Le soulier d'or ne sied qu'à Little K
de Fabrice Germain



Fabest Production presents :
Le soulier d'or ne sied qu'à Little K
A Movie by Fabrice GERMAIN



À Will. I am.
The Fool

Lunatics have never been so cursed by Fortune
For as mad as a hatter are wise men
Saying that only fools rush in
The bishop stays while
The wise guy flees leaving you in troubles
He shall go insane soon
Led by the lying voice of the blind
The Fool shall not
He may lecture false and crazy theology
But God shall use and turn it into Miracles
And Light shall flash on from Darkness
For not only God's folly is wiser than that of men
But also God's Sake for humankind has never told its last Word.

Lord John Arthur LEFTWINGDOM's Wisdom in Madness, Act IV, Scene IV- Editions Hit This! (2005).

« Je t'ai écrit ces quelques vers avec diligence mais en toute humilité
Génial ou fou à lier ? Seul m'importe le bonheur de toute l'humanité !
Quelle chance insolente ce serait, de faire un jour de ce talent mon métier !
En attendant pas question de l'enterrer et de ne point le faire fructifier! »

Lord John Arthur LEFTWINGDOM's Wiser than that of men - Editions Shoot Again! (2006).
« Quand Satan nous dit : "Toute vérité n'est pas bonne à dire", Dieu nous rétorque : "Tu ne mentiras point". Comment la vérité pourrait-elle nuire à la Vérité? La vérité ou la Vérité dérange ... Les cons en particulier! Mais comment Celui qui a dit : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" et même : « Aimez vos ennemis » pourrait-il ne serait-ce que prononcer supérieurement le mot con comme le co(n)mmun des mortels ? "Il n'y a de Bon que Dieu seul"!
Lord John Arthur LEFTWINGDOM's It has nothing to do with Time - Editions You May Say I'm a Dreamer! (2008).
“I lie in bed at night, after ending my prayers with the words “ Ich danke dir für all das Gute und Liebe und Schöne” (Thank you God, for all that is good and dear and beautiful.), and I'm filled with joy. I think of going into hiding, my health and my whole being as das Gute; Peter's love (which is still so new and fragile and which neither of us dares to say aloud), the future, happiness and love as das Liebe; the world, nature and the tremendous beauty of everything, all that splendour, as das Schöne”.

Le Journal d'Anne Frank (1947). Anne Franck (1929-1945), écrivaine juive allemande disparue trop tôt à Bergen-Belsen dans un des camps de la mort nazis.

S'il fallait trouver une morale à ma chanson
C'est assez facile en somme
Je crois qu'il faut dire à tous les petits garçons
Que la couleur ne fait pas l'homme !

Les crayons de couleur - Hugues Auffray, 1966 BARCLAY

« Je crois que les choses ultimes ne peuvent être dites que poétiquement. »

Mon Dieu … pourquoi ? - Plon (2005) - L'Abbé Pierre (avec Frédéric Lenoir).



Prologue : Une Utopique Alchimie ?

Chapitre I Un éclair soudain lézarda le ciel …


Chapitre II « I'll get by with a little help from my friends »

Chapitre III Comment approcher et sonder le cœur de cette femme au visage de rêve ?

Chapitre IV Rendez-vous est pris !

Chapitre V La mort d'un Grand Amour ?

Epilogue : Le Pari Risqué de la Foi ?



Prologue

Une Utopique Alchimie ?


Après la beauté onirique de ses yeux et de son sourire de miel
Un incroyable éclair soudain lézarda le ciel
Le frappa en plein cœur en lui laissant l'impression
De n'avoir eu qu'une fantastique mais illusoire hallucination

Des angoisses autodestructrices cherchaient à contrôler sa vie
Le Salut, il le sentait pourtant, était désormais à sa portée
Quel plus beau moment à vivre que celui de retrouver sa mie ?
Comme le dit la chanson, nul ne peut se tromper

Des bottes piétinaient son coeur pour que ses sentiments crèvent !
Comment sonder le cœur de cette femme au visage de rêve ?
Better he wishes he could have done
But suddenly the magic was gone

Malgré les pressions et les autres astres qui auraient pu l'aimer
Il avait perdu de vue sa planète et sa nuit étoilée
Ses yeux vainement sortaient de leur orbite
A l'idée d'une improbable remise en orbite

Que faire pour finalement retrouver l'envie
De crier au bonheur et surtout au génie ?
Pourrais-je faire de son histoire un vrai conte de fée
Chacun par l'autre du donjon délivré(e) ?

Only then can they marry and go
As a honeymoon to L.A. from Chicago
Et (dé)couvrir enfin la plus infime courbe jusqu'à la moindre idée!
Ou bien serait-ce là un Blasphème contre l'Esprit auquel il faudrait donc « malheureusement » renoncer ?


Chapitre I

Un incroyable éclair soudain lézarda le ciel …

La première fois que Nicholas avait vu la fille de ses rêves, il fut frappé par sa beauté malgré le fait qu'elle pleurait. Quelques semaines plus tard, elle lui retenait la porte qui donnait sur les pelouses de l'université. Il lui lança un explicite regard de chien battu. Il la remercia, mais déjà à cette époque, il ne sentait pas bien psychologiquement et le sourire que Nicholas lui envoya tourna vite à la grimace. Il ne put alors s'empêcher de s'insulter lui-même : « quel con ! » Elle lui jeta un coup d'œil intrigué, mais lui, mal à l'aise, s'appliqua à détourner son regard du sien pour le porter sur ses chaussures. Après tout, il ne devait s'agir là que d'une banale péripétie.
Pourtant, peu de temps après le début de la rentrée, leur chemin se croisèrent à nouveau. Elle lui tendait un sourire d'une qualité proche de la référence en la matière, à savoir celui de l'actrice américaine Julia Roberts. Nicholas ne le lui rendit pas. Egaré, et de ce fait, pessimiste, Il fronça même les sourcils. « Tu parles ! » pensa-t-il, « une fille aussi jolie, c'est pas à moi que ça arriverait ! ».
N'avait-il pas non plus senti, un peu plus tard, comme une boule caractéristique au creux de l'estomac en la voyant remonter le couloir du hall de la faculté ? Aussi ahurissant que cela puisse paraître, il n'avait pas donné de sens à ces indices.

Le plus important d'entre-eux se produisit le mercredi 15 mars 1996. Nicholas, à qui on avait déjà conseillé d'aller voir un psy, parlait avec trois autres étudiants, Jamel, Guido et Alexandre, à la cafétéria. Il disait, haut et étonnamment fort pour quelqu'un d'aussi discret et timide que lui, qu'il était déçu par ses études et que, malgré ses bons résultats, ce cursus ne lui permettrait vraisemblablement pas de réaliser son rêve. Il espérait effectivement rentrer au célèbre Institut d'Etudes Politiques de Paris (Sciences-po, autrement dit, le temple du savoir et de la culture selon Nicholas) depuis qu'il avait réalisé à quel point les professeurs, qui avaient fréquenté cette école, maîtrisaient leur sujet et comprenaient le monde. Il pensait qu'un tel établissement lui donnerait la possibilité de devenir un bon professeur d'économie, un bon journaliste ou pourquoi pas un homme politique talentueux et philanthrope. Pourtant, à chaque fois qu'il en parlait, son interlocuteur s'énervait. Nicholas pensait, à juste titre, qu'il était un bon étudiant (même s'il ne pensait pas être brillant) et que cette ambition n'était pas démesurée. Même s'il reconnaissait qu'il était un peu mégalo, il croyait que les autres le sous-estimaient. Il se trompait mais par orgueil, il se jurait à chaque fois qu'il leur prouverait qu'ils avaient tort.


