Le hâtre
de Jean-Luc Gustave

PIECE EN 3 ACTES
Année 2003


Et encore merci
pour le beau voyage…



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SYNOPSIS :
Le parcours exceptionnel d’un berger devenu clochard qui retrouve ses origines en fin de pièce en même temps que l’amour d’une avocate au barreau de Caen. Emotion, chaleur humaine et rires se succèdent jusque la fin. Créée en janvier 2004 à Berd’huis (61 – Orne)
Emma Huault, qui n’est pas très satisfaite de son statut dans la société qui l’emploie, décide d’en prendre le pouvoir. Elle entraîne avec elle dans ce combat Alex, également employé de cette société… C’est alors qu’intervient un certain Maxime….
Tableau de séquençage des répliques en fin de manuscrit


GUSTAVE
Jean-Luc Pecqueur, 30, avenue du Perche, 61340 Berd’huis – 02.33.83.87.49 – 06.77.94.21.64
c.gustave@wanadoo.fr - - http://perso.wanadoo.fr/gustave
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Du même auteur :
disponibles sur simple demande


Le Transcervellicaire (3 séances – 398 entrées en janvier 2003)
5 H – 5 F. (1 h 45) Il n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais. Un nom à coucher dehors selon Ouest-France. Un mot inventé pour susciter la curiosité. Une comédie de boulevard tout public qui parie sur l’imaginaire pour faire rire durant près de 2 heures. Pas de claquements de portes ni d’amants cachés dans les placards… Juste une personne qui marche sur son râteau. Chute et compréhension dans les dix dernières minutes.

Le Transcervellicaire 2
Il s’agit d’une réadaptation pur 3 H – 3 F de la pièce de base (1 h 30).

Le Hâtre (3 séances 295 entrées en janvier 2004)
5 H – 6 F. (1 h 30) Pièce en 3 actes. L’itinéraire tout à fait particulier d’un berger devenu clochard qui en fin de pièce retrouve à la fois ses origines ignorées et l’amour d’une avocate au barreau de Caen. Les passages « émotion » succèdent aux passages comiques. Un peu d’humilité, beaucoup de tendresse et de chaleur humaine. Ils ne sont pas des chiens…

Je vais chercher Dupin (4 séances – 415 entrées janvier 2005)
6 H – 5 F (1 h 30) (comique et tous publics) : Robert s’absente aux alentours de midi pour aller chercher Benny Dupin, le copain de Alexis son fils. Mais la belle-mère se mêle de tout, Et Thérèse, copine de Myriam commère notoire se joint à la partie. Entrent ensuite Serge, maître chanteur, Romain et tous les autres…

Le Canapé de Mademoiselle Nelly
1 H – 1 F (15 mn) L’histoire d’un coup de foudre amoureux sur fond de téléthon 2004

Ces messieurs d’Orgueil
1 H – 1 enfant (12 mn). Il s’agit du dialogue d’un enfant avec son grand père sur un constat de société.

Les Cornes du cheval de Pontécoulant
2 H + 1 adolescent (10 mn) L’histoire moqueuse d’un parisien chic qui arrive en Normandie et veut comprendre pourquoi le taureau de monsieur Michu n’a pas de cornes…

Hesitancy Heart-Sore
1 H (5 mn) Monologue amoureux

L’Inconnue de 12 heures 03
2 H – 1 F. (15 mn) Fin avril. Claire, que son mari ne regarde plus, s’imagine qu’elle doit maigrir pour reconquérir son regard… Mais c’est l’amour qu’elle trouve au bout de son illusion. Une autre façon de parler du soleil !

Les Bouffeurs de vie
Roman 224 pages. 2 jeunes gens pris au dépourvu de la vie alors qu’ils ne sont pas encore des adultes mais que la hargne de vivre va projeter dans la réussite humaine et sociale


Coulisse = couloir appartement donnant sur autres pièces


















LE HÂTRE
PROFIL DES ACTEURS
Par ordre d’entrée en scène



EMMA HUAULT – 40 ans. Cadre moyen d’une très grosse société de communication. Extrêmement ambitieuse et hautaine. Echafaude avec son collègue Alex une ruse diabolique pour s’emparer du pouvoir de la société. (141 répliques)
ALEX – 45 ans. Collègue de Emma. Cadre moyen de la même société de communication. A répondu présent à la demande de sa collègue pour s’emparer du pouvoir de la société et fomente avec elle un plan diabolique. Pas très à la hauteur de la situation. Toujours long à comprendre. (86 répliques)
MAXIME – (40 ans) Personnage central de la pièce qui va étonner tout le monde par son savoir alors qu’il n’est jamais allé à l’école. Il va servir de faire-valoir à Emma et Alex pour qu’ils atteignent leur but en lui faisant faire tout et n’importe quoi. Doit s’habiller « endimanché ». (154 répliques)
DIANE – (35 ans) Jeune avocate ambitieuse mais ayant des valeurs très humaines. Rencontre par hasard Maxime dont elle tombe amoureuse en coup de foudre alors qu’elle se trompe d’étage pour un rendez-vous. Son nom « Ecatavo » est l’anagramme du mot « Avocate ». Très « Classe ». (76 répliques)
ELENA – (18-20 ans) Jeune fille qui fait du baby-sitting pour l’argent. Elle râle tout le temps après Kevin. (28 répliques)
KEVIN – (10-12 ans) Il est le fils de Alex. Garçon qui profite de la situation à chaque fois qu’il le peut. (10 répliques)
BENEDICTE – (40-60 ans) La voyante convoquée par Emma pour lui prédire sa réussite mais qui se trompe tout le temps. (41 répliques)
MARILYS – (30-40 ans) La secrétaire de Léonard, qui va se transformer momentanément en enquêtrice pour mieux étudier le cas de Maxime. (62 répliques)
CHARLY CASSIPO – (30-40 ans) Un livreur en camionnette arrive par hasard chez Emma et y rencontre son plus vieil ami perdu alors qu’ils étaient pâtres tous les deux en montagne. (35 répliques)
LÉONARD – (30-40 ans) Chercheur d’héritier qui va retrouver un père et un frère à Maxime. (47 répliques)
MELODY DE PARASYMBAMATE – (30-40 ans) La vendeuse de sous-vêtements chics qui a un comportement bizarre et semble très curieuse. (5 répliques)

