GUIDU ANTONIETTI

Les cadavres du Rock and Roll
Suivi de
Les chansons de Frédéric Costeley

Pour Francis Gernet
Et Frédéric Quillet




Les cadavres du Rock and Roll

Eric vient de se réveiller, mais il ne se lèvera qu'une demi-heure après la sonnerie du radio réveil. Il écoute le commentateur de l'actualité du jour qui distille d'une voix désagréable des considérations morales sur l'époque en crise. Dans un demi-sommeil, il pense à Marie-France, elle lui donnait la réplique dans "On ne badine pas avec l'amour", mais elle est partie au Canada avec le metteur en scène. Il n'y pense presque plus, sauf pendant ses réveils difficiles.


Une tache de soleil éclaire le couvre-lit, les chiffres sur le cadran du réveil scintillent, dans la chambre la lumière crue estompe le contraste du lit avec le parquet. Eric écarquille les yeux, ses tempes palpitent de douleur, sa bouche est pâteuse, il a la nausée.


Dans la rue le brouhaha de la circulation se fait insistant, la radio grésille, un spot publicitaire sur une musique des îles, enfonce dans son crâne les effluves d'un bain moussant. Il déteste les réveils forcés. Le pétrole se fait rare, en Afrique les Généraux paranoïaques s'arrachent la palme au festival du crime, les Chinois sont aux portes de Hanoï, Bob Dylan agonise de leucémie dans un hôpital californien, Mike Jagger vient de disparaître dans un accident d'avion. Il s'en réjouit. Le monde est malade, overdoses de médias, il en a assez des idées vieilles, il préfère la dérision.


Il se lève pour aller pisser et change de station, la radio passe un débat : l'opposition conservatrice contre la gauche au pouvoir à propos de la libéralisation de la marijuana. En tirant la chasse il pense :
-"Putain, mais c'est vrai que les allées du Rock sont jonchées de cadavres, Elvis, Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, bientôt Dylan et maintenant Mike Jagger, super on est sur un coup ","Les Cadavres du Rock ans Roll" ; il a raison Fred c'est un titre qui assure…"
Puis il retourne dans la chambre et en s'engouffrant sous les couvertures, il murmure :
-"Merde ce mal au crâne, j'ai trop bu hier soir, fameuse sa coke, il a du talent ce mec… Incident nucléaire à Fessenheim, bof ils nous font le coup de Three Miles Island, qu'est-ce que j'en ai à braire…"
Dans la poche de sa veste, qui traîne sur le tapis, il prend un paquet de Rothmans, il déchire la cellophane du paquet neuf et s'en allume une.
-"C'est sûr ça va marcher ce disque, sans moi il est rien ce mec, qu'il est chiant avec ses fantasmes de merde, de toute façon il y aura mon nom sur la pochette et même sur l'étiquette, Frédéric Costeley produit par Eric Grignan, c'est un flippé, sans moi il sera jamais reconnu, bon il a joué avec Véronique Sanson et alors…"
La radio passe "Fan des sixties" de Gainsbourg, il dit :
-"Quel requin ce Gainsbourg, il s'en fait du fric lui, sur le dos des Rock Stars alors y a pas de raison, c'est un bon plan…"
Il se passe la main dans les cheveux, s'étire, et d'un geste énergique défait complètement le lit et se lève.
En ouvrant la fenêtre, il a une idée, demander à Frédéric d'écrire une chanson sur les Rolling Stones devenus Ministres d'une République Africaine spécialisée dans la production de disques de danses pour les ghettos américains.
La radio passe en hommage à Mike Jagger, "Sister morphine", et il perd le fil de son idée. Agacé, il va dans le salon, décroche le téléphone et sur le cadran à touches compose le numéro de Frédéric, une voix magnétique répond :
-"il n'y a pas d'abonné au numéro que vous avez demandé, veuillez…"
D'une légère pression sur le bouton orange, il annule la communication et refait le numéro, personne ne décroche.


Dans la cuisine, il prépare un café au percolateur, en observant les gouttes tomber une à une dans le pot en plastique, il repense à ce qu'ils se sont dit la veille.
-"Si notre disque marche nous irons voir Dylan et lui dirons, merci Mister Dylan, vous aviez raison "IT'S ALL OVER NOW BABY BLUE" et il mourra devant nous, nous aurons assisté à son dernier soupir et ça sera vraiment la fin du Rock and Roll…"


