La vieille Westwood
de François Dubé

David venait d'aménager dans sa nouvelle demeure, une immense maison d'un style plutôt vieillot. Il aidait sa mère à défaire les boîtes et à serrer tout leur contenu aux endroits prévus. Il aimait bien cette grande demeure, elle lui rappelait ces maisons hantées comme on en voit fréquemment dans les films d'horreur. Il avait eu le temps de la visiter la veille, et il l'avait trouvé particulièrement lugubre le soir, lorsque tout était noir. David avait eu du mal à s'endormir, car le vent n'avait pas cessé de siffler à travers les planches de la maison, et l'avait fait craquer toute la nuit. Un voisin leur avait dit au matin que c'était toujours comme ça ici, le vent ne cessait jamais. Durant le jour, on ne s'en rendait pas compte, mais la nuit tombée, lorsque tout était silencieux, David n'entendait que ça. Toute la journée, comme la veille, ils s'installèrent le plus confortablement possible dans leur nouveau nid. Le soir venu, ils s'endormir assez facilement, la fatigue aidant.

À 7 heures du matin, David et sa mère, Christine, étaient debout. L'un devant se rendre à l'école pour 8 heures 30, et l'autre à son nouveau travail. C'était comme une nouvelle vie qui commençait pour eux. David ne connaissait personne, mais étant sociable de nature, il était convaincu qu'il n'aurait aucun problème à se faire de nouveaux amis. Il prit sa douche, prépara son dîner et ses affaires d'école, et partit à l'école. Sa mère le menait en auto jusqu'à sa destination et repasserait le chercher à la fin de ses cours.

- Silence s'il vous plait, je vous prierais d'accueillir un nouvel élève, David Lacroix. J'espère que vous serez aimable avec lui et que vous l'aiderez à s'intégrer dans son nouveau milieu scolaire.
- Bien sûr, lança un élève, vous nous connaissez monsieur, nous ferions tout pour aider les autres.
Sur ces mots, toute la classe éclata de rires.
- Silence s'il vous plait, silence. Bon, Monsieur Lacroix arrive des États-Unis, de la Louisiane plus précisément, je vous inviterais donc, David, à venir nous parler de votre ancienne vie, comme ça, les autres élèves pourront mieux vous connaître.

David accepta sans la moindre hésitation, il avait toujours été très à l'aise à s'exprimer devant un public. Il leur raconta tout en détail. Lorsque la cloche sonna, il dut s'arrêter bien malgré lui.

L'heure du dîner tombait bien, le récit de son passé lui avait donné faim. Il s'installa au bout d'une table, seul, pour déguster son sandwich au jambon.
- Tu veux t'asseoir avec nous, lui demanda un des élèves de sa classe.
- Bien sûr, dit-il.

Au début, les autres lui posaient un tas de questions sur la Louisiane. Ils avaient bien aimé son récit, et trouvaient que David avait l'air très chouette. Ils lui demandèrent de se joindre à leur groupe, et bien sûr, David accepta avec grand plaisir. Ils lui expliquèrent ce qu'ils faisaient, randonnées de vélo, guerre de fusils à l'eau, camping sur le bord de la rivière, ils avaient même une cabane dans un arbre, en face de chez Thierry, un des nouveaux amis de David.
- Tu n'as pas peur de rester dans la vieille maison, demanda Thomas.
- Non, pourquoi j'aurais peur, c'est une maison comme une autre.
- Comment, tu n'es pas au courrant ?
- Au courrant de quoi ? Demanda-t-il
- De ce qui est arrivé aux anciens propriétaires de ta maison.
- Non, que leur est-il arrivé ?
- Et bien, on ne le sait pas vraiment, ils ont tous disparu, en laissant tout derrière eux, certains racontent que c'est le fantôme de la vieille Westwood qui les aurait enlevés.
- Voyons, ce ne sont que des histoires pour me faire peur tout ça.
- C'est vrai que la vieille est une légende. On raconte qu'elle serait morte assassinée par son fils, et qu'il aurait ensuite vendu la maison pour se faire un peu d'argent. La vieille qui tenait plus que tout au monde à ce que la demeure familiale reste dans la famille hanterait la maison et ferait disparaître tous ses occupants.
- Ce n'est qu'une vieille légende, lança un autre élève.
- Ah oui, rétorqua Thomas, et comment expliques-tu la disparition de tous ceux qui vivent dans la maison ?
- Ils devaient avoir envie de tout changer dans leur vie et ils ont décidé de partir en laissant tout derrière eux.
- N'empêche que c'est louche tout ça, moi je suis certain que cette histoire est vraie.

