se mirent face à la mer et braquèrent leur crache feu vers la surface de l'eau. Tcheck et Mirella émergèrent en premier, arrachant leur masque. Un faisceau de canons était pointé sur eux.
- Qu'est que ça veut dire ! Tempêta Mirella. Où est Polar !
- Ce sont les ordres madame, lui répondit un officier à demi Bionique, simple précaution. Le gouverneur sera là dans quelques minutes.
Les cheveux dégoulinant d'eau elle se hissa sur le bord puis aida Tcheck à grimper. Kadick avait rejoint une échelle de coupée et poussait la Déesse devant lui. Immédiatement trois Bioflicks se saisirent d'elle et lui passèrent des menottes électriques.
- Attendez, je veux voir son visage ! Cria une voix autoritaire.
Polar venait d'arriver. Il se saisit de son bras et la fit pivoter vers lui.
- C'est ça la célèbre Déesse ? On dirait une shootée. Où est ma fille ? Répondez ! Dites moi ou elle se trouve ! La jeune fille dodelinait de la tête d'un air absent, comme sortant d'un long songe. Polar maugréa ;
- Ce n'est pas grave, je saurais bien vous faire parler… Il se tourna vers Philips.
- Je reconnais votre méthode Kadick, et je vois que le groupe à subit des pertes... Mirella ne distinguait pas son visage mais était persuadée qu'il souriait à son homme de confiance.
- C'est pas finit, boss, il reste le Médium à ramener et… et un des soldats. Un problème de combinaison hypothermique. Mais ça va aller, je m'en occupe.
- Je vous ai donné ma confiance Philips, ne déconnez pas avec, il me faut cet enfoiré de Médium. Le menaça Polar. Puis il lança à l'adresse des médecins ; emmenez là et commencez les analyses. Pour le « travail », je veux dire le dépeçage par fines bandelettes, l'écartelage, le démembrage et autres raffinements infinis, on va attendre que son ami nous rejoigne.
De nouveau il se tourna vers Philips et le fixa d'un regard plein de sous entendus.
- Kadick, vous, vous retournez là bas, pour les autres un petit cocktail de bon retour nous attends derrière la villa et…
Tcheck fit bouger tout le monde en clamant ;
- Et Polar ! Avant que votre Blade Runner ne plonge, j'aimerai récupérer La carte de sortie pour ma fille.
- Désolé Mordeck, mais la carte attendra, il manque un acteur pour finir la pièce.
Tcheck avait provoqué cette réponse avec escient.
- D'accord avec vous le « Boss », alors dans ce cas, c'est moi qu'y irais chercher le Médium, et moi seul. Si vous voyez ce que je veux dire. Sans ça, donnez moi la carte et laissez moi partir.
Il eut envie de rajouter « avec Mirella », mais ce n'était pas le moment. Non, pas encore.
Polar aurait pût régler cette histoire dans la minute, il avait assez de bras armés de crache feu pour obéir à la seconde, mais il conservait une certaine confiance en Mordeck par rapport à « là bas », les affaires sont les affaires et il voulait le Médium... Il acquiesça donc.
- Okay, allez-y, ramenez le moi, et nous réglerons nos affaires. Un contrat est un contrat.
- Pour ça, je vous fais confiance « Gouverneur »... Donnez moi une heure, pas plus, et je vous ramène celui qui vous rendra votre fille.

Tcheck fit un signe d'adieu à Mirella et disparut sous l'eau. Les dernières micro bulles percèrent la surface en suivant le chemin menant vers le large, puis s'évanouirent complètement sous le regard de la jeune femme.
Kadick s'approcha de Polar pour lui chuchoter deux trois choses à l'oreille. L'autre acquiesça. Philips se dirigea alors vers un soldat et lui arracha son crache feu des mains en riant sauvagement, il se dépêcha d'enfiler ses palmes, emboucha sa mini bouteille d'oxygène compressée, et plongea à l'eau sans autres formalités. Mirella eut à peine le temps de réaliser en entendant le « plouf », elle regarda Polar avec effroi, celui-ci réagit prestement en claquant des doigts. Deux hommes se saisirent d'elle. Elle s'écria ;
- Qu'est ce que vous faites Polar ? Pourquoi Philips est-il parti derrière Tcheck ?
Mirella tenta de se débattre, Masséna l'avertit ;
- Tout doux ma belle, ou je vous balance une décharge dans les menottes, votre mission est terminée. Quant à Mordeck… Il croit que le Médium va venir me livrer mon bébé. Dommage pour lui mais j'ai récupéré ma Claire. Et oui, un des anarchos n'a pas résisté à la récompense, il me l'a ramené saine et sauve pas plus tard qu'hier. J'ai beaucoup apprécié son geste, Hin ! Hin ! Hin ! Ricana Polar avec effroi. D'ailleurs vous l'apprécierez certainement, vous aussi, lorsque vous le rejoindrez, avec tous les témoins de cette affaire, dans le four à désintégration que j'ai fait installer derrière la villa. Ha ! Ha ! Ha !

