Magie d'outre-terre

Une nouvelle escale puis, direction les USA, et, enfin, retour vers cette vieille France. Le biplan avait repris les airs et tout était calme. L'avion survolait la forêt immense noyée dans le bassin de l'Amazone. À ce moment, Arthur RADAMENTE se disait qu'il avait beaucoup de chance. Son métier le faisait visiter bien des pays. Ce n'était pas une profession comme les autres, mais c'était sa vie. Depuis dix ans déjà : il ne s'en lassait pas.

Sorti de ses rêves par les turbulences de l'avion, il s'inquiéta et interpella le pilote qui avait tout à fait l'air de ne plus pouvoir contrôler la situation. Un coup d'œil rapide en dessous de l'avion et Arthur comprenait que sur ces hectares de végétation, jamais ils ne pourraient atterrir indemnes.

Soudain, l'avion piqua du nez, le pilote semblait vouloir déraciner le manche pour pouvoir redresser, mais inextricablement, l'avion se dirigeait dans cette gigantesque cible de verdure. Quelques secondes plus tard, le choc.

Arthur se réveilla sur le sol. Le temps de remettre tout en place dans sa tête et il se souvenait.

Un bras meurtri, il se dirigea vers la fumée à quelques centaines de mètres. Son corps ankylosé reprenait vigueur, il arriva à l'endroit du crash, l'appareil n'était plus qu'un amas de ferraille entremêlée.

Le pilote devait être mort.

Au moment où il s'approchait des débris, une troupe de sauvages firent leur apparition en sortant de l'immense forêt.

Il était sauvé. Lentement, il s'avança vers eux, mais plus il s'approchait, plus une sorte d'angoisse le faisait ralentir le pas.

Celui qui devait être le chef hurla dans la forêt, Arthur comprit qu'il devait fuir vite, très vite ! Il fonça dans la direction opposée, ses hématomes ne lui faisaient soudainement plus mal, la peur, l'instinct de survie avaient pris le dessus.

Il courrait dans cette jungle inconnue qui l'emmenait dans une profondeur toujours plus sombre. Sa destinée semblait lui échapper, pour la première fois, il devait courir pour déjouer son destin. Il devançait, peu à peu, les sauvages : sa peur lui donnait des ailes, lui qui n'avait plus couru depuis le lycée, aujourd'hui, il battait tous ses records. Sans cesse, il se retournait, les sauvages avaient disparu dans l'imperméable forêt. Mais, quand son regard revint pour voir où il se dirigeait, il était trop tard. Les quelques secondes d'inattention lui avaient occulté un obstacle, juste devant lui, tout près. Face à lui, une falaise s'approchait inlassablement. Sa vitesse était trop élevée, il ne pourrait jamais s'arrêter à temps. Arthur se prépara au choc, la falaise de pierres l'arrêterait net. Mais, au moment de l'impact, rien ne se passa, il pénétra dans ce mur naturel et s'arrêta quelques mètres dans son antre. Surpris, il regardait autour de lui, il se trouvait dans une sorte de couloir. Arthur reprenait son souffle lentement.

Où se trouvait-il ? Etait-ce une cache faite par des occidentaux pour abuser la tribu qui le poursuivait ou était-ce leur cache ? ! ! !

Arthur commença à explorer la cachette. Après le couloir, il découvrit plusieurs pièces, des toilettes, une salle de bain, une cuisine, une chambre et un salon. Arthur s'avança dans le salon, deux fenêtres éclairaient la pièce. Arrivé devant, il se recula, pris de panique. Devant la fenêtre se dressait le chef de la tribu. L'avaient-ils retrouvé ? Allaient-ils attaquer ?

D'après l'attitude du chef, Arthur comprit qu'il ne le voyait, il se rapprocha de la fenêtre et regarda la tribu. De sa fenêtre, il pouvait tout voir, la falaise descendait lentement vers une petite clairière d'où un feu semblait danser dans le clame de la forêt. Les deux fenêtres faisaient partie d'une sorte de statut taillée dans la falaise. Une sorte de visage avait été taillé dans le bloc de pierre, les sauvages paraissaient adorer cette reproduction.

Le chef se dressait face à la tête, face à lui, il semblait interpeller ce dieu. Ses cris résonnaient dans la pièce : "HO XIFVU BYUC WUD OECFUD GUD CUJUTFU DIEBFUJC VOF NU DEYD GU CIEC KEY DDOJC". Que voulait dire ces mots, Arthur ne comprenait pas, comment aurait-il pu ? ! Il espérait comprendre un jour mais resterait-il assez longtemps en vie pour cela ? Arthur voulait fuir cette tribu, ce monde hostile, partir vite, retrouver ses habitudes, mais comment parviendrait-il à quitter ce cauchemar ?

Arthur regardait sa prison, les pièces civilisées à l'extrême, comment tout cela pouvait-il avoir été transporté dans ce lieu. ? Les questions revenaient et Arthur ne comprenait pas. Il y avait même l'électricité ! Les prises de courants, les lumières, tout fonctionnait, mais d'où venait l'énergie ? ! ! ! !

