Matin brumeux
de Éric Morin

Le son du moteur qui s'éloignait dans le silence cotonneux de ce matin brumeux provoqua en moins un sentiment de vide et de soudain déséquilibre.

Pourtant, je l'adorais cette fille !

Comme toute belle histoire d’Amour, les naïves banalités m'envahissaient la tête : elle était toute ma vie... je n’étais plus maintenant qu’une coquille vide, balancée aux vents méprisants des souvenirs.

Le funambule que j'étais ne trouvait plus sous ses pieds le mince fil d’Ariane qui me raccrochait au bonheur de son sourire.

Elle était le calice d’eau de jouvence auquel mes lèvres allaient si souvent rendre hommage.
Elle était la lumière qui repoussait les ténèbres, dans la forêt noire de mes sombres pensées.
Elle était le matin qui s'éveillait en chantant des harmonies de douceurs.
Elle était la nuit quand glissait sa jupe dans un soupir de froissement étouffé, et que craquait près du lit le parquet réveillé.
Elle était le miroir, renvoyant ses reflets de jeunesse et de gaieté, que j'ai voulus à tout jamais conserver.
Elle était nos étreintes fiévreuses, respirant d’un même souffle et brûlant des mêmes braises.
Jamais son corps félin ne souffrira les caresses d'un autre.
Aucune main amoureuse ne lissera ses cheveux si soyeux.
Ses ongles peints, ses hanches frémissantes, ses lèvres si finement dessinées, ses petits seins si harmonieusement galbés... tout ceci n’avait vécu que pour moi !

Le son du moteur était maintenant si lointain, le silence retomba sur ce matin brumeux, je nettoyais le couteau sanglant et espérais, avec un sentiment de tendresse, qu'elle n'aurait pas trop froid dans le congélateur...
Fin

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