Mirella était livide, quoi, tout ça pour ça ! Polar continuait ;
- Il fallait être idiot d'une part, pour croire que l'on pouvait me faire chanter impunément, et d'autres part que dans une affaire comme celle-ci, Polar Masséna allait laisser des témoins derrière lui. Seul Kadick à ma confiance. Vous prenez mes associés sur la région pour des enfants de chœurs ? Si jamais les actionnaires apprennent que j'ai fait entrer et sortir des humains de la cité maléfique, je vous laisse imaginer ce qu'ils feraient de moi… Non, jolie dame, le monde est cruel et sans pitié pour les faibles, ou pour ceux qui font des erreurs. Quant au Médium et à son amie la Déesse, je leur ai préparé un programme digne des meilleurs moments de l'inquisition ! Ils vont regretter d'avoir voulu profiter de moi ! Il faut qu'ils servent d'exemple, nul ne doit penser que l'on peut me manipuler sans en payer le prix fort. Un prix exorbitant ! Ha ! Ha ! Ha !
- Mais Mordeck… tenta t-elle.
- Lui plus que les autres, il en sait trop. Sans compter que sa fille peut me rapporter un paquet de pognon, je me suis engagé à en prendre soin si il lui arrivait malheur. Ha ! Ha ! Ha ! Cette fois, Polar éclata franchement de rire.
Mirella n'y croyait pas, elle pensait, c'est pas vrai Tcheck, t'as pas fait ça ?
- Alors, cette petite désintégration ? Proposa Polar en désignant le chemin menant vers la fameuse cuve.
- Attendez, attendez au moins de voir si Kadick vous ramène votre Médium. Et si c'est Tcheck qui revient ? Je pourrais le sentir et vous prévenir…
- Vous y croyez encore, hein ? Et vous me prenez pour un abruti ? Mes hommes ont ordre d'abattre tout ce qui sortira de l'eau et qui ne ressemble pas à mon Blade Runner. Mais j'aime les défis. Alors, allons plutôt vers le salon, je vous offre un dernier verre. Et vous, vous allez me raconter comment c'était « là bas ».
Mirella sentit le nœud qui lui enserrait la gorge se détendre.
- Tout ce que vous voudrez, tout ce que vous voudrez...
Elle pensa, il faut absolument que je trouve un moyen pour me concentrer et prévenir Tcheck, absolument…

Kadick nageait en silence. Il avait laissé cinq bonnes minutes à Mordeck, une idée lui traversa l'esprit;
- Cette fois Mordeck, c'est toi qui passes devant. Ha ! Ha ! Ha !

Tcheck venait d'ôter ses palmes, l'astre solaire tapait de plus en plus fort. Pas étonnant que les monstres se cachent à partir de l'aurore, surtout les jours de grand soleil blanc comme celui-ci. Les rayons s'étalaient sur toute la surface du bouclier produisant une immense réverbération lactescente qui retombait sur la ville comme de l'acier en fusion. Nul ne pouvait se permettre de regarder le rideau magnétique de face. Tcheck avait l'impression que la situation avait empirée depuis la dernière fois, ou alors c'était le changement de saison. On crevait, on suffoquait tel un poisson jeté hors de son bocal. Il devait être midi. Les illuminés étaient rentrés à « Montségur », ils devaient se sentir un peu perdus sans leurs maîtres. Tant qu'ils avaient des armes et de quoi bouffer… Se rassura Tcheck.
Il s'approcha du phare en silence, arrivé prés de l'entrée il lança ;
- Hé ! L'évangéliste ? Hé !
Pas de réponse.
- Et merde…
Tcheck poussa la porte, la pièce du rez-de-chaussée était plongée dans le noir. Ronde, d'une quinzaine de mètres de diamètre, les volets des meurtrières laissaient percer de fines lames de soleil blanc dans lesquelles la poussière s'accrochait et scintillait comme poudre de diamant. Les yeux de Mordeck tentèrent de s'habituer à l'obscurité. Il s'avança de deux pas.
- Hé !
Des tabourets étaient renversés, un banc explosé, Tcheck entendit un râle. Il se précipita dans un coin.
- Merde, l'évangéliste, c'est toi ?
Sous une table, contre un mur, une masse sanguinolente était recroquevillée. Tcheck effleura le corps de son crache feu, une mare de sang s'agrandissait sous ses pieds. Il se pencha, le canon de son arme releva la tête du corps déchiqueté.
- Merde, polar ne va pas être content…
C'était le médium. Le bonhomme respirait encore, il poussa un râle ;
- Votre… Votre ami…
Tcheck se retourna brusquement. Il venait d'entendre un grognement.
- Nom de Dieu ! Jura t-il.
Un monstre lui faisait face dans l'obscurité. Un mètre, pas plus, les séparait. Le corps de Mordeck se trempa de sueur, il tenta d'armer son crache feu mais la créature l'envoya valser et s'exploser contre le mur d'un coup de sa patte crochue. Un souffle putride émanait de sa gueule et déjà la bave acide et noire dégoulinait de ses crocs, excitée par l'odeur de chair. Tcheck recula. Etrangement, la bête ne bougeait pas, soufflant, ahanant. Mordeck se mit à gueuler ;
- Hé ! L'évangéliste ! Bordel, qu'est ce que tu fous !
