Énervement torride
d'Eldritch Palmer

 

Chapitre 1

Catricia se souvenait à peine du vent qu'elle avait mis au tueur schizophrène, tant elle était occupée à chatouiller les pieds de l'as de la contrepèterie, et réciproquement.

Le jeunot du dessus qui du soir au matin apprenait à jouer du tuba très fort et très maladroitement en empêchant tout le monde de dormir ne les gênait d'ailleurs pas du tout. Bien sûr ils auraient préféré du pipeau mais on ne peut pas tout avoir. Là ils étaient ravis de ce qu'ils avaient.

Alors pourquoi aurait-elle pensé à ce psychopathe génial qui n'avait pas donné de nouvelles depuis plusieurs semaines et n'avait auparavant rien compris à ce qu'elle lui voulait ? Désormais, si elle désirait encore devenir son élève, c'était pour améliorer ses qualités techniques mais, à titre personnel, il n'avait rien de fascinant à ses yeux fous. À vrai dire elle voyait de moins en moins comment concilier sa passion pour le crime et sa santé mentale qui peu à peu s'équilibrait.

De temps en temps, en fumant un cigare, elle se demandait ce que devenait cet Oder Kask poursuivi par erreur par le même tueur (il aurait du l'avoir eu depuis longtemps normalement). Et cet inspecteur Clint Jear, disparu on ne sait où. Il y avait également Fédor, parti sur une île grecque pour s'isoler du monde et travailler à son prochain roman.

Ah oui elle aussi devait se mettre au boulot et produire une œuvre mémorable. L'as était d'accord pour l'aider, voilà le principal.

La seule chose qui la gênait était de ne s'être point rendue sur la tombe de certains de ses 32 anciens assistants morts depuis un certain temps. Etait-il temps pour elle de les oublier ? Cela aurait été une trahison. Déjà qu'en respectant les règles corses du deuil elle en aurait eu pour 64 ans en noir ! Dans sa blouse rouge et sexy de légiste, elle connaissait sa part de responsabilité dans leur fin tragique et avait plus d'une fois juré à un mourant de perpétuer sa mémoire. Un paquet d'aller-retours au cimetière en perspective ; pas mal de dépenses en essences et en chrysanthèmes ou à la limite en glaïeuls. Heureusement tout le reste était parfait.

Elle était heureuse comme Lassie à la fin de chaque épisode, comme Flipper le Dauphin en compagnie de marmots rouquins qui lui balancent une tonne de saumon fumé, voire comme une taupe admissible à l'X.

Cependant vu de l'extérieur le bonheur c'est vite chiant et ça nuit gravement au suspense haletant nécessaire à une bonne histoire. Le destin ne pouvait clairement pas laisser cette situation durer. La Catricia haineuse réclamant vengeance, cruelle, tarée et disjonctée risquait de disparaître peu à peu pour laisser place à une personne parfaitement saine et équilibrée, donc moins séduisante. Moins "sparkling" quoi.

La fatalité se devait de lui tomber dessus et de lui porter un coup bouleversant, aidée de la barbarie féroce et raffinée d'une violence puissante. C'est pourquoi elles avaient toutes deux décidé de la prendre par surprise, un matin, après qu'une lumière chatoyante et traîtresse l'aie tirée du pays des rêves.

Catricia ne s'attendait pas à ce que le téléphone allait lui faire. La sonnerie innocente ne l'y préparait guère.

Elle reconnut la voix de Kask ("tant mieux s'il était mort ça m'aurait donné encore plus de boulot"). Comme elle était dans ses bons jours la merveilleuse pin-up poursuivant les pires criminels pour les surpasser décida de faire preuve de compassion :
- Oh je m'inquiète tant pour toi ! Je fais tout pour trouver ce salaud qui te poursuis, je l'aurai, il ne s'en tirera pas et toi si !
- Tu veux dire que tu passes toutes tes journées au labo et ne rentre qu'épuisée chez toi pour remettre ça le lendemain ?
- Hélas il le faut bien, Oder ! (là elle aurait presque voulu que ce soit vrai)

J'ai quelque chose de pénible à te dire, Cat, entama l'agent et sa voix était réellement affligée :"Si par hasard elle ne ment pas, quelle catastrophe ! Il faut que le tueur aie la conviction qu'elle s'en fout de moi et que la bonne cible est ailleurs."
- C'est quoi ? demanda-t-elle en réprimant une insouciance désinvolte.
- Et bien... Il est à nouveau à Seattle.
- Mais c'est une bonne nouvelle, il n'en a plus après toi !
- Le problème c'est qu'il m'a clairement expliqué qu'il cherchait à te faire le plus de mal possible. Il veut toucher tes proches. Désolé.
- Je m'en doutais un peu... Donc il cherche à nouveau ici. Je me demande qui il pourrait bien choisir. Je n'ai pas de famille en dehors d'un ex-mari et d'un demi frère australien.

