Horreur sur la personne…
de Éric Morin

Le ciel était sombre et bas ; ce plafond, mouvant lentement, faisait peser sur la cité une atmosphère lourde.

Les hauts immeubles HLM, fraîchement ravalés de couleurs chatoyantes, se rassemblaient en un décor de théâtre grossier, planté stoïquement autour d'un espace vert garni de quelques bosquets de rosiers, protégés de l'assaut des VTT, par des haies d'épineux.

Les places de stationnements cernaient cet espace "vert" et donnaient à l'ensemble, vu de la terrasse des immeubles, un aspect de cases ondulantes sur un jeu de l'oie géant.

La cité respirait calmement en cet après-midi de décembre exceptionnellement chaud, mais tous les recoins ne transpiraient pas de la même quiétude.

Dans l'ombre d'un escalier menant aux caves, Christian affrontait Ahmed et Mourad. Acculé contre un mur, il tentait d'échapper à ses adversaires et d'esquiver les coups. Son nez, touché par un poing, se répandait en un fleuve de sang écarlate, et la douleur se propageait à son cerveau pour éclater en mille étincelles lumineuses de souffrance.

Solène en profita pour remonter l'escalier, encore effrayée par ce qu'elle avait failli vivre, et stupéfiée par ces expressions de méchanceté des adultes.

Un hurlement de sirène résonna entre les bâtiments, elle tourna la tête et se précipita hors de cet endroit qui poissait la violence et la folie.

Les policiers intervinrent durement ; après une lutte aussi brève que rude, Ahmed et Mourad furent ceinturés et, malgré leurs cris d'innocence, ils furent emportés dans le fourgon solidement menottés.
Personne n'écouta leurs explications, la patrouille était à cran dans ce quartier et ils les avaient pris en flag', alors…

Les policiers revinrent pour prendre la déposition de Christian. Disparu ? il avait disparu ! Seule une grande tâche de sang témoignait de sa présence passée, il s'était volatilisé dans les caves obscures de la cité des Combes, lieux de choix pour le tir sur ampoules.

Après quelques détours par les ruelles et les cours intérieures, pour éviter les regards curieux et embarrassants ; il parvint chez lui, le nez abrité d'un mouchoir, afin d'éviter de semer des gouttes de sang peu discrètes sur les pavés de granit clair qui conduisaient à sa petite maison cossue.

Bien qu'à cette heure-ci la maison soit vide, il évita soigneusement la porte d'entrée visible, au carillon bruyant, et passa par le garage.

Il se déshabilla et enfourna tous ses vêtements dans la machine à laver avant de se glisser douloureusement sous la douche.

La cascade bienfaisante calma ses courbatures et apaisa son esprit, il s'abandonna au jet en regardant le long sillon de sang séché, régénéré par l'eau tiède, qui se tortillait en s'enfuyant par la bonde. Symbole d'une sale journée qui ne cherchait qu'à s'évanouir à travers les sombres limbes du temps.

Rasséréné, il cautérisa ses saignements de nez, pommada quelques bosses, se changea, et ressortit deux heures plus tard les yeux cachés derrière des lunettes de soleil…

La cité avait retrouvé son calme, il s'enfonça tranquillement entre les immeubles multicolores et se dirigea vers un espace de jeu où les enfants avaient coutume de se réunir, autour d'une balançoire.

D'ordinaire, on les voyait pratiquer des jeux d'équilibre sur les rondins plantés dans le sable, ou dessiner avec application des figurines éphémères avec leur pelle, sous la surveillance bienveillante du gardien du bâtiment "Bleu de nuit" ; mais, ce jour-là, Solène était seule, assise sur la balançoire.

Arrivé à hauteur des épineux, Christian ôta ses lunettes et s'arrêta pour observer cette mignonne petite gamine de 10 ans, aux yeux bleus, à la chevelure blonde domestiquée par une petite barrette de plastique à l'effigie de Poccahontas, et vêtue d'un blouson rose, fourré autour du cou.

Elle peignait une poupée avec application, elle chantonnait ; elle leva la tête et ses grands yeux bleus candides se recouvrirent soudain d'un voile de peur en reconnaissant Christian.

Sans lui laisser le temps de réagir, il l'attrapa par un bras et la tira violemment vers le coté sombre des immeubles, un petit coin tranquille...

- Je vais pouvoir m'occuper de toi petite garce, maintenant que tes deux sauveurs sont "occupés" ailleurs...

Elle pleurait, il la traîna jusqu'aux caves...

Le lendemain les journaux révélèrent laconiquement deux faits divers apparemment sans relations :

"Insécurité dans les caves de la cité des Combes : un homme agressé par deux jeunes résidents préfère s'échapper à l'arrivée de la police de peur des représailles."

"Stupeur à la cité des Combes : une enfant retrouvée violée et égorgée dans une cave, l'enquête est en cours…"

Trouvez l'horreur ?
Fin

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