Aussitôt, la créature écarquilla les yeux et tourna la tête de tout cotés, comme affolée, un long gémissement suinta de sa gueule puis son regard se posa à nouveau sur Tcheck. Il crut y déceler une grande souffrance intérieure.
- Non… Putain, non. C'est pas toi Sergio ? C'est… C'est toi ?
A son prénom, le monstre se remit à gémir, dodelinant de la tête, mais la folie lui torturait l'âme. Il grogna, haleta en reniflant bruyamment, happant l'air pour se saisir les miasmes d'odeur de sang frais qui émanait de l'homme, l'excitation réveillait sa sauvagerie, Tcheck sentit le danger, il était coincé par le mur. Il glissa contre, profitant de sa courbe, pas à pas, pour atteindre la porte fermée. Le monstre le regardait faire, pivotant sur lui-même au milieu de la pièce, continuant à japper en sa direction, ses pattes déchiraient l'air. Tcheck tenta de le calmer ;
- Sage, sage… Ecoute mon Sergio, tu…tu vas pas bouffer un vieux pote, dis ?
L'autre hurla, claquant l'air de ses crocs. Mon compte est bon, pensa Mordeck. Il avait atteint la porte, sa main tremblait comme un shaker, il réussit à se saisir de la poignée dans son dos. La bête allait bondir, Tcheck appuya sur la gâche, la porte s'ouvrit d'un coup derrière lui et il bascula en se cassant la gueule. Le monstre se prit la lumière frappante du soleil en pleine face et poussa un terrible hurlement. Tcheck trempa son froc, il essaya de se relever en panique, il était coincé, son putain de harnais s'était accroché à une tige de fer sortant des blocs de béton, il tenta de récupérer son arme, il voyait les deux yeux du monstre luirent dans le noir comme deux pièces d'argent. Ils approchaient, bravant la lumière, attirées par cette proie ridicule et gigotante, offerte, Mon Dieu pria Mordeck, il va me sauter dessus !
Mais la bête avait des restes de l'évangéliste dans son corps décharné, elle poussa un nouvel hurlement et bondit en tendant ses griffes pleines de sang. Tcheck leva les bras devant son visage, mais le monstre lui passa au dessus, laissant une traînée de bave et de sang sur son corps.
- Merde ! S'écria t-il, les miasmes gluant collaient à son visage, il se retourna et entendit un cri de terreur, un cri d'homme.
Kadick roulait dans la caillasse, emporté par le monstre, le corps empêtré dans celui de la bête qui grognait, mordait et déchirait. L'autre hurlait de douleur, des flammes de sang giclaient de sa gorge, de son aine. Tcheck réussit à se relever, il pointa son arme sur les êtres assoiffés de haine, Philips avait sorti une dague et frappait, frappait, faisant jaillir le sang, la bête hurlait mais ne lâchait pas, tant d'énergie, de violence, elle réussit à arracher le bras tenant la dague, c'en était finit de Philips. Mais l'homme avait de la ressource. D'un dernier coup de rein rageur il fit basculer leurs deux corps vers le bords, la créature tendit ses griffes vers une roche pour s'agripper mais le mercenaire l'empoignait de son bras valide et lui balançait de puissant coups de boules, les restes de Méemphétamine décuplait sa haine et annihilait sa douleur, bien qu'il sentit son être s'affaiblir, presque entièrement vidé de son sang, il ne lâcherait pas. Le duo rageur finit par culbuter vers la mer. Chutant dans l'eau sombre et coulant directement. Une éruption de sang et de lambeaux de chairs bouillonnèrent sur la surface tandis que homme et bête continuaient à se déchirer en plongeant vers les abysses. Tcheck tenta de discerner quelque chose. Plus rien ne vint troubler l'immense flaque de viscères sanguinolentes qui flottaient sur l'eau du port. Quand remontant des fonds à la vitesse d'une fusée, une grosse boule noire éclata la surface comme un ballon gonflé d'air pour retomber dans une gerbe d'eau, et flotter, calmement.
Mordeck, intrigué, se pencha pour voir. Il se retourna brusquement et gerba ce qu'il pouvait. Il avait reconnut la tête de Kadick.
La tête de Philips Kadick le mercenaire, surnommé Blade Runner, souriait… Le monstre, lui, ne remonterait pas.

Blanc comme un linge Mordeck alla s'asseoir contre le phare pour réfléchir. Qu'est ce que cet enfoiré foutait là ? Etait-il là pour s'occuper de Sergio ? Ou de moi ? Des deux peut-être…
L'évangéliste lui avait sauvé la mise, il repensa à leur première rencontre dans les Balkans, à Cherudeck. Ils s'étaient bourrés la gueule pour oublier les massacres. Comme maintenant, leur mission avait coûté la vie à tout le commando, n'étaient restés que lui et Sergio. Cette fois ci, Sergio avait eu moins de chance.
