La batte
Jacques Olivier Bosco



Mise en garde : ce texte contient des passages, descriptifs ou suggestifs, violents*.
Il ne s'agit pas de complaisance, c'est le prix à payer pour suivre le fil de l'émotion. Ne cherchez ni racisme, ni banalisation des comportements à travers ce texte, c'est un problème de contexte, les rapports entre races ont souvent été inversés avec l'histoire, dans ce sens tous mes personnages sont des victimes devenus bourreaux, à cause, justement, de leur condition et de leur origine.
De toutes façons toutes les actions des personnages ont été inventées pour servir le thème de cette nouvelle, tout aussi fictionnel ; le retournement psychologique brutal.

*Sachant qu'en vérité, la plus violente des violences c'est la peur.




Avant j'avais peur…
Une peur vivante et tenace, visqueuse, malsaine, j'ai connu cette peur, la langue moite et froide, qui vous lèche le ventre pendant la nuit, qui vous entre par les aisselles, qui vous tenaille les poumons plantant un peu plus ses crocs dans votre cœur, une peur permanente mais non constante, son flux réglé selon le jour, la nuit, réglé sur l'heure, l'heure ! respirant dans ma poitrine, plus de cœur, plus de corps, plus que cette peur me vrillant les yeux de questions sans point d'interrogation, car sans réponses ; pourquoi moi, pourquoi moi, pourquoi moi !

Les fils de putes…

Mon vieux ne m'avait pas trop battu, du moins pas trop longtemps, et c'est de là, ce que croient certains, qu'a germé en moi la compulsion, la déroute d'esprit presque intuitive, la cohabitation de mon estomac avec l'angoisse et ses variations de poids, et ses chauds, et ses froids.
Peu battu mais ce qu'il faut pour défaire un homme ; ceinture en cuir, raquette de tennis dans les reins à vous filer la chiasse rougeâtre et surtout, épée de Zorro. Pas la vraie, pire, la fausse, celle du déguisement, en plastique dur, élancée et souple, un véritable fouet déchirant air et élastique de slip.
La tête enfoncée dans mon lit, sous la lourdeur sourde de l'effroi, lorsque ça sifflait la haut dans le poing moite de colère de mon père, mes nerfs en aveugle se tendaient comme un hérisson et ça Shlackait, SHLACK ! SHLACK ! je saignais, je pleurais, ça glissait chaud et empoisonné, les larmes et le sang sur les joues de mes fesses. Tellement ça faisait mal. Ce n'était plus mon visage, ce n'était plus son visage, deux masques d'horreur, froissés tendus de douleur et de peur, de bêtise cognante et de fureur imbibée d'alcool à quatre sous.
Puis cela c'est tassé, espacé, j'ai atteint mes dix ans, l'air vicié quittant progressivement notre foyer papa s'est calmé sur les bouteilles à étoiles, c'était ça de moins à me trimballer pour les consignes mais ses humeurs restaient instables et pesantes, parfois étouffantes, pouvant brutalement faire ressurgir la foudre en poing levé, sans avis aucun, cette misère noire dégringolant des limbes, fermant les portes à l'humain, laissant libre et déchaînée l'horrible bête.
Souvent, depuis qu'il ingurgitait ses drogues, il ne frappait pas. Mais c'était pire, il menaçait, et de tout son être, du regard, terrible regard noir et fou, des muscles se gonflant à la manière des batraciens sous la peau tirée de ses bras, la peur dés lors pénétrait par ma bouche, emplissait mes poumons et me faisait suffoquer, trembler sans que j'y réponde. Mon Dieu que je t'ai supplié, enfermé des nuits entières dans les waters, terré comme un con en haut de l'armoire (putain, il m'aurait choppé là, j'étais mort), mon père diffusant par sa rage un brouillard de terreur dans tout ce qui était clos et verrouillé, restreint, éteint et complice : dans l'appartement.
Cette panique inapaisable ne venait pas trop de moi, à la base, mais de ma sœur, de la fois où il l'avait pris à coup de fer à repasser dans la gueule. Eteint le fer mais tranchant et lourd, ça avait craqué sinistre sur son visage avec la dent qui s'était retournée en déchirant la gencive, le sang qu'avait giclé comme un mollard, calquant sur nos rétines des flashes de violences à vous griller le cerveau.

La peur était comme une présence, vivant avec nous, permanente et gluante, on l'avait tous sur notre peau, mon frère, moi et mes deux sœurs, abrutissant nos sentiments. On n'arrêtait pas de se balancer mutuellement, on vivait sur notre haine réciproque, c'était notre oxygène, on piquait les affaires de nos sœurs, journaux, lettres intimes ou produits de beauté à bas prix pour les jeter au fond des poubelles tandis qu'elles fracassaient nos jouets et nos feutres. Un vice malsain alimentait nos jeux, malsain parce que trouillard et lâche, et pourtant terriblement cruel.

*

Puis le mauvais trip a commencé, rien que d'y penser j'en ai des nausées foudroyantes de dégoût, un sale délire vraiment, des nuits entières à chialer, pleurnicher, tellement j'avais peur, je ne savais même plus de quoi - j'avais peur, et ça me terrorisait d'autant plus.
Je venais d'avoir onze ans et un chouette camion de pompier à collectionner, j'étais si fier que je l'avais trimballé jusqu'à l'école.
Mon ticket pour l'enfer.
Y'avait une bande chez les grands, quatre Arabes qui puaient la haine, les yeux sales toujours à fureter, à chercher, chercher la merde mais ce qui écœurait le plus, jusqu'à les rendre vraiment dangereux et malsains, c'était le coté vil qui émanait d'eux, sans race, sans règles, au seul objectif d'enculer l'autre, de le niquer ! pour le plaisir, pour la puissance éprouvée, leur cruauté crade et lâche étant leur jouissance. Quatre pourritures. Et pourtant des Arabes j'en connaissais, tous les grands frères venaient de chez eux, les éducateurs, les balayeurs, c'étaient des jeunes au dessus de la moyenne niveau tolérance et respect, intelligence et tout ça, mais pas ces quatre là.
Quant ils choppaient un gosse c'était toujours la même technique, réussir par n'importe quel moyen à le foutre au sol, généralement en l'étranglant d'un bras tout en le crochetant par derrière, par surprise, puis aussitôt sans le moindre répit le massacrer à coup de pieds, et dans la tête, dans les côtes, dans les couilles, mais pas de manière franche, non, je te donne un coup de pied et je m'éloigne vite de deux pas, je te tourne autour et te frappe violemment dans le dos du crâne, tu te retournes ? mon frère t'en remet une de l'autre coté pendant que je recule d'un bond… Ils tapaient jusqu'à ce que le mec supplie, ils lui crachaient dessus puis se barraient en regardant tous les témoins, leur pouce glissant de manière explicite le long de leur gorge, si y'en a un qui l'ouvre… personne ne l'ouvrait et surtout pas les profs.
Le plus vicieux c'était le petit, il devait avoir onze ans comme moi mais il était encore en CE1, c'est lui qu'était venu me racketter. Le camion pour commencer et moi j'avais tellement peur que je faisais comme si on était copain ; « Je te le donne, je te le donne, oui, j'en ai plein alors, hein ? Quoi ? Ha… Oui, oui, je te les apporte demain… »
Je me m'étais dans une grande merde visqueuse, parce que lui, il faisait pas le copain, il faisait son petit enculé, son dur méchant, très méchant ; « Ouais, t'as intérêt à me les amener sans ça, je te nique ! Je te fous ta tête dans les graviers et je l'écrase avec mes Nike… » Quant il a dit ça, il a craché dans les graviers, tous les potes qui y jouaient aux billes se sont vite débinés. Après il faisait ; « Hein ! Hein ? » en donnant des faux coups de tête, puis il s'amusait à me mettre des claques sèches, moi je reculais, putain, je tremblais et j'avais envie de pleurer, il le voyait ; « Recule pas ! Et baisse les yeux pédé ! Hein ! Hein t'es un pédé ? Hein! » Je sais pas ce qu'il avait ce jour là, il avait décidé de m'emmerder et de pas s'arrêter. J'étais contre le grillage et j'ai vu ses frères arriver par derrière, les yeux à repérer alentour, cherchant des coups à donner et moi j'étais tout prêt, tout chaud pour la branlée, je me suis mis à chialer comme une tapette, c'est ce qu'il disait ; « Chiale tapette ! Chiale ! »
La fin de récré a sonné et là, j'ai deconné. Je me suis sauvé en courant. J'ai pas vu l'expression de son visage sur le moment et peut-être que j'aurais dû, car ce que j'ai imaginé par la suite était sûrement pire.