Le café est brûlant, il souffle sur la tasse en se grattant les joues, son crâne lui fait mal, les autos dans la rue s'amplifient dans sa tête, à chaque mouvement des yeux une effroyable douleur emprisonne sa nuque. Il se lève et dans l'armoire à pharmacie de la salle de bains, cherche un tube d'alka selzer. En fouillant, il tombe sur une seringue et sourit, il a décroché de l'héroïne depuis six mois, depuis les premiers enregistrements de Frédéric.
Il boit la dernière gorgée d'alka selzer, et cherche sur la desserte de la cuisine une boîte de sucre. En déchirant, le couvercle en carton il voit trois cafards se déplacer lentement dans le quadrillage brun des dominos, il lâche la boîte, en tombant sur le sol elle s'ouvre, le sucre se répand sur le carrelage de la cuisine. Une nuée de cafards rampe jusque sous le placard de l'évier.
Ecœuré, par cette apparition il bougonne :
-"Mais merde qu'est ce qui se passe aujourd'hui, décidément quelle angoisse…"
Le téléphone sonne, il va décrocher, c'est le studio !
Christophe l'Ingénieur du son s'impatiente pour mixer le dernier titre de Frédéric.
-"Ok j'arrive ! mais commence sans moi j'ai pas encore pris ma douche !"
Eric renonce à boire son café froid et va dans la salle de bains. En faisant couler l'eau chaude il ôte son T-shirt, de la buée se dépose sur le miroir. Dans le flou de la glace éclairée par les ampoules de la rampe, il admire son torse encore bronzé par les rayons solaires de son récent séjour au festival de musique africaine de Lagos. Il y est allé avec Frédéric pur prendre contact avec une maison de disques américaine.
Le directeur artistique de WBC a écouté leurs bandes et leur a proposé, une fois les mixages au point, de racheter les droits et de diffuser le disque aux Etats-Unis. Ils feront fortune !
L'eau maintenant est brûlante, il ouvre le robinet d'eau froide et met sa main sous le mélangeur, jugeant que l'eau est assez tiède pour ramollir sa barbe dure, il s'asperge le visage et prend le blaireau sur la tablette en céramique blanche.
D'un geste machinal il défait le bouchon du tube de crème à raser, dépose une noisette de crème dans les poids gris du blaireau et fait mousser ses joues. Il veut se raser de près, c'est un grand jour, il se sent bien, il aime son corps, la mousse sur son visage picote, maintenant il est complètement réveillé. Ses yeux pourtant sont cernés, mais son front décrispé, sa poitrine ample, son visage rose, la vapeur au-dessus du lavabo irrigue ses tempes, il n'a plus mal à la tête.
Il décide de prendre une lame neuve, un rasage parfait, tonique, doit inaugurer ce fabuleux matin de producteur heureux.
Il ouvre le tiroir de l'armoire à pharmacie, il y a une réserve de lames vierges. Sous la plaquette de plastique, il trouve alangui parmi quelques particules de sable ocre, un scorpion beige aux pinces noires. Cette rencontre ne l'étonne pas, il se souvient avoir acheté des lames à Lagos et s'être baigné le même jour dans un fleuve en pleine brousse. Ils avaient loué une Land Roover et après plusieurs heure de pistes exténuantes, ils avaient fait une halte dans une clairière au bord d'un lac, vers midi dans l'eau glacée ils avaient fait leurs toilettes. Tout lui revient en mémoire. Frédéric lui avait dit avoir vu des scorpions ramper sous les pierres, mais il n'avait rien remarqué, absorbé qu'il était par un vol de frégates au-dessus du lac. Puis en s'allongeant sur le sable brûlant, à l'ombre de palétuviers géants, Frédéric avait parlé de la musique africaine et de ses rythmes très élaborés, il voulait écrire une chanson sur un rythme africain il y aurait la même ambiance que dans la clairière, ils avaient même décidé d'enregistrer leur prochain album dans un studio de Lagos avec des percussionnistes nigérians.


Il admire le scorpion c'est son signe du zodiaque, puis il lâche d'un coup les lames, le scorpion réveillé par la chute de la plaquette de plastique, se dresse sur ses pattes et brandit sa queue noire cherchant à injecter son poison. Il l'agace, avec le manche du rasoir, l'insecte s'agrippe aux tries du manche en grésillant. Frédéric lui avait dit que c'était le seul animal capable de se donner la mort s'il se sentait menacé. Lui, plusieurs fois déjà, a pensé à se supprimer, surtout après l'échec de son histoire avec Marie France, depuis il a abandonné le théâtre, il en a assez d'être l'instrument des fantasmes du metteur en scène. Etrange citoyen du monde exilé dans une province trop personnelle, il peut, déposséder de son bien, se donner la mort, il le fera peut être.
La mousse sur son visage commence à sécher, il voit une mince pellicule blanche se former sur le haut de ses joues, il ne parvient pas à se raser. Avec un ciseau à moustaches, qui trône dans un pot en grès beige il attrape le scorpion et le dépose dans la vasque du lavabo, juste sous le filet d'eau tiède qui coule toujours. Il coupe l'eau froide pour augmenter le débit de chaud, et verrouille la bonde. Le scorpion nage un moment mais sous l'effet de la température se recroqueville sur lui-même et se pique !
Eric contemple le suicide forcé de son signe du zodiaque. Avec une mine réjouie et un sourire sadique grimé de mousse blanche, il débouche la bonde, le scorpion tourbillonne dans l'eau qui gronde dans le siphon. Il se rase à la perfection, sa journée comment par un meurtre, il s'attribue des circonstances atténuantes, il en en légitime défense.