D'un coup une puissante vibration lui envahit la tête, cela fit comme des images en accéléré, il voyait Mirella, étrangement assise sur un cabinet de toilette, sa voix lui parvenait par bribes, Tcheck tenta de se relever mais une force inconnue le plaqua au sol. « Ne reviens pas Tcheck, ne reviens pas… » Disait la voix.
- Merde ! Mirella… Balbutia Mordeck.
« Oui mon Tchecky c'est moi, Polar a retrouvé sa fille, il ne pense qu'à se venger des deux élus, il t'a envoyé Kadick, et si tu t'en sors, des hommes t'attendent pour t'abattre… »
- Mi… Mirella ! Et toi ? S'exclama le pauvre garçon, il était bouleversé, et par cet étrange phénomène et par les révélations de son amie.
« Ne pense pas à moi Tchecky, sauve toi et va récupérer ta fille, oublie moi, ne reviens surtout pas à la villa, Polar te tueras… Adieu Tcheck, Adieu, ils viennent me chercher…»
Plus rien. Mordeck put se relever. Son regard plana un instant sur l'eau encore tachée de sang, il n'en revenait pas, Polar les avait tous manipulé. Il pensait à tous ces jeunes soldats sacrifiés, à tous ces risques encourus pour qu'un milliardaire mégalo assouvisse sa petite vengeance. Heureusement Tcheck avait prévu ce genre d'éventualité et s'y était préparé, il avait une arme secrète. L'image de sa fille lui déchira le cœur, il ne pouvait pas la laisser entre les pattes de ce salaud, et par-dessus se superposa celle de Mirella, et ces derniers mots ; « Ils viennent me chercher… »
- Ce fils de P… Je vais le crever cet enfoiré !
Il récupéra son sabre radiant, ses palmes et son crache feu ; brisé. Tant pis, il mordit dans son détendeur et s'en alla plonger loin de la flaque de sang et de chair. Dessus, se reflétaient les rayons du soleil magnétique formant des flammes oranges et rouges. Un feu mouvant et aveuglant, le feu de la folie et de la mort.

Il avait nagé jusqu'à une petite crique rejoignant la villa. Des biogardes armés et équipés de capteurs infestaient la zone. Rampant tel le premier mammifère, il sortit de l'eau pour rejoindre le couvert.
Tcheck s'allongea entre deux rochers. Il se saisit du sabre radiant tout en l'activant. Le soleil frappait son corps immobile et de la vapeur s'échappait de ses vétements, mais le bioflick droit comme un I au dessus de lui, tournait ses capteurs visuels vers le rivage et quant à ses infrarouges, ils étaient inefficaces grâce à la combinaison de Mordeck. Il put s'approcher sans faire le moindre bruit, retenant son souffle. Lorsqu'il fut assez prés, Mordeck expira, se releva sur un genoux et envoya son bras dans un large demi cercle en face de lui. Le corps du garde tressaillit, ses jambes se mirent à valdinguer puis s'écroulèrent d'un coté, tandis que tronc, bras et tête réunit roulaient de l'autre coté dans une cascade de sang. Le jeune homme récupéra le crache feu du soldat et grimpa sur la petite colline, le long ponton de bois tenant en laisse deux vedettes rapides et l'imposante villa apparurent au détour d'un bloc de granit. Un petit sentier y menait, sur l'un de ses virages avant de descendre à pic, une grosse roche se trouvait presque à même hauteur du toit, séparée par un gouffre d'à peu prés six ou sept mètres. Mordeck analysait tous les paramètres. Une bonne douzaine de bioflick armés jusqu'au boulons, tous plantés sur le ponton, scrutaient la masse liquide prés à faire jaillir le feu sur tout ce qui en surgirait. Polar, Mirella et la Déesse avaient disparut. D'autres part, Tcheck compta trois snippers installés sur le toit, sans parler des gorilles à l'intérieur et du personnel « médical ».
C'est mission impossible, pensa Mordeck, il ne demandait qu'une chose, pouvoir dire deux mots face à face avec le Boss, ensuite restait à savoir si son plan marcherait. Mais le plus difficile allait être d'arriver vivant, jusqu'au Boss. Il se décida pour les toits. Pas besoin d'échauffement, ses différents allers-retours sous-marins et les derniers combats urbains avaient idéalement aiguisés ses muscles et son instinct de tueur. Sans parler de la rage d'avoir peut-être perdu Mirella, de s'être fait abuser et de risquer de laisser sa fille à une ordure sans nom. Bref, il n'y avait place pour aucune pitié ni erreurs dans ses choix.
Il glissa la sangle du crache feu sous son aine de manière à pouvoir s'en saisir aisément, assurant sa prise sur le sabre reflétant les rayons du soleil comme autant de lames blanches, il se mit à courir en silence.