La cloche sonna, mettant ainsi fin à leur discussion. Ils retournèrent tous à leur cours, comme si de rien était, mais David, lui, se posait bien des questions. Toute l'après-midi, il fut distrait, il n'écoutait pas vraiment ce que le professeur disait. Il essayait de se convaincre que toute cette histoire n'était qu'une supercherie, mais même avant d'apprendre la légende, David avait un peu peur de sa nouvelle maison. En quittant la cour d'école pour aller attendre sa mère, Pierre Luc l'interpella :
- J'espère que ce que l'on t'a dit ne t'a pas foutu la trouille, selon moi, ta maison est comme une autre, excepté qu'elle est un peu vieille.
- Ne t'en fait pas, ça m'en prend plus pour me faire peur.
- Tant mieux, je dois te laisser, bye.
- Bye.

Il attendit 10 minutes, et sa mère arriva.
- Comment c'est passé ta première journée d'école, tu t'es fait des nouveaux amis ?
- Ça a été super, je me suis fait un tas d'amis, ils voulaient tout savoir sur moi.

David lui raconta toute sa journée, excepté la légende. Il était vraiment content de sa journée, et il sentait qu'il allait vraiment se plaire dans sa nouvelle ville.

Il soupa, écouta la télévision, et vers 9 heures, il décida d'aller se coucher. Se rappelant l'histoire de la vieille Westwood, il hésita avant de monter l'escalier qui le menait à sa chambre. L'interrupteur de la lumière se trouvait en haut, et il avait peur de monter dans le noir. Il prit son courage à deux mains, et monta l'escalier à la course et se dépêcha à allumer la lumière. Il se trouva ensuite stupide de croire à cette histoire. Il se brossa les dents et se coucha. Il resta éveillé 30 minutes, entendant toujours des bruits, des craquements. Il n'osait pas bouger, de peur que le fantôme le voit. Bien malgré lui, il était terrorisé.

Vers 10 heures 30, il réussit à s'endormir. 10 minutes plus tard, un grognement le réveilla. Il resta immobile dans son lit, figé de peur. Il tourna la tête, lentement, et il aperçut sa fenêtre ouverte. Un second grognement se fit entendre, puis une main vint se poser sur son épaule. David se redressa et il voulut crier, mais rien ne sortit de sa bouche. Devant lui se tenait une vieille femme au visage terrifiant.
- David, David, dit la vieille femme, tu dois payer pour m'avoir volé ma maison.

David demeura immobile, ne parlant pas. Il avait les yeux vitreux, figé par la peur.
- David, David, ha, ha, ha, on t'a bien eu.

Le fantôme enleva son masque, Pierre Luc se trouvait derrière ce faux visage hideux. Ses autres amis sortir de la garde-robe en riant. David ne réagissait pas.
- Voyons David, prend pas ça de même, c'était seulement une blague, une sorte d'initiation pour te souhaiter la bienvenue dans notre gang. David ?

Thierry le poussa un peu, aucune réaction. Il était raide comme une barre de fer.
- Arrête de niaiser David.

Toujours rien. Ils le repoussèrent, lui crièrent après, mais David ne réagissait pas, il allait d'ailleurs ne plus jamais réagir, car ce soir-là , David était mort de peur. Une simple farce de gamins se transforma en affreux drame. Il était mort, les yeux grands ouvert, le visage crispé, le corps raide. Tous les enfants ne furent plus jamais les mêmes, ils avaient en quelque sorte tué leur nouvel ami.

Quelqu'un était content de cette mort ; La vieille Westwood. Pour une fois, elle n'avait pas eu à bouger le petit doigt pour chasser les intrus. À la suite du décès de son fils, Christine déménagea, et laissa la maison abandonnée, comme l'aimait son ancienne propriétaire, silencieuse, sans la moindre présence de mortel. La légende, elle, continua pour encore bien des années.
Fin

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