Malade de liberté
par Élisabeth Dufresne

La minuscule pièce dans laquelle j'étais enfermé ne laissait filtrer aucun bruit. Loin au plafond, je voyais une petite ouverture qui me semblait aussi haute que le éclairant à peine mes traits rongés par la maladie. Mon esprit était confus, j'étais tellement fatigué ! Mon propre poids me semblait le plus lourd des fardeaux et je désespérais un peu plus à chaque jour qui passait. L'affaiblissement, la folie qui menaçait de me conquérir... Je ne pouvais plus le supporter ! Je devais m'évader ! La liberté : ce simple mot me réjouissait et me mettait dans un état de grand excitation. Mon visage s'éclaira au fur et à mesure qu'un plan prenait forme dans ma tête. Une idée affreusement simple, mais qui m'emplissait d'allégresse.

Puis, quelque chose me fit douter de moi et me remplit d'une peur troublante. Ce n'était qu'une impression fugitive : un vague sentiment de danger. Pourtant, ma résolution de prendre la fuite ne s'érodait pas, malgré mon instinct qui m'avertissait d'une menace lugubre. L'appréhension me fit trembler autant que l'air glacial qui m'avait tant affaibli. Qu'est-ce qui avait bien pu réveiller ainsi mes sens lourdement endormis par la réclusion ? Probablement ce tel désir de liberté ajouté à la maladie qui me dévorait… Je devenais vraiment paranoïaque !

D'au-delà les murailles de ma cellule, des éclats de voix diffus me parvinrent. Je crus tout d'abord à un mauvais tour de mon esprit, à une plaisanterie de goût douteux jouée par mon subconscient. Un désespoir sans nom m'envahit alors, réduisant à néant mes envies de grands espaces et d'air pur. Je ne savais plus distinguer le vrai du faux, l'illusion de la réalité. Qu'allais-je donc devenir, tourmenté comme je l'étais par le découragement ? Mes rêves s'étaient évanouis aussi rapidement que je les avais tissés avec les fils de mon projet illusoire.

Un soudain regain d'espoir me redonna toutes mes folles espérances. Les murmures lointains s'étaient mués en paroles distinctes ! Une joie immense me transporta, je volais déjà sur les ailes légères de la liberté. Peu importe ce qui arriverais, j'échapperais au joug de mes geôliers. Par contre, mon plaisir était quelque peu gâché par le stress qui comprimait mes muscles et qui troublait mes pensées. Je désirais ardemment m'évader, je le désirais tellement que mes nerfs étaient tendus à l'extrême. Comme les voix se rapprochaient, je sus que le moment décisif arrivait.

L'énervement me donnait la nausée, mais il ne fallait pas que je faiblisse. Mes tortionnaires étaient si près de ma prison que j'entendais leur souffle siffler à mes oreilles. Ils ouvrirent la seule issue : la porte vers la libération. Alors, de toute la force de mes petites pattes de souris, je sautai vers le ciel et m'échappai de l'enfer qu'était devenu pour moi cette chambre de gamin.