Évidemment qu'elle savait pertinemment qui pourrait l'intéresser. Dur à digérer. Regardant le visage de l'as endormi bercé par l'aurore, elle décida de ne pas l'inquiéter.
- Il faut que je te laisse, Oder.
- Je comprends Cat. Là je suis en vacances avec ma famille en Floride, mais dès mon retour je t'assiste. Attends, j'ai un truc qui pourrait t 'intéresser, l'adresse e-mail du tueur.

L'as demanda à Catricia de quoi ils avaient parlé et comme les explications obtenues ne tenaient pas plus la route que le calme qu'elle affectait, il lui demanda ce qu'elle lui cachait. Alors Cat se souvint de ses cours sur Kant et suivit ses impératifs conseils catégoriques. (En gros "ne mentez jamais, quelles que soient les circonstances, même si on vous demande si vous hébergez une fugitive". Comme dans un cours de morale de la 3ème république mais en beaucoup plus raffiné)."Bon tant pis autant lui dire."
- Le tueur a décidé de m'atteindre en s'attaquant à un de mes proches. Si tu restes dans l'appartement tu vas être en danger.
- Il ne s'attaquera pas plutôt à ton frère ? Peut-être qu'il aimerait vachement rencontrer ton frangin , remarqua l'as, retournant à son dada.
- Comment fais tu pour pratiquer le contrepet dans de telles circonstances ? ! Sérieux, je ne crois, pas il est trop loin. Tu es pour de bon une espèce menacée.
Il faut t'éloigner le temps que je règle cette affaire.
- Ok si tu l'arrêtes dans les deux semaines. Promis ?
- Promis ! Mais pour une telle performance il me faut un appât.
- Mets ton imagination en marche.
- Euh, par exemple je pourrai choisir un gros beauf dans un bar, et le laisser dans mon lit jusqu'à ce que le schizo de service tente quelque chose.
- Parfait !"Ouf c'est rassurant, elle aurait très bien pu avoir déjà mis ce plan en marche et m'avoir choisi moi..."
- Bon débrouille toi quand même pour que le gars s'en sorte, ce serait plus correct.
- Tu penses ?
- Ca lui évitera de revenir te tirer les pieds pendant les nuits glacées des remords de ta vieillesse.
- Tu as raison, lapinot, mieux vaut être prévoyante.
Enfin, avant de te voir partir, j'aimerai le faire une dernière fois.
- Et moi donc ! répondit il, ostensiblement emphatiquement.
Il attaqua aussitôt :
- Qui connaît son dû a la faveur du ciel.
- Du ciel qui dit "taisez vous en bas" à cette masse de perturbateurs ? rétorqua la belle, de niveau suffisant pour permuter, comprendre et émettre des syllabes baladeuses en temps réel.
- Plutôt du ciel qui à triché avec un couple d'idiots. Du Dieu fortifié au sortir de la messe que déplore la foule.
- Quoi, ces mythes t'abusent ?
- C'est un compère à l'air saint qui m'a convaincu.
Ils se roulèrent par terre de rire et firent une partie de Scrabble Indien.
Cat avait savouré ce moment, peut-être le dernier.
- Va t'en vite, il se peut qu'il nous observe.
Après le baisemain d'usage, elle lui donna une tablette de chocolat blanc pour son quatre heures et le regarda partir en soupirant.
Il traversa la rue sans se retourner et disparut au coin. Les oiseaux n'avaient pas arrêté leur vol pour autant, pas plus que la Terre n'avait envisagé de mettre un terme à sa course en cas d'issue fatale. Intolérable, au fond. Cat se révolta.
Il n'y aurait plus de mort sans nom. Il ne devait plus y en avoir.
Pour s'en assurer : elle se rendit sur le site web de son antagoniste juré mais n'y trouva qu'une ou deux fontes intéressantes . Nulle donnée technique nouvelle.
Juste un message pour elle :"je sais que tu as eu ton diplôme de médecin légiste à l'université du Hamburger".