— J'ai fait un bon cursus mais je vais l'avoir dans le cul comme tout le monde ! dit Nicholas.

— Ah bon ? T'es un bon étudiant toi ? Demanda Jamel

— Il a réussi tous ses examens avec la mention assez bien précisa Guido.

— Je pourrais te montrer toutes les fiches que j'ai faites depuis ma première année de DEUG ! Surenchérit Nicholas. Il devrait y avoir l'équivalent de Sciences-po à l'université. C'est pas normal que seules les élites aient droit à une formation d'une telle excellence ajouta-t-il.

— T'es un Dieu ! déclara Alexandre.

— Oh non ! Non ! répliqua Nicholas, soucieux de ne pas passer pour un prétentieux à défaut de ne pas passer pour un fou.

— Je suis pour des élites qui soient des élites précisa Jamel.

C'est à ce moment précis que la douce inconnue réapparut. Elle venait informer Jamel que les résultats d'un des partiels venaient d'être affichés. Puis, elle se dirigea vers la porte du bureau d'une association dont elle était membre.

— Elle est magnifique ! Déclara Guido à son attention.

— Tu m'étonnes ! Ajouta Nicholas en soupirant.

Jamel et Guido échangèrent un sourire complice dont le sens échappa à Nicholas. Ce fut tout pour ce jour-là.

Le lendemain matin, Nicholas retrouva Guido en pleine discussion avec une autre de leurs connaissances communes : Javier. Ce dernier était de taille moyenne, brun et avait un sens de l'humour efficace et permanent. Selon Guido, cela ne l'assurait pas d'avoir un franc succès auprès de la gente féminine. Cependant, Javier semblait avoir trouvé l'âme sœur contrairement à Guido. Ces deux-là étaient des frères ennemis, se charriant à tour de rôle amicalement mais masculinement tout de même. Guido disait à Nicholas que Javier était jaloux de lui tout comme La Grande Bretagne l'avait toujours été de la France. De son côté, Javier avait réussi à faire croire à pas mal de gens de l'université que Guido ne portait que des caleçons et que cela l'avait rendu stérile. Ainsi, Guido s'étonnait de l'étrange sollicitude de certaines personnes à son égard.

En ce jeudi 14 mars 1996, aux alentours de 9 heures, les discussions entre Guido, Javier et Nicholas étaient des plus banales. Le professeur ne semblait pas pressé de débuter son cours, occupé à converser avec un groupe d'étudiants, pas vraiment impatients de commencer non plus. Tout était calme mais la scène qui suivit, même si elle ne dura qu'une dizaine de secondes environ, fut pour Nicholas d'une intensité inconnue jusqu'alors. Dans un premier temps, il se trouvait derrière Guido et Javier et ne pouvait pas voir qui arrivait de l'autre côté du couloir. Ensuite, tout s'accéléra : Javier dit bonjour à une personne qui n'était autre que cette mystérieuse femme. Elle était accompagnée d'une de ses amies. Nicholas croisa son regard et y vit une lueur étonnante. Il se risqua à baisser les yeux pour tomber sur le sourire angélique de cette dernière. Une fraction de seconde plus tard, Nicholas était cloué au mur avec le souffle coupé.

— Putain, elle est canon ! Fut la seule phrase qu'il parvint à prononcer non sans une certaine honte pour ce manque de maîtrise.

— Qui ça ? Demanda Javier pendant qu'elle échangeait une accolade triomphale avec son amie.

Finalement, elles disparurent au bout du couloir et le professeur indiqua à qui de droit que le cours allait commencer. Evidemment, Nicholas ne fut pas très intéressé par celui-ci tant tout son être était concentré sur cet évènement fécond exaltant et incroyable. Dans ses magnifiques yeux exagérément maquillés, il avait toutefois pu percevoir l'humilité personnifiée et cela ne faisait que rendre cet instant encore plus magique et onirique. Il l'avait à peine reconnue. D'une taille moyenne pour une femme et plutôt bien faite, elle avait de longs cheveux châtains, des yeux d'un bleu unique et un visage à la Sophie Marceau, l'actrice favorite de Nicholas. Après tout, elle était peut-être sa moitié. « Oh Ouais ! Ce serait génial ! » Pensa-t-il. Même s'il lui fallait admettre qu'elle était fort jolie, il voulait également la découvrir intérieurement. Cela étant, malgré ce bonheur intense, le plus dur allait commencer pour lui : il lui fallait, à présent, s'assurer que ses sentiments étaient réciproques, lui qui se sentait désespérément inoffensif dans ce domaine.

Le jour suivant, dans la matinée, ce fut à son tour de la croiser. Elle était aussi bien maquillée que la veille. Il avait du mal à croire que c'était pour lui qu'elle le faisait, n'était-il pas encore en train de se faire un film ?
Elle lui jeta un coup d'œil furtif droit dans les yeux alors qu'il entrait dans le couloir où elle se trouvait, avant de baisser la tête. Elle discutait avec Javier et un autre étudiant. Nicholas leur dit bonjour mais elle ne répondit pas. Il se baissa pour relacer ses souliers pendant que Javier le charriait sur ses problèmes de poids, ce qui était devenu courant. Il était vrai qu'il avait un peu grossi ces derniers temps. Cependant, il ne se faisait pas de soucis sur le fait qu'il allait maigrir : même s'il avait arrêté le football en club, il faisait régulièrement du footing et de la natation avec Guido, John, Alexandre et Javier.
Ce dernier lui dit qu'il allait lui téléphoner pour aller courir après les cours. Nicholas la fixa une dernière fois en pensant : « moi ? » mais elle ne le regarda pas malgré un nouveau sourire. Puis il s'en alla en constatant que sonder le cœur de l'être aimé n'allait peut-être pas être qu'une partie de plaisir.



Chapitre II

“I'll get by with a little help from my friends ...”


Le soir même, vers 19 heures, il retrouva ses alcooliques … euh ses acolytes pour le footing.

— Elle t'intéresse Caroline ? Demanda Javier à Nicholas.

Pour toute réponse, Nicholas ferma les yeux et ouvrit simultanément un heureux et large sourire. Il entendait pour la première fois son prénom, comme une évidence, le plus beau du monde. Cela ne dut pas plaire à Javier car celui-ci enchaina en disant :

— En tous cas, elle m'a pas parlé de toi !

Cela fut efficace : le sourire disparut du visage de Nicholas pour laisser place à un rictus de douleur. Cela dit, cette discussion lui avait permis de connaître le prénom de celle dont il était amoureux. Il lui restait à chercher son nom de famille sur les listes de résultats des troisièmes années. En outre, Guido et Javier lui avaient soufflé le nom de la ville dans laquelle elle habitait.
Il termina dernier du footing non sans essuyer une nouvelle brimade de la part de Javier :

— Dépêche-toi ! Tout le monde t'attend ! Cria-t-il.

Quelques jours plus tard, en compagnie, d'Hélène, l'amie de Javier, ainsi que de Yan qui se trouvait être, Nicholas le saurait plus tard, une connaissance de Caroline, Javier rajouta une nouvelle couche.

— Nicholas, que penses-tu des performances de Javier durant les footings ? demanda Hélène. Moi, je pense qu'il a un bon niveau.

— Oui, c'est vrai répondit-il.

— En tous cas, toi t'es nul ! Insista Javier presque en criant.