Arrivé dans le hall de l'immeuble, il pousse la porte de l'ascenseur et s'arrête longtemps silencieux devant la glace, il pose pour la postérité, mais son silence intérieur est fracassant. Il refuse d'être ce qu'il est vraiment, il se condamne lui-même au paraître.
Il ajuste encore une fois sa mince cravate sombre en serrant bien fort le petit nœud qui contraste avec le col étriqué de sa chemise saumon. Son pantalon de cuir très serré et volontairement trop court laisse voir ses chaussettes blanches dans des mocassins larges. Sur le revers de sa verte en tweed large aux épaules serrées en bas, il règle une dernière fois le badge clignotant que lui a ramené un musicien de Los Angeles, de sa main gauche prend un attaché case en cuir noir et fermeture acier.
Il s'admire en ramenant ses cheveux courts sur les tempes et pense qu'à défaut de mourir il lui faut vivre devant un miroir, c'est un oppositionnel lucide, son maintient outré dans le monde est un défi affiché. Il ne revendique aucune cohérence profonde, il est cohérent en tant que personnage, personnage privé de règles, livré aux instants, aux jours qui passent, à la sensibilité dispersée.
Ce rôle suppose un public, l'existence il ne la reconnaît que dans le visage des autres, les autres sont son miroir.
Il marche dans la rue, entre ses dents jaillit un cigare de producteur, éblouit par la lumière grêle de cet après-midi d'automne, il va vers le parking.
Assis au volant de sa 604 noire aux vitres fumées, il conduit sur la file de gauche de l'autoroute en faisant des appels de phares pour qu'on le laisse passer. Il vient d'enclencher une cassette et la parfaite stéréophonie des enceintes crache dans le luxe de l'auto la plainte électrique de la pédale Steel d'Eric Clapton. Il pense qu'un jour peut être il sera musicien, s'il n'a pas de talent, il aura beaucoup d'argent, dans le monde moderne tout n'est que stratégie. Il double un mini-bus VW conduit par des jeunes gens hirsutes aux T-shirt bariolés, sur la galerie sont ficelées des planches de Wind Surf, en ôtant le mégot de son cigare de ses dents blanches il pense :
-"A ces margots, toujours aussi ringards", puis en montant le volume du lecteur de cassette pour entendre plus distinctement le chorus de Clapton, il crie :
-"Bonjour les Babas Cool !!!"
La 604 marche très bien, sur le tableau de bord, les chiffres informatiques indiquent cent soixante, le moteur silencieux comme une respiration calme ronfle à peine. Il arrive à la hauteur de la bretelle qui conduit au studio, il ralentit l'allure, la boîte à vitesse automatique s'embraye doucement, peu à peu le flot des voitures devient lent, elles se rapprochent les unes près des autres. Il freine d'une légère pression, une lueur bleue acide tournoie dans le ciel. Derrière lui, une voiture de pompiers vagit et se range devant lui sur la bande plantée. La file avance au pas, il écoute toujours Clapton et arrive à la hauteur d'une remorqueuse, de son palan prend une carrosserie broyée, puis la dépanneuse démarre. Sur l'asphalte de l'autoroute, il voit des débris de verre, des traces de pneus et une marre de sang. Des policiers font signe aux automobilistes de poursuivre leur route, Eric accélère. Entre temps, il a mis la radio, on passe les cours de la bourse puis le hit parade, Jimmy Jackson est premier, il connaît bien son producteur, il a failli s'associer avec lui, mais ils se sont brouillé. Il est jaloux de ce succès et pense que prochainement grâce aux relations qu'il entretient avec le directeur d'une chaîne récente, le disque de Frédéric gravitera très vite le Bill Board, il gagnera enfin assez d'argent pour s'offrir un studio à lui.
Son compte est à découvert, les huissiers menacent de saisir sa 604, la banque déjà lui a retiré sa carte bleue.