En fait de course, c'est de grands bonds qu'il s'agissait. Ses jambes se déployaient, le faisant presque voler de six mètres en six mètres. Ayant atteint le rocher suspendu, d'un seul élan il atterrit sur le bord du toit en tranchant une tête qui allait donner l'alarme. La figure surprise du jeune snipper chuta sur le gazon sans faire de bruit. Tcheck se recroquevilla comme une bête, un nouveau bond lui fit atteindre la crête de la toiture. Deux snippers de l'autre coté entendirent claquer les tuiles et se retournèrent, Mordeck se laissa tomber et roula sur la pente, les décharges de crache feu faisant s'éclater les tuiles autour de lui, il se retrouva accroupit juste entre les deux gars, avant qu'ils n'aient eut le temps de réagir, leurs entrailles s'écrasaient sur leurs pieds. Notre jeune héros se suspendit à la gouttière et d'un coup de rein sauta sur un petit balcon. Il rangea son sabre et arma son crache feu.
Ayant traversé une chambre, meublée luxueusement mais avec un goût de chiotte, il poussa la porte donnant sur le couloir. Quelque chose bloquait le mouvement, un gorille s'appuyait dessus de l'autre coté, pas le temps de réfléchir, la salve de feu traversa le bois reconstitué et envoya homme et tripes s'écraser contre le mur d'en face. La détonation fit surgir des flammes et des cris d'alerte au bout du couloir, Tcheck entendit des gars courir et crier, il régla son arme au maximum et fit exploser d'une décharge l'entrée du couloir, le plancher s'écroula emmenant une cage d'escalier et ses occupants, derrière, au milieu de terribles râles de douleur et d'agonie, apparut la clarté du soleil à travers un espace dans le mur. Les cris de Polar donnant des ordres montèrent du rez-de-chaussée, Mordeck essaya de les situer et balança une deuxième salve, vers le sol cette fois ci. Un large trou répondit à l'explosion, de la fumée des plâtres et des toux apoplectiques montèrent du dessous. Tcheck se laissa glisser dans le trou pour atterrir au milieu des gravats. Il s'empressa de remettre son arme en mode automatique pour dégommer tous ceux qui essayaient de fuir ou de lui tirer dessus. Quatre médecins rendirent l'âme et deux derniers gorilles regardèrent leurs intestins se dévider contre le sol, avant de s'écrouler dedans. Tcheck Mordeck était le plus rapide. Son regard empli de force meurtrière et de concentration, on aurait dit une machine animée par les yeux d'un loup.
Ne restaient dans le « salon » que Mirella (Dieu soit loué, elle était vivante), la Déesse et cet enfoiré de Polar Masséna. Abasourdis et choqués, toussant et crachant la poussière, ils regardaient Tcheck qui venait d'apparaître dans un fracas de feu et fumée. Dehors les bioflicks se regroupaient. En deux pas, notre héros fut sur Polar lui enfonçant son flingue dans le bide.
- Dis à tes gars de se calmer ! Vite, ou je te plante !
Polar suait et soufflait mais n'avait rien perdu de sa perfidie.
-Tu oserais tuer un gouverneur économique ? Tu sais très bien que cela serait signer ta condamnation à mort ! Tu ne … Ouch !!
Tcheck venait de lui envoyer une mandale.
- Fais ce que je te dis ou je te tranche le nez ! Ca lui rappela la nouvelle de Gogol. La lame de son sabre s'était posée contre la joue de Polar, juste sous son œil.
Le gros dégagea une subite odeur de transpiration rance et froide, l'odeur de la peur, l'odeur des gros en panique pensa Mordeck avec jubilation. Polar se mit à gueuler ;
- Hé dehors ! Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! Ce salaud me tient en otage !
- Gouverneur ?
Un brouhaha interrogatif venant de l'extérieur répondit à ses ordres. Mordeck serra son étreinte sur le gros.
- Dis leur d'aller sur le ponton et de ne plus en bouger ! Dis leur !
- Allez sur le ponton ! Tous ! Et n'en bougez pas ! Compris ?
Ils entendirent les bottes des soldats s'éloigner vers le petit port, Tcheck souffla, Mirella vint se glisser derrière lui.
- Tcheck, enfin, tu es vivant…
- Pas pour longtemps ! Cracha Polar avec rage, il s'était reculé et se massait la joue, il s'empressa de rajouter ;
- Si tu me butes Mordeck, tu auras affaires au pires bioflicks de la confédération, tu sais ce qu'il en coûte de toucher à une élite. Quant à ta fille… et si tu ne me butes pas, c'est moi que tu auras au cul et crois moi, les gars que je fais travailler pour ce genre de boulot ne sont pas du genre à lambiner, Ouch !
Mordeck lui balança un coup de crosse en travers de sa gueule, le Boss gémit en crachant du sang et deux dents qui dégoulinèrent sur son menton flasque.
- Ferme là sale porc ! C'est moi qui ai les dés en main à présent !
- Tu n'as rien ! Rien ! Gueula l'autre. A présent la haine défigurait son visage rougeaud.
- Oh que si ! Rétorqua Tcheck. Tu n'aurais jamais dû envoyer un gars comme moi là bas, tu te prends pour la seule pute en ce bas monde ? Pour commencer tu vas me donner la carte magnétique pour que j'aille récupérer ma Maya.
Polar ricana mais obtempéra, une lueur d'inquiétude venait de passer dans ses yeux.