— J'ai peut-être pris du poids, je me suis laissé aller mais cela ne m'a pas empêché de te battre à la natation. A la course ce sera pareil ! Répondit Nicholas. Contrairement à Javier, il avait toujours entretenu un bon fond de forme physique. Avec un peu de pratique, il retrouverait vite son niveau. Et c'est effectivement ce qui allait se passer. Il allait lâcher Javier dans les dernières centaines de mètres du footing. Ce dernier allait reconnaître son infériorité dans ce domaine et affirmer qu'il n'était pas fait pour la compétition.

Le week-end qui suivit, Guido, Hélène, Javier, Alexandre et Nicholas se retrouvèrent dans un pub parisien.

— Alors, tu sais si Caroline a un copain ? demanda Nicholas à Javier.

— Je crois qu'elle et son copain se sont séparés. Moi aussi j'ai succombé à ses charmes. En plus, c'est une bonne étudiante, elle chante du Gospel et joue du piano. Mais de toute façon, tu devrais attendre qu'on te la présente, toi le satyre ! En tous cas, t'as bon goût, répondit-il.

Nicholas pensa alors à la célèbre citation d'Antoine de Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux ». Cela n'avait rien à voir avec une question de goût. Pour lui, Caroline était tout simplement la plus jolie fille au monde. Nicholas ne connaissait pas la définition du mot satyre mais il devinait que c'était une image péjorative et blessante. Il choisit néanmoins de garder cela pour lui.

— De toute façon, ce genre de filles est inaccessible. En plus, il y a du monde dans les starting-blocks. Ne te fais pas d'illusions ! Déclara Guido.

— Il y en aura forcément un, répondit Nicholas. Moi, si je sortais avec une fille comme elle, je serais comblé.

— Cette fille, c'est la perle rare. Elle n'est pas seulement jolie, elle est intelligente et gentille même si elle admet avoir son caractère ajouta Alexandre.

— De toute façon, je pars à 300 contre 1 dit Nicholas, naturellement pessimiste.

Pour toute réponse, Alexandre lâcha un « pfff ! » pendant que, de leurs côtés, les nantis, Javier et Guido, échangèrent un sourire satisfait.

Il se décida à jeter un coup d'œil au dictionnaire. Il lit au mot satyre : homme lubrique qui poursuit les femmes de ses désirs obscènes. En particulier, exhibitionniste plus ou moins dangereux. Nicholas n'avait pas peur de la vérité mais le qualifier lui de satyre lui paraissait très exagéré. Il avait reconnu qu'il avait été un adepte régulier de la masturbation et évidemment cela exigeait certaines pensées obscènes. En outre, même si la première fois qu'il avait vu un film pornographique, il avait trouvé ça horriblement laid, il avait finit par en regarder régulièrement comme pas mal de monde dans son entourage. « Je ne suis pas en bois » disait-il. Cependant, lorsqu'il croisait une fille dans la rue, aucune pensée obscène ne lui venait à l'esprit. De plus, même si l'image de la femme, dans ce genre de films, était dégradante, il avait un profond respect pour les filles. Quand il pensait à Caroline, il ne voyait qu'une magnifique princesse et non un objet sexuel. Ce dont il manquait cruellement, c'était de tendresse. Néanmoins, sa « perle de cristal », comme disait George Orwell, était intacte comme une flamme cependant vacillante. Mais non ! Le mot satyre ne pouvait pas s'employer pour lui. Javier l'avait offensé et il saurait s'en souvenir.

Malheureusement, Nicholas ne fréquentait pas beaucoup l'endroit rêvé pour faire la connaissance de celle qu'il aimait : la cafétéria. Il ne s'y sentait pas bien : il était partagé entre l'idée de fuir son mal être et celle d'aller de l'avant. En outre, il allait, un peu plus tard, réaliser que Guido et Javier n'avaient en aucun cas l'intention de la lui présenter. Il allait donc changer de stratégie en s'infligeant un premier électrochoc.



Chapitre III

Comment approcher et sonder le cœur de cette femme au visage de rêve ?


Il se trouvait qu'il avait ressenti le besoin d'écrire ce qu'il éprouvait pour la première fois si intensément. Dans l'état où il se trouvait, il était inspiré comme il ne l'avait jamais été auparavant. Son idée était d'envoyer le fruit de cette inspiration à Caroline pour se déclarer. Ainsi, pensait-il, il allait finir par faire le premier pas. Il avait pu dénicher l'adresse de cette dernière dans un vieil annuaire téléphonique qu'il avait trouvé dans son école primaire. Il lui avait bien semblé avoir été régi par une force irrésistible ce jour-là. Un coup d'œil sur le minitel lui permit de s'assurer que les parents de Caroline, chez qui elle habitait logiquement vu son âge, n'avaient pas changé d'adresse. Eblouie par la couleur étonnamment magnifique des yeux de Caroline, Nicholas s'amusait à spéculer sur leur origine. Sa première intuition lui laissait penser qu'ils devaient provenir d'un pays d'Europe de l'Est. L'identité du père de Caroline, monsieur Helweg Karol, semblait le confirmer. Nicholas connaissait un joueur de football professionnel danois qui s'appelait Helwog, un autre, polonais celui-là, qui portait le même prénom. A moins que l'Allemagne ne fût le compromis idéal. Enfin bref, Nicholas finit donc par écrire à Caroline la lettre suivante, après une heure ou deux d'un travail exaltant :

UNE SACREE PARALYSIE

A la dérive et attendant le coup de grâce, je devais être légèrement voûté, car lorsque j'ai levé les yeux, j'ai immédiatement rencontré les siens. Une lueur y brillait, peut-être sous l'effet du maquillage. Fronçant les sourcils, intrigué, je baissais ensuite le regard pour tomber sur le sourire dévastateur qu'elle m'assénait. Sous la puissance de ce coup, je fus projeté contre le mur, plié en deux, le souffle coupé, les muscles pétrifiés et les centres nerveux paralysés.

Je pensais en avoir réchappé lorsque l'effet secondaire se manifesta. Evidemment, l'air qui avait été retenu prisonnier dans mes poumons s'échappa. Profitant de cette défaillance, ma langue se délia également. Je n'ai donc pas pu réprimer le cri de l'homme des cavernes : « Putain, elle est canon ! ». Ce dernier se propagea jusqu'à ses oreilles malgré quelques vains efforts de ma part pour essayer de le rattraper.

L'écho me parvint sous la forme d'un éclat de rires et fut suivi par l'accolade victorieuse qu'elle donna à celle qui l'accompagnait. Puis, elle disparut au bout du couloir, me laissant, encore sonné, l'impression de n'avoir eu qu'une hallucination. Peut-être s'est-elle, plus tard, précipitée dans son journal intime pour y dessiner une croix supplémentaire. A moins que son acte ne fût prémédité et qu'il ne s'agît, enfin, de la paralysie sacrée.


Chère Caroline,

Je ne sais pas si cette lettre te rappellera un certain jeudi 14 mars 1996. En tous cas, comme tu peux le lire, j'éprouve de profonds sentiments à ton égard. Cependant, je t'écris cette lettre car je n'ai pas réussi à faire ta connaissance plus simplement. En outre, je suis particulièrement doué pour me faire des films, même si, jusqu'à présent, aucun scénario n'a été retenu par Hollywood. Peut-être est-il donc illusoire et prématuré d'espérer qu'elle sera la première page d'un long roman épistolaire.

Sache que, de toute façon, je ne te dérangerais pas outre mesure si tel est ton désir.

N.M.

PS : Je précise que je fais, tout comme toi, des études d'économie et que je suis en maîtrise.

PS PS : Je te prie d'être indulgente en ce qui concerne les éventuelles fautes de français.