(A l’ouverture du rideau, la scène est vide, mais on entend en voix off une personne qui râle très fort. Entrée de Emma par P2 qui tient un bulletin de salaire dans ses mains)
Emma (Rouspétant) – Quand je vois cette horreur, je me demande encore à quoi cela sert d’avoir fait autant d’études. C’est une honte de payer des gens de valeur comme nous à ce prix-là. Nous valons tout de même mieux que cela. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot et ça va changer. (Rouvrant la porte vers l’extérieur et parlant vers le couloir en râlant encore plus fort) : Bon tu es où ? Tu arrives ou quoi ? (Puis revenant sur la scène et parlant toute seule) Décidément, lui aussi, il faut se le faire. Jamais là au bon endroit ni au bon moment. Quel idiot !
Alex (entrant un peu imprévisiblement) – Tu m’as appelé ?
Emma (surprise et aussi gênée) – Euh non, je disais seulement que nous n’avions pas de piot, de peau, enfin de bol en ce moment !
Alex – Ah ! J’avais mal compris, j’avais compris idiot en ce moment.
Emma (faux-cul) – Mais non, voyons. Pas de vilaines choses comme ça entre nous. Pas moi en tout cas (à dire en face du public qui doit deviner immédiatement que ça pue le mensonge à plein nez).
Alex – J’ai bien compris. Dis-moi, as-tu au moins regardé le bulletin de salaire que nous avons eu ce matin ?
Emma (parlant avec hauteur et d’un ton dédaigneux et une fois de plus faux-cul) – Oh non ! Pourquoi ? Tu sais, moi, j’attache une importance toute relative à ces choses-là ! Ca va, ça vient. Tu sais, c’est toujours pareil. Et puis j’ai la chance d’avoir un revenu à la hauteur de mes ambitions. Alors moi, tu sais, pourvu que mon travail me plaise !
Alex – Tu as bien de la chance, parce que moi, j’y regarde de près. Figure-toi que ce matin j’ai découvert que notre prime de cravate avait diminué de moitié. C’est pas rien quand même ! Ca payait l’argent de poche du petit…
Emma – Pauvre petit, que va-t-il devenir sans argent de poche…
Alex – Je vais être obligé de demander à ses grands-parents de m’aider… Mais je suis pas sûr qu’ils veuillent ?
Emma – Hé non. Ils vont certainement faire une drôle de tronche quand tu vas le leur demander.
Alex – Ca me fait mal pour le petit. Et puis je ne sais pas ce que va en penser ma femme ?
Emma – J’ai comme l’impression que tu ne vas pas te faire bien voir si tu lui annonces ça !
Alex – Tu ferais quoi à ma place ?
Emma – Je ne sais pas si tu as bien compris mon message, mais ce n’est pas pour que nous parlions de l’argent de poche de ton moujingue que nous avons décidé de nous rencontrer. Vrai ou faux ?
Alex – Oui, tu as raison, il ne faut pas que nous nous échappions de notre but. L’avenir est devant nous (faisant un geste du bras et de la main pour montrer « devant »).
Emma – Tu m’aurais dit qu’il était derrière, je ne t’aurais pas cru.
Alex – Bon, on ne va pas commencer à se bagarrer sur des broutilles. Peux-tu me raconter maintenant avec précision ton idée géniale pour parvenir à nos fins ?
Emma – Ah ! Tout de même, il t’en a fallu du temps pour en arriver à l’essentiel. Comme je te l’ai expliqué cet après-midi, alors que tous les autres s’étaient absentés pour le pot de départ de monsieur Durel, je pense que nous avons un moyen très efficace de prendre le pouvoir… (temps d’attente) …si nous rusons…
Alex – Mais vas-tu enfin t’expliquer plus clairement ? Je ne comprends pas ta démarche et surtout comment tu comptes t’y prendre ?
Emma (prenant un air hautain) – Là, je sens que je vais t’épater…
Alex – J’en doute, mais dis toujours…
Emma – Quel est le meilleur moyen de se défendre…
Alex (du tac au tac) – C’est d’attaquer… Mais ça c’est facile, c’est le B.A.-Ba de ce que nous apprenons tous à l’école.
Emma – Quel est le meilleur moyen de prendre le pouvoir contre tous ceux qui t’en empêchent ?
Alex – C’est d’être le meilleur ?
Emma (fâchée) – Mais non, bougre d’idiot, ça n’est pas important d’être le meilleur. Le meilleur moyen de dominer les factions adverses c’est de di - vi - ser (bien casser le mot) pour régner.
Alex (après un temps de réflexion) – Mais un jour ça se retourne contre toi !
Emma – Mais non, si tu es malin, tu fais durer les rivalités entre tes ennemis. C’est de la gestion comme qui dirait politique de l’histoire…
Alex – Tu en as de bien bonnes toi. Et tu fais comment pour les diviser ? T’arrives et puis tu dis (à faire avec les gestes) « Voilà, c’est moi personnellement Je qui viens en personne vous diviser les uns contre les autres. Alors assis, là, on ne bouge plus et on obéit ». (Se reprenant) Là tu vois, je crois pas que ça marche !
Emma – Alors là, tu vois, ta Emma de collègue qu’elle est là en face de toi personnellement, elle te dit que tu la connais pas bien.
Alex – Ouais, enfin n’en fait pas de trop, parce que tu risques de tomber de ton escabeau et ça va te faire mal.
Emma – Alors à ton avis, qu’est-ce que j’ai pu trouver qui nous permette facilement en moins de six mois de prendre le pouvoir ?
Alex – Je ne sais pas moi, racheter toutes les actions de la société, ou bien faire un enfant au patron, ou coucher avec son fils, ou compromettre sa fille dans une salle histoire louchdingue, ou…
Emma – Ah ! t’es pas louchdingue toi, et ça se voit. Mais non, je vais tout simplement leur mettre des bâtons dans les roues à tous, au point qu’ils ne vont même plus savoir comment ils s’appellent.
Alex – Et pour ce faire, tu comptes t’y prendre comment, parce qu’ils ne sont pas obligés d’être tous cons au point de ne pas te voir arriver.
Emma – Ah ! C’est là que tout mon génie se développe. (Un temps, puis) : Tu connais Maxime ?
Alex – Non.
Emma – Mais si, le petit protégé qui a été embauché par le patron en personne.
Alex – Ah oui ! Celui dont il nous a fait l’éloge en nous disant que c’était un génie !
Emma – Voilà, c’est cela : (avec insistance) : THE GENIE en personne.
Alex – Alors là, je suis stupéfait. Est-ce que tu l’as déjà entendu parler ?
Emma – Oui, et c’est d’ailleurs de là qu’est venue mon idée de génie.
Alex – Alors si c’est lui ton idée de génie, tu m’excuseras, mais je ne suis pas de la partie. (Un temps) Non, faut pas déconner. D’abord, il n’est même pas propre sur lui et en plus, il raconte des conneries monstrueuses. Tiens, l’autre jour, à propos des présidentielles, il nous a dit texto : « un septennat c’est trop, il faudrait mieux un quatrénat » (bien prononcer sin qué na).
Emma – Ok ! Ok ! Ok ! Ne parle pas trop fort, parce que il pourrait nous surprendre et nous laisser tomber.
Alex (Etonné) – Je ne vois pas comment il pourrait nous surprendre, il n’a tout de même pas de si grandes oreilles ! (faire les gestes montrant des grandes oreilles)
Emma – Bien sûr que non, mais il faut que je t’explique : il doit arriver à la maison, là, ce soir. Et d’ailleurs, vu l’heure qu’il est, il ne devrait pas tarder.
Alex (complètement surpris) – Quoi ! Tu l’as invité ici, tout de suite ?
Emma – Oui, j’ai prétexté un pot de bienvenue pour lui entre collègues ; Ca va nous permettre de commencer à le travailler.
Alex (Frappant avec le plat de sa main sur son front) – C’est pas vrai, je le crois pas. Tu n’as quand même pas envisagé de te servir de lui pour tes basses besognes ?
Emma – Si. Et après on le jettera (faire le geste de jeter quelque chose à la poubelle) lorsque l’on n’aura plus besoin de lui. (Affirmative) : C’est comme ça la vie. Ici bas sur terre, les hommes sont des loups entre eux.
Alex (Stupéfait alors que la sonnette a retentit) – Mais attends, tu as tout de même affaire à un être humain, pas à un objet !
Emma – Non, mais je rêve, tu ne vas pas me dire que tu n’es pas un peu d’accord !
Alex – Attends, tu ne crois tout de même pas que tu exagères ? (écoutant puis prévenant) : As-tu entendu ? J’ai comme l’impression que ton rendez-vous est arrivé parce que j’ai entendu sonner…
Maxime (arrivant, endimanché) - Euh, bonjour monsieur, bonjour madame. (Se reprenant) : Ou plutôt non, c’est pas poli comme je fais, d’abord bonjour madame, puis bonjour monsieur. J’m’excuse. J’ai pas l’habitude du grand monde !
Alex – Ce n’est rien, nous non plus vous savez.
Emma (hautaine) – Oui, c’est exact. Tout au plus nous avons parfois des obligations vis-à-vis de nos clients qui nous contraignent à traîner dans des soirées très huppées, mais à part cela, non, rien, rien de vraiment très spécial…
Maxime (gêné) à Alex – Qu’est-ce que ça veut dire « Hue-Paix » ? (Mot à dire lentement comme s’il s’agissait d’un mot inconnu pour lui)
Alex – C’est-à-dire que c’est un mot que les pédants…
Maxime (faisant un geste comme les homosexuels) – Ah, c’est un qui…
Alex – Mais non, pas Pédé, pédant, ça veut dire vaniteux…
Maxime (éberlué et bouche ouverte) – Ah !
Emma (Enervée) – Ecoutez, on ne va pas commencer par raconter tout le dictionnaire, mais si vous ne connaissez ni Vaniteux qui n’est pas de la vanille, ni pédant, qui n’est pas pédé, ni huppé, qui n’est pas… qui n’est pas… et puis d’ailleurs on s’en fout… (qui s’était énervée mais qui reprend son calme car elle doit amadouer Maxime et mettant la main sur son épaule). Hein mon petit Maxime, on s’en fout de tout ça, n’est-ce pas ?
Maxime – Moi, vous savez, vos histoires de dictionnaires…
Emma – Ne soyons pas sérieux ce soir. Alex et moi nous vous avons invité pour fêter votre entrée dans la société et boire un coup pour arroser ça. Ca fait du bien la reconnaissance des autres, n’est-ce pas ?
Maxime – Ben je dois avouer que c’est la première fois que quelqu’un s’intéresse à moi d’aussi prêt !
Alex – Mais non, souvenez-vous, c’est quand même bien le patron en personne qui vous a embauché ?
Maxime – Ah, oui, ça c’est un brave homme. Et qu’il est poli et gentil et tout et tout.
Emma – Hé bien oui, justement, tenez asseyez vous et racontez-nous comment il vous a embauché, je suis certaine que cela doit être trop drôle…
Alex – Je t’en prie Emma, laisse Maxime s’exprimer…