- Tiens prends là, prends là et casse toi. Et vite si tu peux, car je te retrouverais, toi et ta fille…
Mirella intervint ;
- Il a raison Tcheck, cet enfoiré ne te lâchera pas. Butes le ! Butes le ! Il vaut mieux avoir les biffins aux trousses que les sbires de cette vermine.
- Non, Mirella, les bioflicks ne mettrons pas 12 heures pour me localiser, et je ne parle pas de Maya, tu sais très bien que les Purs sont truffés de détecteurs et autres émetteurs implantés. D'ici à ce que j'aille au Brésil Kommunist pour me les faire retirer, je serais mort. Non, je ne vais pas buter ce salaud. Il se tourna vers Polar. Mais toi mon gros, tu vas m'oublier, c'est ça ou tu risqueras de le regretter.
- Le regretter ? Et pourquoi je laisserai en vie un témoin gênant, qui plus est a détruit la moitié de ma Villa ? Ironisa le gros avec une certaine appréhension dans la voix.
Mirella remarqua qu'il ne parlait même pas des hommes que Tcheck avait tués, il n'avait cité que sa Villa.
- Pour ça !
Mordeck s'était exclamé d'une voix glaciale. Il sortit un cordon d'autour de son cou, y pendait une éprouvette hermétique. La Déesse regarda l'objet avec une drôle de surprise tandis que Mirella et Polar le fixèrent avec dégoût. Le gros se mit à pâlir. L'éprouvette contenait un doigt noirci, un doigt humain, trempant dans du formol ou autres liquides conservateurs.
- Qu'est… ce… que… Qu'est ce que c'est…
- T'as bien compris charogne ! Lui balança Mordeck. Le doigt qu tu vois là contient assez de virus Nissart pour contaminer la planète en moins de deux mois ! Ne t'inquiète pas, les illuminés ont trouvé un moyen de le neutraliser, tant qu'il reste dans cette éprouvette.
Un rapide coup d'œil vers la Déesse suffit à confirmer sa thèse, Polar avait reculé contre le mur et son corps se mit à trembler. Il se disait que peut-être, déjà, le virus était en train de se propager. C'était la catastrophe, comment faire confiance à ces illuminés ? Sans parler qu'il venait de réaliser qu'il était le seul contaminable dans cette pièce, les trois autres étant immunisés.
Tcheck jubilait, il lisait dans les pensées du gros comme dans un livre ouvert. Il continua ;
- Et oui monsieur le gouverneur, imaginez que cette petite fiole m'échappe des mains, et se brise, là ! Tu seras le premier contaminé, et tu pourras compter sur moi pour faire ta promo avant que tu ne tentes quoi que se soit. Ou bien je pourrais aussi, demain par exemple, la balancer contre un des grattes ciels de Monaco, même si tu me fous un contrat sur le dos, les gars prendront ton fric et déguerpiront, qui se soucieras d'un patron transformé en monstre ? Sans compter que si la pandémie se déclare, gare à ceux qui s'en prendront aux purs immunisés ! Alors, tu la fermes ta sale gueule à présent ?
Effectivement Polar ne disait plus rien. Il semblait hypnotisé par l'éprouvette, la sueur dégoulinait sur ses traits déformés par la peur, il bafouilla…
- Fais… Fais pas le con Mordeck…
- De quoi t'as peur gouverneur ? De crever ? De vivre ? Parce que je pourrais te laisser vivre, toi et tes congénères actionnaires, je foutrais juste cette éprouvette entre tes dents avant de partir, histoire que tu sois le premier monstre réel de ce nouveau monde. Quelle ironie, après le monde des monstres assoiffés de fric, viendra le monde des monstres assoiffés de sang… Ou alors… ne me dis pas que tu te fais du souci pour ton prochain ? Pour ta fille ?
Tcheck aurais voulu déverser sa haine plus longtemps sur cet homme qui n'avait aucune parole, aucun sens de la vie humaine. Polar lui répondit ;
- Okay Mordeck t'as gagné. Un contrat est un contrat, tu peux partir récupérer ta fille, je te foutrais la paix. En espérant que tu sais ce que tu fais…
- Ne t'inquiète pas pour moi, et tant que j'y pense, tu vas me faire une carte de deux millions de coublards, pour les frais et les risques encourus.
- Pas de problème.
Masséna, toujours aussi horrifié, sortit son mini PC et y introduit une carte magnétique pour y faire virer l'argent. Tcheck tendit la main et récupéra la carte.
- Alors, sans rancune Polar ? Ajouta t-il. Si ça ne te déranges pas, on va te laisser maintenant.
Une voix froide trancha subitement l'air ;
- Un instant. Et moi Mordeck, tu m'oublies ?
La Déesse.
Tcheck avait blêmi, elle le regardait par en dessous avec une expression à la fois ironique et sans équivoque.
- Tu viens avec nous, bien sûr… répondit Mordeck. Mirella ne comprenait plus rien. Elle intervint.
- Quoi, mais tu es devenus fou ? Cet… Cette timbrée, tu veux l'emmener ?
