Vulgaire soirée…
d'Éric Morin

- Mais pourquoi t'as frappé ce mec ?
- Il m'énervait avec son air bourge et ses réflexions chiantes.
- Mais t'es dingue Jean-pierre ! il t'a juste demandé d'arrêter de hurler avec le juke-box... c'était pas une raison pour lui foutre ton poing dans la gueule... c'est toujours la même chose quand tu picoles, t'es lourd Jean-Pierre ! j'en ai marre tellement t'es lourd... dès que tu es avec tes potes, c'est pire ! vous êtes nuls...
- Bah, t'exagère ! j'ai bien l'droit d'arroser ma dernière soirée avant de reprendre le boulot, Sophie...
- Eh ! rêve pas mec, tu l'as pas encore ce job... tu ne fais que te présenter au patron demain, alors c'est pas joué.
- Ouais... mais Dom m'a dit que c'était bon... le patron est d’accord et ça roule ma poule !
- Bon, allez viens on rentre... moi j'en ai plein les pattes de vos conneries... t'as intérêt à ce que le gars porte pas plainte parce qu'il a le nez en compote ! allez, on se casse... salut les brutes ! J'le ramène à la maison... pfff ! demain on se lève tôt.
- Mais ça ira ma puce, tu verras !
- C'est ça, c'est ça, cuve et tais-toi ; je conduis...

Le lendemain matin, la tête résonne d'une course de mammouths effrénée et les interconnexions entre les neurones se font dans la douleur... fatalement, les corn flakes ne passent pas, et le café a des goûts de renvoi.

- Tu manges, dis, t'as rendez-vous dans une demi-heure !
- Ça passe pas !
- Évidemment, t'aurais pas fait le con hier... tu serais mieux ce matin ! t'as intérêt à assurer ton rendez-vous, sinon j'me casse, j'en ai vraiment marre Jean-Pierre, quand est-ce que tu vas grandir dans ta p'tite tête ?
- Mais t’inquiète pas…
- Allez, magne-toi !

Une chance, la Volkswagen démarre bien ce matin, on ne peut pas toujours se tromper !
- Giflex... c'est là ! bon dieu, je suis pas à l'aise dans l'estomac...

Il entre dans une petite salle d'exposition où sont présentés tous les types de tuyaux fabriqués par la société ; la radio comme musique d’ambiance, des photos de réalisations de chantiers …

- Bonjour, Monsieur, un renseignement peut-être ?
Mince ! elle m'a fait peur... l'estomac a pas aimé... on se calme, putain de whisky qui revient à la surface !

- Euh... oui, j'ai rendez-vous avec M. Girault... je suis M. Pereiras... je viens pour la place de magasinier…
- Ah oui, bien sûr ! M. Girault m'a prévenu, mais il est vraiment désolé, il ne pourra vous recevoir aujourd'hui, il vous prie de l'excuser, mais il a un petit problème de santé qui le retient chez lui... il reporte votre rendez-vous à vendredi, ça vous va ?
- J'espère que ce n'est pas grave au moins...
- Assez si... il s'est fait agresser hier dans un café où il prenait une bière en rentrant chez lui...
- ? ? ? ? ? ? ?

Et ses yeux glissent sur un cadre honorifique debout sur le comptoir... un homme y présente deux tuyaux s'unissant par un raccord "Révolutionnaire"...
- ...C'est... lui ?

Et il le revoit avec le nez en sang... sacrée soirée !
Fin

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