Maxime – Alors là, c’est vraiment drôle comme vous dites comment que ça s’est passé. Moi, j’étais là, au magasin, je faisais la queue à la caisse comme tout le monde avec mon litre de rouge.
Alex (Etonné et n’ayant rien compris) – Ah ! Tout le monde dans la file d’attente à la caisse avait un litron de rouge ?
Maxime – Mais non (s’adressant à Emma) qu’il est bête cet Alex. Moi seul j’en avais un, parce que dehors, il fait froid la nuit, alors je prenais un gros litron de rouge…
Emma (qui coupe cours aux explications de Maxime) – Oui, bien sûr mais ensuite…
Maxime – Et puis devant moi, y’avait deux monsieurs (bien dire monsieur au pluriel) qui causaient fort et ils parlaient de je ne sais pas trop quoi et puis y’en a un qu’a dit à l’autre « question piège, sais-tu quelle fut la première femme à avoir son permis de conduire ? ». Je voyais bien que l’autre, il ne savait pas et puis qu’il était drôlement embêté de ne pas savoir. Alors moi, discrètement, je lui ai soufflé n’importe quoi : (à dire comme en soufflant) « en 1897, la duchesse d’Uzès ». Et lui, comme un idiot, il a répété comme moi. Et là, grosse surprise, le premier lui répond : Ah ! tu savais ? Alors c’est pas drôle. Mais moi j’ai dit un nom comme ça au hasard qui m’avait passé dans la tête et que j’avais dû lire quelque part sans doute.
Emma (étonnée et questionnant) – Mais en réalité, c’était qui la première femme à passer son permis ?
Maxime – Hé ben sans le faire exprès, c’était la bonne réponse.
Emma (Enervée) – Bon ne nous éternisons pas. Ensuite, vous ne nous avez toujours pas dit comment le patron vous a embauché…
Maxime – Hé bien justement, le monsieur à qui j’avais donné la bonne réponse, c’était votre patron. En sortant du magasin, il m’attendait et il m’a dit de passer le voir un jour quand j’aurais cinq minutes. Alors j’y suis été aussitôt. Alors y s’est rappelé de moi. Alors comme il avait le temps parce que y’avait un rendez-vous qui venait de se désinstaller…
Emma (coupant Maxime) – Tu ne voudrais pas plutôt dire de se décommander ?
Maxime – Ah oui, c’est ça, je commence à m’en souviendre…
Alex (faisant de grands gestes de désespoir) – Ah là là là là…
Emma – Qu’est-ce que tu as toi, avec tes grands gestes idiots !
Alex – Oh ben tout de même, ça ne vole pas très haut tout ça…
Emma – Mais vas-tu enfin laisser ce pauvre Maxime parler. Nous t’écoutons Maxime !
Maxime (on voit bien que celui-ci est un peu dépassé par les événements) – Alors le patron il me dit de venir dans son bureau… Tu verrais son bureau comme c’est chouette, y’a même de la moquette par terre. Et puis y’a aussi tu sais, ces lampes debout qui éclairent tellement qu’on peut pas les regarder en face, y z’appellent ça des « Allô Eugêne » je crois, et puis…
Emma – Tu sais Maxime, nous connaissons bien ce bureau, nous y allons souvent…
Maxime – Ah ouais, tu le connais bien alors le patron ? Bon, c’est pas grave. Alors il me dit de m’asseoir. Tu te rends compte, même moi, il a bien voulu que je m’asseye devant lui. La honte que j’avais pas… Et puis là il me dit « Où c’est’y que vous avez été chercher la réponse de tout de suite dans le magasin ? Parce que vous avez bien épaté mon directeur de la communication, lui qui se prend généralement pour le nombril du monde… ».
Alex – Bien oui, ou es-tu allé chercher une réponse pareille… C’est quasiment impossible à savoir.
Maxime – Ben au début j’avais cru que je l’avais lu quelque part, mais…
Emma – Mais quoi ?
Maxime (se repliant sur lui-même) – J’ai un peu honte de le dire…
Alex – Voyons Maxime, nous sommes entre nous, tu n’as pas à avoir de honte, rien ne sortira de nos quatre oreilles à moi et Emma…
Maxime – C’est-à-dire que Euh !… Je ne sais pas lire, j’ai jamais appris.
Emma (cafouillant de jalousie) – Co, co, co, comme, comme… Comment ça tu ne sais pas lire… Et le patron t’as embauché comme ça, sans diplôme…
Alex (un peu plus humain) – Mais comment fais-tu pour vivre chaque jour. La lecture c’est comme un morceau de pain. C’est une indispensable nourriture intellectuelle…
Maxime (s’emballant un peu) – Parce que vous croyez que c’est facile tous les jours de vivre dans la merde et de mendier au coin des entrées de magasin ! ! !
Emma – Non, certes, mais tout de même en voilà une promotion pas banale du tout. Mais il doit y avoir une excellente explication à ça, parce que j’avoue que je ne comprends plus rien…
Maxime – C’est-à-dire qu’il m’a beaucoup questionné avec des questions que je comprenais même pas. Et puis il m’a demandé en rigolant si je voulais bien devenir le prochain futur patron de sa boîte. Alors ça m’a beaucoup fait rire et puis lui aussi ! Surtout lui, encore plus que moi !
Alex – On aurait ri pour moins que ça.
Emma (discrètement à Alex et en même temps vers le public) – Tu crois que le patron a viré sa cuti ?
Alex – Je t’en prie, un peu de respect s’il te plaît.
Emma – Ben quoi ! Qu’est-ce que j’ai dit de mal ?
Maxime (reprenant son explication) – Alors après qu’on ait bien ri, il m’a dit: Je sens qu’il y a quelque chose de supérieur en vous… et comme moi j’étais pas trop propre sur moi, j’ai cru qu’il voulait dire que je sentais mauvais. (un temps) C’est possible, ça arrive des fois aux gens comme moi qui dorment dans la rue. C’est qu’on fait pas toujours comme on veut…
Emma (écœurée) – Bon eh bien d’accord, mais enfin ce n’est pas la peine de nous donner les détails… rien que d’en parler, j’en ai la nausée…
Maxime – Oui je comprends bien mais il faut bien que ces choses-là soient dites un jour !
Alex – Mais maintenant que tu es embauché, tu ne dors quand même plus dans la rue ?
Maxime – Ah non ! votre patron m’a trouvé un petit studio. Mais qu’est-ce que ça coûte cher tout ça. Puis va falloir que je paie l’eau, l’électricité, le gaz. Y’a qu’une chose que je ne vais pas payer, mais c’est pourtant la plus belle et la plus chère de toutes…
Emma – Quelle est donc cette chose qui vaut si cher et que tu comptes ne pas payer ?
Maxime – Ma dignité retrouvée !
Alex (Comme un bon perdant s’avouant vaincu) – Un point de marqué Maxime. Je dois avouer que tu viens de marquer un point…
Maxime – Ah, vous aussi vous comptez les points comme ça ?
Emma – Que veux-tu dire par vous aussi vous comptez les points comme ça ?
Maxime – A vrai dire, je ne sais pas trop bien, mais… j’ai déjà dû entendre ça quelque part
Emma – Mais qu’est-ce que tu fais exactement ici, dans cette boîte. (Réfléchissant) C’est vrai que je ne t’ai jamais vu avec des dossiers sous le bras, maintenant que j’y réfléchis…
Alex – Mais oui, tu as raison Emma. Tout le monde sait que tu travailles avec nous, mais jamais personne ne s’est posé la question de savoir à quoi tu étais employé ?
Maxime – Ben c’est-à-dire que euh ! au début, je ne faisais rien. J’étais tout seul, là, enfermé dans un grand bureau. Avec plein de feuilles partout et des crayons et un téléphone et moi qui ne sait pas écrire… (Lançant après un temps à Emma et Alex qui tombent des nues !) : Ah, parce que je vous ai pas dit « je ne sais pas écrire non plus, alors faut que j’apprenne… »
Emma (aterrée) – Mais Maxime, tu comptes nous entraîner où comme ça, : ni lire, ni écrire, ni quoi encore…
Maxime – Ah ben c’est pas facile tous les jours. Mais heureusement, votre patron il s’occupe bien de moi et il me fait faire des choses simples.
Emma (Ne perdant pas le nord et revenant à son idée de base) – Alors justement, toi qui semble si bien avec le patron, tu ne pourrais pas nous rendre un petit service à moi et à Alex ?
Maxime – Oh bien oui, vous êtes tellement gentils avec moi que je ne sais pas vous refuser un service.
Emma – Alors voilà. Ce serait très simple. Figure-toi que Alex et moi avons fait une grosse bêtise et nous avons malencontreusement égaré un dossier très important. Heureusement, c’est un dossier que nous avions déjà donné à notre patron (Alex doit regarder d’un air éberlué Emma, car visiblement il ne sait pas ce que Emma va demander à Maxime) et il faudrait que nous puissions le récupérer pour la prochaine réunion…
Alex (gorge nouée, devinant que c’est un vol) – Mais tu ne vas tout de même pas demander à Maxime de prendre le rapport confidentiel du personnel ?
Emma (donnant un grand coup de coude à Alex) – Mais bien sûr que si, le fameux rapport que nous avons eu tant de mal à écrire et que tu as bêtement perdu…
Maxime (se prenant au jeu) – Ah oui, et puis maintenant, c’est pas facile d’avouer qu’on a perdu un gros boulot, je comprends !
Emma – Voilà, c’est exactement ça !
Alex – Tu es gonflée ?
Emma – Mais non, mais non, mais non. Pas plus que toi mon grand !
Alex (Changeant de sujet) – A propos, je voudrais bien que tu me redonnes le magnétoscope que tu m’as emprunté il y a huit jours. J’y pense d’un seul coup parce que j’ai un film à enregistrer ce week-end. Donne-le moi, je vais le descendre dans ma voiture !
Emma – Tu n’auras pas besoin de le descendre parce que je l’avais emmené avec moi ce matin pour te le redonner et j’ai complètement oublié. Il est toujours dans mon coffre. Je vais le chercher…
Alex – Ben non, c’est pas la peine, on va pas le remonter pour que je le redescende après. Nous n’avons qu’à y aller tout de suite et on va le transférer de ton coffre à mon coffre directement. (Prenant fermement Emma par le bras et l’amenant vers la porte) Viens, j’ai de toutes façons deux mots à te dire.
Emma (Se défendant) – Mais on en a pour un moment, je suis garée à l’autre bout de l’avenue et j’ai vu que la tienne était du côté opposé. Et puis on ne va tout de même pas laisser Maxime tout seul…
Maxime – Ah, mais ne vous gênez pas pour moi, je peux bien attendre quelques minutes… Allez-y, faites ce que vous avez à faire, ne vous occupez pas de moi.
Alex (Insistant) – Bon, tu vois bien que Maxime veut bien que nous le laissions quelques minutes… Alors pourquoi pas.
