Miroirs
(extrait de roman)

de Gilles Saint-Laurent



L'homme dormait d'un sommeil profond lorsqu'il fut soudainement réveillé par la sonnerie intempestive du radio-réveil. A moitié endormi, il éteignit ce dernier sans le moindre scrupule. Il s'étira et se leva d'un bond. Il se rendit aux toilettes, urina et après avoir tiré la chasse, il se dirigea vers la salle de bains...
Il se déshabilla, fit couler l'eau chaude et l'eau froide, passa sa main sous le filet d'eau afin d'en mesurer la température. Jugeant celle-ci satisfaisante, il pénétra dans la cabine de douche.
Il prit la bouteille de shampooing, en versa un peu dans sa main, remit le flacon en place et se lava les cheveux. Puis, les ayant rincés, il fit de même avec le gel-douche et se doucha. Tout en faisant ses ablutions matinales, il chantonnait. La journée promettait d'être belle; du moins, selon les prévisions météorologiques.
S'étant rincé, il ferma les robinets. Il sortit de la cabine, s'empara d'un drap de bain et se sécha. Il enfila un slip et passa un pantalon...
Dans la salle de bains, deux miroirs se faisaient face : le premier avait été placé au-dessus du lavabo, le second était intégré à l'armoire-pharmacie. La disposition des deux glaces créait une mise en abîme pour l'imprudent qui se trouvait entre les deux.
L'homme secoua la bombe et fit sortir la mousse sur sa main. Il étala cette dernière sur son visage et entreprit de se raser. Tandis que le rasoir parcourait la peau, il remarqua quelque chose d'inhabituel dans son reflet. Quelque chose d'à peine perceptible, de presque irréel...
Il lui semblait distinguer du sang sur son visage. Pas dans le reflet direct, non, mais dans l'image lointaine, dans la plus petite, à l'infini. Il se frotta les yeux, persuadé d'avoir mal vu. Il regarda de nouveau, mais ne vit rien.
- Mal réveillé, pensa-t-il.
Il termina de se raser, acheva sa toilette et finit de s'habiller. Il avala rapidement un café instantané et sortit. En traversant la rue pour se rendre jusqu'au garage qu'il louait, il fit à peine attention à la voiture qui roulait à vive allure. Le conducteur klaxonna, mais il était déjà trop tard : le véhicule heurta l'homme de plein fouet.
Le pare-brise, sous l'effet du choc, s'étoila.
Au même instant, dans la salle de bains de la victime, les deux miroirs éclatèrent...

(nouvelle extraite de "Farces et Attrapes" - Editions Chloé des Lys - 2005)


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