Au bout de quelques jours, Nicholas s'aperçu que l'envoi de cette lettre ne l'aidait en aucun cas à faire le premier pas. Au contraire, il continuait à fuir Caroline. A son pessimisme naturel était venu se mêler une angoisse qui avait pris possession de son esprit. En supposant que ses sentiments étaient réciproques, elle n'allait pas l'attendre pendant trois cent ans. Il était en train de se résigner. Mais l'amour allait lui donner des ailes une fois de plus.

En attendant, il avait encore accepté une invitation pour une soirée dans un pub. On était le jeudi avant les vacances de Pâques.

— Qui sera là ? Demanda Nicholas à Guido au téléphone. Il lui restait un mince espoir de voir ses amis lui présenter Edwige.

— A part toi, Il y aura Javier, Evelyne, Magalie, moi et,et,et …c'est tout ! .

Il pensait passer une agréable soirée entre amis. Mais il allait de nouveau avoir une mauvaise surprise. Après avoir commandé de quoi boire et manger, la soirée commençait pourtant bien. Nicholas prit une crêpe au chocolat avec un coca. Un peu plus tard dans la soirée, Javier demanda à Evelyne :

— Qu'est-ce qui te plait tant chez Nicholas ? Sa chemise ?

— Ouais ! C'est peut-être ça !

— Ça va marcher, t'inquiète pas ! Insista Guido

— Et Patrick, ton copain, comment il va ? Demanda Nicholas à Evelyne. Je croyais que c'était le Grand Amour.

— Mais parfaitement ! Répondit-elle visiblement gênée.

Il ne pouvait pas lui en vouloir de tenter sa chance. Cependant, Evelyne le laissait indifférent aussi bien physiquement qu'intérieurement. Non pas qu'elle fût repoussante ou idiote mais elle lui plaisait d'autant moins qu'il était amoureux de quelqu'un d'autre. Guido et Javier le savaient. Malgré cela, il avait essayé de lui forcer la main comme si son amour pour Caroline était gênant. Il l'était peut-être pour Guido qui, était peut-être lui aussi amoureux d'elle, ce qui n'était pas un crime. Cependant, Nicholas ne pouvait plus compter sur eux.

Le lendemain matin, Magalie et Nicholas était dans un des amphithéâtres à attendre, avec d'autres étudiants, le début du cours du jour. C'est alors que Sutira, une amie de Magalie et d'Evelyne, d'origine asiatique, entra et entama un conciliabule avec Magalie dont la teneur n'échappa en rien à Nicholas :

— Alors ? Lui demanda-t-elle.

— Non ! Répondit Magalie.

— Célibataire à vie ! Dit Sutira.

— Il est amoureux. Précisa Magalie avec toute l'intelligence qui la caractérisait. Elle était aussi celle sur qui il avait jeté son dévolu avant de tomber amoureux de Caroline.

— Ah bon ? Tu vas bien Nicholas ? Demanda Sutira à voix haute.

— Ça va ! Répondit-il sans la regarder, tout à ses inquiétudes. Etait-il un chien pour qu'on tentât de prendre des décisions à sa place ?

Si Guido et Javier se réjouissaient de sa difficulté à aller de l'avant avec Caroline, ils avaient fort mal calculé leur coup en agissant de la sorte. En effet, comment aurait-il pu agir envers Evelyne, s'il n'était même pas capable de le faire pour une personne dont il était follement amoureux ? Il savait que s'il n'était pas capable d'aborder quelqu'un qui lui plaisait, alors il n'avait rein à faire sur terre. S'il s'était résigné à faire leur volonté et à se laisser aimer par Evelyne, cette relation naissante n'aurait-elle pas eu le goût amer et aigre de la défaite, de la mort de son idéal ? Dans ces conditions, comment aurait-il pu la rendre heureuse ?

Nicholas n'était pas réaliste mais idéaliste et rêveur et, de ce fait, manquait un peu de philosophie.



Chapitre IV

Rendez-vous est pris …


Le samedi qui marquait le début des vacances de Pâques, Nicholas et son frère, Christophe, décidèrent d'aller jouer au Foot. Au menu : reprises de volée en pleine lucarne et coup-francs Platiniens ! Après deux heures de ce délicieux repas, Nicholas confia son désarroi à Christophe. Sur le chemin qui séparait la maison du terrain de sport, il lui raconta tout de A à Z. Ce dernier lui conseilla de téléphoner à Caroline. C'est ce qu'il se résolut à faire immédiatement.

Lors de ses deux premières tentatives, c'est le père de Caroline qui répondit. Ce dernier l'informa du fait qu'elle était partie faire des courses avec sa mère, non sans demander qui était au bout du fil.

— Je m'appelle Nicholas. Vers quelle heure pourrais-je la joindre ?

— Je pense qu'elles rentreront vers six heures et demie.

— Bien ! Je rappellerai à cette heure-là. Merci.

— Je vous en prie dit-il avant de raccrocher.

Le troisième essai fut le bon. Après deux sonneries, il entendit une voix féminine :

— Allo ?

— Bonsoir, Je voudrais parler à Caroline s'il vous plait

— Oui, c'est elle-même !

A cet instant précis, il poussa un soupir et fut à nouveau collé au mur. Décidément, même à distance, elle avait un sacré punch !

— Oui, mais encore ?

— Je suis celui qui t'a envoyé la lettre. Parvint-il à répondre.

— C'est un peu vague. Comment t'appelles-tu ?

— Nicholas Magnier.

— On se connaît ?

— On s'est croisé plusieurs fois.

— En tous cas, j'ai beaucoup aimé ta lettre. C'est très joliment dit.

— C'est vrai, ça t'a plu ? Y a une chance que l'on puisse faire connaissance ?

Ce fut au tour de Caroline de pousser un soupir, avant de répondre :

— Oui, bien sûr.

— Pendant ou après les vacances ?

— En fait, je pars en vacances. On peut se voir à la rentrée. Je fais parti d'une association à l'université. Elle se trouve à côté de la cafétéria. Tu peux venir, ça serait dommage !

Ensuite, elle lui demanda quelque chose mais il ne parvint pas à entendre ce qu'elle disait. Après l'avoir fait répéter deux fois, et n'ayant toujours pas compris, il décida d'abréger la conversation :

— On se voit à la rentrée alors. Je te souhaite une bonne soirée. Au revoir !

— Au revoir ! Dit-elle avec une pointe de déception que Nicholas perçut.

Il s'en voulait un peu d'avoir raccroché si vite mais il lui fallait reconnaître que cette courte discussion était tout ce dont il était capable pour le moment. Son appel était néanmoins une réussite. « Rendez-vous est pris ! » pensa-t-il. Outre cette petite imperfection, il lui semblait bizarre qu'elle n'ait pas fait le rapprochement et deviné qui il était. Elle devait pourtant bien avoir entendu sa phrase préhistorique.
Il était si heureux et fier de lui qu'il décida d'appeler Guido pour l'informer de la bonne nouvelle. Guido était la première personne à qui Nicholas s'était confié, lui faisant part de la situation ardue dans laquelle il se trouvait depuis quelques années maintenant. Ainsi, Guido allait certainement se réjouir de ce miraculeux pas en avant.

— Allo ?

— Guido ? C'est Nicholas au bout du fil. Je l'ai appelée la meuf ! Elle est maligne ! Elle a attendu deux sonneries avant de répondre !

— Il est fou ! Au bout de combien de sonneries ai-je décroché ? Tu crois que je savais que c'était toi ? Pour elle, c'était pareil ! Gueula Guido.