*

J'imaginais qu'il n'avait pas apprécié ma fuite vers le maître, j'imaginais qu'il avait la franche haine, comme ces salopards savent l'avoir, j'imaginais qu'ils allaient me chopper à la sortie. C'est à partir de là qu'est entrée dans ma vie, et pour un bail, la peur qui fait dégueuler, qui houle, qui tangue, qui suce lentement le sang et qui flanque la nausée.
Le soir j'ai planqué dans l'école jusqu'à 7 heures au moins puis je me suis sauvé dans la nuit, courant tel une rafale de vent, à bousculer tout dans mon déluge de larmes, chialant par avance, au cas ou ils auraient été là.
Et toute la nuit sur mon lit j'y ai pataugé dans ce déluge de frousse et de dégoût, impossible de dormir ou de penser, de réfléchir ou de réagir, juste trembler, trembler à en être gelé, et pleurnicher… je ne voulais plus aller à l'école, je ne voulais plus rester à la cité. Pour la première fois je voyais les limites de mon monde, ainsi que celles de ma vie ; j'étais, par rapport au reste de la France que je pouvais deviner par ma fenêtre, dans la mauvaise catégorie de vie, je n'avais pas de chance, cela résumait, c'était mon destin tout simple et celui de tout mes voisins, il suffisait juste de regarder autour de soi, les gens gris et mouvants, les immeubles lourds, le ciel plombé, l'air sale et puant, tout ça traînait dans les yeux des grands. Clair et direct ; pas de chance, jamais de chance, pas une miette, rien, rien à attendre. Et pourtant…
Mais là, pour moi, l'espoir était dans sa boite, noire, j'étais seul, seul avec mon cœur en castagnettes, seul avec cette putain de peur. Par contre à partir de ce moment, mon père, mes sœurs et mon frère, je ne les craignais plus, je les haïssais, incapable de leur demander de l'aide, incapable, eux de s'en apercevoir et sachant pertinemment qu'ils m'enfonceraient, avide de leur amour et malade de leur tranquillité, je les haïssais.

Le lendemain. Je lui ai amené ma plus belle voiture télécommandée. Il voulait plus que je me sauve, j'ai encore eu droit à des claques, et au moment de la sonnerie le plus grand de la bande m'a coupé la respiration avec un coup de poing dans le ventre. Après il était tout fier, il disait à ses potes ; « T'as vu, ça c'est un direct au foie, un vrai direct, PAN ! » Et moi j'avais beau ouvrir la bouche y'avait pas d'air qui entrait, y'avait que de l'oppression et des claques de sang dans mes oreilles, j'étouffais pour de bon, je crevais, là, devant tout le monde qui se marraient de ma tête de gobi.
Ensuite j'ai pu aller au cours, après avoir gerbé, mais ce qui s'appelle gerber, dans les chiottes des maternelles. Maintenant je savais que j'avais un foie et ce que c'était fragile, putain…

Les jours, les semaines suivantes, l'enfer en habits sur ma peau, l'enfer sur toute ma vie, de minuit à minuit, je bouffais plus, je parlais plus, je pensais plus ou alors comme un animal aux abois ; voler, voler pour rapporter, des jouets, des cigarettes, de l'argent, tout, à ces salauds. J'avais toute la famille sur le dos, je me prenais des coups et l'épée de Zorro était réapparue de sous les coussins du canapé, mais je m'en foutais, je chialais plus d'avoir raté mon coup lorsque je me faisais prendre par mon père, d'entendre à l'avance leurs menaces sadiques et méchantes, oppressantes, d'avoir à acquiescer, obéir à leurs insultes, à leurs jeux. La dernière fois ils m'avaient envoyé frapper un petit, foutre la main sous la jupe d'une grande, elle avait « rapporté » et j'avais morflé deux heures de colle, plus la branlée usuelle du paternel, pas de larmes, au contraire j'appelais les coups en me traitant de minable, de chiure…
C'était des vicieux, des malades qui me harcelaient moi, uniquement moi. Parfois, souvent, je voulais me tuer. Tellement j'avais peur, tellement j'en avais assez, assez de moi, j'avais honte, si honte, j'étais un faible, « une mouillette », un faible ! Imbibé, spongieux de frousse, cette putain de frousse telle une fièvre me rongeait le cerveau, me transformant un peu plus chaque jour en salope aigrie et méchante, visqueuse et froide -comme la peur- sans haine, sans volonté, sans force car ignorant, je l'ai compris par la suite.