- Ne t'inquiète pas, et vas lui détacher ses menottes s'il te plait. Je t'en prie, ne discutes pas. La jeune fille compris que quelque chose ne tournait pas rond. Polar Masséna aurait bien voulut se garder la Déesse afin de passer sa rage à venir mais après tout, il avait envie que tout ce qui touchait à ce satané virus disparaisse. L'image du doigt infecté de mort ne cessait de hanter son esprit. Il savait très bien que personne n'avait trouvé moyen de l'isoler. Il était pressé d'aller faire des tests pour confirmer les dires de Mordeck.
Celui-ci lui demanda une dernière chose.
- Ha, au fait, ça t'emmerdes pas si je t'emprunte une de tes Jaguar flottante ? La blanche avec le cuir.
- Tout ce que tu voudras Mordeck, si tu fous le camp d'ici, les clés sont dessus.
- Alors je ne te dis pas à la prochaine…

Ils arrivèrent sur le parking, une douzaine de bolides flottant de grand luxe s'offrit à eux. La Déesse n'arrêtait pas de sourire, elle s'approcha de Mordeck et lui saisit le bras ;
- Hé, Mordeck attends.
Tcheck se retourna et la fixa. Il savait déjà… et ça lui faisait comme une bouillie âpre au fond du ventre.
Elle lui demanda ;
- J'imagine que le Médium est mort ?
- Oui, il s'est fait bouffer par un monstre.
- Pas de chance.
Ca ne semblait pas l'affecter. Mordeck tenta de blaguer.
- Pas de chance pour qui, Pour le monstre ?
- Très drôle. Mais tu rigoleras moins quand je te dirais que j'en ai pas finit avec toi.
Nous y voila pensa Tcheck.
- Comment ça ? Tu crois pas que ça suffit Finolla.
- Quoi ! S'exclama t-elle. Et tous nos frères morts et ceux qui nous attendent « là bas », il faut aller au bout du « grand rêve » et tu vas m'y aider Mordeck, tu n'as pas le choix !
- Pas le choix ? Répéta Mordeck.
Finola reprit avec un air de triomphe ;
- Tu veux peut-être que je retourne voir Polar. Où que je l'appelle demain, ou après demain ? Je te tiens Mordeck, tu es à moi.
Tcheck regarda Mirella, elle tremblait presque d'émotion, pressé de quitter l'endroit. Il lui désigna la Jaguar à quelques mètres de là.
- Le bolide est là bas, vas-y Mirella, vérifie que les clés s'y trouvent, je te rejoins.
Elle s'exécuta et partit sans saluer la déesse.
Finola réfléchissait à toute allure, la fièvre de nouvelles perspectives avait allumé un feu de folie dans son regard.
- Oui Mordeck, je suis sure que nous trouverons un moyen de faire sortir les autres et…
Tcheck l'interrompit ;
- Je ne le ferais pas Finolla, tu es libre et… vivante. Tu devrais t'en réjouir, Réfléchis, Finolla, réfléchis bien.
Elle devint rouge de fureur.
- Je te dis que je ne te lâcherais pas Mordeck qu'est ce que tu crois et… Et… Et…
Pendant qu'ils parlaient Tcheck les avaient progressivement mené vers l'ombre d'un hangar à bateau. Sentant l'obscurité subite la recouvrir Finolla commença à s'inquiéter. Elle voulu faire un pas vers la lumière, l'arme de Mordeck se plaqua contre son ventre. Elle vit ses yeux briller de détermination. Elle avait compris.
- A … Attends check, attends, je… Il y a moyen de s'arranger…
- Tu l'as dit toi même Finolla, tu ne me lâcheras pas. Je ;;; je suis désolé, je n'ai pas le choix…
- Non Mordeck, penses à… penses à…
- Penses aux morts qui flottent sur le grand canal de l'enfer, là bas, tous ces morts que tu as accompagné, ces enfants, ces femmes, ces innocents, ils t'attendent…
Elle était blême, le visage recouvert d'une sueur froide et le corps pris de spasme.
- Non Tcheck… Non… Elle se mit à hurler. NONNNNN !!!!
- Désolé…
La flamme jaillit contre son ventre, la Déesse tituba, du sang coula de son nez, de sa bouche, de ses yeux, comme des larmes obscènes. Elle s'écroula.

Il rejoignit Mirella. Si elle avait put se recroqueviller dans le baquet du bolide, elle l'aurait fait. Son teint était encore plus pale que précédemment. Elle avait entendu les cris, et la détonation feutrée. Tcheck lui fit un sourire et lui dit ;
- Je n'avais pas le choix.

Plus tard, au dessus du Var, la Jaguar flottante et blanche filait sans se presser entre les nuages. Dans l'intérieur capitonné de cuir fauve reconstitué, c'était le silence. Tcheck voulait récupérer Maya, puis rentrer chez eux à grasse pour se laver de toute cette merde. Il réfléchissait déjà aux différentes navettes, avec ou sans escales, menant vers le territoire de la Compagnie Sino-indienne pour pouvoir par la suite rejoindre les Iles Maldives. Il avait déjà oublié Polar, Finolla et le reste, mais pas Mirella. Elle rompit le silence.