(sortent Emma et Alex par P1) – (Quelques instants, Maxime ne sait pas quoi faire, tourne en rond et ça doit se voir, touche à tout sans rien vouloir toucher, etc.) (On sonne à la porte d’entrée. Maxime est étonné et ne sait quoi faire, hésitant. On sonne à nouveau et Maxime cette fois-ci se lance à ouvrir la porte)
Diane (entre, attaché case en mains et dynamique) – Bonjour Monsieur. Je suis bien chez monsieur et madame Stapeul ?
Maxime – (Tout timide et visiblement ému et charmé) Euh, je ne crois pas. Non je ne sais pas.
Diane – Vous ne savez pas chez qui vous êtes ?
Maxime – Si. Mais non !
Diane – (avec un sourire et visiblement à son tour émue et charmée). J’ai bien du mal à vous suivre ! Et pourtant j’ai la conviction que vous me dites la vérité. (Un instant) Pourquoi me semblez-vous si triste soudain…
Maxime (qui a bien ressenti lui aussi le malaise, mais reste étonné) – Mais je ne suis pas triste !
Diane – Non, c’est vrai, ce n’est pas le mot juste… Comment pourrais-je dire cela au plus juste. Voilà, vous me semblez… intimidé et pourtant sûr de vous. J’ai du mal à saisir votre pensée et voilà que quelque chose se produit que je ne sais nommer qui me plaît en vous…
Maxime – Votre plaidoyer m’émeut !
Diane – Auriez-vous suivi des cours de droit ?
Maxime – Oh non ! Si vous saviez…
Diane – Pourtant, votre langage « plaidoyer m’émeut » dénote une certaine culture… Non ?
Maxime – Oh madame, si j’ai une culture, elle ne saurait être que celle qui ressemble au dry-farming ?
Diane – Excusez-moi, mais je ne sais pas ce que c’est que le dry-farming ?
Maxime – Moi non plus à vrai dire. Mais j’ai dû entendre ça quelque part. Il s’agit de techniques de culture permettant de bien faire pénétrer les eaux dans le sol afin d’éviter une trop grande évaporation. D’où l’idée de rendre ma mémoire plus flexible, plus légère et apte à recevoir ce que j’entends et que je retiens, car…
Diane – Je crois que vous allez me dire une bêtise que je n’ai pas envie d’entendre. Auriez-vous la gentillesse de ne pas m’appeler madame : je me présente (Tendant la main vers Maxime) : Diane Ecatavo du barreau de Caen. Pour vous, ce sera Diane, tout simplement. S’il vous plaît.
Maxime (Serrant la main de Diane) – Let it be. Maxime, tout court, c’est mieux. Let it be, je crois que c’est une des dernières chansons des Beatles et que ça veut dire « qu’il en soit ainsi ».
Diane – c’est exact. Vous aimiez les Beatles ?
Maxime – Oh, vous savez, moi, je n’en connais que les airs que j’ai pu entendre ici ou là dans les rues. Mais il y en a une que j’aime bien comme mélodie…
Diane – Hey Jude est superbe… excusez-moi, je vous ai coupé la parole…
Maxime – Comment avez-vous deviné ?
Diane – Je n’ai pas deviné. J’ai seulement dit ce que j’aimais. Il m’est agréable de constater que nous avons des goûts musicaux identiques
Maxime – Je rougis de bonheur. Pourquoi êtes-vous si gentille avec moi ? J’ai si peu l’habitude que l’on s’intéresse à moi.
Diane – Maxime, à mon tour je rougis également. Je ne sais pas trop pourquoi à vrai dire ! Il y a quelque chose en vous qui me séduit et je suis incapable de dire quoi.
Maxime (se lançant dans une explication mal maîtrisée) – Ah, vous en avez de la chance d’avoir pu poursuivre des études…
Diane – Il est vrai que j’ai eu une certaine facilité financière dans ma vie. Mais je me suis donnée à fond dans mes études. En fait, c’est la passion qui m’a menée là où j’en suis aujourd’hui !
Maxime – Qui dit passion dit souvent déclic dans la vie. Est-ce un événement précis qui vous a fait venir au barreau ?
Diane – Oui, c’est très juste, en fait c’est…
(Entrée de Emma et Alex, surpris de trouver Diane ici) Emma très étonnée – Mais où suis-je ? (reprenant son esprit et parlant à Alex) Ah, vois-tu Alex, en voyant cette personne que je ne connais pas, j’ai cru que je m’étais banalement trompé d’étage. Heureusement, j’ai reconnu mon chez moi avec sa tapisserie et sa déco.
Alex – Tu exagères toujours. D’autant plus que cette jeune personne est charmante et que…
Emma (coupant sec) - …et qu’elle va nous dire ce qu’elle fait chez moi sans mon autorisation…
Diane (vexée par l’impertinence de Emma) - … Et qu’elle se présente : Diane Ecatavo, du barreau de Caen. Et qu’elle s’est trompée d’étage avant de tomber sur un monsieur exquis en la personne de Maxime…
Emma (Se ravisant en s’apercevant que Maxime est concerné) – Je blaguais bien entendu, j’avais évidemment décelé en vous quelqu’un de « socialement plus élevé ». C’est d’ailleurs ce qui m’avait incitée à…
Maxime (Stoppant net tout le monde) – Moi je ferais bien un petit pipi, si cela était possible, mais il faudrait m’indiquer le chemin…
Alex – Viens avec moi, Maxime, parce que chez Emma, c’est assez compliqué de s’y retrouver avec tous les escaliers de ce duplex.
(sortie de Alex et Maxime par P1)
Emma – Donc, si j’ai bien compris, vous êtes avocate de métier ?
Diane (Se moquant) – Vous semblez comprendre assez vite !
Emma (Se recadrant par rapport à Alex) – Oh, vous savez, avec des énergumènes comme les deux que vous venez de voir sortir, il me faut bien assurer…
Diane – On peut dire ça comme ça. En fait, j’étais venue pour voir monsieur et madame Stapeul. Il semble que je me sois trompée d’étage !
Emma – C’est exact, monsieur et madame Stapeul sont deux étages au-dessus.
Diane – Il faut donc que je me dépêche d’aller les retrouver. Mais il est vrai que j’avais de l’avance sur mon rendez-vous. Je serais donc à l’heure.
Emma (Curieuse et intéressée) – Mais vous avez donc beaucoup discuté avec Maxime. Bien entendu vous avez ciblé cet homme ?
Diane (A nouveau vexée) – Qu’entendez-vous par « ciblé » ?
Emma (Affirmative) – Vous n’êtes pas sans avoir constaté que ce monsieur a des lacunes fort importantes. (Avec le geste des bras levés) : un style on ne peut plus désagréable. Quand ce n’est pas nauséabond. Je pèse mes mots…
Diane (Voulant vexer à son tour Emma en répondant du tac au tac) – …J’ai donc du mal à comprendre ce qu’il faisait chez vous ?
Emma – Vous n’êtes pas sans ignorer… vous qui portez la robe… que notre monde est ainsi fait que les faibles sont quasi obligatoirement au service des forts comme nous ?
Diane (Affirmative, la tête haute et la main en avant) – Je vais être très franche avec vous : vous m’êtes très antipathique !
Emma (Accusant le coup, mais se contrôlant bien) – Je suis très surprise que vous ne soyez pas du même avis que moi. Mais s’il en est ainsi, c’est peut-être que vous êtes vous aussi du côté de ceux que l’on dit « du peuple » ?
Diane – S’il vous plaît, ayez la bonté de bien vouloir me laisser trouver mon chemin pour repartir. Je ne suis pas certaine que nous puissions un jour nous comprendre. D’ailleurs, il me semble entendre que quelqu’un vient. Et c’est mieux ainsi…
(Retour de Maxime) Maxime – Je suis désolé de vous avoir abandonnée ainsi, mais j’avais vraiment une urgence.
Emma – Vous êtes tout pardonné mon ami, ce sont là des choses bien naturelles…
Diane (en aparté au public) – Faux-cul !
Maxime – Vous disiez quelque chose Diane ?
Diane – Non, rassurez-vous, je ne m’adressais pas à vous. Mais il est déjà l’heure que je m’en aille. J’ai peur que mon rendez-vous avec monsieur et madame Stapeul ne souffre pas plus de retard ! Puis-je espérer, Maxime que nous nous reverrons ?
Maxime – Cela me conviendrait parfaitement et je considérerais cela comme un honneur !
Emma (Désolée de ne plus être mêlée à la conversation) – Faites comme si je n’étais pas là !
Diane (Au public) – Mon dieu que c’est beau la jalousie !
Emma – Bof !
Diane (sortant par extérieur) – Maxime, j’ai eu grand plaisir à vous rencontrer. S’il vous plaît de bien vouloir me rendre visite en mon étude, voici ma carte…
Maxime – Volontiers oui. Je vous remercie et vous dit à bientôt…
Emma (Les deux mains sur la tête, alors que Diane est partie) – Je crois rêver ! Et toi, Alex qui est resté là, tout bête depuis tout à l’heure. Tu n’as rien à dire ? Sort de tes gonds. Merde !
Alex – Et tu veux que je dise quoi, moi ?
Emma (Lançant ses bras en l’air) – Hé bien comme d’habitude, un tas d’imbécillités. Je te rappelle tout de même qu’il y a une demi-heure, nous avions une idée extrêmement précise de ce que nous voulions faire. Non ?
Maxime – Je vous dérange peut-être ?
Emma (qui se souvient brutalement que Maxime est encore ici) – Ah ! mais vous êtes encore ici mon bon Maxime. J’avais imaginé dans ma petite tête que vous étiez déjà, langue pendante au cul de cette nana d’avocaillon !
Maxime – Ce n’est pas gentil ce que vous venez de dire. Je ne vous en veux pas. Mais je dois vous dire que je suis très triste d’entendre de si vilaines paroles !
Emma – Mais non, Maxime, ne le prenez pas mal. Je suis un peu énervée en ce moment parce que j’ai beaucoup de travail. Je suis sans doute parfois un peu désagréable !
Alex – Oui, c’est vrai ! Emma n’est pas toujours très facile à comprendre !
Emma – Tiens, voilà l’autre qui se réveille. Va peut-être falloir qu’on parle un peu plus sérieusement de notre plan de départ, monsieur Alex ?
Maxime – Je m’excuse, mais je ne suis pas au courant de ce fameux plan !
Emma (Commençant à se perdre dans ses explications) – Mais non, Maxime, ce n’est pas à vous que je parlais… D’ailleurs,… il n’y a rien de très compromettant… En fait, euh ! avec Alex… euh ! nous cherchions juste un plan pour… pour… pour gagner au loto… Oui, voilà… c’est ça, un bon plan pour gagner au loto…
Maxime (Etonnant son monde) – Bizarre, parce que le loto est basé sur une probabilité dans le temps liée à une statistique mathématique… Je ne comprends donc pas ? Mais c’est pas grave
Alex (ahuri) – D’où tu sors toute cette science ?
Maxime – Oh ! Ben non. Moi je ne sais pas ? J’ai dû lire ça quelque part…
Alex – Mais tu nous a dis tout à l’heure que tu ne savais pas lire…
Maxime – Mais oui, c’est vrai ! Alors j’ai dû le rêver !