Aïe que faire ? "Me brosser le nombril avec le plumeau en poil de colombe du mépris ou répondre ?''. Cat demanda à Ray Kroc de l'inspirer, mais il ne l'aida pas. En désespoir de cause elle se dit qu'après tout il n'y avait pas de honte et que le sens de la vie et toutes les valeurs qui étaient les siennes lui avaient été enseignées là-bas (l'humilité, la rage d'arriver première, l'esprit d'équipe, le cynisme et tutti quanta). A un détail près bien sûr : elle avait simplement remplacé les petits pains par l'alcool. Ne dit-on pas d'un bon whisky qu'il "se boit comme des petits pains ?"

Comme elle n'en était plus sûre, elle téléphona à un fameux gourou, le grand K qui pour $79 ne sut pas lui répondre. Elle laissa filer la journée en fumant et en buvant n'importe quoi puis elle hurla dans la nuit et sa plainte se mêla à celle des sirènes. L'heure de faire les bars était finalement arrivée. Sa quête d'un appât commençait. Elle l'aurait par la ruse et il paierait.

À l'autre bout de la ville, le pauvre assassin psychopathe ne se doutait absolument pas de ce qui allait lui tomber dessus. Il estimait beaucoup Catricia et pour rien au monde il ne l'aurait imaginé capable de telles ruses, de tels coups bas. Pour l'instant il vivait dans une douce illusion semblable à la pureté de l'enfance.

Jusqu'ici toute son existence n'avait été que la réalisation partielle d'un rêve puéril : devenir le schizo le plus inventif de l'histoire. Que cette simplicité enfantine était touchante ! Comment Cat osait-elle profiter d'une telle naïveté, d'une pureté si blanche ? ! Un vrai essai nucléaire français sur un atoll du Pacifique cette femme !

Par ailleurs la façon dont elle l'avait traité au téléphone était tout aussi honteuse. Il en tremblotait encore de rage et rognait de près ses ongles. Lui raccrocher au nez au milieu de ses aveux ! Et c'était peu comparé à ce qu'en secret elle se préparait à lui faire.

Bon oublions la noirceur de ce monde et concentrons nous sur les nobles aspirations de ce sympathique bambin.

Il était en bonne voie, mais comme toujours dans ces cas là s'était vite posé un problème : comment recevoir la reconnaissance qu'il méritait ? Il n'allait quand même pas se faire attraper ! Ou alors seulement une fois son œuvre totalement aboutie. Jusqu'ici il se contentait de se développer un public de fins connaisseurs du type médecin légiste. Il savait notre chère pin-up à même d'apprécier son immense imagination. Si seulement elle renonçait à le poursuivre pour simplement l'écouter..."Je dois transmettre ce que j'ai découvert. Cette construction dépasse le cadre de ma simple vie". Quand il réfléchissait à tout ça il avait le même air perspicace, le même regard pénétrant que les équivalents US de l'inspecteur Derrick et de son assistant réunis. En fronçant les sourcils il pensait vraiment marquer l'humanité de son sceau et avait déjà regardé quelle serait sa place dans le dictionnaire.

Effectivement comme beaucoup de meurtriers fous il était plutôt imbu de sa personne. Quoi que dans son cas son réel talent l'expliquait largement. D'ailleurs sa délicatesse était tout aussi grande : il n'avait jamais, au grand jamais fait le coup à personne de l'assassiner sans classe. Pas de coups d'essais, que des œuvres d'excellents niveaux. Il faisait beaucoup de calculs préliminaires, de crash test et d'études bibliographiques pour parvenir à ce zéro défaut. Contrairement à ces vilains tueurs en série qui réutilisent à l'infini la même méthode il avait orienté sa démarche vers une recherche de la qualité. La même différence qu'entre fordisme et toyotisme.

Cependant il avait une sacrée raison de s'inquiéter. Il lui fallait trouver une sixième technique pour son prochain crime et faisait face pour la première fois à l'angoisse de l'impuissance créatrice. Il ne tuerait pas avant d'avoir trouvé. Les jours tombaient les uns après les autres et ses nuits si courtes ne parvenaient qu'à l'embrouiller encore plus.