Il arrive à la ville et reconnaît la voiture du Christophe l'Ingénieur du son, c'est la seule sur le parking. Il est trois heures de l'après midi, la pluie commence à tomber, les rayures de l'eau forment des sillages de gouttelettes presque couleur argent, il les traverse indifférent. Les autres participants aux enregistrements, sans doute mal remis de l'interminable séance de la veille, ne sont pas encore arrivés. Dans le jardin le grand marronnier perd ses feuilles avec lenteur, il se détache devant la façade du studio. Le carré de chaque fenêtre creuse des sortes d'yeux hors d'échelle, plus haut que le toit terrasse le ciel nuageux semble mettre en marche cette façade rationnelle.
Il pousse la porte, on entend un rythme très carré qui vient du sous-sol, il descend les marches et arrive dans le salon qui fait face à la cabine de son. Agnès assiste les jambes croisées dans un fauteuil modern-style boit un café dans un gobelet en plastique en lisant Libération.
Sur la table basse devant elle, il y a des numéros de Best et le dernier Rock et Folk, sur la couverture il lit une bande annonce, qui inscrit en oblique "Rock Suicide" le nouveau label d'Eric Grignan, et demande à Agnès :
-"Christophe est là non ?"
-"Ben oui, tu entends pas, il réécoute les rythmiques d'hier soir"
-"Et Fred ? je l'ai appelé tout à l'heure mais ça ne répondait pas, qu'est ce qu'il fout, toujours en retard celui-là, il se prend déjà pour une star ou quoi ?"
-"Mais qu'est ce que tu as aujourd'hui Eric, t'es bien speed, c'est la coke, ou le …"
-"Oh excuse moi, c'est rien, mais il y a eu un accident en venant et je suis tout remué !"
Il ouvre la porte de la cabine en écrasant sa cigarette dans le cendrier sur la table basse, le son de la batterie s'amplifie, et les coups réguliers de la basse font trembler l'espace assez réduit de la cabine.
-"Salut Christophe ! alors qu'est ce que ça donne cette rythmique !"
Christophe est juché sur un tabouret à dossier, penché sur sa console de mixage. Le visage fatigué, il fume une cigarette, il a travaillé toute la nuit. Chaque coup de grosse caisse ébranle les cercles en caoutchouc des boomers, au-dessus la table constellée de boutons gradués des voyants rouges s'allument.
Christophe répond :
-"Salut Eric, je crois que c'est super, je t'attendais pour écouter la mise à plat du dernier titre".
Eric pose son attaché-case à côté du magnéto qui tourne et s'assoit dans un fauteuil. Il sort de sa poche un paquet de Rothmans et s'en allume une.
-"Ben, on se l'écoute ce titre, mais Fred devait être là à trois heures et demi, qu'est ce qu'il fout…
-"Je sais pas, bon écoutes"
Christophe rembobine la bande, le magnéto démarre, les vues-mètres déplacent leurs aiguilles et la voix de Frédéric avec un peu de réverbération
crie :

-"Dis l'autre soir tu sais j'ai rêvé d'accident…"

Eric hurle :
-"Merde arrête, putain mais qu'est ce qu'il glande ce con de Fred"
Christophe stoppe le défilement du magnéto, en s'arrêtant le galet presseur fait un grand sclotch.

-"Dis tu sais pas, j'ai vu un accident en venant mais…"

-"Bon reprends au début s'il te plaît".
La bande revient au début en nasillant comme une basse cour et la voix de Frédéric reprend :

-"Dis l'autre soir tu sais j'ai rêvé d'accident.
Sur l'autoroute après le concert stupidement
Défoncé tu conduisais ta mercédès gris métallisé
Compteur bloqué des bandes blanches, qui…"

Eric dit :
-"Mets un peu moins de réverbe sur la voix et monte un peu la Charley… attends, attends, je vais téléphoner.
Il attrape le combiné et compose un numéro, il attend un long moment, personne ne répond.
Christophe a baissé le volume, le magnéto défile en sourdine un chorus de synthétiseur, puis la voix de Frédéric reprend le refrain :

-"J'ai rêvé de ta mort par une nuit étoilée
Un sal rêve je le sais / un suicide bien préparé…"

Eric repose le combiné sur la console et dit :
-"Merde je comprend pas, mais qu'est ce qu'il fout !"
Christophe affalé sur sa console monte le volume, Frédéric continue :

-"Un platane que tu as percuté, violemment
Sans ceinture tu roulais esseulé à plus de cent quatre vingt
Chaussée mouillé au petit matin tous feux éteints…"

Christophe toussote, et shunte la voix de Frédéric qui continue :
-"Un sale rêve, un suicide réalisé
Un sale rêve réalisé je le sais…"

Puis Agnès entre brusquement et éclate en sanglots :
-"C'est les flics qui viennent d'appeler, Fred c'est planté sur l'autoroute."
Michel le photographe, lui n'est au courant de rien, il ouvre la porte de la cabine, il tient dans les mains la maquette de la pochette, un photo-montage avec une mercédès gris métallisé, écrasée contre un platane et une couronne mortuaire avec inscrit en lettre d'or, Frédéric Costeley, les cadavres du ROCK AND ROLL.