— Calme-toi ! En fait, je l'ai appelée plusieurs fois et je suis tombé sur son père. Il m'a dit qu'elle était partie faire des courses avec sa mère. A son retour, il a dû lui dire qu'un certain Nicholas avait appelé. Expérimentée, elle ne s'est donc pas précipitée sur le téléphone. C'est une supposition tout à fait rationnelle !

— T'es un fou ! C'est une supposition passionnelle ! Insista-t-il.

— Excuse-moi de t'avoir appelé dit Nicholas, déçu, avant de raccrocher.

Les vacances lui parurent avoir duré une éternité. Le jour de la rentrée, malheureusement, il arriva en retard. Evidemment, Caroline était déjà là, entourée de plusieurs camarades de classe. Il n'eut pas le courage de l'aborder. Il fit une nouvelle tentative en s'installant à la cafétéria vers 4 heures de l'après-midi, accompagné de Guido.

- J'ai discuté avec Jaw aujourd'hui. Elle m'a dit que tu as écrit une nouvelle lettre à Caroline. C'est vrai ? Jaw s'appelait Marie mais on lui avait cruellement donné ce surnom parce qu'elle avait des mâchoires protubérantes (Le titre du film les dents de la mer est Jaws dans la version anglo-saxonne).

— Oui.

— Nicholas, des lettres quand même….

— Je m'en fous !

— J'ai également vu Caroline et même si elle a aimé ton poème, elle a dit que cela n'allait pas changer sa vie ! En tous cas, si t'y vas pas, moi j'y vais !

— Ah bon …

— Tu ne vas pas aller la voir ?

— Je ne peux plus reculer !

— Autant aller voir une pute !

— Pour moi, cette fille est une déesse et on ne dit pas pute mais prostituée, c'est plus respectueux. Je n'aime pas leur vulgarité mais elles sont, avant tout, des êtres humains. Une prostituée, c'est une femme qui a perdu son statut de princesse !

— T'es génial Nicholas ! T'es brillant ! J'espère simplement que tu n'es pas trop intelligent.

— On n'est jamais assez intelligent. Mais ma principale caractéristique, c'est pas d'être intelligent. C'est d'être amour et miséricorde ! Je suis un parfait libre penseur.

Un silence gêné se fit dans tout l'amphithéâtre face à ce vent de folie ou considéré comme tel mais pour le moins inattendu. Sans porter à cette déclaration plus d'attention qu'elle ne le méritait dans un premier temps, Guido décida de s'en aller.

— Ok ! Je dois y aller. Salut, « fabulous Nicho ». J'espère que tu n'as pas que de la gueule !

— Salut Guido !

Lorsque Caroline sortit de son bureau, il la laissa filer. Momentanément désespéré, il rejoignit sa voiture, jeta sa sacoche de dépit et rentra chez lui. Puis, il décida qu'il ferait une nouvelle tentative le lendemain matin. Il changea alors le muguet qu'il devait offrir à Caroline car celui-ci avait souffert de la chaleur.

Cette fois, il arriva bien avant Caroline. Lorsqu'elle arriva, il s'aperçut qu'elle était maquillée d'une manière beaucoup plus sobre que les autres fois. Un peu comme Marylin Monroe, elle semblait avoir la faculté de changer de visage. Il attendit, debout, qu'elle eût fini de parler avec un de ses camarades. Caroline se dirigea tête baissée vers son bureau. Nicholas l'intercepta et dit :

— Bonjour Caroline, je suis Nicholas Magnier. Je suis celui qui t'a écris la lettre et qui t'a téléphoné.

— Bonjour répondit-elle en lui lançant un large sourire.

— On peut discuter un instant ?

— Oui mais rapidement. J'ai une interrogation qui compte pour le contrôle continu.

— J'ai un bouquet de muguets pour toi. Tu le veux ?

— Oui, ça porte bonheur.

— T'as reçu ma deuxième lettre ?

— Oui. Alors comme ça, on t'a dit que je n'étais pas fréquentable ?

— Oui mais cela n'a pas d'importance. Je n'y ai pas cru et je n'aurais pas dû t'en parler. Es-tu libre ? Demanda-t-il d'une manière un peu brutale.

— Je suis libre mais mon cœur est pris !

— Ah bon ? Si je l'avais su, je n'aurais rien tenté lui dit-il pour lui signifier qu'il ne voulait pas l'importuner.

— Oh ! On peut toujours rester …

— Aucun problème ! Déclara-t-il, en lui coupant la parole, devinant qu'elle avait voulu dire : amis.

— Bon, il faut que je révise dit-elle alors qu'une de ces amies venait de la rejoindre.

— OK, passe une bonne journée et bonne chance pour ton contrôle dit-il pour clore la conversation.

En dépit de leur rencontre, le désespoir n'avait pas quitté Nicholas. Il n'avait pas su lire entre les lignes. Sa stratégie était tout de même simplifiée. Il lui dirait bonjour à chaque fois qu'il la verrait et il l'inviterait à boire un verre pour faire plus ample connaissance. Cependant, même en étant amoureux, son mal être ne le quittait pas. Ses sourires viraient souvent à la grimace et il ne parvenait pas à rester calme. Caroline devait le prendre pour un fou.

Malgré tout, il fallait continuer, ses sentiments à l'égard de Caroline ne lui en laissaient guère le choix (il existait des jougs plus difficiles à porter). Ainsi, le vendredi suivant, en fin de journée, il trouva le courage nécessaire pour aller frapper à la porte de son association.

— Bonjour, j'aimerais parler à Caroline, s'il vous plait. Cette dernière, qui était en train de superviser une partie de belote ou de tarot sortit du bureau.

— Oui ?

— Si mon comportement de psychopathe ne t'a pas encore totalement effrayé, j'aimerais bien t'offrir un verre pour discuter avec toi et faire plus ample connaissance.
Elle eut un regard de pitié pour Nicholas qui lui montrait là son mal-être.

— Je préfère que tu m'invites lundi.

— D'accord, à lundi alors. Au revoir !

— Au revoir !

Durant le week-end, il avait retrouvé un moral plus satisfaisant. Sans aucune prétention, son frère et lui s'accordaient à dire que l'affaire était bien engagée. Cependant, il n'avait jamais eu d'expérience amoureuse, agissait au radar et appliquait la seule méthode qu'il était capable d'appliquer : la franchise et le choc frontal. La suite allait s'avérer beaucoup plus délicate que prévue. Ainsi, ce lundi-là, il arriva tôt à la cafeteria, fit semblant de lire son journal (il ne pouvait pas se concentrer dessus) et attendit que Caroline daignât montrer le bout de son nez. Il n'eut pas à attendre très longtemps. Elle alla acheter un café et passa devant Nicholas en souriant. Malheureusement, ce dernier lui envoya une nouvelle grimace. Pour ne pas tomber dans le désespoir, il philosopha en se remémorant une chanson interprétée par Serge Lama : « Chaque fois qu'elle passe, j'suis dans l'impasse, j'sais plus quoi dire, j'fais des sourires comme ça bêtement. Chaque fois qu'elle passe, j'fais des grimaces… » Après tout, cela devait arriver à d'autres personnes : il n'était pas complètement fou.

Caroline s'était installée à quelques mètres de Nicholas et discutait avec une autre étudiante. Après un bon quart d'heure passé à faire semblant de lire son journal, il se décida, en confondant vitesse et précipitation, à aller parler à Caroline. Il profita du départ de l'interlocutrice de celle-ci :

— Je peux te parler ?

— Oui mais tu viens de prendre la place de mon amie dit-elle alors que cette dernière revenait. Nicholas s'excusa et sentit une certaine lassitude dans la manière de parler de Caroline.

