Une journée de stupidité
de François Dubé

En ce vendredi matin ensoleillé, tout était très calme, plus calme qu'à l'habitude. Une chose était certaine, ce n'était pas Antoine qui s'en plaindrait, lui qui adorait savourer des moments de solitude, ou plutôt des moments en compagnie des oiseaux. Il adorait rêver le jour, être dans la lune. Souvent, il s'asseyait dans l'herbe humide du matin et s'amusait à écouter le vent lui chuchoter de belles choses à l'oreil. Comme à chaque jour de la semaine, il se rendait chez Carl, son ami, avant d'aller à l'école. En cette belle journée de printemps, il serait bien resté chez lui pour observer les oiseaux migrateurs revenant du sud, mais jamais il n'oserait désobéir à un règlement. Il continua ainsi sa route, songeur, jusque chez son vieil ami.

Tu veux quoi ?

Tu as bien entendu Antoine, pourquoi gâcher une si belle journée à écouter parler ces idiots de professeurs, alors qu'on pourrait s'amuser tout ce temps.

J'en aurais bien envie, mais tu sais qu'on ne peut pas, on désobéirait au règlement de l'école.

Ah ! tu me tapes avec tes règlements, on peut bien les contourner quelques fois.

Antoine avait énormément envie de faire l'école buissonière, mais sa conscience l'en empêchait. De plus, comment réagiraient ses parents en l'apprenant.

Aller ! Arrête de faire ton trouillard et suis-moi, ou bien si tu préfères aller écouter ces dinosaures déblatérer sur des choses insignifiantes, je ne te retiendrai pas.

Ok, je viens avec toi, mais on fait ce que je veux en premier.

Pourquoi avoir accepter, après avoir suivi les règles établies à la lettre durant les 15 dernières années ? Et bien justement, il en avait assez de vivre comme ça, il voulait s'amuser à son tour et faire des folies. Ils s'éloignèrent comme ça de l'école, marchant côte à côte, le grand mou, Antoine, et le petit, Carl.

La première place où ils se rendirent fut l'arcade. Tony, comme l'appelait, bien que rares, ses amis, avait horreur des jeux vidéos, mais tant qu'à changer pour une journée aussi bien tout changer. La place était remplie de jeunes, qui devait également sécher les cours. Il s'installa devant une machine à boules et commença une partie. Il n'était qu'à sa deuxième boule qu'un idiot vint le pousser ;

Qu'est ce que tu fais ici Ducon.

C'était Joël. Depuis qu'il était petit, Antoine avait peur de celui que l'on surnommait "la brute". Plus il s'en trouvait loin, mieux il se portait. Sachant très bien que Tony avait peur de lui, Joël en profitait toujours pour le ridiculiser.

Ta mère te laisse sortir seul maintenant, c'est nouveau ça !

Tous les jeunes attroupés autour d'eux pouffèrent de rire. Les rires cruels résonnèrent dans la tête d'Antoine. Il sentait monter en lui une agressivité incroyable.

Soudain le silence envahit la salle. Tous ne pouvaient croirent ce qui se passait. D'un seul coup de poing, le timide et réservé jeune homme avait terrassé "la brute". Il n'avait pas réfléchi à son geste, cela lui coûterait une sérieuse raclée. Il prit les jambes à son coup, accompagné de Carl, qui n'avait rien manqué de la scène. Antoine savait qu'il avait beau fuir, Joël finirait par avoir sa peau un de ces jours. Il commença à regretter sa décision de tout changer pour une journée.

Déambulant dans la rue, ne sachant plus ou aller, les deux amis ne parlaient pas. L'heure n'était plus à la rigolade comme en début de journée. Passant devant le dépanneur, ils décidèrent d` y arrêter un instant, histoire de s'acheter un casse-croûte. Ils firent tous deux des provisions, lorsque tout à coup, Tony aperçu son père, devant le réfrigérateur, en train de choisir une marque de lait. Il agrippa son ami par le collet, et sous l'effet de la peur, se dirigea en courant sans réfléchir vers la sortie.

Beep, beep, beep, beep, l'alarme retentit dans tout le dépanneur.

N'ayant plus le choix, les deux jeunes continuèrent leur course vers le petit boisé quelques rue plus loin. Heureusement pour eux, personne n'avait été assez rapide pour les empêcher de se sauver. Ils s'arrêtèrent sous un gros arbre, et reprirent leur souffle. Une si belle journée, qui tournait ainsi à la catastrophe, et tout cela seulement parce qu'ils avaient manqué une journée d'école. Les deux amis, dépités, demeurèrent étendus sous l'arbre jusqu'à l'heure du midi.

Plus jamais, m'entends-tu, plus jamais je ne désobéirai à un règlement, cria Antoine.

Je crois que nous ferions mieux de rentrer chez nous et de tout dire à nos parents, dit Carl.

Tout leur dire, es-tu cinglé, mes parents vont me tuer.

Enfin, au moins leur dirent qu'on a séché les cours.

Ouais, tu as raison, vaut mieux qu'ils l'apprennent de nous que de l'école.

Les deux jeunes se séparèrent ainsi, chacun se dirigeant vers chez lui, où l'attendait une punition certaine.

Maman, papa, j'ai quelque chose de très important à vous avouer ; j'ai séché les cours cette avant-midi.

Antoine baissa la tête, près à recevoir un long sermon.

Tu veux rire de nous ? demanda sa mère.

Pas du tout, j'ai bel et bien manqué mon avant-midi d'école.

Son père le regarda et lui demanda :
"Comment fais-tu pour manquer de l'école aujourd'hui, on est samedi ?"

Fin

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