Les chansons de Frédéric Costeley


Monaco

I
Chaussures en toile bicolore
Costume léger made in Lahore
Sur la mer bleue au large de Monaco
Au large de Monaco sur la mer bleue
Nec pus ultra
Sur un trois mâts


II
Sur le pont en teck laqué
Dans la lumière saturée
Par le soleil au large de Monaco
Au large de Monaco par le soleil
Comme une prière
Bleue outre-mer
Tu me peindrais
Avec de la poussière sur l'hémisphère
Comme un grand vitrail rouge corail
Dans une cathédrale tout en métal
Un tableau
De Chirico


III
Avec de l'encre délavée
Et sans feuille de papier
Sur l'horizon au large de Monaco
Au large de Monaco sur l'horizon
A demi-mots
En bleu indigo
Je t'écrierais
Comme un cerf volant qui vole au vent
Comme dans un désert où l'on se perd
Comme un océan couleur safran
Un concerto
Rococo



Le sablier de l'insomnie

I
Pour tout te dire
Je ne sais que penser,
De ces gens qui délirent
Sur la modernité.
Qui vantent la décadence
De nos vieilles cités,
Qui parlent avec suffisance
Du trip urbanité.
Moi je déteste le surnombre,
Et je cultive la pénombre,
Car les corbeaux de mon orgueil,
Dessinent tes pas en trompe-l'œil.


Refrain :
Comme une chanson en solitaire,
Avec la poussière de la terre,
Pour refaire à ton image,
Tous les gestes d'un naufrage
Sur la plage de sable gris,
Du sablier de l'insomnie.


II
Sur mes hauts murs,
La nuit inscrit
Avec de la peinture,
Des mots de l'anarchie
Des idées désinvoltes
Des phrases de l'utopie,
Qui parlent de révolte,
De mégalomanie.
Moi je déteste l'impatience,
Et je cultive la violence,
Car les grenades de ma colère
Veulent oublier les somnifères.


Refrain


III
Mes rêves se brisent,
C'est l'évidence,
D'un coup sur la banquise
Qui se jouant des nuances.
D'autres gens viendront un soir,
D'autres rires, d'autres silences,
Referont une autre histoire
Qui n'aura pas de sens.
Toi qui déteste les hordes,
Ecoute cette complainte monocorde,
Car mes oiseux de l'altitude
Sont las des lassitudes.


Refrain



Coke en stock


Une soirée à s'éclater
Défoncé raide aligné
Comme un Dieu j'imaginais une musique
Aussi bleue que le Pacifique
Boeing Panam


Boeing Panam
Des amis / à Miami
Tous musiciens Jamaïcains à Saint-Germain
Avec Santiags très macadam
Boeing Panam


Des lignes blanches cocaïne
Qui déclenchent la machine
Avalanche de rock dream
Les dimanches de déprime


Un son rock en stock
De la coke on the rock




Rock Business

Je ne suis pas un chanteur de rock
De la très grande époque
Mes studios de Nashville
Sont en plein centre ville
Et pour payer mes impôts
Je fais du disco
Tous les soirs au Palace
C'est l'ambiance Las Vegas

Refrain :
Rocking in Paris
Dreaming to Presley
Flying to Memphis
To make money

Ce rythme qui swing
C'est moi sur le ring
J'ai pas de choristes noirs
Qui chantent le désespoir
Encore moins de prière
A la Stevie Wonder
Et tous mes musiciens
Son des requins parisiens

Refrain :
Rocking in Paris
Dreaming to Marvin Gay
Singing with Levi's
The songs of Bill Halley

Le rock de Liverpool
Déchaîne toujours les foules
A la gloire je me cramponne
Mais je ne suis pas Lenon
Maintenant ces le Reggae
Un bon filon à exploiter
Donc je fonce à Kingstone
Et tout le monde s'étonne

Refrain :
Rocking in Paris
Dreaming to Bob Marely
Singing in peace
The sound of Reggea



Ton accident

I
Dis l'autre soir tu sais j'ai rêvé d'accident
Sur l'autoroute après le concert stupidement
Défoncée tu conduisais ta Mercédes gris métallisé
Compteur bloqué des bandes blanches qui défilaient
Pieds au plancher la radio à fond dans le brouillard sans y voir


Refrain :
J'ai rêvé de ta mort par une nuit étoilée
Un sale rêve je le sais un suicide bien préparé