— Ça va ? Lui demanda-t-elle avec ce même ton las voire irrité.

— Oui, je peux t'offrir un verre ?

— Non, j'en ai déjà un !

— Qu'as-tu décidé de faire comme études l'année prochaine ?

— J'hésite entre continuer ici et faire une maîtrise à la Sorbonne

— Moi aussi, il se pourrait que j'aille à la Sorbonne. Il y a une maîtrise plus adaptée au métier que j'aimerais faire : prof. Dit Nicholas tout en évitant maladroitement le regard de Caroline qui s'était porté sur lui à ce moment précis. Il savait que Javier avait donné à celle-ci des infos sur la Sorbonne et le fait d'évoquer cette université n'était évidemment pas innocent de la part de Nicholas. Mais, craignant une nouvelle grimace en lieu et place d'un sourire, il n'avait pas voulu soutenir le regard de Caroline. Grave erreur stratégique : peut-être doutait-elle des sentiments de Nicholas ! Pour palier à cette éventualité, il fixa son regard sur les yeux de Caroline, de vrais bijoux, autant pour les admirer que pour y trouver un peu de répit ! Il l'ennuya ensuite en lui parlant de sa déception concernant le cursus qu'il avait fait jusqu'à maintenant.
Je vais également essayer de faire Sciences-po ajouta-t-il.

Pour la procédure d'admission en deuxième année il lui fallait passer trois épreuves (économie, anglais et culture générale) et renvoyer un dossier dans lequel le plus important était le récit d'une expérience sportive ou associative. Ce que Nicholas n'avait pas dit et ne dirait à personne, c'est que pour ce récit, il n'avait pas parlé de son expérience footballistique qui lui paraissait ennuyeuse, à la fois à écrire et à lire. Non ! Il avait parlé de ce merveilleux sentiment qu'il éprouvait et de sa toute récente inspiration scripturale. Ce-faisant, il avait voulu mettre un grain de folie dans sa candidature, et, malheureusement, il avait renversé le bocal en entier. Non seulement, cela prouvait qu'il avait besoin de vivre et non pas de s'enfermer dans les bouquins mais en plus on lui avait dit qu'il ne fallait pas raconter sa vie dans cet exercice. Cela dit, il était tellement bouleversé qu'il n'avait pas résisté à cette envie.

— Il ne faut pas que j'oublie mon porte-monnaie ici, dit-elle. Je suis tellement tête en l'air. Puis, elle alla parler à un de ses amis.

Pendant ce temps, Nicholas reprit la lecture feinte de son journal en se demandant, pendant de longues minutes, ce qu'il fallait faire. Quelle ne fût pas sa surprise lorsque, dans un écarquillement toonesque des yeux, il se rendit compte que le fameux porte-monnaie, trônait en face de lui, sur la table. Après une longue hésitation, il finit par s'en emparer. Elle était vraiment tête en l'air… Perdant son temps en conjecture, il était cloué à son siège. Alors, tel un Georges Mac Fly au sommet de sa forme, il attendit qu'elle sorte de son bureau pour le lui restituer :

— Tu vois ? Je te l'avais dit !

Elle rejoignit son bureau pendant que Jamel fit son apparition.

— Ça va ? Toujours dégoûté par tes études ?

— Ouais, en lisant un bon bouquin, tu en apprends mille fois plus !

— Tu lis quoi en ce moment ?

— Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. C'est le bouquin d'un prof de philo scandinave qui résume l'histoire des idées de la Grèce antique jusqu'à la célèbre théorie du Big Bang. En général, je lis plutôt des ouvrages qui concernent la politique, la sociologie et l'Amérique qui est, à mon avis, un pays fascinant au sens étymologique du terme. C'est-à-dire à la fois attirant et repoussant.


— Ouais, J'en ai entendu parler. C'est le bouquin à la mode quoi ! C'est ta Bible quoi ?

— Oh ! Non ! Non ! répliqua Nicholas, conscient de l'importance respective de ces deux livres.

— Bon, et qu'est-ce que tu en as tiré ? En tous cas, si tu aimes te prendre la tête, lis plutôt Sartre.

— J'aime bien sa métaphore de la vie. En gros, il en parle comme d'un processus qui a pris conscience de lui-même au bout de cinq milliards d'années environ avec l'apparition de l'être humain.

— C'est-à-dire ?

— Bah tu connais l'histoire. Il y a eu Le Big Bang. La vie s'est tout d'abord manifestée dans les océans sous la forme de bactéries. Puis, elle s'est complexifiée. Alors sont apparus les premiers poissons, dont certains se sont adaptés pour sortir de l'eau et respirer sur terre. Enfin est né l'être humain capable de penser. D'où la prise de conscience dont parle l'auteur. Cela m'a même inspiré !

— Ah bon ?

— Tu veux que je te l'écrive ?

— Vas-y !

— Nicholas écrivit alors : L'humanité progresse lentement mais sûrement, tel un gigantesque et majestueux animal marin, battant des ailes, dans un sillon fertile, fécond, croissant et lumineux de sagesse, du plus profond des abysses vers l'éblouissante lumière de la surface.

— C'est pas mal même si c'est un peu niais mais ça me paraît un peu trop Darwinien, béatement progressiste et humaniste ! On dirait que tu essayes de donner de l'espoir aux athées : l'essentiel, c'est de participer. Tu crois en Dieu ?

— Non, je suis athée.

— Toi qui aimes la philosophie, je te citerai Bergson : « Qui n'a jamais rien ressenti de mystique, ne peut rien comprendre à la foi ».

— C'est vrai que quelque chose nous dépasse, répondit Nicholas en songeant à ce sentiment magique qu'il éprouvait pour Caroline.

— Alors tu n'es pas vraiment athée !

— Non, je suis plutôt agnostique : je ne sais pas si Dieu existe. Je crois ce que je vois !

— Tu n'es sans doute pas capable d'entendre sa voix ! Tu auras du mal à être sauvé !

— Tu crois ? Pourtant, j'ai entendu dire quand j'ai zappé par hasard sur Radio Notre-Dame, que c'est l'humanité tout entière qui doit être sauvée et que Jésus a pardonné à Judas.

— J'ai lu la Torah, la Bible et le Coran, et cela n'apparaît nulle part ! Je le souhaite comme tout le monde mais il s'agit peut-être là d'une perversion du message initial, notamment celui de l'Evangile dans lequel Jésus dit clairement que Dieu pardonnera tout aux hommes à l'exception du blasphème contre l'Esprit car il s'agit là d'une faute éternelle. Dieu est amour et miséricorde. Certes ! Mais dire que tout le monde sera sauvé, c'est surestimer son amour et sous-estimer sa Juste toute-puissance !

— Moi, j'ai plutôt la nette impression que les gens voient le Mal partout ! Ma raison me permet de penser que Dieu se fout de la gloire et ne se venge pas, car la vengeance et la soif de la gloire sont deux bassesses humaines, en aucun cas divines. C'est logique, s'il est parfait et plein d'amour, alors il ne se venge pas et il est parfaitement humble.

— Hou la ! T'as consulté ton psy dernièrement ? Allez, je dois y aller. Je te laisse à ton triste sort ! dit Jamel pour clore la conversation tout en l'étoffant d'un salut militaire.
Nicholas ne pouvait comprendre (et le lecteur non plus à ce stade du récit) ni cette expression ni ce geste. Pour toute réponse, trop tardive et issue de son subconscient, il fredonna inutilement : « Monsieur le Président, je suis un déserteur, de ton armée de glands, de ton troupeau de branleurs. Y z'auront pas ma peau, toucheront pas à mes cheveux, j'salurai pas l'drapeau, j'march'rai pas comme les bœufs. […] Alors, me gonfle pas, ni moi, ni tous mes potes, je s'rai jamais soldat, j'aime pas les bruits de bottes… »



Chapitre V
La mort d'un Grand Amour ?