FIN ACTE I


ACTE II

(Eléna est assise dans un fauteuil et lit une revue teen-ager. Kevin est assis par terre, il joue avec pistolet)
Eléna – Arrête de faire tout le temps pan, pan, pan, pan avec ton pistolet. C’est énervant et en plus ça m’empêche de lire.
Kevin (En râlant) – Toi, t’es jamais contente. Je vais le dire à mon père que tu m’empêches de jouer.
Eléna – Nanani nanère. Mouchard ! Tu ferais mieux de faire tes leçons. Sinon c’est moi qui vais le dire à ton père.
Kevin – Toi d’abord tu diras rien parce que mon père il te paie pas pour moucharder mais pour me garder. Tu dois obéir. C’est du baby-sitting qu’il m’a dit.
Eléna – Du baby-sitting ! Non mais tu as vu l’âge que tu as… C’est n’importe quoi. Moi je dirais plutôt du garçonnage-sitting, pour t’interdire de faire des idioties. Parce que ton père il a pas confiance en toi…
Kevin (énervé des réflexions et se dirigeant vers Eléna pour se venger) – Toi d’abord tu te tais. Sinon je me fâche !
(la sonnette retentit)
Eléna– Ecoute, j’ai entendu sonner !
Kevin – N’importe quoi. Toi tu entends toujours des voix…
Eléna – Je te dis que si. Reste-là, je vais ouvrir…
(Derrière la porte se trouve Maxime avec un cartable contenant des documents)
Maxime – Bonjour mademoiselle !
Eléna – Bonjour monsieur. Qui êtes-vous ?
Maxime (Entrant bien qu’on ne le lui ait pas dit) – Je m’appelle Maxime et je suis un collègue de votre mère. J’ignorais d’ailleurs que celle-ci eut deux si adorables enfants…
Eléna (Reprenant sévèrement) – Ah mais non. Là tu te plantes grave : On est pas ses enfants. Moi je suis employée par le père de celui-là (montrant Kevin du doigt) qui est Alex, le collègue de Emma. Et comme aujourd’hui il avait un déplacement à faire, on a été invités par Emma pour la journée…
Maxime – Parfait, j’ai bien compris. Je dois lui remettre des documents importants !
Kevin (S’adressant à Eléna) – Oui, c’est vrai. Elle a téléphoné tout à l’heure pendant que tu étais aux cabinets. (Puis s’adressant à Maxime) Elle a dit qu’elle serait en retard mais que fallait que tu l’attendes ici. Tu veux que je te mettes la télé Maxime ?
Maxime – Non merci mon grand, tu es bien gentil. Je vais plutôt m’asseoir et attendre sagement l’arrivée de Emma. Vous, vous pouvez continuer à vaquer à vos occupations, je saurais me faire tout petit.
Eléna – Tu fais quoi dans la vie ?
Maxime – Je travaille avec Emma et le père de ce jeune garçon. Ce sont des personnes charmantes et me semble-t-il très amicales à mon endroit.
Eléna – Ca veut dire quoi « à mon endroit » ?
Maxime – Excuse-moi, ça veut tout simplement dire qu’elles sont gentilles et prévenantes envers moi…
(La sonnette retentit à nouveau)
Maxime – Il me semble que le carillon a sonné !
Eléna – Encore. Décidément ! Je vais ouvrir.
(Derrière la porte se trouve un coursier qui vient apporter un pli)
Charly – Bonjour mademoiselle. Je viens apporter un colis pour madame Emma Huault. Il faudrait juste signer ici pour dire que ma course a bien été faite. (Il présente un stylo et un document à signer tout en se dirigeant vers la table pour plus de commodité, sans prêter attention à Maxime qui le regarde de plus en plus. Il s’apprête à repartir). Allez, merci mademoiselle et bonne journée.
Maxime (s’adressant au livreur) – S’il vous plaît, excusez-moi monsieur…
Charly (se retournant sans bien faire attention) – J’ai oublié quelque chose ?
Maxime – Non ! Enfin je ne crois pas. Mais il me semble que… Enfin oui, je suis presque sûr maintenant : tu es Charly Cassipo ?
Charly – Oui, mais (puis stupéfait et étonné) C’est pas vrai. Je le crois pas. Maxime. Ah mais bon sang de bonsoir, qu’est-ce que tu fous là ? (les deux hommes, très anciens amis perdus de vue s’étreignent et se tapotent le dos).
Maxime – Mais toi ? D’où viens-tu comme ça ? Comme ils sont loin nos verts pâturages.
Charly (Nostalgique) – Ceux qu’aimait la blanche Loriette. Ah la Loriette ! T’en souviens-tu comme elle était douce…
Maxime – Et pourtant qu’elle en a subi des morsures de ce sale petit con de Guilmaut.
Charly – Hé ouais. Brave chien tout de même. Si bon à nous les garder nos brebis et si prévenant…
Maxime – Il doit être vieux maintenant le Guilmaut ?
Charly – Je n’en sais rien. Il est parti, seul, me laissant à mon désespoir. Pourvu qu’il ait été bien recueilli !
Kevin (surgissant au milieu de la conversation) – Hé ! Ho ! Je m’en fiche moi de vos souvenirs. Puisque c’est ça, je vais aller jouer dans ma chambre. (Il sort)
Elena (suivant Kevin) – Hé là, toi. Attends-moi, je te suis. Je n’ai pas envie que tu fasses des bêtises dans mon dos (elle sort également).
Charly (Reprenant tous les deux leur conversation en s’asseyant) – Quand tu t’es barré y’a dix ans, après que le loup ait égorgé la moitié de ton troupeau, j’ai cru que tu allais faire une connerie.
Maxime – C’est vrai que j’ai pris un drôle de coup avec cette histoire. J’ai quitté ces contreforts alpins le vague à l’âme. Mais c’était trop dur. Je n’y arrivais plus…
Charly – Et moi, tu y as pensé ?
Maxime – Je te demande pardon et je sais que tu me pardonnes… Nous en avions si souvent parlé de cet avenir…
Charly – Que fais-tu là ? Aujourd’hui ! Ici ?
Maxime (se tournant vers le public hyper concentré, comme regardant le film de son passé et solennel. Cela doit être un tournant dans l’histoire, en joignant les gestes à la parole) – Je suis allé, errant, vagabondant au gré de mes humeurs. Trimardeur un jour. Malandrin ou étonnant, me dit-on, le lendemain. J’ai su quelques misères bien pires que les miennes. De la peur j’ai fait mon amie ! Et de la faim j’ai nourri mon intellect. Ma main j’ai tendu au sortir des magasins et quelques sous pour m’abreuver j’ai reçu. Ils avaient honte pour moi. Moi j’avais honte pour eux. Tu vois, tout seul tu peux tout. Tu peux vraiment tout. Mais il faut vraiment que tu sois tout seul. Sans les autres. Sans les bien-pensant. Sans les m’as-tu-vu qui se donnent bonne conscience…
Charly (sidéré) – D’où est-ce que tu sors tout ça ? Tu veux refaire le monde ?
Maxime (Se reprenant) – Excuse-moi, vieux. Mais tu sais, j’ai tellement galéré !
Charly – Oui. J’en ai l’impression. Mais quand même. Pour quelqu’un qui n’a jamais posé le pied de sa vie dans une classe d’école…
Maxime (Lentement, afin que la notion de secret soit bien entendue) – Oui. C’est vrai. Tu as raison. Mais je t’en prie, par pitié, garde le secret. N’oublie pas que tu es le seul à savoir tout ce qui s’est passé lorsque j’étais enfant…
Charly – Où est ton inquiétude ? Tu sais bien que tu es le seul à pouvoir me délivrer de ce terrible secret. S’il le faut, je l’emporterai dans ma tombe.
Maxime (affirmatif) – Je le sais. Mais dis-moi, que fais-tu maintenant Charly…
Charly – Lorsque tu as quitté le village, j’en ai eu marre aussi. Et puis avec le troupeau décimé, y’avait plus assez de boulot pour moi. Alors je suis parti à la ville, comme ils disaient là-bas. Le hasard a voulu que je me présente dans une agence de transport le jour où un gars donnait sa démission.
Maxime (étonné) – Et tu fais la route depuis là-bas jusqu’ici ?
Charly – Non. J’ai été muté à ma demande. Tu sais, c’est une grosse boîte. Mais au fait, tu ne m’as toujours pas dit ce que tu faisais là ?
Maxime – J’ai erré de ville en ville, comme je viens de te le dire, plutôt clochard et j’ai remonté toute la France ainsi…
Charly (surpris) – Tu as tout fait à pinces ?
Maxime – Oui. Et j’en ai vu des vertes et des pas mûres. Les clodos, tu sais, c’est vraiment une sale race à éliminer. Puis un jour, dans cette ville, le hasard m’a fait rencontrer un mec bien. Un mec qui ne m’a pas d’abord reniflé, mais qui m’a tout d’abord fait confiance.
Charly (intéressé) – Explique-toi !
Maxime – J’étais dans un magasin, en train d’acheter mon litron de rouge et là, comme ça, il m’a embauché.
Charly – Comme ça, sans rien savoir de toi…
Maxime – Je vais t’expliquer : Alors voilà…
(Entre subitement Eléna par l’intérieur)
Eléna – Vous êtes encore là tous les deux. Mais je vais me faire attraper de vous avoir laissés là. Vous n’avez pas entendu que quelqu’un avait sonné ?
Maxime et Charly – Non !
(Eléna part ouvrir la porte et entrée tonitruante avec une valise de Melody, fausse représentante de sous-vêtements chics)
Melody (Très vivace et occupant de la voix immédiatement le terrain) – Bonjour mademoiselle, bonjour messieurs. Voilà je me présente : Melody de Parasymbamate, déléguée commerciale de la société de lingerie des fils de luxe de France. Je vais vous présenter nos derniers modèles, aguichants à souhaits, et… (ouvrant la valise devant Charly et Maxime)
Charly (sortant délicatement un énorme soutien-gorge de la valise) – Waahooh…
Maxime – Je t’en prie, un peu de retenue…
Melody (qui commence à faire le tour de la pièce comme pour faire un repérage) – Donc je voulais vous présenter nos derniers modèles. Mais il eut été préférable que je les présentasse à vos dames. Ne puis-je les voir ?
Eléna – Pardon madame, mes ces deux messieurs ne sont pas chez eux et moi non plus d’ailleurs. Je suis là pour garder le fils du collègue à Emma qui elle serait chez elle si elle était là…
Maxime – Mais voilà, ici personne n’est chez lui en ce moment…
Charly (qui ne comprend plus rien) – C’est quoi ce bordel : Je croyais que tu étais chez toi ici Maxime ?
Maxime – Ah mais non, moi aussi je suis chez les autres…
Melody (maligne qui continue à explorer l’appartement, regardant ici et là, soulevant les tableaux, etc.) – Excusez-moi, j’ai beau avoir beaucoup de talent, mais là je ne comprends plus rien. Où est le propriétaire…
Emma (qui entre sans frapper puisqu’elle est chez elle) – Ah… mais qu’est-ce que c’est que tout ce monde ?
Eléna (gênée d’avoir laisser tant de monde entrer, puis les désignant tous un à un du doigt) – Je suis désolée Emma, mais entre Maxime qui est arrivé pour donner des documents, l’autre qui est venu apporter un paquet, Kevin qui fait l’andouille tout le temps et cette bavarde qui vient d’arriver, moi je n’y arrive plus…