Un tueur en quelque sorte semblable à l'écolier qui a un devoir dix fois trop long à rendre pour le lendemain. S'il ne trucidait pas un proche de Catricia dans les plus brefs délais celle ci perdrait probablement toute considération pour lui.
Auparavant son inspiration avait été miraculeuse, il s'était senti comme possédé par une force extérieure et maudite. Toutes ses superstitions étaient remontées à la surface, il avait pensé un moment n'être que le médium d'un mal cosmique. N'ayant plus d'idées il délirait beaucoup moins. Ou peut-être était ce faute de délire que les idées ne se pressaient plus à sa porte.

Il n'officiait que pour l'art et ne ressentait pas la moindre haine pour qui que ce soit. Peut-être que la haine l'aiderait à créer. Cherchant comment apprendre ce sentiment il prit la décision d'infiltrer les milieux extrémistes.

 

Chapitre 2

Quelques semaines auparavant, l'inspecteur chef Clint Jear avait par hasard retrouvé le manoir qui hantait sa jeunesse passée. Il y avait découvert un triptyque prouvant qu'une Abomination avait pris la place de sa fiancée 40 ans plus tôt, puis s'était mariée avec lui, avait divorcé et demandé une pension exorbitante. Pour en savoir plus et monter un dossier soutenable devant une cour il s'était enfoncé dans les ténèbres du lieu. Personne ne l'avait revu.

Jusqu'à ce matin-là. Au moment où Kask réveillait Catricia, l'enquêteur surgissait d'un buisson pas loin de l'endroit où demeurait sa voiture, vieilli de 20 ans, l'œil blanchi et l'allure démoniaque. Qu'avait-il vu ? Lui avait-on volé son âme ? Difficile de le deviner.

Il se mit à marcher en ligne droite comme un zombie de série Z. Au bout d'une demi-heure et de quelques escalades de murs, de grilles et de végétation farouche, il parvint à une certaine cabine téléphonique. Il se souvenait y avoir vu des pubs collées pour des prostituées et des marabouts. L'une d'elles l'avait frappé un jour et il sentait qu'elle correspondait à ses nouvelles préoccupations.

Il pirata la cabine, généra automatiquement une fausse carte bleue et composa un numéro à 49$ l'appel et un tarif à la minute croissant de façon exponentielle.

Ouh, qu'il cachait bien son jeu ! A le voir réticent devant la moindre souris personne n'aurait imaginé qu'il était en réalité un as du phreaking et du hacking. Dans le milieu, il se faisait passer pour un gamin de 14 ans boutonneux en situation d'échec scolaire et au bureau il feignait de ne rien connaître à l'informatique. Il affectait par exemple devant Cat de prendre le lecteur CD de son PC pour un repose-coca. Cela faisait bien marrer celle-ci, qui savait qu'il ne faut y mettre que des boissons alcoolisées.

Il avait eu le temps de penser à tout ça en tripatouillant la ligne (et à quoi croyiez vous que les zombies sortis de l'au-delà pensent dans ce genre de situation ?). Il composa le numéro :
- Bureau du grand K, bonjour, quel est votre numéro de carte visa ?
- 7545 2152 5451 1212
- Attendez, je vérifie auprès de la banque.
- Je vous en prie, maître.
- C'est OK."Une carte gold, je vais pouvoir pomper un max. Et j'ai bien raison, un type aussi gnan gnan n'a pas à être millionnaire ! '' Bon voici ma prédiction : vous allez crever avant la fin du mois.
Comme Clint ne bronchait pas, la voix reprit :
- Vous voulez autre chose ? 59$ supplémentaires. Retour de puissance ? D'affection ? Ou alors un envoûtement ?
- J'ai vu que vous faites également dans la révocation de démon, c'est le but de mon appel.
- Hmm , là ça vous coûtera bien plus cher et il faut prendre rendez-vous.
- Pas de problème , je suis un gros naïf bourré de fric.
- À ce point là ? Excellent !
Il donna son adresse et ils décidèrent de se rencontrer le lendemain matin.
L'inspecteur Jear pensa :"quel saint homme, il se tue au travail pour aider les autres.'' Ou peut-être autre chose finalement. En tout cas il n'avait pas beaucoup de pistes et après ce qu'il avait vu dans le manoir rien ne lui semblait plus bizarre.
Il fallait tout essayer et surtout n'importe quoi.

