Aux confins des lettres
de Guillaume de Longeaux



Atelier d'écriture de la saint Grégoire 2007
à La Charlotte en L'Isle

Il avait décidé de partir aux confins des lettres, là où les mots, vivent, paraît-il, une nouvelle vie. Il fallait gagner le bout du monde écrit. La dernière page. Selon les rumeurs entendues dans les halls des maisons d'édition, l'important était d'arriver sur la dernière page en train de s'écrire. Là se trouvait l'inspiration, le feu qui éclaircit les idées et ranime l'écrivain.
Tous les récits concordaient : partout dans le monde, à tout moment, des centaines, des milliers de pages s'écrivaient dans la gaieté( ) ou la douleur, vite ou avec lenteur, doucement ou dans la fulgurance. Chacune avançait sur sa lancée, défrichant une allée écrite nouvelle.

Au moment de s'élancer, il fut pris de doutes, de terreur. Il s'accroupit, transi, la sueur aux tempes. Et si ses longs efforts l'amenaient non sur la dernière phrase d'un roman en cours d'écriture, mais à l'extrémité d'un nouvel annuaire téléphonique ? D'un mode d'emploi mal traduit du chinois ? D'un rapport administratif d'un indomptable ennui ?
Il se rasséréna : il était un vrai écrivain, son instinct l'amènerait sur les feuilles de consoeurs et confrères. Il s'orienterait vers la fiction, la poésie, l'invention !
Puis il se prostra à nouveau, gelé d'angoisse. Et si l'auteur, au moment où lui le rejoindrait sur ses derniers mots, tout frais, perdait à son tour l'inspiration ? S'il arrivait au bout du rouleau ? Si la souris cliquait en vain derrière la marque de fin de paragraphe ? Que faire, en pareil cul-de-sac ? Aurait-il la force de repartir ? De retrouver une nouvelle piste, fertile, prometteuse, féconde ?

Tout d'un coup, il sentit une décharge familière le traverser : patatras, une pente se mit à le faire dévaler, il courut. Une lueur petit à petit le rattrapait, l'englobait dans sa chaude énergie. L'inspiration l'inspirait !

( ) : celle de la facilité, de la veine inspirée

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