Emma (Reprenant la main et décidée à se faire respecter chez elle) – Ne t’inquiète pas, je vais remettre bon ordre à tout cela. D’abord (montrant Charly) je suis persuadée que ce monsieur n’a plus rien à nous dire. Ensuite, tu vas me chercher Kevin. Je veux qu’il soit sous mes yeux. Puis cette dame a décidé de partir… N’est-ce pas madame…
Melody (Hautaine) – Melody de Parasymbamate…
Charly (Reprenant) – Oui, vous avez raison, je dois continuer à travailler (vers Maxime) On se revoit très vite, voilà mon numéro (prend un papier, écrit et le tends à Maxime, puis s’en va par extérieur).
Melody – Bien, puisque je vois que je suis indésirable, (hautaine) : Je pars aussi. Mais vous avez un bien bel appartement. Vous ne pensez pas le mettre en vente ? Sinon, prévenez-moi !
Emma (fermant la porte extérieure derrière elle comme pour l’aider à partir) – Oui, c’est ça madame Banananepatate, comptez sur moi.
Maxime (Rectifiant) – Non Emma, pas Banananepatate, mais Parasymbamate. C’est d’ailleurs très étonnant, car un parasymbamate, en langage usuel, ça veut dire marcher avec mais en même temps à côté. En fait c’est un raisonnement incomplet en lui-même…
Emma – Ben où es-tu aller chercher ça toi ?
Eléna – Bon je comprends rien, je vais chercher Kevin (elle s’en va par intérieur).
Maxime – Je me souviens. Je l’avais entendu à une émission de radio, un soir que j’avais très froid. Sous le pont Henry Iv à Chatellerault. C’était France Culture et…
Emma (avec un geste d’énervement) – Oui bon ça va, on a compris. (Se ravisant après son énervement) : Alors mon petit Maxime, avez-vous pu trouver quelque chose qui nous intéresse, moi et Alex.
Maxime – Bien entendu. Vous savez bien que lorsque je promets quelque chose, je tiens ma promesse. Car chose promise, chose due…
Emma (sèche) – Certes. Mais allons à l’essentiel. Où l’avez-vous mis (mielleuse tout à coup) mon petit Maxime ?
Maxime – Ah ! Mais avant, je voudrais vous entretenir d’une chose qui me préoccupe !
Emma – Quoi donc, mon ami ? Vite quoi donc ? Je suis très pressée.
Maxime – Je suis inquiet, car je n’ai plus réussi à joindre Diane depuis que je l’ai rencontrée chez vous. Je suis très tracassé par cela. Son téléphone ne répond jamais…
Emma (Hypocrite) – Oh le mignon ! Ne seriez-vous pas amoureux par hasard ?
Maxime – Non je ne pense pas. Mais vous avez raison. L’intérêt que je porte à Diane depuis que je l’ai rencontrée m’est assez agréable, au moins autant qu’il me chagrine de ne plus la voir.
Emma (sidérée) – Mais comment faites-vous pour avoir un langage si précieux et si évolué alors que vous ne savez ni lire ni écrire ni…
Maxime (un peu énervé par cette réflexion qu’il juge mal venue, touchant à sa « Diane ». Haussant le ton) – Pensez-vous que ça doit exclure ma capacité à aimer ? Je suis un être humain, vous savez !
Emma – Message reçu ! Ne nous fâchons pas. Et mon document ?
Maxime (fouillant dans son cartable et donnant le document sèchement) – Le voici.
Emma (Ouvrant, lisant puis stupéfaite) – Mais Maxime, voyons, ce n’est pas le bon. Ce n’est pas cela que je vous ai demandé. Enfin, je vous avais dit « Le rapport du personnel ». Pas le rapport sur les ratios des personnels intervenant en sous-traitance !
Maxime – Ah bon. C’est que j’ai mal compris. Dans ce cas, je repars (il range son document et s’en va par extérieur, visiblement déçu de son entretien avec Emma).
Emma (toute seule, appelle Eléna et Kevin par la porte intérieure) – Eléna, Kevin. Enfin, qu’est-ce que vous faites, dépêchez-vous, il faut que je vous ramène et nous sommes déjà très en retard.
(On sonne, Emma ouvre à, Bénédicte)
Emma – Ah c’est Bénédicte ? Mais quel jour sommes-nous ?
Bénédicte – Mais Mercredi Emma !
Emma (dépassée visiblement) – Mon Dieu, ce n’est pas vrai, déjà. Et en plus vous avez forcément raison puisque les enfants ne sont pas à l’école. D’ailleurs, comment se fait-il qu’ils mettent autant de temps à descendre ?
Bénédicte – Bien, si vous le voulez bien, nous allons commencer sans tarder car j’ai d’autres rendez-vous moi.
Emma – Oui, évidemment, allons-y (puis se reprenant soudainement) : Ah mais non, ce n’est pas possible.
Bénédicte – Comment cela ce n’est pas possible ?
Emma – Mais non, c’est même impossible, il faut que je ramène ces deux enfants chez Alex.
Bénédicte (Etonnée) – Qui c’est celui-là ?
Emma – Je croyais que vous étiez voyante ?
Bénédicte – Et vous trouvez ça drôle ?
Emma – Euh, non, pas exactement !
(On sonne, Emma ouvre extérieur et se trouve face à Maxime)
Emma (surprise) – Ah ben ça alors, si je m’attendais à vous voir à nouveau mon bon Maxime.
Maxime – C’est-à-dire que j’ai réfléchis et je me demandais si…
Emma (Coupant net) – Ecoutez je n’ai pas le temps de m’occuper de vous (puis se ravisant en regardant tour à tour Bénédicte et Maxime). Il faut que je vous propose un deal : accepteriez-vous de tenir compagnie à cette dame, juste le temps que j’aille reporter ces deux sales moujingues à leur propriétaire…
(Entrent de l’intérieur Eléna et Kevin)
Kevin à Eléna – Ca veut dire quoi sale moujingue ?
Eléna (Jouant la savante hautaine) – T’inquiète pas, elle a décidé d’être vulgaire.
Emma (montrant la porte extérieure et invitant Kevin et Eléna à sortir en les suivant) – Allez hop, dehors tout ce petit monde.
(Bénédicte et Maxime restent seuls et n’ont pas été présenté l’un à l’autre)
Maxime – Vous êtes une copine à Emma je présume ?
Bénédicte – Non, pas vraiment. Mais vous, vous êtes son copain j’imagine ?
Maxime – Non pas vraiment non plus. Je serais plutôt du genre collègue de travail.
Bénédicte – Moi, je serais plutôt du genre « Pythonisse… » (A dire lentement)
Maxime – Ah oui, bien sûr ! Et je suppose que vous avez, vous aussi, reçu votre don d’Apollon ?
Bénédicte – Un point de marqué. Je suis épatée. Rares sont ceux qui connaissent le terme de pythonisse…
Maxime (Calmement) – Oh, j’ai dû entendre ça quelque part. (Puis affirmatif et malin) Vous m’auriez dit « voyante », est-ce que ça n’aurait pas été plus simple…
Bénédicte – Plus simple certes. Mais moins sélecte. En disant ça, je prends une longueur d’avance sur mon interlocuteur…
Maxime – Plutôt cartes, ou plutôt boule de cristal ?
Bénédicte – Cartes. Mais tiens, puisque nous attendons Emma, et puisque vous m’avez épatée, je vous propose un petit diagnostic. Et comme vous m’êtes sympathique, je vous fais la séance à 45 euros ?
Maxime – Chiche à 30 euros ?
Bénédicte – Ca marche.
(Ils s’installent face à face sur la table et Bénédicte sort son jeu de tarots)
Bénédicte (proposant le jeu à Maxime) – Tenez, coupez le jeu en deux.
(Maxime s’exécute)
Bénédicte – Tout d’abord (dit-elle en retournant quelques cartes), je vais déterminer votre personnalité, car nous ne nous connaissons pas. Alors, voyons (Il faut parler lentement, faisant semblant de réfléchir systématiquement avant d’annoncer les événements. Les temps morts sont importants). Je ressens en vous une personne ayant fait de très très hautes études ! Oui, c’est cela, de nombreuses années à étudier.
Maxime (sidéré et ahuri, sachant que c’est exactement l’inverse) – Ah ! Les tarots vous disent cela…
Bénédicte (Concentrée) – Laissez-moi me concentrer. Votre parcours professionnel est fulgurant et vous avez acquis des places somptueuses d’entrée de jeu…. (Mettre sa tête dans ses mains avec coudes sur la table pour montrer la concentration) Oui, c’est cela. Vous êtes amateur d’excellent vin…. Et vous n’aimez porter sur vous que des habits hauts de gamme…
Maxime (toujours éberlué et de plus en plus consterné) – Mais c’est mon avenir qui m’intéresse… !
Bénédicte (S’énervant) – Ne m’interrompez pas toujours comme ça. Donc, disais-je, vous êtes un homme des villes et surtout pas des campagnes. La montagne, c’est pas pour vous, ou alors pour le ski…
Maxime (Décidant très visiblement de piéger Bénédicte après avoir pris le public comme témoin) – Et en amour, vous voyez ça comment ?
Bénédicte (tournant d’autres cartes, mais visiblement gênée à répondre) – Là, je dois avouer que j’ai un peu de mal à me concentrer. Je crois qu’il n’y a rien de particulier. Que tout va bien dans le meilleur des mondes. Que rien n’est à prévoir de spécial dans le futur immédiat.
Maxime (Prenant à nouveau le public comme témoin) – Ouf ! vous me rassurez. J’ai eu tellement peur que vous m’annonciez le grand amour imminent !
Bénédicte – Et pourquoi donc s’il vous plaît ?
Maxime – C’est vous la « pythonisse » comme vous dites si bien. Je vous expliquerai plus tard… (à dire en éclatant quasiment de rire).
(Soudainement entre à nouveau Emma, surprenant tout le monde)
Emma – Vous voyez, je n’ai pas été longtemps.
Bénédicte – C’était donc tout près.
Emma – Non. Mais cet idiot d’Alex a complètement manqué son rendez-vous. Si bien qu’il est rentré beaucoup plus vite que prévu. Tant est si bien que je l’ai croisé à 50 mètres de là qui revenait chercher ses mômes…
Maxime – Hé bien moi, durant ce laps de temps, j’ai pu faire connaissance avec la pythonisse…
Emma (Qui en a marre de se faire prendre des leçons par Maxime et décide d’épater la galerie) – Ne me dites rien, je vais deviner toute seule : l’apythonisse, voyons : dans ce mot il y a le « a », préfixe privatif, suivi du mot python et en terminaison le suffixe « nisse », sans doute une quelconque maladie. Donc, par déduction, je dirais que « apythonisse » pourrait signifier que c’est un vaccin contre la nisse fait à base de python !
Maxime et Bénédicte se regardent et restent médusés)
Maxime (Assénant à nouveau un coup) – Mais non, Emma, ce n’est pas Apythonisse en un seul mot, mais « la » et plus loin « Pythonisse » qui en clair veut dire tout simplement « voyante »…
Emma (gênée d’avoir dit une énormité change de sujet) – Oui, bien sûr. Donc vous avez fait connaissance à ce que je vois.
