- C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière.

Pourquoi le malheur ? Pourquoi pas le Bonheur ?
de François Dubé

Depuis 364 jours, il était heureux. Se n'est pas que le malheur n'eut pas frapper à sa porte, loin de là, seulement, un rien le remplissait de bonheur. Chaque jour, il se levait, il regardait par la fenêtre de longue minutes, toujours le sourire aux lèvres. S'il faisait soleil, il trouvais la nature si belle, que son cœur débordais de joie, et s'il pleuvait, pour lui se n'était pas du mauvais temps, mais bien un revigorant pour toute cette flore, et ainsi, elle lui revenait plus belle les journée ensoleillé. Il appréciait le moindre petit geste que les autres portaient à son égard : un simple sourire, un petit bonjour ou un merci lui rendait sa journée si belle.

Pourtant, aujourd'hui il pleurait. Il pleurait à chaudes larmes, étendu dans son lit. Qu'est ce qui avait pu laisser entrer le malheur dans sa coquille, lui qui ne voyais pourtant que le beau côté des choses, lui qui n'avait connu que bonheur et sérénité depuis 364 jours. On dit souvent que le malheur des uns fait le bonheur des autres, mais dans son cas, c'était tout le contraire. C'était de voir ses proches, ceux à qui il tenait le plus, malheureux qui l'abattait comme ça. Il ne pouvait comprendre qu'ils ne voient pas, comme lui, à quelle point la vie est belle, ils se laissaient plutôt entraîner dans le gouffre du désespoir pour des simples questions d'argent.

Plus tôt aujourd'hui, sa sœur avait fondu en larmes devant lui. Il se doutais bien que quelque chose n'allait pas bien depuis quelques temps, encore des problèmes d'argent quoi. Elle faisait chaque fois la même erreur, aussitôt qu'elle avait un peu d'argent, elle le dépensait pour s'amuser, ou pour s'acheter de nouveaux vêtements, mais à tout les coups, elle se retrouvait les poches vides pour les dépenses essentielles. Elle avait éclaté en sanglots devant lui.

- Pourquoi suis-je toujours dans la merde, alors que tout va toujours bien pour toi ? Lui avait-elle demandée. Comment fais-tu pour être si heureux toi ? Avait-elle ajouté entre deux larmes.
C'est alors qu'il se rappelait avoir lu une fable dans un livre un jour, et il cru bon de la conter à sa sœur.
" Certain négociant envoya son fils apprendre le secret du Bonheur auprès du plus sage de tous les hommes. Le jeune garçon marcha quarante jours dans le désert avant d'arriver finalement devant un beau château, au sommet d'une montagne. C'était là que vivait le Sage dont il était en quête.

Au lieu de rencontrer un saint homme, pourtant, notre héros entra dans une salle où se déployait une activité intense : des marchands entraient et sortaient, des gens bavardaient dans un coin, un petit orchestre jouait de suaves mélodies, et il y avait une table chargée des mets les plus délicieux de cette région. Le sage parlait avec les uns et les autres, et le jeune homme dut patienter deux heures durant avant que ne vînt enfin son tour

Le Sage écouta attentivement le jeune homme lui expliquer le motif de sa visite, mais lui dit qu'il n'avait pas le temps de lui révéler le secret du Bonheur. Et il lui suggéra de faire un tour de promenade dans le palais et de revenir le voir à deux heures de là.
Cependant, je veux vous demander une faveur, ajouta le Sage, en remettant au jeune homme une petite cuiller, dans laquelle il versa deux gouttes d'huile : Tout au long de votre promenade, tenez cette cuiller à la main, en faisant en sorte de ne pas renverser l'huile.
Le jeune homme commença à monter et descendre les escaliers du palais, en gardant toujours les yeux fixés sur la cuiller. Au bout de deux heures, il revint en présence du Sage.
Alors, demanda celui-ci, avez-vous vu les tapisseries de Perse qui se trouvent dans ma salle à manger ? Avez-vous vu le parc que le Maître des jardiniers a mis dix ans à créer ? Avez-vous remarqué les beaux parchemins de ma bibliothèque ?

Le jeune homme, confus, dut avouer qu'il n'avait rien vu du tout. Son seul soucis avait été de ne point renverser les gouttes d'huile que le Sage lui avait confiées.
- Eh bien, retourne faire connaissance des merveilles de mon univers, lui dit le Sage. On ne peut se fier à un homme si l'on ne connaît pas la maison qu'il habite.
Plus rassuré maintenant, le jeune homme prit la cuiller et retourna se promener dans le palais, en prêtant attention, cette fois, à toutes les œuvres d'arts qui étaient accrochées aux murs et aux plafonds. Il vit les jardins, les montagnes alentours, la délicatesse des fleurs, le raffinement avec lequel chacune des œuvres d'art était disposée à la place qui convenait. De retour auprès du Sage, il relata de façon détaillée tout ce qu'il avait vu.
- Mais où sont les deux gouttes d'huile que je t'avais confiées ? Demanda le Sage.
Le jeune homme regardant alors la cuiller, constata qu'il les avait renversées.
- Eh bien, dit alors le Sage des Sages, c'est là le seul conseil que j'aie à te donner : le secret du bonheur est de regarder toutes les merveilles du monde, mais sans jamais oublier les deux gouttes d'huile dans la cuiller." ( L'alchimiste p.46 )

- Tu vois, dit-il à sa sœur, toi, tu regarde toujours tout ce qui est beau, mais tu oublis les gouttes d'huile, en l'occurrence, de prendre tes responsabilités, et de prévoir que tu auras besoin d'argent plus tard.

Elle ne voulu rien entendre, lui lançant que se n'était pas son petit frère qui allait lui dire comment vivre.

Sa sœur n'était pas a seule pour qui ça allait mal. Ses parents avaient également des problèmes d'argent. Lui ne voyait pas pourquoi se casser la tête avec des questions d'argent, alors que le monde entier était doté de la plus grande richesse au monde : la vie.
D'habitude, il voyait toujours ce qu'il avait, plutôt que ce qui lui manquait, mais aujourd'hui, le malheur des autres avait réussi à se faire une brèche dans son bonheur.
Je crois qu'aucune fin n'est possible à cette histoire. Le cercle vicieux du malheur et du bonheur continuera de frapper éternellement sur l'homme, mais si on applique le secret du Bonheur, je crois que le malheur se fera beaucoup plus rare, comme dans le cas de notre héros. Mieux vaut profiter de la vie quand elle est belle, et songer à la belle vie quand elle est noire.
Fin

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