En entrant dans le bar Cat le repéra tout de suite. Il téléphonait en parlant comme quelqu'un qui pense que sa conversation a un intérêt universel. Il semblait très content de lui et se foutait probablement de la personne à l'autre bout du fil. À l'instant où il raccrocha la belle se rapprocha du type. Il était relativement jeune et riche, il n'avait donc pas la moindre excuse. Nulle hésitation ne la retint.

Elle obtint qu'il lui offre un whisky et parut entreprenante. Il trouva étrange que
cette fille demande à utiliser sa propre voiture et son propre appartement. Cependant il avait un flingue sur lui, que risquait il ? Tout de même ces questions...

Que pouvaient bien en penser ce type au visage inexpressif ? "Quel boulot ? Bon elle veut un gars avec du fric. Mais pourquoi elle m'a demandé si j'avais de la famille ? Eviterait elle les hommes mariés ? Ou menace t 'elle après coup de casser les couples ? Pff je ne crains pas l'arnaque, j'y suis passé maître. Enfin s'il y a un miroir les chances sont grandes qu'il soit santin avec un complice derrière... il bossera pour rien''. Oui, c'était probablement ce qu'il pensait. Probablement.

Le lendemain matin il partit alors qu'elle dormait encore. Vers 8 heures Cat se réveilla. Elle s'était endormie très tard en raison de la gêne conjuguée de ce souffle ronflant et de cette présence pesante. Sa chute fut terrible. On l'entendit crier atrocement. Elle avait trouvé sur sa commode un simple billet de 50 $. Pas un cents de plus.

Il lui fallait impérativement trouver un moyen de se calmer. Elle joua aux fléchettes sur la photo d'un mannequin anorexique de 40 kilos, mais n'atteint guère mieux que le cinq. Elle faillit commettre l'irréparable heureusement les vases Ming remplis des cendres de ses ancêtres étaient rudement solides. "Dommage tu aurais pu mourir sans souffrance" conclut la pin-up déçue. Ce qui la vexait n'était pas spécialement qu'il l'est prise pour ce qu'elle n'était pas mais la valeur qu'il lui avait attribuée. Ce n'était pas qu'une passe, elle avait du dormir avec lui à son côté, ou du moins attendre qu'il ronfle lourdement pour prendre la douche compulsive la débarrassant d'une part ce vilain contact. Puis retourner dormir à son côté, par délicatesse, à l 'extrémité du futon. Une nuit dans l'hôtel le plus pourri de la ville tentaculaire aurait coûté ce prix. À ce tarif là, elle se sentait soldée.

On l'entendit hurler jusque dans l'hôtel le plus pourri de la ville, à 5 miles de là.
Se ressaisissant, Catricia Pornwell comprit que le bilan était plutôt positif dans le fond : si elle le retrouvait, elle n'aurait vraiment aucune once de remords à se servir de lui, à lui faire courir toutes sortes de risques.

Il fallait absolument qu'elle se remémore leur conversation. Qu'il avait été difficile d'en tirer quelque chose. "Espérons qu'il reviendra dans ce bar".

En tout cas le tueur riait bien du coup qu'il avait fait à Cat. Sans rien préméditer, un coup de pot. Alors qu'il était assis au bar à s'ennuyer en appelant des gens avec des noms absurdes trouvés dans l'annuaire elle avait soudain surgi, le prenant pour n'importe qui.

"Jamais elle ne se serait imaginé que c'était moi ! Une nuit entière avec elle, et elle ne s'est douté de rien ''. Soudain il frémit en songeant qu'elle aurait pu reconnaître sa voix. Heureusement les tueurs qui appellent les héros au téléphone pour les narguer déguisent toujours leur voix. Pas de problème, le bilan restait largement positif.

Le principal c'était le point auquel la pauvre avait du être vexée."Là si elle s'en remet elle a le moral. Ouahh, c'est encore mieux que le saut à la perche ! ''
"Bon vais-je être obligé d'aller chercher son frère comme prochaine victime si ça continue."

Dans la rue il arborait un tel sourire qu'une ou deux personnes crurent qu'il se foutait d'elles. Il eut bien du mal à les convaincre du contraire mais elles n'étaient pas trop baraquées.