Bénédicte – Oui, et d’ailleurs je lui rappelle qu’il me doit 30 euros.
Maxime – C’est exact. Madame m’a fait les cartes… et on peut dire qu’elle a cartonné. (sortant son portefeuille) Je suis désolé, mais je ne les ai pas sur moi. Il faut dire que je n’avais pas prévu d’être si bien décrit. (Relevant la tête) Vous auriez dû le deviner ! Non, je blague. Je vous les ferais parvenir par Emma… Voulez-vous m’accorder votre confiance ?
Bénédicte – Je n’ai pas le choix. Et puis de toute manière, maintenant, je dois partir, car j’ai un autre rendez-vous. Je repasserai vous voir Emma, un autre jour. Désolée !
Emma (raccompagnant Bénédicte à la porte extérieure) – Ne tardez pas, vous savez que vous avez mon avenir dans votre boule de cristal !
Emma – Alors mon petit Maxime. Décidément, vous m’étonnez de plus en plus.
Maxime – Ah ! et pourquoi donc.
Emma – Vous vous êtes trompé tout à l’heure sur les documents que je vous avais demandés. Mais au fond, ce n’est pas très grave. Ce qui importe c’est que vous les retrouviez rapidement, et surtout les bons.
Maxime – Je ferais de mon mieux, c’est promis.
Emma – Et puis vous vous laissez hypnotiser par cette voyante. D’ailleurs qu’en pensez-vous ?
Maxime (Affirmatif) – Je vais vous donner un conseil : (à sire très lentement) Surtout, écoutez très attentivement tout ce qu’elle vous dit, notez, s’il le faut. Et quand elle aura fini : faites exactement le contraire de ce qu’elle vous a dit. C’est simple : elle est nulle de chez nulle. En fait, je crois qu’elle fait tout bêtement de la morphopsychologie.
Emma (Interloquée) – De la quoi ?
Maxime – De la morphopsychologie, c’est-à-dire l’étude de votre comportement et de vos gestes mise en parallèle avec votre physique… par exemple, vous êtes bête et moche… et évidemment ça se voit bien…
Emma (Pensant qu’elle est personnellement visée) – Hé bien ça va, je ne vous ai pas demandé votre avis…
Maxime (Rassurant) – Je ne parle pas spécialement de vous… !
Emma – Ah bon ! Et alors…
Maxime – C’est pas parce qu’on a la barbe un jour qu’on est forcément un clodo tout le temps !
Emma – Ah ! Oui, évidemment, vu sous cet angle.
(On sonne. Emma va ouvrir)
Emma – Bonjour !
Marilys – Bonjour, je me présente, Marilys Quenitrèce de la société des Sondages de France. Je me permets de vous importuner pour voir si vous accepteriez de m’accorder quelques minutes de votre temps précieux ?
Emma (perplexe) – Hé bien, en temps ordinaire, je crois que je vous aurais refermé la porte sur le nez. Mais pour une fois, ça va me changer les idées… Entrez donc.
Marilys – Je vous remercie de votre accueil et je vais tout faire pour ne pas vous déranger trop longtemps. Pourrions-nous nous asseoir afin que je puisse écrire sans trop de problèmes ?
Emma – Je vous en prie (puis à Maxime). Venez Maxime, vous allez m’aider à répondre.
Maxime (venant se joindre à la table) – Pourquoi pas !
Marilys – Alors voyons, un petit peu d’indiscrétion : votre profession ?
Emma – Cadre dans une société de communication.
Marilys – Votre âge ?
Maxime (Plus rapide) – Environ 52 ?
Emma – Je vous remercie, mais avec 43 ce sera amplement suffisant
Maxime – Ah ! Moi qui croyait vous rajeunir !
Marilys – Mariée avec enfants ?
Emma (Affirmative et sèche) – Célibataire sans moujingue.
Maxime – Elle a pas eu le temps ou le courage.
Marilys – Propriétaire ?
Emma – Hé bien oui, évidemment.
Maxime – Ah ! La décoration, c’est à vous aussi alors ! (Dubitatif) Dommage.
Marilys – Le monsieur à côté, c’est pas le vôtre ?
Emma – C’est dans le questionnaire ça ?
Marilys – Euh non, excusez-moi. Habitudes alimentaires ?
Maxime – Ca doit pas être terrible !
Emma – Mais non, voyons, trois repas par jour et quelques coupe-faim dans la journée avec des gâteaux… à la crème et aussi…
Marilys - … Donc vous êtes plutôt grande surface…
Emma (Pensant s’être faite agressée) – Grande surface vous-même… !
Marilys – Mais non, je parlais des magasins !
Emma – Ah pardon ! Oui, c’est pratique et ça va vite…
Maxime – Mais c’est moins convivial…
Marilys – Etes-vous pour ou contre les OGM ?
Maxime (Surpris) – Il est bizarre votre questionnaire, parce que ça saute du coq à l’âne tout le temps…
Marilys (Expliquer lentement) – Oui peut-être. Mais il y a des mots que je n’arrive pas à lire. Alors je saute les lignes…
Emma – Non, je le crois pas… Mais les lignes manquantes vous faites quoi ?
Marilys – Je les remplis à l’avance…. Ah ! mais rassurez-vous, je mets pareil pour tout le monde hein !
Emma – Je rêve ! Poursuivons.
Marilys (question qui entraîne une page qui tourne) – Que pensez-vous de la mendicité devant les magasins des baleines bleues ?
Emma – Pardon ? Qu’est-ce que les baleines bleues viennent faire dans la mendicité ? Vous avez compris vous Maxime ?
Maxime - Ah non, ça j’ai pas dû le lire quelque part. Parce que ça ne me dit rien. Pourtant j’y connais un rayon en mendicité…
Marilys (Refaisant le geste de tourner la page) – Ah pardon, excusez-moi. C’est quand j’ai tourné la page, j’ai pris deux pages en même temps !
Emma – Alors c’est quoi la vraie question ?
Marilys – Alors, c’est : Que pensez-vous de la mendicité devant les magasins (tournant la page) devant les magasins ? (Etonnée) Tiens c’est bizarre ils ont répété deux fois les même mots. C’est bizarre ! Si ça se trouve c’est un piège pour voir si on a compris ?
Maxime – C’est peut-être tout simplement une faute de frappe ?
Marilys – Je sais pas, parce que des fois c’est pas facile leurs questions. Y’a des mots que je comprends pas.
Maxime – Quoi par exemple ?
Marilys – Tiens, là, à la fin, ils demandent (Lisant visiblement avec un doigt, comme les enfants) : « Avez-vous vu la pièce : « Le Train célibataire ». Ben c’est pas facile à dire ça !
Emma (Arrachant ostensiblement le questionnaire à Emma) – Montrez-moi votre question qui ne veut absolument rien dire. (lisant à haute voix). Mais non, la question c’est : « Avez-vous vu la pièce (prononçant difficilement) Le Transcervellicaire » ? Mais c’est vrai que ça veut rien dire.
Maxime – Ah mais je crois que c’est un mot inventé tout spécialement par une troupe de théâtre amateur de Berd’huis. Dans l’Orne. C’était une création et le mot avait été inventé exprès pour provoquer la curiosité et inciter les villageois à venir…
Emma – Hé bien Maxime, comment savez-vous encore cela, je suppose que vous l’avez lu quelque part une fois de plus. Mais je vous rappelle que vous ne savez pas lire…
Maxime (Levant la main bien haut) – Ah non, là, Joker. J’ai rencontré l’auteur un jour que je faisais la manche devant un magasin Stoc. Et depuis, c’est devenu un ami.
Emma – Vous en connaissez beaucoup des gens comme ça vous ! Enfin bref. Passons. Vous avez d’autres questions Marilys. Parce que je trouve ça marrant finalement !
Marilys – Oh oui, y’a encore tout ça (montrant et développant un grand questionnaire et en faisant des mimiques de ras le bol). Par exemple, je vais continuer dans l’ordre…
Maxime – Oui ce serait mieux je pense, pour tout le monde !
Marilys – Alors : Rubrique loisirs : faites vous du sport ? Et si oui quel sport. Alors là faut que vous me donniez le nom du sport que vous faites précisément ?
Emma – Je pratique le Kendo.
Marilys (cherchant dans la liste et ne trouvant pas) – J’ai pas. C’est pas français ça ?
Emma – Non, c’est japonais.
Marilys – Vous aimeriez pas mieux que je mette Danse à la place !
Maxime – Non, je ne crois pas qu’elle aimerait. (regardant ostensiblement sa montre) Oh là, moi je dois y aller. En fait j’étais seulement venu vous dire que je vous rapporterai le bon document dès demain. C’est promis Emma.
Emma – Merci. Vous ne voulez pas un café ?
Maxime – Non je suis en retard. Au revoir madame Quenitrèce et bon courage. (sortie par extérieur).
Marilys – C’est dommage, il était gentil, je l’aimais bien. Tant pis. Je continue. Rubrique Loisirs encore : allez-vous au cinéma et si oui, quel est le dernier film que vous avez vu récemment.
Emma – Non.
Marilys – Alimentation : mangez-vous bio et si oui de quelle couleur ?
Emma – Hein !
Marilys – Mince j’ai encore sauté une ligne « bio et si oui quel pourcentage de votre nourriture » : plus de 5 pour cent, plus de 20 pour cent ou plus de 50 pour cent ?
Emma – J’en sais rien, moi, juste un yaourt de temps en temps.
Marilys – En général, c’est des 5 pour cent de matière grasse, alors on va mettre 5 pour cent, d’accord ?
Emma – Ca a l’air de vous faire tellement plaisir. Pourquoi pas. On ne peut pas dire que vous compreniez tout , tout de suite…
Marilys– Vous aussi vous croyez ça ?
Emma – Pourquoi me dites-vous ça ?
Marilys – Parce que la dernière fois que j’ai voulu aider ma copine, elle m’a dit la même chose…
Emma – Ah bon, et pourquoi donc…
Marilys – Ben, elle m’avait demandé de rechercher dans la notice du télécopieur comment enregistrer un numéro. Alors j’ai ouvert le livre de la notice, mais tout était en Néerlandais. Heureusement, j’ai une ancienne amie qui connaît le néerlandais. Elle habite Amsterdam Donc on a passé trois heures au téléphone à traduire le paragraphe et on a réussi. Mais j’avais pas vu que la notice était écrite en douze langues ! ! ! J’ai quand même eu de la chance, j’aurais pu tomber sur quelqu’un qui habite en Australie… Ca aurait coûté cher en téléphone !
Emma – Dites donc, vous en faites combien des questionnaires comme ça par jour. Parce que à la vitesse où vous allez, vous ne devez pas être trop rentable pour votre patron.
Marilys – Ben c’est-à-dire que Euh ! En réalité, moi j’en fais jamais. Mais c’est ma copine qui m’a demandé de la dépanner… Parce que son Jules prenait le train aujourd’hui pour partir trois semaines en stages. Vous comprenez, le pauvre, elle voulait pas le laisser tout seul. Triste. En train de pleurer sur le quai de la gare. C’est pas humain ça !
Emma – Parce que son Jules comme vous dites, il fait quoi ?
Marilys – Je crois qu’il est colonel dans la gendarmerie !