Caroline sortit à nouveau de son bureau. Aussitôt, le regard de Nicholas s'enflamma, celui de Caroline aussi mais non sans se teinter une fois de plus de cette inquiétante lassitude.
Ensuite, il déjeuna et, dans l'après-midi, sentit qu'il était urgent d'aller voir Caroline. Peut-être avait-il entrevu et deviné ce qu'il allait se passer. Il s'assît à la table la plus proche de la porte de son association et attendit qu'elle en sortît. Cela fut le cas quelques minutes plus tard. Il se leva et se dirigea vers elle :

— Je peux t'offrir un café ?

— Oui, si tu veux.

Tout en étant dans la file d'attente, il observait Caroline. Elle semblait triste et abattue et était courbée. Lorsqu'il se trouva en face d'elle, il remarqua sous ses yeux, comme des cernes rougis par des larmes. L'intuition de Nicholas se vérifiait et cela l'inquiétait. Il attaqua tout de même :

— Caroline, t'accepterais que je t'invite au cinéma un de ces jours ?

— NON ! Je veux bien que tu m'invites à la fac mais pas en dehors. Je suis libre et mon cœur n'est pas pris ! dit-t-elle en criant si fort que Nicholas dû s'accrocher à la table pour ne pas tomber de son tabouret face à ce vent courroucé que la météorologie n'avait pas prévu.

La suite de la conversation fut insipide étant donné la tristesse d'une profondeur insondable qui s'était emparée de Nicholas. Il n'avait pas tout à fait réalisé ce qui venait de se passer. Tout était vraiment fini ? Il fixait son regard malheureux sur les amis de Caroline pour que ceux-ci lui disent le contraire mais il était insoutenable.
Abattu, il décida toutefois de retenter sa chance, quelques jours plus tard, dans un dernier élan d'espoir. Il frappa encore à la porte de l'association et Caroline vint lui parler avec le sourire aux lèvres :

— Oui ?

— Je me demandais si tu voulais qu'on se revoie après les examens, on pourrait… Il n'eut pas le temps de finir sa phrase.

— Je ne me suis pas bien fait comprendre, tu n'as rien à espérer de moi ! Mais parle-moi plutôt de tes partiels.

— Et bien, il ne me reste que quinze jours pour réviser six matières. Cela est d'autant plus insuffisant que le cœur n'y est plus. Je pense que j'aurais mon diplôme en septembre. Bon, il faut que j'aille prévenir ma prof que je ne pourrais pas assister à son cours samedi du fait que je passe les épreuves de Sciences-po. Au revoir !

— Au revoir, Peut-être …

— « It's easy » qu'ils disaient ! Finit-il par dire, non sans comprendre que le « peut-être » en question pouvait lui redonner espoir.

Il savait, effectivement, que les filles essayaient, dès qu'un garçon leur plaisait, de savoir si celui-ci avait réellement des sentiments à leur égard pour s'assurer qu'il ne soit pas là uniquement pour tirer un coup comme on dit vulgairement. Peut-être était-elle en train de le tester. En outre, Guido lui avait dit qu'avec les filles, non, c'était peut-être et peut-être c'était oui ! Après mure réflexion, Nicholas croyait qu'une telle considération était sûrement le moyen le plus rapide pour aller tout droit en prison.

Pendant le temps qu'il restait avant les grandes vacances, il s'appliqua à se montrer respectueux de la décision de Caroline. Ainsi, il lui écrit une nouvelle lettre dans laquelle il lui souhaitait de trouver le bonheur et précisait qu'il savait qu'il ne pouvait pas la forcer à l'aimer et qu'ainsi, il ne pouvait pas lui en vouloir de lui avoir dit non. Cependant, quelques minutes avant son premier partiel, il s'aperçut que l'amphithéâtre devait être partagé entre les licences et les maîtrises. Il vit Caroline et son regard devint haineux. « Mais qu'est-ce que c'est que ça ? » se dit-il en chassant ces idées. Il vit également Javier et Guido, mais il se montra moins enclin, à ce moment-là, à leur pardonner ce qu'ils lui avaient fait subir.


Durant les grandes vacances, il eut plusieurs ouvertures mais il était toujours amoureux de Caroline. Il savait qu'il la reverrait en septembre. Comme on l'a dit plus tôt, il n'était pas très philosophe. Il avait pourtant appris que la passion n'était qu'une erreur de la raison. Dans la vie, il fallait toujours relativiser. Ainsi, pour en guérir, il lui aurait suffi de penser que Caroline n'était qu'une fille et que, après tout, il y en avait d'autres. Néanmoins, ce qui lui était arrivé était comme un rêve et il ne voulait pas en démordre : « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ! ». C'était là un aperçu de l'incommensurable folie, manifestement dérangeante, qu'on lui attribuait.

Comme prévu, il eut aisément son diplôme à la session de rattrapage en septembre. Officiellement, Il n'avait pas abandonné l'idée de faire Sciences-po. Ainsi, il avait décidé de s'inscrire en licence d'anglais dans la même université. Officieusement, il n'en n'avait plus l'envie et savait que Caroline resterait aussi.


Au début de la nouvelle année universitaire, Nicholas fit un tour dans un pub parisien avec un autre étudiant, John, un requin de la finance que Nicholas surnommait « l'amère loque ».

— John ? Tu t'intéresses toujours à la fille dont tu m'as parlée ? Demanda Nicholas.

— Oui, répondit-il en souriant comme s'il avait lu dans ses pensées. Tu viens à la soirée de l'université ? On y va tous !

— Je danse comme pied ! Il m'arrive même de marcher dessus ! J'te raconte pas la chute ! Mais, d'accord, je viendrai ! Répondit Nicholas en espérant que le « tous » de John incluait Caroline.

Cependant, ce soir-là, il ne la vit pas et ne la chercha pas. C'était la première fois qu'il s'amusait autant dans une soirée. Non seulement la musique n'était pas du style techno mais pop mais en plus, il était amoureux. Il ne pouvait alors pas deviner qu'à la fin de la soirée, quelque chose allait se briser dans son cœur et qu'il allait perdre en grande partie, du moins le croyait-il, les sentiments qu'il éprouvait à l'égard de Caroline. « Non ! » Cria-t-il, en levant les yeux vers le ciel étoilé. Quelle guigne ! Peut-être était-elle passée sous son nez sans qu'il s'en aperçoive ! Ainsi, jusqu'en décembre, il tenta vaguement de continuer de la courtiser mais il n'avait plus le moral. Son rêve, son idéal, s'était évanoui. Il avait, dans un premier temps, naviguer sur la déferlante idéale pour ensuite faire face au calme plat sans le moindre vent pour aller de l'avant. Désormais, il avait un cœur de pierre ce qui lui semblait difficilement surmontable. Il s'apercevrait un peu plus tard qu'il ressentait néanmoins un amour étonnant et mystérieux pour autrui. L'électrocardiogramme lui paraissait plat et beaucoup pensaient (lui-même parfois) qu'il en allait de même pour l'encéphalogramme. Il avait l'impression d'être mort à l'intérieur.

