Habillage en cours

 

Écoute !
De François Dubé

Une feuille se délogea de son arbre, jusqu'ici sa seule raison de vivre, pour se laisser flotter sur les douces mains du vent qui l'attiraient dans ces filets. Un nuage, un doux nuage blanc vint cacher le soleil. Pour les pessimistes, ce fichu nuage couvrait le beau temps ; pour les autres, ce n'était qu'un mince répit de cette chaleur qui envahissait ces longues journées d'été. Crac ! La feuille venait de connaître sa destinée. Les hindous diraient qu'elle avait dû être très vilaine dans ces années antérieures pour être ainsi piétinée par le pied d'un enfant. Le nuage, qui avait continué son chemin, était maintenant de l'histoire ancienne pour le soleil, ils ne se croiseraient plus avant un très long moment, qui durerait l'éternité. Bien que l'éternité s'achève bientôt pour certains prophètes de malheur. Le doux chant des oiseaux commençait à se faire plus rare. Le soleil était levé depuis plusieurs heures. Les papillons et autres merveilles de la nature se baladaient à longueur de journée, au grand plaisir des enfants qui couraient de gauche à droite avec leurs filets, essayant de capturer ces habiles petits êtres. Malgré toute cette joie de vivre, tout ne pouvait bien aller...

Étienne se baladait, les cheveux portés par la brise, cheveux qu'il aurait dû couper depuis longtemps. Il n'avait tout simplement pas le goût de perdre son temps avec tous ces détails. Il botta un caillou, puis un autre, en essayant de les frapper les uns sur les autres, mais en vain. Tournant vers le parc, là où le guidait son instinct, il rencontra Eve.
- J'ai besoin de ton aide, je t'en supplie, je ne sais plus quoi faire !
- Je n'ai pas vraiment la tête à ça, répondit Étienne.
- Ça ne sera pas long, tout va mal ! J'ai dit à Nat que j'irais avec elle au cinéma, mais j'ai promis à mon frère de l'aider dans son devoir de math. Mais j'avais oublié ma promesse quand j'ai accepté l'invitation. Je ne sais plus quoi faire. Dis le moi !
- Invite ton frère au cinéma, et tu l'aideras après, c'est pas sorcier, non ?, proposa Étienne.
- Merci, j'avais pas penser à ça. T'es génial !

Et il continua son chemin, comme si rien ne s'était passé, habitué d'offrir son aide à qui la demandait. Il était connu comme étant un bon samaritain, toujours là quand on avait besoin de lui; toujours au service des autres, sans jamais rien demander en retour. Il était ainsi fait, et ça n'allait pas changer aujourd'hui : il aiderait encore son prochain, tant que cela lui serait possible, Continuant son chemin sur la piste cyclable, il croisa Antoine, un ami de longue date.

- Salut Étienne, comment ça va ?
- À vrai dire, pas....
- Moi ça va pas très bien, mes parents se sont encore disputés hier, et ma blonde va pas trop bien non plus de ce temps-là.
- Ben voyons, tu sais bien que tes parents se réconcilient toujours rapidement Antoine, leurs histoires sont toujours passagères.
- Oui, t'as raison.
- Pour Kat, elle a dit à ma sœur qu'elle était juste tannée que tu l'invites jamais dans tes randonnées de vélo. Faut pas chercher plus loin.
- T'as peut-être pas tort.
Sur ce, il enfourcha sa bicyclette, et commença à pédaler pour retourner d'où il venait.
- Qu'est-ce que tu fais ?, cria Étienne.
- Je m'en vais chercher ma blonde pour l'amener avec moi !
- Mais j'aurais voulu te....
Trop tard, Antoine était déjà loin maintenant.

Il continua sa route en empruntant le petit sentier qui menait à la rivière du parc. Les arbres étaient beaux, déployant leurs belles feuilles vertes au gré du vent. Le soleil perçait par endroit entre ces branches collées les unes sur les autres. Tout était tellement beau. Pourtant Étienne fixait le sol, l'air songeur, bottant tout ce qui se trouvait sur son passage. Soudain, une voix venant du bois se fit entendre.

- Salut Étienne !
- Ah, salut Myriam.
- Tu sais pas quoi ? Tu sais le beau gars que tu m'as présenté ? Et bien je sors avec lui ce soir. Tu te doutes bien que je ne pourrai pas aller chez toi pour que tu m'aides à monter mon vidéo. J 'ai pensé qu'on pourrait faire ça jeudi.
- De toute façon, je…
- Merci, je savais que tu comprendrais. Tu es un ange ! Je dois retourner chercher mon frère, on joue à la cachette. Bye !
- C'est ça, bye.
Il continua là où ses pas le menaient, c'est-à-dire nulle part.

Sans savoir pourquoi, il sortit du sentier, allant rejoindre la berge de la rivière. Il glissa plusieurs fois, tachant ses beaux pantalons, mais il ne s'en soucia pas. Dans sa tête, tout ce passait maintenant dans un autre temps. Tout allait trop lentement. Il était à un endroit, et soudain, sortant de sa torpeur, il était beaucoup plus loin, puis il retournait dans ses pensées.
- Bouh !
Étienne ne sursauta pas.
- Ah c'est toi Mathieu.
- Excuse-moi, j'ai pas le temps de te parler longtemps, je pêches avec mon père, mais j'ai au moins le temps de te parler du film que j'aie vu hier.
Ce qu'il fit. Il était tellement absorbé par son propre récit, qu'il ne remarqua jamais la larme qui coula sur le visage d'Étienne.
- En tout cas, salut, et à la prochaine.
- Oui, c'est ça, à la prochaine, répondit Étienne.
<< Sûrement dans bien longtemps >>, se dit-il en lui-même.

Puis il continua sa randonnée vers l'inconnu. L'eau ruisselait à côté de lui, frappant des petites roches ici et là, contournant un petit banc de sable. L'eau était si pure, si belle. Les quenouilles envahissaient une certaine partie de la rivière, mais elles ne l'arrêtèrent pas. Il se fraya un chemin parmi elles. Le bord de l'eau commença à être de plus en plus escarpé. Étienne décida donc de monter tout de suite plutôt que d'être enclin à escalader plus tard. Il monta et monta sans arrêter. Rendu au sommet, il constata à quelle altitude il était. C'était vraiment très haut, mais il ne s'émerveilla pas longtemps, il était déjà reparti sur la route de l'irréel. Plus il avançait, plus la rivière semblait être loin tout au fond du ravin. Il arriva sur un pont, un très vieux pont, mais c'était le seul moyen de traverser ce canyon avant le prochain village. Il se dirigea vers le milieu, et fixa le cours d'eau tout en bas.

Une bonne odeur de viande fumée se dégagea soudain lorsqu'il ouvrit le couvercle de son Bar-B-Q. Paul adorait ces soupers au grand air en compagnie de sa femme. Tout était si beau aujourd'hui, personne ne pouvait être malheureux en cette splendide journée. Regardant au loin, il vit ce jeune homme, debout, au milieu du pont. Ça l'intrigua un peu, mais il revint vite à son repas. Il releva la tête, et fixa à nouveau le vieux pont. Le jeune n'y était plus. Il se dit en lui-même que les jeunes étaient de plus en plus fringants de nos jours. On les aperçoit à une place, et l’instant d'après, ils n'y sont plus. Paul retourna à son souper délicieux.
- Henriette, c'est près !
Fin

Gros merci à la merveilleuse Kat pour sa merveilleuse correction !! ;-@ (seulement pour elle! )

 

Sommaire