Des maux, des camés
de Éric Demai



J'ai mordu le cul de mon pharmacien. Je sais, ce n'est pas convenable. Qu'on damne les cons ! D'abord, il est petit et sec comme un coup de trique. Et puis il est chauve et moi je vois dans sa calvitie, sissi, quelque chose de suspect, un manque de tendresse, une erreur de la tonsure.
Il m'a menacé avec un grand sourire. Donnez moi votre plainte, je vais la déposer.
Depuis le temps qu'il me couvre de questions à chaque fois que je lui brandis au nez un laissez passer pour les seins de ma mère, j'ai claqué ma langue doc. . C'est chez lui que je viens me réapprovisionner. Pas d'argent ! Qu'a cela ne tienne. Ma bourse est vide et elle le reste. Du tramadol gratos, en veux tu en voila, j'entends le rire de mon toubib pour qui la santé c'est bien mais faut savoir arrêter. C'est vrai qu'à la longue, comme l'île, on peut en mourir. La santé tue, c'est inévitable, elle provoque des maladies graves.
Je lui ais mordu le cul parce qu'il m'a cherché des poux. Des poux dans la tête du fou, y'a de quoi se faire des cheveux, perdre son latin, dévoyer ses idées haut ! Files moi ma dose, que je m'en aille. Laisser la place aux occupés des fièvres et des seringues. Impatients les malades à se faire guérir.
Qu'on me chasse ce paltoquet ! Dehors le camé, sur le bitume va consommer, prends ta seringue et tires toi. Débarrassez nous de cette racaille qui travaille même pas pour un salaire !
De la chimie, j'engloutis. Pas pour voir ce que les autres voient pas. Pour l'ivresse. Quand j'ai du pèse, je vais au comptoir du bar. Une bière, deux temesta ! Un café s'il vous plait. On est nombreux dans le bar. A boire ! Mes compagnons de fortune : « si c'était moi au gouvernement, je te les mettrais au pas » c'est sur papa. Une guerre aussi, et puis le sida et les arabes. La routine du comptoir.
Ah ! Comme elle est jolie la vie a ne rien faire, assis a la terrasse. Où vont les gens ? Un baron ! metro, auto, go, go Barmaid ! Ils travaillent, durs, pressés comme des citrons. A cent pour cent Bus, des sardines qui tiennent la rampe, des sillons aux yeux. Le crabe avance lentement, sûrement. Le crabe travail. Oh, le samedi, faut les voir avec le chien ! Tous, un molosse. Ils sont pittbullisés. De quoi ils ont peur. Ils font les beaux et les importants, avec Cerbère fâché, lâché, en pleine rue. Sans muselière. Mets toi a table, un petit blanc ? Moi, j'appelle la police ! Y'a plein de chiens dans les rues ! Des chiens, il rie, le flic. Un aveugle ou un chien, il a aboyé !
Bon, il a fallu faire venir du sang. J'en ai vu du sang par terre. Du sang de gosse, de chien, de flic, de la boulangère qu'a trop montre ses seins. Ça excite le pitbull ! Mesdames, garez vos seins quand un chien passe. Il vous mord les tétons, le faux jeton. Un chien, ça se dresse.
De la poudre aux yeux, j'en ais, j'en vends. Plus pour longtemps. Avant, je la coupais avec de l'aspirine. Les gens, ils avaient pas de maux de tête. Juste le teint un peu blanc. Maintenant, je trafique du tramadol, c'est moins dangereux. y'a des cadavres qui plombent mon espace. Ca commence à tomber sec, les bonshommes. Des histoires d'honneur. Des trucs que je pige pas. Les rues ne sont plus sures. Les gosses se mettent à défourailler avec un sourire.
Un homme a tué un pharmacien parce que celui-ci a insulté sa sœur. Se rendant compte de sa méprise, il a dit à la pharmacienne en pleurs « je reviendrais ».
Moi, ça, ça me fait peur. Je vais immigrer dans des pays sympathiques ou personne ne tue personne. Un hôpital. Je sais, j'en viens. Les gens sont fous, on peut plus travailler en paix.
En attendant la fin du monde, j'ai faim. J'ai les crocs. J'ai opiné du museau, remué la queue et fait le beau devant ma bière. Un baron ! J'ai aboyé.

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