II
Ce matin je l'ai lu dans la presse l'accident
Un platane que tu as percuté violemment
Sans ceinture tu roulais esseulée à plus de cent quatre vingt
Chaussée mouillée au petit matin tous feux éteints
Je suis persuadé que c'est à cause de mes histoires de désespoir


Refrain :
J'ai rêvé de ta mort par une nuit étoilée
Un sale rêve un suicide réalisé
Un sale rêve réalisé je le sais
Un sale rêve réalisé je le sais



La solitude du coureur de salon


1
Touchant
Plein de mépris
Dans la vie, tu parles
Avec passion, des idées modes

Tu parles
Tu parles tout le temps
Pour taire ta vie, vide au présent

2
Mordant
Plein d'ironie
Béa, tu écoutes
Les illusions, de ton époque

T'écoutes
T'écoutes seulement
Pour répéter des propos brillants

3
Troublant
Plein de magie
Ta cour tu séduis
Dans les salons, tu colles au siècle

Tu séduis
Tu séduis tout le temps
Pour oublier tes faux-fuyants

4
Patient
Sans utopies
D'un amour, tu rêves
Mais tu es au creux de la vague

Tu rêves
Tu rêves tout le temps
Pour t'inventer des désirs brûlants

5
Errant
Seul dans ta nuit
Des autres tu as peur
Tu as vraiment le sens du moment

T'as peur
T'as peur maintenant
De décrocher ce monde glaçant.



La solitude du coureur de salon


1
Coustique
Désabusé
Sous le vernis
De ta causerie couleur lilas

Tu parles
Tu parles tout le temps
En faisant croire que tu es décadent

2

Là quand il faut
Dans les palaces
Tu cherches un maître sur qui régner

Tu écoutes
Tu écoutes tout le temps
Pour redorer ton inconscient

3
Grisé
Sous la coupole
Tes actes manqués
Sont des discours bien réussis

Tu cherches
Tu cherches tout le temps
A emprunter des faux-fuyants

4
Seul
Privé de public
Le ring est vide
Le show fini tu as froid dans le dos

Tu as peur
Tu as peur maintenant
De ne plus sortir de ton divan



Rebecca


I
Samedi soir quel désarroi
Dans la rue Quinquenpoix
Rébecca en robe noire
Je t'ai vue sans y croire


Refrain :
Mais pourquoi tu me crois pas
Mais pourquoi tant de dégâts


II
Tu étais là invraisemblable
Dans une vitrine détestable
Le désespoir
Sur le trottoir
En robe noire et talons hauts
Comme un livre d'Edgar POE
Mais pourquoi
Tu me crois pas
Comme dans un livre d'Edgar POE
Oui comme ça
Oh Rébecca…

Refrain :
Mais pourquoi tu me crois pas
Mais pourquoi tant de dégâts


III
Depuis ce soir là comme une sage
Dans toutes les rues je ne vois que toi Rébecca
Je n'y peux rien je deviens dingue
Je te cherche partout avec mon flingue

Refrain :
Mais pourquoi tu me crois pas
Mais pourquoi tant de dégâts


IV
Mais cette nuit je vais dégainer
C'est de ta faute ça va saigner
Je vais te descendre
Sans faire d'esclandre
Incognito sur le coup de minuit
Comme dans un film de POLANSKI
Mais pourquoi
Tu me crois pas
Comme dans un film de POLANSKI
Oui comme ça
Oh Rébecca…



Concerto de l'Atantide


Dans le studio tout éclairé
Le piano fait le gros dos,
Tout seul je m'y suis installé.
Ecoute, écoute, un concerto.
La lumière blanche a décliné,
Le clavier en éventail
A les lèvres écarquillées.
Regarde, regarde, le corail.


Refrain :
Répétition,
Notes égrainées,
Orchestration
Acidulée,
De l'eau qui coule
En gouttes de jade,
Un son de houle
Comme une cascade.


Un seul accord en mi-mineur
Ma voix à peine éraillée,
Une mélodie du malheur.
Danses, danse, ma destinée.
Cette sonorité me fascine,
Une harmonie de l'Atlantide,
Des effets de cocaïne.
Chante, chante c'est splendide.


Refrain


Mes boots bleues sur les pédales,
Le reflet des projecteur
En un climat de récital.
Pense, pense, au bonheur.
Les doigts légers sur de l'ivoire
Retiennent la course des heures.
Vienne, vienne, la gloire.


Refrain



Transe fer express

Dans le wagon
Moi comme un con
Je suis descendu vers sa province
Dans le train bleu aux portes qui grincent
Papier Zouave et rouleuse seuls bagages


Trop de nuages
Sur mes rivages
Dans le télégramme je lui ai dit d'attendre
J'ai oublié ses yeux couleurs de cendres
Je ne suis pas si sûr que c'est un bon plan


Rêvant rêvant
Rêvant au vent
De sa crinière
Rêvant rêvant
Par la portière


Sur la banquette
Ma cigarette
Faisait des trous sur le sky
La gueule de ce deuxième classe ne me dit rien qui vaille
Heureusement qu'il descend à Monte Carlo.