Puis compulsivement il entra dans la première pâtisserie venue et s'empiffra de petits gâteaux, son vice soigneusement caché. Ensuite il se demanda quels étaient les noms des acteurs des Douze salopards et passa le reste de la journée à se creuser les méninges sans succès. Ca c'est de la punition divine !

Vers trois heures du matin il se souvint enfin qu'il s'était juré d'apprendre à haïr, en espérant que cela aiderait son inspiration à revenir.

Il alla chercher dans un vieux petit pays merdeux quelques champions en titre pour le record mondial.

En reprenant des dossiers de différents magazines traînant dans ses toilettes, il tomba sur un article de Laura Léonti à ce sujet. Elle s'y foutait royalement de la bouille de ces pseudo blondinets de souche :
"Le complot juif sataniste cosmopolite extraterrestre américain appuyé par le lobby musulmo maçonnique et la confédération euro écologiste des rose croix de l'art dégénéré veut les faire taire. Heureusement ils ont de très grandes gueules. Par contre ce qu'ils ne comprennent pas, c'est comment tout ce beau monde s'est organisé : sentiment intrinsèque d'appartenance à une même putréfaction innommable ou accord collusoire et provisoire face à un noble adversaire commun ? En tout cas les nazillons de service sont rudement fiers d'avoir monté tous ces salopards contre eux (il est clair qu'il y a un complot, et que les média sont à sa botte !).

Le principal problème qu'ils rencontrent, malgré l'extrême intelligence et l'infinie clairvoyance de leurs justes chefs, est la formation des nouveaux venus par les anciens. Les petits jeunes ont bien du mal à comprendre l'idéologie complexe de l 'organisation et les anciens ont oublié la raison première de leur haine. Ils se gardent bien de l'avouer et pour ne pas se faire repérer redoublent d'agressivité, brandissent leurs cannes d'anciens combattants pour taper sur des harkis. Et puis bien sûr il faut faire comprendre aux jeunes loups qu'il n'est pas pertinent pour eux de tabasser les anciens d'Algérie, malgré leur nom.
Un autre truc qu'ils ne comprennent pas c' était pourquoi le chef ne leur parle pas comme à la télé. C'est vrai quoi, il est très convaincant et s'il disait les choses cash les gens seraient immédiatement convertis. Pourtant il s'entête hélas à ennuyer les téléspectateurs avec des discours fades sans la moindre incitation explicite au meurtre racial. Bon bien sûr tout le monde a fini par comprendre le code . Pourtant on y perd quelque chose, une certaine spontanéité, une force brute et jouissive.

Si le chef c'est plus ça, à quoi il sert le chef ? Ah oui à donner une ligne, une direction, un but, un sens quoi.

C'est tellement jouissif de taper sur ces enfoirés qui vous piquent vos allocs et votre boulot en faisant 25 gosses et en violant vos filles avant de les vendre à leurs cousins. Conclusion : il faut absolument réagir avant que les filles en question ne finissent par aimer ça. Quelle horreur ces vilains corps pas blonds pour un sou, poilus, petits, l'air vide !

Ah, au parti au moins ils sont tous gâtés par la nature, à quelques millions d'exceptions près. Bah, quelques millions c'est un...

À la réflexion, il y a encore un truc supplémentaire auquel ils ne captent rien. Pourquoi on les laisse pas foutre à la flotte tous ces violeurs d'allocs une bonne fois pour toutes. Comme ça plus de problèmes, la vie deviendrait rose, le plein emploi serait revenu accompagné du printemps.

Et puis pourquoi on leur bourre la tête de conneries incompréhensibles à l'école ? N'importe quoi ! Ca ne veut rien dire, c'était juste bon à épater les naïfs, en bref de la merde comme tous ses sales bouquins.

Même au parti on les fait chier avec un bouquin écrit par un charlot dans les années 20 ! On dit que c'était lui qui a tout créé.
- Putain j'y comprends rien on est ses fils spirituels et aussi ceux de De Gaulle et pourtant ils ont pas arrêté de se tolchoker.
- Tout ça c'est la faute aux profs d'histoire qui ont tenté de t'embrouiller le cerveau.
Par ailleurs certains souffrent de ne pas pouvoir revendiquer leur nazisme plus efficacement en raison de leur incapacité à tracer une croix gammée. Enfin avec beaucoup d'efforts et de patience une bonne partie finit par y parvenir.
Par contre aucun n'a jamais trouvé pourquoi les extra terrestres s'étaient mis du côté des narabs. Quels cons ses vénusiens !
- Bah si un jour il n'y a plus ni frontière ni pays sur cette Terre, on trouvera encore quelqu'un sur qui taper."