Jour après jour, la blessure se guérissait. Arthur avait trouvé dans l'armoire à pharmacie le nécessaire pour se soigner. Le réfrigérateur se remplissait au fur et à mesure qu'il le vidait, l'étrangeté de ce lieu commençait à le laisser indifférent. La solitude le plongeait peu à peu dans une mélancolie et un ennui sordide. Les sauvages avaient installé leur campement devant le crâne taillé, chaque nuit, ils dansaient et chantaient jusqu'à l'aube. Ils semblaient invoquer un dieu nommé OJCUVMFYDE, ou, du moins, c'était ce qu'il comprenait.

Le temps passait, le calendrier fixé au mur, lui indiquait que cela faisait déjà trois mois qu'il était emprisonné. L'endroit étrange semblait vivre. Parfois, des objets disparaissaient, d'autres se déplaçaient. Son esprit cartésien se confondait dans les pratiques magiques et les superstitions. Lentement, inlassablement, il plongeait dans une folie, il ne pouvait rien faire, il ne pouvait fuir sans être tué. Il avait tant besoin de liberté, tant envie de courir, de vivre à nouveau.

Et, un jour, alors qu'il venait d'entrer dans le salon, il découvrit à sa grande joie, un téléphone. Sans réfléchir, il se saisit de l'appareil. Il décrocha le combiné et l'amena à son oreille. La tonalité devenait de plus en plus forte, rapidement, il fit le numéro de son meilleur ami, Constant. Ce dernier croyait à une plaisanterie, mais Arthur lui raconta quelques anecdotes. Constant, bégayait. Constant allait s'occuper de lui, il l'avait promis. Depuis plusieurs mois, enfin Arthur retrouvait l'espoir. Les secours ne tarderaient pas, demain, oui, peut-être demain, il retrouverait le chaud de son appartement.

Et, le lendemain, un hélicoptère arriva au-dessus de sa prison. Les sauvages commencèrent une folle course pour fuir cet animal étrange. Comment avait-il fait aussi vite. Quelle importance dans le fond. Sans se poser plus de questions, Arthur se sauva de sa cache pour retrouver l'hélicoptère qui venait le libérer.

Quelques heures plus tard, il était enfin à bord de l'appareil.

Cinq mois de détention et enfin, le goût de la liberté l'étreignait. Une rapide visite à l'hôpital et, enfin, il pouvait partir. Il pouvait à nouveau vivre.

Malgré les multiples tentatives pour expliquer l'étrange accident, le phénomène de la grotte mystérieuse restait complet. L'irrationalité totale se heurtait à leur esprit logique. Constant tentait de distraire son ami qui, malgré ses apparences des plus heureuses, restait marqué par son expérience. Et, ainsi, il décida d'organiser une promenade dans la campagne avoisinante. Les deux compères allaient au fil de la route, sans but. Le hasard d'une promenade, il n'y avait rien de tel.

Soudain, Arthur fit brusquement arrêter la voiture. Sur le côté, une demeure imposante se dressait au pied d'une falaise de pierre. Constant compris immédiatement. Ils descendirent de voiture pour s'approcher de la maison. Arthur était attiré par ces murs, il voulait savoir, il devait savoir.

Les propriétaires laissèrent les deux amis entrer. Les détails si explicites de la grotte concordaient avec les pièces de cette demeure. Constant voyait enfin la geôle de son ami. Arthur avait changé de teint, la peur, l'angoisse, tout était remonté d'un seul coup.

Après une rapide présentation, Arthur commença ses questions plus directes, plus étranges. Et, alors, que tout allait si bien le chef de famille commença à pâlir à son tour, les propriétaires semblaient ne pas vouloir dire ce qui se passait. Les disparitions d'objets, les choses qui disparaissaient, non, ils ne voulaient vraiment rien dire. Le silence, le secret, voilà ce qu'ils voulaient. Les deux amis furent accompagnés jusqu'à la porte et le propriétaire demanda à Arthur de ne plus venir les importuner à ce sujet.

Constant et Arthur avaient compris que les quadragénaires ne voulaient pas faire la une des journaux et que rien ne les ferait parler.

Et, sur le chemin du retour, les questions restaient dans réponse.

Et, pourtant, les sauvages avaient ouvert la porte d'une dimension étrange, leur magie les avait fait dupliquer un élément de ce monde pour le transporter là-bas. Arthur en était sûr, la solution se trouvait dans ces rites païens.

La vie reprenait et les deux amis, bien malgré eux, allaient devoir vivre en redoutant l'arrivée d'un tel événement ou d'une apparition d'un sauvage dans leur vie. La magie allait-elle encore les basculer dans un monde inconnu. Les deux amis ne l'espéraient pas. La route filait derrière eux, les pensées les plus étranges retenaient leur parole quand soudain, face à eux, un crâne monstrueux fit son apparition, la voiture disparue dans la mâchoire gigantesque. La nuit venait de tomber, l'enfer se refermait une dernière fois...

Fin

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