- Tcheck, pourquoi tu… pourquoi tu l'as tué ? Elle aurait put disparaître de son coté, tu… tu voulais te venger, venger les autres ? Elle pensait à Matheson que les illuminés avaient torturé sur le socle de la science.
Mordeck lui répondit sans quitter la voie aérienne des yeux.
- Je sais c'est dégueulasse Mirella, mais je n'avais pas le choix. Elle nous tenait et pouvait nous faire tuer. Toi, moi et…et Maya.
- Comment ?
- Le doigt infecté, la menace contre Polar, ce qui nous tient en vie et nous protégera, c'est du Bluff ma chérie. Il ne put s'empêcher de sourire en repensant au joli tour qu'il venait de jouer au gros. Mais sa voix resta grave. Et Finolla le savait. Elle comptait me faire chanter, pire, m'utiliser, encore, comme ce gros porc de Polar.
Mirella avait bondit sur son siège.
- Quoi ! Du bluff ? Mais comment ? L'eprouvette est bien scellée et c'est bien un doigt qu'elle contient. Et puis, tu l'aurais trouvé ou ?
- L'éprouvette est bien scellé parce qu'elle date d'il y presque deux siècles, et le doigt qu'elle contient est celui d'un saint, c'est une relique sacrée de la ville de Nice et je l'ai trouvé dans la pièce ou les illuminés rassemblait les œuvres et tableaux piqués dans les musés.
La jeune fille resta bouche bée, à la fois de surprise et d'admiration.
- Et… Et tu as u l'idée de…
- Oui, je savais qu'il me faudrait ramener quelque chose de là bas pour tenir la pression sur Polar ; je n'aurais pas put trouver mieux.
- Mais ce… cette relique, ce doigt, il appartient à qui.
Mordeck prit un air contrit ;
- Je sais pas…
- Tu sais pas ?
Ils éclatèrent de rire ; cela dura un moment car ils se laissaient à ce moment de détente avec soulagement, c'était comme une dépressurisation, s'ils vidaient de leurs corps le gros ballon emplis de toutes les saloperies et de toutes les peurs qu'ils avaient vécu.
- Ouf. Tcheck souffla. Attends, il y avait une étiquette avec.
Il sortit un bout de carton de la poche de sa combinaison, une fine écriture courait dessus et y pendait encore un bout de ficelle.
Mirella se fendit d'un large sourire. Elle se redressa sur son siège pour se mettre à genoux et lire.
- Ah… On va savoir à qui était ce saint doigt. Elle ne put s'empêcher de pouffer à nouveau puis commença à lire.

« Ici repose la Sainte Relique du doigt de Saint Frederik Antonneti, manager de l'équipe de football de Nice de 2005 à 2012. En l'honneur des trois triplés successifs qu'il fit remporter à l'équipe, à savoir, Champion de France, Coupe de France et Champion d'Europe de la ligue des Champions en 2009, 2010 et 2011, avant de devenir entraîneur de l'équipe du Brésil qu'il sacra trois fois au titre de Championne du monde. Devenu citoyen d'honneur de la ville de Nice en 2009 et béatifié par sa sainteté l' EconoPape Sarkozy le VII ém en 2045 au tarif de quatre millions d'euro-dollars versé par : « Ville de Nice » à : « Société Catholique Finance » sous l'égide de l'office notariale Monaco and Co du prince Pastor III. Fait à Nice patati, patata… »
(une annexe expliquait que le doigt avait été racheté par la ville au Brésil après que le corps du défunt, conservé des années après sa mort dans la carboglace, ai été découpé en petit morceau avant la mise aux enchères des pièces en tant que reliques après l'annonce de la béatification en 2045)

Mirella reposa le papier en s'écriant ;
- Quoi ! Un entraîneur de foot ! Devenu Saint ?
- Le Dieu de l'époque devait porter l'écharpe rouge et noir. Ironisa Mordeck.
- Rouge et noir ?
- Oui, c'était les couleurs de la ville, quoique aujourd'hui elles le sont redevenus. Rouge comme le sang et noir comme la mort…
Mirella restait quand même très sceptique.
- Quand même, le foot et Dieu, faire d'un entraîneur un saint. Tout ça pour quelques coupes…
- Quelques coupes Mirella, non, à cette époque ce sport soulevait les foules et rassemblait les peuples, et le fait d'arriver à ces stades de compétition marquaient les supporters au plus profonds de leur cœur.
- A ce point là, au point de vouloir en faire un saint…
- T'as raison, mais n'oublies pas que c'est à cette époque exactement, au début du 21 ém, que le monde a commencé à partir en couille.
- Et voila le résultat.
- Ouais…

Tcheck fit descendre un peu la Jaguar pour admirer le paysage encore immaculé, car propriété de consortiums Japonais, des alentours de Ramatuelle.
Le bolide filait entre les nuages, par-dessus les monts recouverts de pins, illuminé par la lumière rasante du soleil venant de la Méditerranée, faisant penser à cette dernière image à peu prés identique, d'un véhicule abritant deux personnes volant au dessus de plaines sauvages, que l'on voit à la fin du film « Blade Runner ».


FIN


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