*

Et puis un jour, un dimanche matin, j'étais à la cité avec ma sœur qu'à 13 ans. Je les vois arriver. Un sale dimanche, blanc-sale et froid, on était allé chez le boulanger dans un coin qu'était loin de chez nous. C'était leur quartier.
Le petit il vient me voir, il me parlait comme si j'étais son pote, j'avais plus droit aux claques, j'étais comme son esclave dans sa tête, les derniers temps ils me harcelaient de gages plus cons et avilissants les uns que les autres, depuis peu ils voulaient que j'aille voler pour eux, je l'avais déjà fait dans des cartables de copains, ça les faisait bander à ces salopards, de me voir obéir comme un petit chien, d'autant que, con, je jouais le jeu croyant qu'ils me lâcheraient mais c'était exactement le contraire...
Il me dit ; « C'est ta meuf ? » en parlant de ma sœur qu'était dans la boulangerie. Je lui réponds que « Non, c'est Juliette ma sœur », « Putain, elle a des vaches nibards ta reuss ! » qu'il me lâche en montrant ses sales dents gâtées dans un truc qu'on peut pas appeler un sourire tellement ça pue malsain, puis il m'a ordonné de l'attendre cinq minutes. Ils ont parlé avec sa bande et y'en a trois qui sont partis dans un immeuble en face. Lui, il est revenu, je commençais à pas me sentir bien, la fièvre froide quoi, classique pour moi, mais quand même, toujours aussi dégueulasse comme sensation.
Il m'a expliqué ; « Dis à ta reuss que t'as un truc terrible à lui montrer, un secret de ouf, tu dis que tu connais un endroit ou y'a un vieux qui planque son magot et qu'y a rien à craindre… » J'avais de plus en plus froid dans le ventre, il a rajouté ; « Ho, tu suis tapette ? », « Heu, ouais ouais ! », « T'as intérêt, bon, tu vois le bat' K en face ? », « Ouais… », « Tu nous… Tu l'amènes dans le hall et sous les escaliers tu descends, tu traces jusqu'à la veuka 28, tu piges ? t'as pigé connard ? » Il m'a mit une petite claque mais pas méchant, il se marrait, « T'as compris alors, moi je me plante là bas et si je vois que tu déconnes… » ses yeux sont devenus très méchants, putain j'avais la chiasse acide qui remontait dans ma gorge mais quelque chose m'empêchait de vomir, c'était ça le plus douloureux, il me parlait tout prés de la bouche, ça puait comme s'il avait bouffé de la merde, ça rajoutait à mon sale délire « …Sinon… je te pète ta tête contre les murs ! », merde, je tremblais alors que je voulais me la jouer cool, tranquille, normal quoi, j'ai tenter de faire le naïf gentil, le con ; « Ouais, c'est marrant, c'est comme un jeu, bien sûr que je le fais, et puis elle est conne ma sœur alors je m'en fous… »
Méprisant, son regard. Il me voyait à sa pogne et m'écrasait encore, c'était la pire des pires des humiliations, mon dégoût de moi suintait si lamentablement… Il s'est barré.

Il me surveillait de loin, je sentais qu'il fallait pas que je le fasse, ce gars me dégoûtait de plus en plus, et là, pour la première fois, j'ai eu envie de le tuer, je l'ai regardé méchant en sachant qu'il le voyait pas, je m'en foutais, j'étais prêt à me faire massacrer mais ça a pas duré, dés que ma sœur est revenu j'ai revu la gueule de l'autre salopard collée à la mienne et la flubitte est revenue, j'étais comme un robot mais tétanisé, pourquoi j'avais si peur, pourquoi ?
« C'est qui cet Arabe, tu le connais ? » Elle m'a demandé avec un air dégoûté. J'ai dit que c'était un pote de l'école, elle m'a regardé bizarre, puis je lui ai raconté l'histoire de la valise avec les billets cachés dedans, qu'y avait rien à craindre, que j'étais déjà allé plein de fois en prendre un peu et que le vieux il en rajoutait régulièrement, que c'était un dingo qui comprenait rien, j'avais assuré dans le discours parce que ma sœur ça l'intéressait, j'ai rajouté qu'en plus mon copain il faisait le guet, que c'était marre et qu'on allait s'acheter plein de trucs. Ma reuss, ça faisait des mois qu'elle rêvait à ses Buffalo, ça était plus fort que le reste. Saloperie de vie.

On a été dans la cave.
C'était comme si j'étais mort dans mon corps, j'avançais tel un zombi, ma sœur elle flippait un peu mais elle se disait que si mon copain faisait le guet… Il faisait noir complet et on aurait dit que l'air était comme une serpillière sale, humide et collant. Quant on s'est trouvé devant la cave 28, l'autre est arrivé par derrière, la porte elle s'est ouverte et j'ai entendu « Surpriiiise ! » J'ai juste eu le temps d'apercevoir les trois têtes de cadavres faisandés de la bande à mon « copain », Juliette, elle est devenue pareil qu'une morte à son tour, son visage s'est vidé de son sang comme une bouteille de vin qui serait percée par en dessous et ça tremblait sur ses bras, on aurait dit qu'elle avait des petites bêtes grouillantes sous sa peau, sa bouche s'ouvrait et se refermait légèrement mais très vite, la peur, ma peur, exactement la même, en avait fait sa chose. Y'en a un qui l'a attrapé par le poignet et qui l'a tiré dans la petite pièce sombre, la porte s'est refermée. Le petit il m'a chopé par le col de mon sweat en le tordant méchamment, ça m'a bloqué l'air un moment, j'entendais ma sœur appeler, crier, pleurer de peur ou de folie, ça transperçait la porte vermoulue, et mes tympans, et mon cerveau qui suffoquait. Mon cœur il voulait se barrer de ma poitrine, ça me faisait carrément mal, moi aussi je voulais me barrer, l'angoisse tournoyait comme un essaim de guêpes meurtrières appelant la panique mentale, la cassure effrayante menant à la folie pure.
« Casse-toi ! » il m'a dit le petit en collant violemment son front contre le mien, « Casse-toi et t'as rien vu ! Hein ! T'as rien vu ! », et elle hurlait, elle hurlait et moi je voyais leurs sales mains lui fouiller son corps, leurs sales souffles, leurs sales bouches baver sur sa peau, j'ai chialé, j'ai couru, je me suis débiné mais y'avait encore les cris qui rebondissait de partout sur les immeubles de la cité, dans ma tête, j'allais de plus en plus vite pour plus les voir ces putains d'immeubles gris, c'était comme dans la forêt de Blanche Neige, ils se marraient, ils voulaient m'écraser, m'écrabouiller comme la honte maladive qui me broyait les tripes.
Après j'étais loin, je savais pas ou, mais loin, alors je me suis mis à hurler, hurler comme si j'avais mal et j'avais pas pris de coups mais c'était vrai, j'avais mal, horriblement mal dans moi. Je n'ai pas pu remonter chez moi, j'ai attendu, jusqu'à la nuit devant mon immeuble, et je l'ai vu revenir. Son petit chemisier blanc était tout ouvert avec une manche déchirée et sur ses genoux, de sous sa jupe jusqu'à ses chaussettes de tennis, y'avait du sang, plein de sang et de la terre noir. Elle semblait malade de froid tellement elle grelottait, elle sanglotait en reniflant et moi aussi, de derrière mon muret, je me suis mis à pleurer, mais plus de peur ou de dégoût, c'était des larmes chaudes et quelque chose d'équivalent qui gonflait dans ma poitrine, c'était doux et infiniment triste, de l'amour, de l'amour qui rend malheureux. Je l'ai regardé rentrer chez nous et je suis parti dans la nuit, j'ai fugué, comme on dit.

