Hallucination
de France Belleau



Qu'est-ce que la folie? Moi, je sais. Trop bien peut-être. Ces hallucinations constantes qui me pourchassent, qui hantent mon esprit. Je ne me rappelle pas si tout cela n'était que mon imagination prolifique mais une chose reste très précise dans ma mémoire… Cette nuit-là, que je crois avoir perdu le peu d'esprit qu'il me restait.

Ce soir-là, par un temps orageux d'automne comme je les aimais tant, je regardais plusieurs films d'horreur, buvant du whiskey pour oublier l'anniversaire de mon mari, décédé depuis déjà quatre ans. Puis, saisie par une fatigue insolente et interminable, puisque je souffrais d'insomnie depuis ce tragique évènement, je me levai pour me diriger vers ma chambre à coucher, espérant trouver un peu de sommeil grâce à l'alcool et les médicaments. En entrant dans la chambre, une impression bizarre se souleva en moi, une présence peut-être. Je regardai de tous cotés, et soudain je vis une ombre humaine dans un coin sombre de la chambre. Prise de panique, j'ouvris la lampe et je fus grandement soulagée de voir qu'il n'y avait rien. Je me retournai pour enlever mon peignoir rouge et je sentis une main se poser sur mon épaule. Un long cri perçant se fit entendre de ma bouche. Je me demande comment je n'ai pas perdu conscience à ce moment précis d'ailleurs, bien que je sente que je m'affaiblissais pendant qu'une terrible sueur froide passait le long de ma colonne vertébrale. Je me retournai pour voir mon agresseur, mais il n'y avait personne.

Mon imagination me jouait de sérieux tours, et je me dis que sa devait être l'alcool et l'insomnie qui m'avaient donné ces impressions. Ou les médicaments, je ne sais encore. La chambre me paraissait de plus en plus calme et sereine, malgré l'absence de mon époux, où qu'il fut à présent. Je me couchai sur mon lit, pensant que demain serait un autre jour, qu'il fallais que je fasse mon deuil. Je pensais également que le monde tombait sous mes pieds, ou encore qu'il m'en fallu peu pour que je tombe une nouvelle fois au fond du gouffre. Une fatigue interminable, toujours et encore. Chaque songe ne faisait qu'augmenter ma peine, ma solitude face à ce monde cruel.

Vingt et une heures. Aucun signe de sommeil, ni de fatigue. Je ne cessai de me retourner dans mon lit, mes pensées allant vers le seul dont je n'avais été amoureuse. Je voulais qu'il soit près de moi. La nuit ne faisait que commencer, mais cette habitude de couche-tôt que j'avais prise il y a fort longtemps restait imprégnée en moi. Collée comme un sangsue sur une cheville après avoir marché dans l'eau d'un lac fétide. Je m'endormie, finalement, après toutes ces soupirs et pleurs qui ne cessaient jamais.

Je fus réveillé par une présence dans mon lit, comme dans mon rêve. Gardant mes yeux fermés, pour ne pas voir la réalité monotone de la solitude, je me rapprochai de cette présence et l'entourai de mon bras. Il y avait bien quelqu'un mais la texture du toucher me semblait fort bien bizarre. Une sensation de peau, un peu plissée et molle. J'ouvris mes yeux, déjà effrayée de cette présence trop peu commune et impertinente quand je vis l'horreur apparaître devant moi. Le visage de mon mari, d'une peau verdâtre et noircie par la terre, et une multitude de vers déjà en train de manger son cerveau et ses muscles, passant par les divers orifices pour aller vers d'autres comme de la bouche vers les yeux, ou des narines vers les oreilles. Les yeux enfoncés dans son crâne et plusieurs morceaux de peau se détachant de son visage. Je poussai le plus terrible et effroyable cri, et par répulsion, je tombai par terre. J'essayai d'en avertir les autorités, mais le téléphone était coupé dut à cette orage qui avait éclaté pendant mon court sommeil. Je me cachai sous le lit, pour ne pas revoir le pauvre cadavre de mon mari. J'attendis qu'il fasse clair avant de sortir de ma cachette, et que l'orage fût dissipé. Je pus voir toute la pièce, sans trace de cadavre, ni de sang, ni de présence ayant couché dans mon lit.

Je me dis alors que la folie s'était emparée de moi l'espace d'un moment, que les médicaments et l'alcool que j'avais pris ensemble m'avaient donné des hallucinations. Je compris alors les avertissements qu'ils donnèrent sur les contenants de comprimés. Je pris le contenant et le jetai à la poubelle aussitôt que je fus arrivée dans la cuisine. Puisque j'y étais déjà, je crus bon me faire à petit déjeuner, vêtue de ma robe de nuit rose satinée. Le soleil était éclatant, et je sentis que cette journée de Dimanche allait être une excellente journée. La matinée laissait flotter des effluves de fleurs et de feuillages d'automne, comme j'adorais cet arôme. La solitude paraissait beaucoup moins grande et pénétrante qu'avant, alors je décidai d'aller faire un peu de jardinage, comme j'aimais le faire avec mon mari, le dimanche matin.

Je me déplaçai vers ma chambre et me vêtit d'un ensemble un peu vieillot pour ne pas tacher mes vêtements neufs de terre. Puis, je sortis dehors, sous la chaleur plaisante et un peu inhabituelle d'automne. Je me mis a mettre en terre plusieurs vivaces, pour que l'été prochain elles soient belles et fraîches, apportant une odeur agréable dans la maison. Je respirai la bonne odeur de l'hiver qui approchait, et soudain, prise d'une solitude terrible, et d'un excès de fatigue, je décidai d'aller m'étendre dans mon lit pour ne pas m'effondrer sur le sol rocailleux et terreux.

Je laissai ma pelle dehors, et entrai couverte de terre, je m'étendis dans mon lit et me recouvris des couvertures de coton si douces et chaudes. Je me sentais étourdie, rapidement je me levai, sentant une chose rampant sur ma main. J'ouvris les couvertures pour apercevoir ce qui rampait, et je m'évanouis voyant la chose qui s'était mise à ramper sur moi. Des vers…

France Belleau


Retour au sommaire