De son côté, Caroline avait été aussi patiente que possible. Mais, pour vivre une idylle, il fallait être deux. Or, Nicholas n'était pas en possession de tous ses moyens. C est ainsi qu'elle choisit quelqu'un d'autre.
Fidèle à lui-même, il lui fallut environ une quinzaine de jours pour s'en rendre compte. En fait, le tout nouveau petit ami de Caroline dû mettre les choses au point. Pendant cet épisode classique entre gens civilisés, Nicholas sourit à Caroline, d'une façon qui l'étonna lui-même. Intérieurement, il voulait lui dire qu'il ne lui ferait jamais aucun mal. Il savait aussi que, de toute façon, lorsque l'on aimait réellement quelqu'un, on n'exigeait rien. Ainsi, la laisserait-il filer, impuissant. Comme si elle l'avait entendu, elle lui répondit par un sourire non moins magnifique. Pour Nicholas, cela eut l'effet d'un baiser. Ses sentiments à l'égard de Caroline réapparurent, aussi pure mais d'une manière beaucoup plus éphémère.
Résigné et quelque peu désespéré, malgré la main amicale qui semblait tourner tout doucement le tuning de sa radio pour zapper les stations, Nicholas s'endormit ce soir-là en percevant le son d'une berceuse…


« If there's any justice in the world
I would be your man
You would be my girl, oh yeah! […]”
“[…] Certains t'ont promis la Terre
D'autres promettent le Ciel
Y en a qui t'ont promis Lune
Et moi je n'ai rien que […]» mes pauvres rimes
« […] I didn't mean to hurt you
I'm sorry that I've made you cry […]”
“[…] y a pas d'anges sur cette terre
A part dans les cimetières, les églises
J'suis qu'un mec
Fais avec
Mais me jette pas […] »
« […] Je me fous de l'odeur des roses
Et de celles qui pourraient m'aimer
Y'en a pas un qui m'aidera à pleurer […] »
“[…] Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t'efface […] »
« […] Je pense à toi mon Amour, ma Bien Aimée,
Ne m'abandonne pas mon Amour, ma Chérie […] »
« […] God only knows
What I'd be without you […] »,
« […] Qui vint à ma rencontre
Que serais-je sans toi
Que ce balbutiement […] »
« […] On s'est connu, on s'est reconnu
On s'est perdu de vue
On s'est r'perdu de vue
Chacun pour soi est reparti
Dans l'tourbillon d'la vie […] »
« […] On a vu souvent
Rejaillir le feu
De l'ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux […] »
« […] J'savais pourtant que le destin
Me ramèn'rait un beau beau matin
Mon légionnaire
Qu'on s'en irait seul tous les deux
Vers quelque pays merveilleux
Plein de lumière […] »
« […] Où je vois tendant les bras
L'amour qui comme un fou
Court au devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve […] »
« […] Où la raison s'achève
Tout au bout de mes rêves […] »
« […] quand on s'est connu
Quand on s'est reconnu
Pourquoi s'perdre de vue
Se reperdre de vue
Pourquoi se s éparer ? […] »
« […] J'avoue
J'en bavé souvent
Mon Amour
Avant d'avoir eu vent
De vous
Mon Amour […] »
« […] Non, je ne regrette rien
Ni le bien qu'on m'a fait
Ni le mal
Tout ça m'est bien égal
Car ma vie
Car mes joies
Aujourd'hui, ça commence avec Toi […] »
« […] Alors tous deux, on est r'parti
Dans l'tourbillon d'la vie
On a continué à tourner
Tous les deux enlassés […] »
Et puis, finalement, s' « […]aimeeer à per-dre la rai-son […] »
« […] Ils se tiennent par la main,
Parle du lendemain
Du papier bleu d'azur
Que revêtiront les murs
De leur chambre à coucher
Ils se voient doucement
Elle cousant
Lui fumant
Dans un bien-être sûr
Et choisissent les prénoms de leur premier bébé […] »…
[…] Et quand vient le soir
Pour qu'un Ciel(it) flamboie
Le Rouge et le Noir
Ne s'épouse-t-il pas. ?[…] »…

Telle était la volonté du Bon Dieu. Peut-être avait-il voulu simplement donner à Nicholas un aperçu de l'amour qui pouvait exister afin qu'il ait envie d'atteindre l'Agapes, ce royaume caché où aucun homme n'est misogyne et xénophobe et où toutes les femmes sont belles.



Epilogue

Le Pari Risqué de la Foi ?

Quand à la fin d'une nouvelle
Tu te retrouves avec une défaite aussi cruelle
Faut prier pour que le désespoir ne tue pas l'auteur
Et trouver un abradacadabra salvateur
Seul Celui qui a changé l'eau en vin
Aurait pu transformer le plomb en or !

Pourtant, pour Nicholas, l'idée de reconquérir Caroline, dans les difficultés de son errante traversée du désert et malgré de louables efforts pour essayer de l'oublier, allait s'imposer petit à petit, mais tout cela est une autre histoire, une suite intitulée plus sage que celle des hommes… et qui commencerait par le message suivant :



De : Fabrice GERMAIN
A : Caroline Helweg-Juillet
Date : 11/07/2008 19:13:16
Titre : He that loves his wife more than he loves Me is not worthy of me (Latest but not least)
J'aurais voulu pouvoir trouver le qualificatif parfait pour décrire tout ce que tes yeux m'ont m'inspiré : la beauté, la paix, le paradis, la pierre précieuse. Je ne l'ai pas trouvé et j'ai même peur qu'il n'existe pas. Aussi, voici trois tentatives de traduction désespérément insatisfaisantes, ponctuées d'une légitime interrogation respective, peut-être chimériques mais justifiées par une foi irrésistible au point de risquer une damnation qui ne peut pas exister tant elle serait injuste :

Will I ever have the insolent opportunity to see and stare at your wonderful Heaven-like blue eyes again?

Tendré la suerte insolente de ver de nuevo a sus ojos azules y magnificos como una mar turquesa y Paradisiaca?

Viendra-t-il le jour Béni où j'aurais la chance insolente de contempler à nouveau tes magnifiques yeux bleus de Déesse?

Que ce jour vienne ou non, sache que j'espère que l'on deviendra au moins de fidèles amis et que je pourrais alors t'aider de mon mieux à réparer les dégâts qui pourront encore l'être, que je ne pouvais pas m'empêcher de provoquer et que je ne pourrais donc jamais regretter d'avoir provoqué.

J'en arrive donc ainsi à cette conclusion périlleuse, dangereuse, hasardeuse, incertaine et risquée : Gloire à Toi et à Ton adorable prénom oh (my?) Little K!

Je n'ai pas réussi à le faire la première fois que le Bon Dieu t'a mise en face de moi, mais s'il se présente une deuxième opportunité et, si toutes les conditions nécessaires et suffisantes sont rassemblées, je ferais alors avec un infini plaisir et sans l'ombre d'une trace d'un sentiment de honte, ce que je fais ici « facilement » sur le papier : m'agenouiller devant toi. Une nostalgie, aussi puissante soit-elle, un don pour la poésie et une forte dose d'idéalisme peuvent-ils suffire à expliquer pourquoi et comment je suis encore capable de t'écrire cela aujourd'hui ? La seule explication plausible se résume à un groupe nominal composé d'un article indéfini, d'un nom commun coiffé d'une majuscule et de son adverbe indissociable, limpide mais peu évident et long à trouver : un Miracle évidemment.

J'ai beaucoup de mal à croire que Dieu condamnerait une éventuelle union finale entre nous, le fruit d'une obéissance mutuelle à ce que nos cœurs nous dictaient, après tous les risques encourus de part et d'autre, malgré les apparences et la morale dont l'existence est nécessaire mais insuffisante pour mener au Salut !


Fabrice Germain


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