Il le savait. Un jour, l'au-delà devient l'aujourd'hui. Ses rêves s'étaient effacés depuis peu, après un cauchemar incessant depuis un certain jour.

Son cauchemar l'avait laissé 7 jours en paix pour devenir réalité. Toutes les nuits, il voyait cet homme de feu : ce dieu follet de la reconquête vitale après la suprématie écrasante de la religion. Le démon renaissait de ses cendres, les gardiens des Secrets Interdits avaient fait renaître la Chose. Cette Chose qu'aucun homme ne connaît et qui n'apparaît qu'aux rares initiés mais, aussi, aux blasphémateurs.

Il en était un, un vrai blasphémateur, mais, juste pour rire : " un remède que de se moquer de ces sectes que tout le monde redoute ! ".

Il avait été trop loin cette fois, il avait été trop près de l'Etre Suprême. L'Ignoble allait revenir ce soir et, il l'attendait ...

Son esprit se remémora le jour où tout avait commencé ...

L'air était paisible en ce moment de l'année et, par habitude et mélancolie, il était parti seul dans un bois dont il n'avait jamais franchi l'orée. Son corps, comme attiré par cette immense verdure, avait ressenti le besoin de pénétrer ce lieu magnifique. Il s'était garé sur le bas coté de l'asphalte tiède et, le cœur rempli de joie, il s'enfonçait au hasard des pouces d'arbres disséminés anarchiquement dans ce dernier coin de verdure naturelle. Une bonne heure de marche commençait à engourdir ses muscles lorsque soudain, au loin, il vit quelque chose. Poussé par la curiosité qui mène chaque humain vers la crainte, il s'avançait vers l'étrange. Arrivé à une clairière, il put découvrir un spectacle irréel, anachronique pour son esprit rationnel. Des hommes, tout de noir vêtus, se tenaient là, en cercle, autour d'un bûcher sans fumée. La grandeur des flammes atteignait la cime des arbres. Sa crainte devint peur et, cette peur s'augmenta en apercevant ces hommes le scruter sans mot dire. Soudain, l'un d'eux pris la parole :

"Que cherches-tu ici mortel ? Ne sais-tu pas que vous ne pouvez assister à nos réunions !"

Aucun mot ne pouvait sortir de sa bouche, ses yeux étaient rivés sur ce feu grandiose.
L'homme reprit :

"Alors mortel ? ! Ne crains-tu pas la colère de notre Seigneur ? ! ! !"

Après un bref moment d'analyse, il réagit :

"Je m'en fous de votre Dieu : histoire de grand-mère, à faire trembler les enfants, pas moi !"

Les flammes, d'un coup, s'augmentèrent et, l'une d'elles s'écarta du bûcher pour se lancer vers lui. Le temps de réaction ne fut que réflexe, et, déjà, il courait pour retrouver le confort de sa voiture, de sa vie sociale sans histoire. Ne prenant pas le temps de se retourner, il courrait à en perdre le souffle. Il ne vit la sortie du bois qu'une fois qu'il y était tant son attention était occupée à ne pas trébucher sur les multiples souches et autres ronces enchaînant le bois de toute part. Enfin sa voiture, enfin, enfin ...

Un bruit le fit tressaillir, les souvenirs de ce jour infernal s'effaçaient, la Chose revenait. Et, ce soir, il la ferait disparaître.

Célibataire endurci, il pouvait agir à sa guise sur cette chose et tout rentrerait dans l'ordre. Et, personne ne saurait jamais sa mésaventure. Plus que quelques instants et son esprit serait à tout jamais délivré de cette torture mentale.

La Chose venait d'entrer. Et, comme à son habitude, elle commença à tourner et tourner encore dans l'appartement. Il s'était placé sur le lit, un couteau à la main, et il regardait la Chose roder.

La Chose s'était approchée de lui, comme si de ces flammes des yeux de braise le dévisageaient, attendaient en sachant ...

L'homme, d'un geste rapide, planta le couteau dans ces flammes diaboliques qui avaient rougi au commencement de son mouvement. Le couteau rencontra une zone dure qu'il traversa sans trop d'effort. Ayant lâché le couteau dans l'Etre de flamme, il regarda la Chose tituber. Enfin, il se sentait libéré en voyant l'Etre plonger vers le néant. Dans sa gaieté, il ne vit pas le corps tomber sur le lit. Après un instant, il le vit, il s'approcha craintif. Son cœur s'arrêta quelques instants, il se sentit pâlir. Un cri d'horreur s'arracha du plus profond de ses cordes vocales. Sur le lit, un spectacle tiré d'un film d'horreur le terrifiait : couché en croix, un homme était là, mort, le couteau planté dans la gorge. Le lit n'était plus qu'une vaste flaque de sang. Son cri de détresse s'augmentait en scrutant le visage de cet homme : c'était son frère.

Son esprit déraillait, comment était-ce possible ? ? ?

Son cri de détresse se transformait en râle et en pleure.

La porte fut enfoncée et quelqu'un entra. En quelques minutes, le policier lui passa les menottes et le dirigea vers la porte le conduisant vers la prison.

Un policier écartait les habitants de l'immeuble entassés devant le palier. Les discussions allaient bon train :

"Un homme si gentil, si poli, si calme ..."

"Moi, j'ai vu son frère entrer il n'y a pas 10 minutes, je le connaissais bien, souvent on discutait. Et puis, une fois dans l'appartement, le calme puis un cri ..."

"Je comprends pas, je comprends pas ..."

Et, le lendemain, dans les journaux, son histoire fit la une :

Monsieur MHAN a été admis dans un hôpital psychiatrique après avoir tué son frère dans des conditions affreuses. Après l'avoir égorgé, M. MHAN s'est plongé dans un profond silence. Son interrogatoire fut difficile, mais les médecins sont arrivés à le faire parler. Le tueur fou prétend avoir été assailli pas un homme de feu. Depuis des mois son étrange visiteur le persécutait. Les médecins ne peuvent que constater son état d'instabilité et doute qu'il recouvre un jour la raison.

Fin

sommaire