*

J'ai marché, j'ai marché, je voulais en finir, me suicider, aller me jeter du pont de l'autoroute mais quelque chose m'en empêchait, je ne savais pas quoi mais c'était une sorte de force contre moi qui voulait pas. J'arrêtais pas de penser à Juliette, j'avais tout oublié sauf ses grosses larmes qui roulaient sur son visage sale, quant elle est rentrée à la maison. A la maison… j'en avais plus de maison, c'était comme écrit, sûr et certain que je n'avais plus de maison, plus de frère, plus de père, plus de sœurs.
J'ai marché, j'ai marché, je suis arrivé dans une autre cité, mon monde se répétait, ça n'avançait pas, ça n'avancerait jamais, des cités, des cités, je ne pouvais aller nulle part ailleurs.
Ca partait dans tous les sens dans ma caboche, je m'en voulais, je m'en voulais, j'étais un minable, un donneur, un merdeux de merde, un misérable, oui, le dernier des misérables, cette horrible honte recouvrait mes os comme de la vermine grouillante mais je ne pouvais pas en finir, pas ainsi. Il restait quelque chose ; les quatre salopards. Quelque part un souffle étrange me portait, m'allégeait, je n'avais plus peur, plus du tout peur d'eux, après ce qu'ils avaient fait subir à Juliette, comment avais-je pu me plaindre ? Et puis j'étais tellement écœuré que j'étais prêt à me faire massacrer sans broncher, mais une nouvelle sensation vibrait en moi, de la haine.
Seulement j'enrageais, que faire face à ces quatre vicieux, j'aurais aimé leurs crever les yeux, quitte à mourir sous les coups, juste en voir un hurler de peur et de douleur, mais cela paraissait impossible, ils étaient trop méfiants, trop rusés, trop au fait de toutes les traîtrises, trop puissants en vérité, il m'aurait fallu être plus grand, plus fort…

La nuit était clair, la lune était pleine et ça faisait bouillir mon sang, je m'accrochais à mon sentiment nouveau de haine mais le dépit et la honte jouaient avec, se moquant en toute justice de ma personne, m'enfonçant sous la gadoue du désespoir, de l'abandon, des larmes, ces larmes qui remontaient parfois dans ma gorge comme des grosses bouffées, Juliette, mon Dieu qu'avais-je fait ? J'avais l'impression d'avoir le visage déchiré, brûlant, tellement j'avais pleuré.

Je me suis retrouvé dans une sorte de MJC abandonnée, un bâtiment en rez-de-chaussée avec des grandes pièces aux fenêtres cassées. Des planches de bois clouées entre elles faisaient office de carreaux et le flot bleu et lumineux de la lune passait largement au travers, jetant les meubles en grandes ombres sur les murs tout tagués. Certaines pièces avaient brûlé, reste d'une violente manif des jeunes de la cité, on avait connu ça nous aussi. Il y avait des couvertures dans un coin mais pas d'autres squatters que moi, et c'était tant mieux, de toutes façons j'étais tellement fatigué dans tout mon être, plus rien ne pouvait m'arriver.
La plus petite pièce devait être un ancien vestiaire, peuplée d'armoires filiformes en métal qui séparées les unes des autres, donnaient à leurs ombres des allures de personnes rassemblées pour un enterrement. Une des armoires était couché au milieu de ses congénères, jouant le cercueil. Un enterrement silencieux et immobile peint par la lune, je m'assis, épuisé, dans un coin d'ombre, mes sens tout en éveil guettant la nuit, l'esprit vide mais triste, mes yeux écarquillés par la tension, passée, présente en mon corps et à venir, je sentais qu'il ne fallait pas que je me laisse aller, que je m'amoindrisse, j'avais une clé à attraper, une idée à choper et c'était maintenant, tout de suite ou jamais. De toutes manière je n'avais aucune envie de dormir, l'endroit sentait la pisse, aussi.
Réagir ou subir, le cauchemar latent était là, la sueur froide tapie, une sorte de harcèlement invisible qui me guettait, j'étais paré à y plonger par remords, par faiblesse et facilité, pleurnicher serait si bon, pour me punir, pleurer, trembler à nouveau, ça montait en moi je le sentais, le grand désespoir misérable de la « tapette », la pensée de ce mot, tant prononcé par l'autre petite enflure me revigora subitement. Non, il ne fallait pas que je me laisse aller, réagir, oui mais comment ? Je me sentais con avec cette idée impossible, je n'avais aucune force pour cela, je n'avais pas de force, je ne m'étais jamais battu, jamais.

Et puis, je l'ai vu.
Juste en face de moi, dans la diagonale du vestiaire la lune venait de poser sa lumière chaude dessus ; LA BATTE.
Je me levais, attiré, elle brillait comme ces trucs d'église, je me suis approché et je l'ai saisi par le manche, elle était lourde. Une batte de Base Ball en bois nu, sans aucune inscription dessus, vernie et lisse, luisante. Je la fis tournoyer doucement, je l'avais bien en main, mes biceps se durcirent sous son poids, à présent la batte volait, virevoltait, fondait à travers l'air, Nom de Dieu, je me sentais comme revivre, la masse communiquait une drôle de force dans tout mon corps, raffermissant mon esprit, le gonflant d'une sorte de puissance. Je me mis devant une armoire en métal et d'un coup sifflant allais la frapper sur le coté, j'en fus impressionné. L'armoire, dans un bruit aveuglant, s'était pliée en son milieu, je refrappais, VLANG ! Elle se tordit d'autant plus, semblant gémir, je me mis à taper comme un dingue mais avec technique, à droite, à gauche, sur le dessus, en l'espace d'une dizaine de coups le casier de ferraille se retrouva compressé à l'état de masse écorchée devant mes pieds, pitoyable et vaincue, vaincue !
Je jubilais, je bondissais sur mes jambes tout en m'attaquant à une autre victime, je me l'imaginais en tant qu'être, cherchant à placer mes coups de façon précise, efficace, c'était impressionnant, la force de cette arme, de mon arme. Je n'avais plus de peur, plus du tout, que du courage et de l'envie, je mourrais d'envie d'aller massacrer les quatre salopards de mon calvaire, cela paraissait si facile avec la batte ; un coup bien frappé dans le genoux pourrait le briser net, ensuite on pouvait faire éclater une boite crânienne, ou fracasser une colonne vertébrale, que c'était bon. Et VLANG ! VLANG ! VLANG!
Toute la nuit je me "chauffais", je m'entraînais, une quinzaine d'armoires en pâtirent, puis des chaises, des cloisons, puis, à l'aube, je fis éclater la lumière dans la pièce en explosant les planches aux fenêtres, j'avais les mains en sang, pleines d'ampoules douloureuses mais je m'en foutais, j'étais prêt, j'étais prêt dans le matin blême. J'avais l'impression d'avoir grandit en centimètre mais pas seulement, mon regard, mes gestes, tout avait subitement changé, la haine et la puissance que me conférait la batte, me portait.

Plus rien d'autre n'occupait mes pensées que ma vengeance, ma soif de vaincre, la souffrance que j'allais infliger à mes ennemis, je me sentais invincible. J'avais volontairement effacé le passé en ce qui concernait ma personne, mes actes, mes débandades, je ne voyais que le mal qu'on m'avait fait car j'avais compris que la force commandait tout et uniquement la force, et la ruse, mais surtout la force. Et, à présent, elle était en moi.
J'allais dans une pièce ou se trouvait un évier et me lavais les mains ainsi que le visage, j'avais le dos trempé de sueur, une sueur chaude, virile, différente. Je ne cessais de sourire clairement, et en mon esprit. Un vieux manteau de clochard traînait dans un coin, c'était parfait, encore un coup du destin, quoique je préférais ne pas penser à ce genre de chose, j'avais compris que l'ignorance avait causé ma perte, seulement l'ignorance, si j'avais su auparavant que je possédais cette force, qu'il me suffisait de me munir d'une batte ou d'une barre en fer, de volonté, de désir et de ruse, mais je ne savais pas et de toute façon, sans en avoir fait l'expérience, je ne l'aurais pas cru, pas accepté. Il faut savoir et tenter, comme je l'ai fait durant la nuit en détruisant toutes ces armoires, c'est de voir le pouvoir de la batte liée à ma volonté qui m'avait éclairé. Sans cela, c'est vrai… Enfin, je préfère pas savoir, la vie change aujourd'hui, basta.