Comme Pacino
Ou De Niro
Je regardais sur le bord de la mer
Les vagues blanches faire de la poussière
Personne en montera plus d'ici Milan


Flânant flânant
Flânant souvent
A leur manière
Flânant flânant
Par la portière


Les kilomètres
Par la fenêtre
En dévidant le paysage
Filmaient en noir son beau visage
Et je le voyais blanc cocaïne


Un tas de ruines
Dans la vitrine
Qui défilaient en toile de fond
Sur le quai noir de la gare de Menton
Je suis désolé moi je ne suis pas un adhérent


Gueulant gueulant
Gueulant absent
Dans ma galère
Gueulant gueulant
Par la portière


Pour oublier
Cette soirée
J'ai foncé raide aux toilettes
Pour chercher au fond de mes baskets
La coke planquée pour décoller


Un coup de foudre
Comme une traînée de poudre
On frappe à la porte le chef contrôleur
Qui avait remarqué la petite lueur
Demande "y-a-t-il quelqu'un dedans ?"


Planant planant
Planant dément
Dans ce cimetière
Planant planant
Par la portière


Mai quel vacarme
Pourquoi l'alarme
Ce flic du rail va les appeler
Ils vont venir pour me boucler
Oui j'en suis sûr ils veulent ma peau


Dans ce radeau
Un vrai tombeau
Il n'y a pas d'issue même pas une trappe
Que la fenêtre pour que je m'échappe
Dans un tunnel tout noir je verrai pas Milan


Flippant flippant
Flippant tellement
Dans ma civière
Flippant flippant
Pas de portière


Le train Paris Milan
S'est perdu dans le temps
Les voyageurs à destination de nulle part
Maintenant cherchent la voie du hasard
Dans la grande salle des pas perdus


Errant errant
Errant tout le temps
Sans plus d'œillères
Errant errant
Pas de frontières



Cousine Pepsi – Coca Cola


Introduction :
Cousine pepsi – coca cola
Quand j'te vois faire – ton cinéma
En fumant d'la – marihuana
Plus rien ne va


- 1 -
Cousine pepsi c'est une coquine
Plutôt qu'de prendre de l'aspirine
Elle sniffe toujours d'la cocaïne – surfine
maligne – coquine
combine – surfine

- 2 -
Cousine pepsi – joue au mah jong
En tombant tous – ses copains viet-cong
Elle sirote du – thé lapsang souchong
Oh ! cousine pepsi c'est plus le pied que l'coca cola

- 3 -
Cousine pepsi – est super démente
En s'mettant une – p'tite paille dans la fente
Elle picole du – thé vert à la menthe
Oh ! cousine pepsi c'est plus le pied que l'coca cola

- 4 -
Cousine pepsi c'est une vraie dingue
Elle finit jamais ses – seringues
Elle va s'faire sauter la – carlingue – sans flingue
seringue – meringue
une dingue – sans flingue

- 5 -
Cousine pepsi – est vraiment baroque
Ses cheveux bleus – une question d'époque
Dans un groupe punk – elle braille des tubes rocks
Oh ! cousine pepsi c'est plus le pied que l'coca cola

- 6 -
Mais cousine pepsi – tu es au rancard
Tu fais gerber – tous les vrais loubards
Et plus personne – te prends pour une star
Oh ! cousine pepsi ça t'allait mieux l'coca cola



Plastic Rock


I

Avec un groupe de Loubards méga
On a décroché un bon contrat
Un bon plan
Délirant
Un disque d'or en perspective
Pour assurer une bonne promotion
On va même faire une télévision
Tout en cuire
A l'Empire
Spectacle super avec laser


Refrain :
Du bon rock
Qui provoque
(chœurs) : vraiment baroque
Tout en plastique
(chœurs) : avec gimmick


II

Quatre ou cinq accords sur un synthé
Bonne mélodie bonne tonalité
De l'écho
En studio
Question de donner le climat
Un bon mix une super ligne de basse
Tous ces projos mais quelle angoisse
Un plan métal
Pas trop banal
Oui on assure ça j'en suis sûr


Refrain



Ulrike Meinhof


Refrain :
Seul en solo
Sur mon piano
Je vais jouer je vais crier je vais t'aimer
Ma mélodie
Est un défi
Pour écrire pour fleurir ton sourire


I
Moi j'aime bien le terrorisme de ta doctrine
Et tes dérives dans les nuits blanches de cocaïne
La parole étouffée
L'avenir censuré
Les barrières à faire sauter
Tu les combats
Je t'aime pour ça
Je t'aime pour ça