FIN ACTE II (Entracte)


ACTE III

(Léonard est debout scène, il tient dans ses bras le long de son corps une sacoche de documents et à côté de lui se tient également debout Marilys, pas très loin de la porte. Ils attendent l’arrivée de quelqu’un qui les a plantés là).
Léonard – Voyez-vous, Marilys, je suis bien ennuyé que l’on nous ait posés là comme ça, sans rien nous dire d’autre que « attendez » ! C’est gênant tout de même.
Marilys – Oui, vous avez bien raison. On pourrait faire n’importe quoi, personne ne s’en apercevrait.
Léonard (Jetant un regard circulaire dédaigneux) – Que voulez-vous emporter ici. Il n’y a rien de bien, tout est moche.
(On sonne)
Léonard – Que dois-je faire, personne ne va ouvrir puisque on nous a plantés là.
Marilys – Ben oui. C’est vrai. Je vais aller ouvrir. (s’exécutant).
Diane – Bonjour !
Marilys – Bonjour !
Léonard – Bonjour !
Diane (surprise) – Je me présente : Diane Ecatavo. Je suis à la recherche de Maxime. Maxime je ne sais pas comment puisque je n’ai pas son nom. J’avais pensé que je pourrais peut-être le rencontrer à nouveau ici. En effet, j’attendais impatiemment un appel téléphonique de sa part. Mais j’ai fini par m’apercevoir que je lui avais donné un mauvais numéro
Marilys (Ne sachant pas trop ce qu’elle doit dire) – C’est-à-dire que…
Léonard (coupant net Marilys) – Oui, effectivement. Je pense que nous parlons de la même personne en citant monsieur Maxime LE HÂTRE ?
Diane – Oui, peut-être !
Léonard (en aparté à Marilys) – Je sens que nous avons des renseignements précieux à tirer d’elle. Je vais vous laisser, faites la bavarder. (Reprenant à haute voix). Pour ma part, je dois m’absenter quelques minutes, je vous laisse avec Marilys. (Il quitte par extérieur).
Diane (Intriguée) – Mais vous pourriez sans doute m’expliquer votre présence ici en l’absence de la maîtresse de maison ?
Marilys – Vous connaissez bien la maîtresse de maison ?
Diane – La première rencontre que j’ai eue avec elle m’a laissée très perplexe.
Marilys – Qu’entendez-vous par là ?
Diane – Je suis ennuyée, mais je dois avouer que j’ai l’impression de subir un interrogatoire avec vous ?
Marilys (Rassurante) – Non, pas du tout. Je vous rassure. Léonard et moi-même sommes également à la recherche de Maxime pour des raisons que je ne puis vous expliquer mais qui lui seront bonnes, n’en doutez surtout pas !
Diane – Certes. Mais ce n’est pas une réponse. Vous en avez trop dit ou pas assez. Alors je vous en conjure, allez plus loin. Je suis avocate et j’ai l’habitude d’entendre beaucoup de choses…
Marilys – Ah ! voilà bien quelque chose qui pourrait nous aider.
Diane – Comment cela ?
Marilys – Puis-je connaître l’importance de votre intérêt pour Maxime ?
Diane – Disons que j’ai ressenti un besoin expresse de le revoir. Vite.
Marilys – Bien, vous lui voulez donc du bien ?
Diane – Cela va de soi et je ne souhaite pas qu’on lui fasse le moindre mal. Je sais parfois être très claire.
Marilys – Je n’en doute pas. Voilà, Léonard est spécialisé dans les recherches successorales difficiles, nécessitant de longues enquêtes.
Diane – Il agit donc pour le compte de l’Etat ou d’intérêts particuliers ou à la demande de notaires soucieux de régler des successions délicates mais néanmoins très rémunératrices !
Marilys – Je reconnais bien là la femme de droit. Vous avez parfaitement raison… et Maxime justement…
Diane - …Est intéressé à une succession suffisamment importante pour qu’elle mérite votre déplacement… C’est donc à vous la Rolls Royce qui est garée en bas ?
Marilys – Non elle est à Léonard. Il aime les belles voitures
Diane – Et l’argent qui permet de les entretenir…
Marilys – C’est que nous avons beaucoup de frais…
Diane – Bien sûr… Vous auriez dû la choisir blanche…
Marilys (Feignant de ne pas comprendre) – Excusez-moi, de quoi me parlez-vous…
Diane – De la Rolls bien sûr. Vert je trouve ça de mauvais goût.
Marilys – Oui. Revenons à ce qui nous intéresse. Nous avons retrouvé par hasard la trace de Maxime par l’intermédiaire de Emma, sa collègue de travail. Dans un premier temps, à la demande de Léonard, je me suis fait passer pour une enquêtrice afin de vérifier qu’il pouvait bien s’agir de notre homme.
Diane – Comment cela ?
Marilys – J’ai improvisé un rôle d’enquêtrice pas très douée afin de ne pas attirer son attention et en plus afin de provoquer ses réactions. Tout s’est effectivement bien déroulé et il est fort probable que ce soit lui que nous recherchions. C’est même certain !
Diane – Comment avez-vous pu acquérir une certitude sur une simple rencontre ?
Marilys – En réalité, notre certitude est plutôt scientifique.
Diane – Mais encore ?
Marilys – Vous n’êtes pas sans ignorer qu’en 2004 il existe des méthodes d’investigation scientifiques qui vous assurent d’une fiabilité à 99,99 pour cent…
Diane – Dois-je comprendre que vous avez utilisé la méthode de l’empreinte génétique.
Marilys – Oui, c’est vrai. Vous savez, maintenant, avec un simple cheveu…
Diane - …Et beaucoup d’argent. Mais aussi de grandes relations, car on n’obtient pas ce genre d’étude comme ça d’un simple claquement de doigts…
Marilys – Léonard, vous le comprendrez un peu plus tard à des relations fort bien placées…
Diane – Et donc en quoi puis-je servir ?
Marilys – Nous aurions à connaître un peu plus son passé.
Diane – Pourquoi ne le lui demandez-vous pas directement.
Marilys – Nous avons certainement le défaut de nous enrichir sur le dos de ceux que nous rendons riches, c’est vrai. Pour autant, nous n’avons aucun intérêt à les sacrifier. Imaginez un seul instant que nous nous trompions. Imaginez que nous ayons affaire à une personne mentalement et psychologiquement faible ! Que pensez-vous qu’il arrivera ?
Diane – Ne me prenez pas pour plus bête que je ne suis. Cela a bien dû vous arriver plusieurs fois dans votre activité ?
Marilys – Je vais vous surprendre, et je peux le prouver. Il est vrai qu’une fois nous nous sommes trompés jusqu’au bout. Mais une seule fois. Je vous en conjure, ayez la bonté de me croire.
Diane – Et alors ?
Marilys (Expliquant calmement) – Dans ce cas très exceptionnel, Léonard à eu honte de lui. Il en est tombé malade. Il avait envoyé en hôpital psychiatrique une femme divorcée avec trois enfants à charge. Il a été trois mois sans dormir. Il a décidé d’abandonner la totalité de ses droits pour les reverser à cette femme et ses enfants en considérant que sa faute à lui ne pouvait leur retomber dessus.
Diane (Décidant de ramener tout le monde les pieds sur terre) – Et depuis il roule en Rolls ?
Marilys – Ce jour-là, il a décidé d’acheter une Rolls, le croiriez-vous ?
Diane – Je vais vous surprendre à mon tour en acceptant de jouer le jeu ?
Marilys – Merci. Merci pour lui surtout.
(Entrée de Léonard soudaine, sans frapper – en fait il écoutait derrière la porte).
Léonard – Alors, comme ça vous bavardez !
Diane (surprise) – Euh ! Non, c’est-à-dire que, nous…
Marilys – Nous sommes tombées d’accord sur le principe que Diane accepte de nous aider dans notre recherche…
Léonard – C’est parfait !
Diane (Cherchant une carte de visite dan son sac) – Ecoutez, j’étais venue pour essayer de rencontrer à nouveau Maxime. Mais puisque je ne le trouve pas et que visiblement, vous allez le rencontrer alors que moi je dois repartir pour les audiences, voudriez-vous avoir l’amabilité de lui remettre mes nouvelles coordonnées téléphoniques ?
Léonard – Cela sera fait, soyez sans aucune inquiétude.
Diane (en quittant la pièce) – Je suis désolée, mais je dois vraiment y aller. J’ai à plaider au palais dans moins d’une heure. Au revoir et surtout tenez-moi informée au numéro que j’ai laissé.
Léonard – Sans problème. (Attendant que Diane ait refermé la porte) Je n’ai pas tout saisi clairement, mais il est évident que nous avons une alliée de choix…
Marilys – Vous n’avez quand même pas écouté derrière la porte ?
Léonard – Oh ! Si peu… Mais je n’ai pas entendu que vous lui ayez expliqué que son vrai père, grand scientifique de renommée mondiale, soit décédé en lui laissant une fortune colossale !
Marilys – Mais je n’ai pas eu le temps, tout simplement !
Kevin (qui entre en courant et se cache derrière un fauteuil) – Dites que je suis pas là !
Eléna (qui arrive derrière lui en le cherchant) – Mais où est-il donc passé ce sale gamin ? Vous ne l’avez pas vu ?
Léonard (gêné) – Euh, de qui voulez-vous parler ?
Eléna – De ce petit idiot de fils à Alex !
Marilys – Et pourquoi donc est-il si idiot ?
Eléna – Parce que je le cherche partout et qu’il faut que je lui fasse faire ses devoirs.
Léonard – Ne serait-il pas tout simplement joueur et espiègle ?
Eléna (Baissant les bras) – Tu parles. J’ai autre chose à faire que de lui courir après tout le temps !
Kevin (surgissant dans le dos de Eléna) – Whouah !
Eléna – Mais t’es vraiment nul comme mioche !
Kevin – Elle a eu peur eeeeeeeeeeeee !
Eléna – File dans ta chambre et sors ton cartable, allez ouste…
Kevin (qui s’exécute en râlant) – T’es pas marrante comme gonzesse, on peut jamais rire avec toi.
(On sonne)
Eléna – Tiens, ça y est, à tous les coups, c’est son père qui arrive pour le reprendre. Oh là là, il va pas être content (ouvrant la porte extérieure sur Alex et faisant l’étonnée alors que Léonard et Marilys restent médusés par le spectacle) : Ah ! Tiens, c’est vous. Vous êtes en avance ?
Alex – Ah non pas du tout. Emma n’est pas là ?
Léonard – Je me présente : Léonard et voici Marilys, ma secrétaire. Nous sommes là depuis un moment maintenant. C’est madame Emma Huault qui nous a demandés de l’attendre un petit moment. Le temps de faire une petit course urgente. Mais voilà, cette course dure et nous avons vu passer beaucoup de monde depuis. C’est très remuant ici !
Alex – Oui, sans doute. Faut dire que Emma laisse trop fréquemment son appartement ouvert à tous les vents. Un jour ça lui jouera des tours. Donc vous êtes ?
Léonard – Peut-être avez vous quelques consignes à donner à cette jeune fille. Pendant ce temps, Marilys va se faire un plaisir d’aller à la recherche de Emma.
Eléna (Trop contente qu’on ne s’occupe plus d’elle) – Bon, je monte finir les leçons de Kevin dans sa chambre…. (part très vite de peur qu’on ne lui reproche d’être en retard).
(Marilys s’en va par extérieur)
Alex – Si j’ai bien compris, il va falloir que j’attende un peu.
Léonard – J’en ai bien peur !
Alex – Alors comme ça Emma vous a laissés là plantés et elle s’est barrée pour faire une course ?
Léonard – Oui. Et je commence à trouver le temps long !
Alex – Je ne voudrais pas vous mettre la poisse, mais la dernière fois qu’elle a fait un coup comme ça, elle a réapparu deux jours plus tard seulement : elle avait eu un coup de foudre pour un mec au bureau de tabac !
Léonard – Ah ! Oui ! Evidemment ! C’est pas fait pour nous aider.
Alex – Vous étiez là pour quoi ?
Léonard – Je pense que vous connaissez bien Emma puisque vous avez accès à son appartement comme ça, sans précaution aucune…
Alex – Oh oui, bien sûr. Emma et moi, c’est une vieille histoire. D’ailleurs on bosse ensemble. (En aparté appuyé à Léonard) : Ne le répétez pas, mais je pense que nous allons collaborer Emma et moi encore plus à l’avenir et dans des conditions complètement différentes !
Léonard – Tiens donc ! C’est curieux. (Lui aussi en aparté afin de provoquer le bavardage de Alex et en savoir plus) : Mais, je vous garantis ma discrétion. D’ailleurs je ne sais pas de quoi vous parlez !
Alex – Oui, bien sûr. C’est normal, vous n’êtes pas de la même société que nous, donc je ne risque rien à vous en dire plus…
Léonard – Non, vous ne risquez rien…
Alex – Alors voilà : la société dans laquelle nous travaillons tous les deux. (avec des gestes de la main) Enfin pas vous et moi…
Léonard – Non, bien sûr : vous et elle…
Alex – Vous comprenez vite vous.
Léonard – Ca m’arrive, oui.
Alex – Donc cette société, dans laquelle nous travaillons tous les deux (ayant redit la même chose, il fait des gestes avec les mains pour expliquer la même chose sans les dire. Ne pas hésiter à faire des grands gestes)
Léonard (montrant à son tour avec des grands gestes qu’il a définitivement bien compris) – Donc, cette société dans laquelle Emma et vous…
Alex – Oui, cette société ne nous paie pas assez, alors Emma a eu l’idée de s’emparer du pouvoir.
Léonard – Vaste programme.
Alex – Et vous ne me demandez pas comment ?
Léonard – Vous m’avez enlevé les mots de la bouche !
Alex – A votre avis, quelle est la meilleure façon de prendre le pouvoir ?
Léonard – J’imagine que c’est d’être le meilleur !
Alex (Heureux de sortir sa phrase) – C’est ce que je lui avais dit aussi. Donc vous êtes aussi bête que moi !
Léonard – On peut éventuellement le voir comme ça. Mais rassurez-moi : vous avez une autre idée ?
Alex – Moi non. Mais Emma, elle, c’est une rusée.
Léonard – Si vous le dites, c’est que cela doit être vrai.
Alex – Elle, elle dit que faut dresser les gens les uns contre les autres…
Léonard – Diviser pour régner en quelque sorte.
Alex – Voilà c’est exactement ça qu’elle a dit. (Se ravisant) Allons donc, vous n’êtes pas si bête que ça finalement ?
Léonard – Je vous remercie beaucoup.
Alex – Et c’est là que Maxime entre en jeu.
Léonard (feignant l’ignorance) – Maxime ? Mais qui est donc Maxime.
Alex : Ah ben oui. C’est normal, vous ne pouvez pas le connaître. Puisque vous ne travaillez pas dans la même société que nous !
Léonard (se montrant de plus en plus intéressé puisque l’on parle de Maxime) – Parce qu’il travaille avec vous ?
Alex – Mais oui. C’est même une drôle d’histoire la manière dont il est entré dans la société !
Léonard (Posant deux doigts de sa main le long de sa joue paraissant ainsi encore plus attentif) – Ah oui, et pourquoi donc ?
Alex – Figurez-vous qu’il ne sait ni lire ni écrire, ni compter, ni parler, ni…
Léonard – C’est peu évidemment.
Alex – Oui, mais ce qui est plus drôle, c’est qu’il veut devenir le PDG de la boîte dans laquelle nous travaillons… Euh ! pas vous et moi…. (s’apprêtant à réexpliquer).
Léonard (montrant un peu d’énervement) – Bon, ça va, j’ai compris.
Alex – Enfin, c’est ce que lui aurait dit notre actuel patron.
Léonard – Il doit être très intelligent alors… Pas votre patron…, mais votre Maxime…
Alex – C’est pas très faux ce que vous dites. Parce que à chaque fois qu’on discute de choses sérieuses, il a toujours les bonnes réponses. Il dit qu’il a lu ça quelque part. Pour quelqu’un qui n’a jamais appris à lire ! (prenant un air bête) Même moi, des fois je comprends pas ce qu’il dit.
Léonard – Je n’en suis qu’à moitié étonné !
Alex – J’ai pas compris ce que vous veniez de dire ?
Léonard – Non, rien, je réfléchissais tout haut. Donc vous me dites qu’il serait très cultivé tout en n’ayant jamais mis les pieds dans une école ?
Alex – Ben oui. C’est ça.
Léonard – C’est peut-être génétique alors ?
Alex – Géné quoi ?
Léonard – GENETIQUE !
Alex (faisant semblant d’avoir compris) – Ah ! Oui, gêne et tique. (Puis étonné car n’ayant finalement rien compris) Mais ça veut dire quoi ça.
Léonard (ne disant rien mais soufflant un gros soupir d’étonnement) – Poufffffffffffff !
Alex – Bon c’est pas tout ça. Moi il faut que je reparte. (se dirigeant vers porte intérieure pour appeler Kevin et Eléna) Je vais les appeler les 2 loustiques là-haut.
Léonard – Attendez un instant. Laissez-les travailler encore un peu leur leçon. Vous viendrez les rechercher dans un moment. Je vous propose que
VOUS AVEZ AIME LE DEBUT ?

VOUS SOUHAITERIEZ CONNAITRE LA FIN DE CETTE PIECE ?

JE VOUS PROPOSE DE VOUS L’ENVOYER PAR MAIL…

Il vous manque 10 pages de texte car la fin se trouve page 42

Dans ce cas, faites votre demande sur le mail suivant :
c.gustave@wanadoo.fr
et je me ferais un plaisir de vous envoyer la fin tout aussi gratuitement
merci de votre compréhension car c’est seulement comme ça
que je peux avoir un meilleur suivi des pièces qui sont montées !
Gustave
FIN

RIDEAU
SEQUENCAGE REPLIQUES

Nom Acte 1
30 minutes Acte 2
32 minutes Acte 3
34 minutes Total
96 minutes
Emma Huault 73 65 3 141
Alex 54 0 32 86
Maxime Hâtre 55 73 26 154
Diane Ecatavo 25 0 51 76
Eléna 0 16 12 28
Kevin 0 6 4 10
Charly Cassipo 0 20 15 35
Melody de Parasymbamate 0 5 0 5
Bénédicte 0 20 21 41
Léonard 0 0 47 47
Marilys Quénitrèce 0 31 31 62
Total 207 236 242 685







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