*

Je suis retourné à la cité, la batte cachée dans mon dos sous le vieux manteau qui traînait au sol.
Je ne jubilais plus, je réfléchissais, cherchais la faille, le plan le plus efficace, ces salauds étaient des enflures, j'allais devoir les battre sur leur terrain. Je pouvais en affronter un, tout seul de son état, de face sans aucun problème, deux à la limite en les attaquant par derrière mais au delà c'était du suicide.
On était lundi, 8 heures du matin, je pouvais peut-être en chopper un sur le chemin de l'école. Je savais que les deux plus grands se déplaçaient avec une mobylette, ils ne se rendaient donc pas en cours tous ensemble. Je pris une avenue parallèle à la seule qui joignait leur quartier à l'école, ainsi il m'était possible de guetter les différentes allées et venues à travers les immeubles sans être vu.
J'avançais en sens inverse, allant à leurs rencontre, furtif, et d'un coup l'excitation m'empoigna, il était là ! « Le petit », la petite raclure. De ma planque, derrière des voitures, je le voyais marcher en compagnie de deux autres gamins. Le premier, pas à l'aise, tentait de distancer les deux autres. Derrière, « ma cible » s'amusait, tout en fumant une clope, à donner des coups de pieds au camarade qui portait les deux cartables, je l'entendais rire en bousculant le pauvre minot. Il fallait que je me calme, tout d'abord me préparer au niveau psychique car une drôle de sensation, un dégoût et une lame froide dans le ventre, m'avait saisi l'espace d'une seconde, la peur. Mais, houlla, c'était fini, je me repassais le film de la nuit, les VLANG ! de douleurs des armoires et la puissance meurtrière de ma batte. Je savais qu'il n'aurait pas peur lui, au contraire, qu'il allait tenter de me « retourner », et c'était là ma première idée de ruse, j'étais vraiment excité.
Je fis le tour d'un bâtiment en courant à fond pour me retrouver planqué à quelques mètres de son passage. Le premier gosse me vit en faisant des grands yeux, j'avais sorti la batte et posé mon manteau, je lui fis signe de la boucler, il accéléra d'autant plus. Une minute passa et le second arriva à ma hauteur, un gosse inoffensif, falot et palot. Un autre moi des jours précédents. D'un bond je m'intercalais entre le souffre-douleur et ma proie, batte en main séparant nos regards, je ne pus m'empêcher de sourire, « le petit » avait sursauté sous la surprise. Cela ne dura pas, d'autant que ça l'énerva d'avoir flippé ainsi mais il ne bougea pas, regardant derrière moi en lâchant ;
-« Mais c'est Tapette ! A quoi tu joues ? T'es con ou quoi ? »
Je reculais d'un pas, il avait vraiment un regard impressionnant, vicieux comme un serpent, je retournais mon visage en gueulant à l'autre qui s'était paralysé ;
-« Casse-toi ! Casse-toi et vite ! »
J'avais piqué le regard de mon adversaire et ça fonctionna, le gamin détala en çinq-set.

A présent c'était le face à face, l'autre n'arrêtait pas de jeter des regards derrière moi tout en gigotant un peu comme un boxeur, c'était sa tactique pour que je me retourne, pour me niquer ! ça voulait déjà dire qu'il avait compris mes intentions et cela me conforta deux fois plus, j'avais la haine qui montait en vagues chaudes sur mon front. Il dit ;
-« Tu veux m'offrir une batte, et bien donne la moi pédé ! Tu sais que si jamais t'essayes de me toucher, t'es mort, hein, t'es mort, ha ! Ha ! »
Mais ça marchait pas, ses menaces ne me faisaient ni chaud ni froid, je calculais, j'attendais qu'il se déconcentre pour ne pas le voir esquiver le premier coup, pour ne pas le rater d'entrée. Il tomba dedans.
Il avança légèrement et je vis un long couteau à cran d'arrêt glisser de sa manche à sa main. Il faisait plus le copain, il fit le mec indestructible et violent, méchant, très méchant.
-« Tu regrettes maintenant, hein ? Hein ? Hein ! Tu sais plus quoi faire, hein, tapette ! T'as peur de m'attaquer, vas-y, frappe ! Frappe-moi tap… VLAM !
La batte était parti, comme un revers de tennis jusqu'à son arcade gauche, si vite, tellement vite, j'en fus moi-même impressionné, l'autre perdit l'équilibre en déformant sa sale gueule sous la douleur et la surprise, ça y était, la peur venait d'envahir son visage, ce que c'était bon, il était à moi, le coup l'avait sonné de partout, je pouvais encore le laisser dire une dernière parole, il souffla d'une voix de fausset ;
-« T'es f… Fou, »
-“Oui, sale connard, c'est ça ton problème, je suis fou!”
VLAM ! VLAM ! VLAM ! Ca tomba, ça frappa, il était à terre, gémissant et tordu par la souffrance, les coups portaient comme je l'avais calculé, mieux même, l'humain est plus fragile que l'armoire de vestiaire, il poussait des râles mais je voulais l'entendre hurler, il faisait ; « - Rhaaa…Je, je vais te niquer, HAAAA… Je vais te AHHH ! »
-« Ca risque pas, t'as pas compris ? Tu crois que je vais te laisser vivre ? Une saloperie comme toi ? Tu vas mourir ou finir dans un lit roulant, tiens !! »
Après les deux coups, un dans les côtes pour le redresser, puis un bien violent dans le foie pour le sécher, l'expérience, ma douloureuse expérience avait joué, après qu'il se soit plié en deux de douleur en gerbant du sang, je te l'ai redressé vers l'arrière d'un coup terrible de bas en haut dans la gueule, il s'est soulevé du sol pour atterrir sur le dos. Ses genoux étaient repliés vers le haut, c'était trop beau, je tapais comme on enfonce un pieu, VLAM ! La rotule craqua tandis que la jambe s'affaissa dans une position anormale, le genoux rentré vers l'intérieur. Ce coup-ci il hurla de tout son être, j'en avais marre de sa sale gueule, il hurlait, il suffoquait, je regardais sa face à terre, il jeta son regard sur moi, il suppliait, il pleurait et avait mal mais surtout peur, très peur des coups à venir. Ma batte reposait, chaude, sur mon épaule. Je lui crachais à la gueule, je n'avais plus de joie ou de plaisir, ni même de satisfaction, juste un travail à finir. Je pris bien mon élan et lui écrasais le visage avec quatre coups terribles. D'horribles bruits sinistres, des craquements annoncèrent son trépas, sa tête ressemblait à un escargot écrasé, un escargot bouillonnant de sang et de masses visqueuses et noire. Quelques bulles rouges éclatèrent des restes de ses orifices respiratoires dans une sorte de gargouillis de chiotte puis, plus rien.
C'était fini, fini pour lui, je regardais autour de moi, les gens se planquaient derrière leurs fenêtres, les autres gamins avaient détalé, je ramassais le couteau avec une idée derrière la tête puis allais récupérer mon manteau, j'avais des éclaboussures de sang sur les manches de mon sweat. De loin je regardais une dernière fois la masse ensanglantée au visage comme un masque, aplati, enfoncé dans le goudron et dans l'hémoglobine épaisse. Je repris mon chemin, l'œil plus noir, plus féroce et quelque part, avec une petite étincelle dans un coin.
Un de moins.