Refrain


II
Tous tes discours sur les casseurs genre autonomes
Quand tu me parles de faire sauter la place Vendôme
Une action exemplaire
Un suicide style Baader
La violence qui est nécessaire
Bien sûr j'y crois
Je n'aime que toi
Je n'aime que toi


Refrain


III
Mai moi tu vois je revendique l'hésitation
Je ne crois plus qu'on peu faire la révolution
Le monde est bien vide
Un départ si rapide
Ta fin bien trop lucide
Tu n'as pas tort
Je t'aime encore
Je t'aime encore



Se fendre la gueule


I

Je t'avais pourtant bien prévenu
De ne pas sortir seul dans la rue
Et tu t'es pris un coup de hache derrière la tronche
Rue de la Ponche

Faut pas se fendre la gueule
Faut pas se fendre la gueule…
Oh non non non
Oh non non non…


II

Ils étaient pourtant bien prévenus
Ce mec ringard et sa morue
Si tu t'es pris un coup de flip à cause de ce type
Sors lui les tripes

Faut lui fendre la gueule
Faut lui fendre la gueule…
Oh oui oui oui
Oh oui oui oui…


III

Tu ne l'avais pourtant jamais revue
Cette fille super bien entendu
Mais tu t'es pris un coup de speed t'es trop lucide
Pour prendre de l'acide

Faut pas rester tout seul
Il faut se fendre la gueule…
Oh oui oui oui
Oh oui oui oui…



Saga pour Deborah

Sur le clavier
Des vagues blanches
Ont déferlé
En avalanches
Dans le piano
Mes rêves d'ivoire
Comme un jet d'eau
Sont dérisoires


Refrain :

Mais dis moi pourquoi ma Déborah,
Sur ton passage candide
Cette saga de paysages
A le goût du suicide


Sur les collines
Le soleil rouge
Fait des épines
Dans raies qui bougent
Tes yeux gris bleus
Sur le carrefour
Disent une banlieue
En contre jour


Refrain


Mes mains tiennent
A bout portant
La porcelaine
Du volant
Seul en déroute
Sur les antennes
Comme l'autoroute
Je me promène


Refrain


La nuit tu hantes
Bien trop baroque
Très décadente
Mes airs de rock
Rêves lunatiques
Sourires nacrés
Comme une musique
Pour t'oublier


Refrain


Quand il fera noir
Sur Monaco
Tu iras t'asseoir
Sur ton tombeau
Et avec regret
Tu comprendras
L'absurdité
De ma saga


Refrain :
Et tu verras pourquoi Oh Déborah
Sur ton passage candide
Cette saga de paysages
Avait le goût du suicide.



Sur la Tamise


L'autre jour au téléphone
Tu racontais la belle histoire
Des amants de Vérone
Qui avaient perdu la mémoire.
Dans la chambre il faisait noir,
Tu décrivais l'étrange Venise
Que j'ai construit par désespoir.
Je voulais faire ma valise,
Arrêter de boire
Changer mes chemises
Rire enfin pour rien
Aimer le matin.


Refrain :

Aujourd'hui je n'ai pas d'excuses
Et je ne sais plus que faire
Pour franchir les écluses,
Aux jours heureux pourtant
J'y crois comme avant,
Aussi vrais qu'à tes diamants
Aussi bleus que tes grands yeux.


Je n'ai plus le téléphone
Tu ne m'appelles plus le soir,
J'ai l'humeur vagabonde
J'aimerais t'émouvoir.
Je marche seul dans le noir
Je ressasse des sottises
Sans m'en apercevoir,
Bien sûr je t'idéalise
Tu ne peux pas savoir.
Ici sur la Tamise
Seul avec ma machine
Dis, tu imagines !


Refrain



Dans ce film


Refrain :
Dans ce film il y a
Une fille comme toi
Comme toi…


I
Comme toi dans une scène d'action
Comme toi
Comme toi en panavision
Comme toi…


Refrain


II
Comme toi en travelling décor
Comme toi
Comme toi en technicolor
Comme toi…


Refrain


III
Comme toi elle tourne en V.O
Comme toi
Comme toi dans un vrai mélo
Comme toi…


Refrain :
Dans ce film il y a
Un garçon comme moi
Comme moi…


IV
Comme moi il chante en voix off
Comme moi
Comme moi dans ce film catastrophe
Comme moi…


Refrain :
Dans ce film il y a
Des acteurs comme nous
Comme nous…


V
Comme nous en bande originale
Comme nous
Comme nous dans la scène finale
Comme nous…


Final :
Dans mon film il y a
Des héros
Comme toi comme moi…

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