J'étais déterminé. Déterminé à tous les tuer. Ma vie, une vie, démarrait ce jour là, eux faisaient parties de l'ancienne, je ne voulais plus jamais en entendre parler, d'une part, d'autre part ; ma nouvelle vie impliquait de ne rien laisser passer, rien, de ne rien pardonner, de sévir vite et au prorata de la faute. Ils avaient violé Juliette, ils devaient mourir. J'avais mes lois, à présent, j'avais une batte…
Je me dirigeais vers l'école.
Juste à temps, il était huit heure trente, l'assassinat du « petit » m'avait à peine pris dix minutes, quelque part ça m'agaçait, j'aurais voulu les faire souffrir plus longtemps, des jours, des semaines à leur tours mais d'un autre coté mon instinct - ma loi nouvelle - m'intimait d'en finir au plus tôt. Je pénétrais dans l'école, sans la batte, je l'avais caché ainsi que le manteau derrière le pneu d'une voiture abandonnée depuis des lustres. Mon plan était simple, je n'avais guère le choix, les poulets, les nouvelles, risquaient de débarquer à tout moment, j'avais l'intention d'en poignarder un avec le couteau et de me barrer tant que le portail était ouvert, c'est à dire avant la fin de la première récré.
Il ne fallait pas qu'ils me voient, je jouais serré, je me sentais vachement affaibli sans la batte, incapable d'assumer un face à face, mon impuissance me rendrait furieux et ils le verraient, je ne supporterais plus la moindre claque, la moindre insulte sans réagir, et sans ma batte…
Mais j'avais du bol, les choses se goupillaient d'elles mêmes. Ils auraient pû être à leur place habituelle, de l'autre coté de la cour, face à l'entrée tous les trois adossés au mur à guetter une victime, à eux ou autre, mais ce n'était pas le cas.

Y'en avait deux plantés en haut des marches du réfectoire, ils avaient bloqué une petite nouvelle de la cantine, une sacrée jolie fille, et s'amusaient à la presser, à lui parler grossièrement la faisant flipper méchamment, genre ; « Tu veux la bite d'un Arabe dans ta bouche ? », enfin j'imaginais en voyant les yeux de la fille essayer d'attraper une aide, jetant des regards presque affolés alentour, vers les pions qui tournaient vite la tête ou vers certains jeunes comme moi qui n'osaient faire passer leurs craintes. Ces gars savaient vous foutre la frousse, jusqu'à vous faire chialer, la demoiselle y était presque. Bande de salopards.
Le troisième de la bande passa devant moi à une dizaine de mètres, marchant vers son destin, marchant vers les chiottes. J'attendis qu'il y soit.

Pour une fois, sa méchanceté joua en ma faveur, il n'aimait pas pisser en compagnie et je voyais déjà les gosses évacuer les lieux en se remontant prestement la braguette. Il aimait être seul, seul il allait rester. Je m'encadrais dans la porte, des gamins curieux m'observaient, j'avançais donc d'un pas en silence pour sortir le couteau sans que cela se voit du dehors. Il me tournait le dos, ses frères étaient trop loin pour le sauver à présent. J'entendis l'urine couler à gros bouillons dans la cuvette, je retins mon souffle et m'approchais doucement, le manche du cran d'arrêt bien en main, la pointe vers l'avant, vers le bas de son dos, ses reins, il n'avait aucune chance de s'en tirer, la lame devait faire dix ou douze centimètres mais je ne voulais pas le rater, pas question. Je remontais le couteau et le retournais dans ma main afin de pouvoir le poignarder au niveau du cœur. Je sentais mon sang battre dans mes tempes, because la respiration coupée, je pris mon élan, il fit glisser le zip de sa fermeture éclair et je frappais tout en relâchant mon souffle, cela fit drôle, le couteau glissa comme dans du beurre entre deux côtes, presque me déséquilibrant, pour s'enfoncer jusqu'à la garde, ainsi je pus y porter mon poids d'un coup. Il s'affaissa sur les genoux en poussant un râle étouffé, je sentis le manche remuer dans ma main, c'était son cœur qui se débattait comme un poisson, cela dura trois secondes puis plus rien, « le grand » pesa soudain très lourd dans mon bras et je lâchais l'arme, il s'écroula sur le coté. Je fis un pas par dessus pour voir sa face ; un masque de cire hideux, indéniablement mort et surpris, comme un arrêt sur image, un arrêt sur vie…
Je récupérais le cran d'arrêt, le sang se mit à couler de la plaie en cascade. C'était parfait, un boulot facile et propre, pensais-je en m'activant, ce porc est crevé en silence et en plus sans résistance, sans m'avoir cassé les couilles, c'était trop bon. J'avais gagné une fois de plus, j'avais rusé et j'avais gagné, ce qui s'appelle gagner car avec celui là, comme avec son frère, il n'y aurait pas de revanche, ni de belle.
Je sortais sous les regards intrigués des copains, ils y croyaient pas de mon sourire triomphant, surtout après une confrontation avec « un » de la bande. Mais ils ne savaient pas encore et n'étaient pas les seuls car justement j'aperçus les deux autres qui marchaient dans ma direction, le portail était sur ma droite, ils me virent et je sentis qu'ils n'aimaient pas ça, qu'ils n'aimaient pas mon sourire, j'en rajoutais, j'avais vingt mètres d'avance, je leurs fis un « doigt » très explicite, remontant de bas en haut dans leurs sales gueules et me mis à courir comme un dingue en me marrant. Des pions à l'entrée voulurent m'arrêter mais quand ils virent remuer le couteau… Je passais dehors et ne cessais de cavaler, jetant un œil derrière, les pourris n'y étaient pas, pas encore, erreur fatale de leur part, ça c'était sûr car pour eux maintenant, c'était trop tard. Je récupérais le manteau avec ma batte et allais me planquer en dehors de la cité, là ou ils ne me chercheraient pas.
Je n'arrêtais pas de sourire sur ce coup, je me repassais leur gueule d'empaffé lorsque j'avais fait le doigt, ils n'avaient pas compris, pas compris qu'ils étaient morts. Le passé, même tout proche ne comptait plus, je n'avais qu'une envie ; avancer. Gagner.

*

Je suis revenu comme la nuit. Les flics tournaient dans la cité, cherchant probablement un gamin fugitif et tueur, aux yeux brûlants de folie et aux mains rouges de sang. C'était pas la bonne piste ; je m'étais rincé les paluches au robinet et je me sentais plus tranquille que jamais, serein même, tout autant déterminé, froid et opaque, légèrement fatigué mais porté, prêt, prêt pour l'ultime combat. Le cœur, l'âme assoiffée.
Je savais que je n'aurais pas cinquante milles chances d'en finir, cela serait ce soir ou jamais, je ne sais pas pourquoi, je le sentais comme ça et c'est ce qui me faisait accélérer.
Je me faufilais jusqu'au bat K, je n'avais pas leur adresse, restait la cave, et mon instinct, j'y croyais, je n'avais qu'à me laisser guider. Je descendais sous l'escalier, dans l'obscurité la plus complète j'atteignis les caves, un instant je m'immobilisais, je sentais à nouveau la moiteur pisseuse de l'air courir sur ma peau, un frisson me parcourut, les cris me revinrent comme imagés, par flash, un frisson de haine. J'allumais, les cloportes de verre éclatèrent leur lumière froide et jaune, la haine et la violence m'étouffait, le fait de me retrouver ici…
J'avançais, batte en main, esprit tendu, paré à frapper.
C'était écrit, écrit par la batte, j'allais tourner dans le dernier couloir menant à la 28 et me retrouve nez à nez avec le plus grand, il me reconnaît, ça lui fait ouvrir la bouche et l'engin de mort, déjà, volait.
Son oreille s'écrabouilla tandis que sa tête frappait le mur, il pivota du visage, les yeux teintés de sang, horrifiés, voulant hurler sa douleur, je travaillais comme un artiste, un sculpteur au burin, sa bouche morfla, j'entendis craquer les dents, il ne criera plus à présent, j'avais de la place dans l'angle du couloir et pouvais taper fort, violemment mais méthodique, son crâne, à chaque coup, s'écrasait un peu plus contre le mur poisseux, semblant y pénétrer, un monde l'attendait là derrière, peuplé de flammes et de cris et j'étais en train de l'y envoyer.
Des pas, un souffle court, mon instinct me fit tourner la tête, juste à temps ; une lame de cutter emportée par le bras du dernier frère vint me frôler l'œil, j'étais comme dans un film et roulais dans la terre pour pouvoir me relever, l'affronter à ma façon, la batte serrée entre mes mains. Mais l'autre n'avait qu'une idée, détaler de son trou, de la cave ou il devait s'être retrouvé coincé par ma présence dans le couloir, il était passé sans un regard, sans un geste pour son frère, mis à part celui, involontaire, de lui écraser une main dans sa course précipitée, et déjà disparaissait dans les tubulures du sous sol. D'un bond je rejoignis ma victime, elle soufflait encore, la poitrine, malgré les côtes cassées, se gonflait en arrachant des gémissements au crâne à demi broyé, c'est là que je cognais, durement, deux grands coups comme à la hache, une mousse de cervelle verdâtre gicla subitement, ça me fit penser aux boites d'épinards que s'envoyait Popeye, champagne !
Il était mort.

Plus qu'un, plus qu'un ! Il ne devait pas m'échapper, je courais le plus vite possible, lui aussi, je revoyais le visage empli d'effroi, le regard imbibé de panique que j'avais croisé dans le couloir en bas, le couloir de la mort . Arrivé dans le hall il avait continué à monter, à grimper dans les étages, je le vis alors qu'il devait atteindre le deuxième, j'avalais les marches trois à trois en oubliant de respirer, j'étais un animal, un fauve qui chasse pour survivre, survivre au passé.
Une porte tapa au troisième, j'atteignais l'étage du dessous quand une voisine en robe de chambre se mit à hurler en me voyant, faut dire que j'avais du sang jusque sous les yeux, elle paniqua, des portes claquèrent des cris ; « Au secours ! », « Appelez la police ! » La police ! J'étais devant chez lui, peut m'importait d'être pris ou non mais il ne fallait pas qu'il s'en sorte, quoique il advienne, il fallait qu'il meurt, qu'il crève. Je ne savais même plus le pourquoi du comment, ça tournait juste à l'obsession urgente, simple et puissante, comme un manque à combler, une soif, une faim de sang, la pire des drogues m'habitait ; tuer, éliminer, en terminer, c'était ça, terminer, en finir et peut être alors, recommencer… recommencer à vivre.

La porte n'était pas fermée, un rideau obstruait l'entrée, l'entrée de sa maison. Je passais le sas, un monde étrange et glauque m'empoigna à peine le voile épais rabattu dans mon dos, il faisait sombre, une odeur lourde me souleva le coeur, des épices mais aussi de la puanteur, ça sentait la viande avariée, les chiottes de malades, le renfermé moisi, bourré de virus et de bactéries, presque asphyxiant d'autant que ça collait moite à la peau tout comme l'obscurité menée par de vilains tissus aux fenêtres, déchirés, malsains et crasseux. J'avançais dans ce monde de ténèbres stagnantes, comme flottantes autour de moi, pas un bruit, ça puait le coup fourré, il était ou cet enfoiré ?
J'entrais dans une chambre et restais con, pour la première fois ma batte se détendit, mon bras se relâcha, je fis quelques pas pour mieux voir, ça me paralysa d'autant. Une vision d'apocalypse, une femme à moitié chauve, le visage tout creusé, à la lividité de cadavre était allongée dans un lit, la chambre à peine éclairée par une lampe de chevet recouverte d'un torchon taché ne montrait que ses occupants, une vieille en train de crever et une gamine de six ou sept piges à ses cotés, toutes deux plongées dans la plus grande concentration, n'ayant même pas perçu mon arrivé, la petite était en train de vider une seringue dans le creux du bras de celle qui devait être sa mère, elle retira la pompe et s'empressa de dénouer le garrot tandis que le sang coulait au milieu des multiples traces, croûtes et marques de la droguée. La gosse y colla un coton à usages multiples - au vu de son état catastrophique, alors que la vieille fut prise de soubresauts effrayants mais brefs. J'étais tétanisé.

-« Recule ! Recule ! » Cria la voix de l'autre enculé dans mon dos. La rage première, intime et mienne me redonna mes sens, je fis un pas de plus jusqu'à la pt'tiote et me retournais en redressant ma batte. Il me braquait de l'entrée avec un calibre à canon court, très court, un truc d'alarme, pas un jouet, ça se voyait dans le tremblement de sa main tendue. La petite fille alla vite se coller prés d'une seconde porte, je remarquais alors son tablier de souillon, sa saleté et sa crainte devant son frère, une crainte reconnaissable entre toutes, pour moi car c'était la même que celle que j'avais de mon père, avant, d'ailleurs un regard tiède, mouillé ou d'aide, glissa jusqu'à moi. Elle fixait aussi le lit qui était dans mon dos de manière explicite, tout allait si vite, les yeux de l'enfant étaient peuplés des cauchemars de sa vie, ça déboulait en vrac, la vieille était vu comme un démon, mais l'autre abrégea.
-« File dans la cuisine ! » Sa voix tremblait, il flippait sa race, la gosse fila.

Je me sentais surpuissant, j'allais le massacrer, qu'il tire ou pas c'était pareil et il le voyait, plus j'appuyais mon regard sur lui, plus il semblait fondre de frousse, de panique, c'était moi le diable à présent et je repensais aux paroles du petit, presque ses dernières. Je lâchais ;
-« Tire tapette ! Qu'est ce que t'attends, et ne me rate pas car moi… JE TE RATERAIS PAS ! » Je ne reconnaissais même pas ma voix, inhumaine et froide, porteuse de violence, mon adversaire en recula sans le vouloir, il allait se barrer mais son arme était remontée sur ma figure, je bougeais sur le coté. Le temps paraissait stoppé, cependant des sirènes de police grimpaient d'en bas de l'immeuble, des voitures qui freinaient brusquement, des cris, il se mit à pleurer.
-« Me tues pas, me tues pas, t'as déjà eue mes trois frères… C'était pas mon idée pour ta sœur, je jure, j'ai pas voulu en plus, moi, je lui ai rien fait, je jure sur la tête de m'mère qu'est mourante, qu'est là… »
Et là, j'ai déconné, sans savoir pourquoi, avec ma voix normale, candide, j'ai demandé ;
-« Qu'est ce qu'elle a ? »
-« Le sida, le sida… En plus elle est tox à donf, faut qu'on lui achète sa came, avec mes frères, sinon elle crève et… et ma petite sœur Sondra, elle sera seule, malheureuse et tout, à l'assistance qu'ils vont la mettre, c'est pour ça qu'on rackettait, c'est pour… » il avait remarqué comme j'avais tiqué, tourné le regard vers la cuisine au nom de sa petite sœur, il rajouta ;
-« C'est pour Sondra, elle aime tant sa maman, sa mère, not'mère, c'était pas pour nous, c'était pour la petite… »
…Et moi, ma mère elle était morte quand j'avais trois ans, je n'avais aucun souvenir visuel ou sonore, par contre au niveau charnel, ça avait été comme des manques, des déchirements au fond de mon lit aux moments les plus délicats, là ou j'en avais le plus bavé, le plus besoin, vraiment, tout le temps, maman…
Je reculais encore et touchais le lit, ma batte tomba le long de ma jambe et je vis l'autre sourire mais pas de soulagement, putain de merde ! C'était son sourire d'enculé ! Une douleur fulgurante me traversa l'aine, ça me transperça le corps et la tête d'un voile noir, j'hurlais en tombant. Plié en deux sur le sol je sentis un manche de couteau dur et immobile collé entre mes cotes, je n'arrivais plus à respirer, du sang, j'avalais du sang en même temps que de l'air épais, je vis au dessus de moi la vieille à demi-penchée qui me parlait en Arabe, c'est cette salope qui m'avait planté, putain, elle se mit à cracher, à me cracher au visage. L'autre, le grand avait bondi sur moi, il me retourna, j'étais en boule, crispé au maximum, j'avais si mal, le manche força encore plus et la froideur, la brûlure - les deux en même temps - de l'acier me déchira les tripes, raclant contre des os prés de mon ventre, ça m'arracha le cerveau, tout était rouge, noir, je vomissais du sang, j'avais si mal.
Il colla le canon de son pistolet contre ma tempe, je fis l'effort de le regarder, je voulais le tuer avec mes yeux, j'avais encore la haine, pas de peur et du coup ma souffrance se stabilisa. Il dit ;
-« Tu vas crever conard ! »
-« Me… Ne me rate pas… » je lâchais malgré que le fait de parler me torturait abominablement.
-« T'inquiète… »
-« Police ! Police ! Lâchez votre arme ! »
-« Jetez là ! Vite ! Première sommation ! Première sommation ! »
Des cris, du bordel dans la pièce, ils venaient de débouler, tout autour.
Il tourna la tête, il les voyait, moi pas mais j'imaginais. Les flics le braquaient avec de vrais flingues. Le canon de l'arme quitta ma tempe en tremblant de rage, le dernier des frères me fixa violemment, j'avalais sa haine et sa rage pour la lui renvoyer, il était battu, je me mis à rigoler en toussant, en toussant des glaviots de sang, ça me tuait, je me sentais crever en vérité, mais je rigolais et ça, ça l'a rendu fou…
Des hurlements précipités ;
-« Non ! Non ! Reposez… Lâchez votre arme ! Je vais tirer ! »
C'était tout rouge et glacial dans mon corps. Glacial comme la bouche du flingue qu'était revenue sur mon front.
-« Crève ! Crève ! » Il a gémi, le dernier frère, et moi je voulais bien, j'avais si mal…
Et ça a pété, d'abords très fort, assourdissant puis brûlant et sourd, oui, sourd d'un coup, ça a pété dans ma tête et y'a comme un feu noir qui m'a mordu la gueule, qui m'a arraché les yeux, un feu tout noir, tout noir, noir…

*

Il m'avait raté.
Il m'avait défiguré mais il m'avait raté. J'étais vivant, et lui mort, abattu par les flics. Je suis resté longtemps à l'hosto avant de rejoindre la prison pour mineurs, mes yeux étaient sauvés, ma rate et mon foie aussi, par contre ma face…
Dés mon arrivé en cabane j'ai senti les regards, j'ai entendu les murmures, alors, la nuit, j'ai démonté un barreaux de lit, en acier, lourd, et froid…

C'était il y a quinze ans. J'ai fait mon trou depuis, chez les truands. Racket de pourris, braquages et cambriolages, on touche à tout avec ma bande, sauf à la drogue, à cause de la vieille qui m'avait planté. Elle a crevé depuis. Je suis connu et respecté, on m'appelle « le brûlé », brûlé du cerveau aussi, on me craint à cause de mes exploits et de ma face de cadavre, dans tous les milieux d'Europe et d'ailleurs, jusqu'en Amérique du Sud ou l'on me cite comme exemple de droiture vengeresse, certains me surnomment le « Kaïser Sauzé » des faibles en hommage à la légende Turc.
Chaque fois que je rejoins une centrale je retrouve ces soi-disant caïds. Perpétuellement le même genre de bande, de celles de mes souffrances passées, à emmerder, à en faire baver aux plus chétifs, par facilité malsaine et cruauté gratuite, et lâche. Alors je cogne, je frappe et parfois je tue, aussi, je n'ai pas le choix, je n'ai pas droit à la pitié avec ces fils de putes. Je fais peur, on me traite de fou, de furieux depuis la fois ou j'ai avancé, barre en main, sur un salopard qu'avait violé un gosse dans les douches, avec ses potes, un salopard qui braquait un pétard sur moi. Mais j'avais la rage, la haine, j'ai pas hésité, j'ai mangé trois balles dans les bras et une dans le poumon, le gars a vu sa tête éclater comme un melon trop mûr et les autres n'en revenaient pas, de mon inconscience, de ne pas avoir eue peur, ni de la douleur, ni de la mort.
C'est ce qui fait ma réputation, qu'ils me craignent. On dit que je suis le genre de mec increvable, capable de ressurgir de l'enfer pour aller régler des comptes, impitoyablement. J'ai été faible une fois, et j'ai pris un coup de surin dans le flanc, c'est fini depuis, c'est pour cela que je choisis bien mes ennemis, sans mal il est vrai, crapules et traîtres, infâmes et cruels, redoutés de tous, inattaquables dans l'absolu, mais pas par moi. Mes hommes croient que j'ai toujours été ainsi, beaucoup s'interrogent sur ce qu'ils pensent être ma folie, mon « secret ».
Ils m'appellent « l'homme sans peur », « l'homme qui n'a jamais connu la peur », s'ils savaient, la peur…

Avant, j'avais peur.
Avant la batte.

FIN

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