De quoi atterrer le lecteur.
Il conclut : "bof, plus de bêtise que de véritable haine. C'est vrai qu'à côté d'eux, je suis un type dont l'existence est rassurante.''
Il lui fallait chercher ailleurs. Où poursuivre sa quête ?

"Je devrais peut être infiltrer les milieux satanistes. Ils sont plus intéressants, moins prévisibles et ont si bon goût." D'ailleurs, il possédait déjà quelques connaissances sur les portes magiques en forme de pentacle.

 

Chapitre 3

"L'univers est un mystère plein de forces obscures et sombres qui tournoient dans l'espace millénaire et s'étendent autour de nous en complotant, sans le moindre respect pour notre vie privée. Quand parfois un mortel découvre une partie infime des secrets qui nous préservent de la folie, il tombe dans celle-ci à pieds joints. Le gouvernement tente de nous cacher ces vérités terrifiantes pour notre bien, les vénusiens le tiennent depuis des années et n'hésitent pas à intervenir dans notre vie politique.

On s'y perd, on n'y comprend absolument rien, c'est énervant à la fin. Si on y réfléchit après avoir abusé de substances hallucinogènes, il n'y a rien de plus affreux que cette ignorance. Cette ignorance dans laquelle nous maintiennent les sens frustres, incapables de se saisir de la réalité universelle qu'on n'atteint que par des moyens détournés.

Heureusement des hommes instruits par les dieux eux-mêmes et sages comme des gnous centenaires nous permettent d'entrevoir la lumière. Ces héros des temps modernes, au combien admirables chacun en croise chaque jour sans même s'en douter, lit leur petites annonces en croyant à des arnaques. Le plus digne d'entre eux ? Sans nul doute le grand K. Sa dévotion n'a d'égale que son ultime grandeur d'âme, sa simplicité modeste ou encore son air faussement débonnaire.

Il passe son temps dans les bars, pour convertir les foules en se mêlant à elles avec une conviction débordante. Comme il doit se faire violence pour ingurgiter tout cet alcool qui le dégoûte, pour répondre à ces vannes sans finesse qui sont en réalité autant d'appels d'êtres perdus en quête de vérité !

Exactement l'opposé de ces universitaires au cerveau étroit qui ne supportent pas que quelque chose les dépassent, qui ne veulent pas regarder la vérité en face. Toute leur science et leur philosophie n'est que du vent face aux enseignements du grand K. Son savoir est inconcevable, il peut extraire mentalement la racine carrée de n'importe quel nombre complexe et a lu l'intégrale des aventures de Rocambole. Ce géant sublime parle des langues oubliées des hommes, fricote en permanence avec l'absolu. Chaque jour il sauve le monde en détruisant des centaines de milliers de vaisseaux extra terrestres et de démons ou en chantant des berceuses aux grands Anciens sur le point de se réveiller.

Le plus dur pour lui est bien sûr l'absence atterrante de reconnaissance. Les gens en se réveillant le matin croient que tout cela est normal, leur est dû, que le monde avance tout seul ou aidé de la science et même dans les cas désespérés, du progrès. Quel obscurantisme cartésien !

C'est pourquoi parfois la tentation saisit le grand K d'étaler sa puissance. Priez pour qu'il n'y cède jamais.

En attendant pour vos invocations, révocations, lancers de couverts sans les mains, tables tournantes, malédictions, voyages dans l'espace n'hésitez plus, appelez le !"

Il avait réussi à faire rentrer tout ça sur une carte de visite de taille standard et à convaincre l'inspecteur chef Clint Jear. Ainsi il lui avait donné rendez vous dans le bar où il avait ses habitudes pour voir combien il pouvait lui extorquer. Juste après il devait également voir un petit jeune un peu simplet persuadé qu'il lui ouvrirait les portes du satanisme. Pour quoi faire ?!

Au volant de sa porsche 911 il y réfléchissait. "Remarque c'est vrai il y a des boîtes satanistes très sympas à New York et à moins d'être accompagné de quelques canons c'est quasiment impossible d'y pénétrer. S'il me paie 1000$, je lui donne ce type de conseil . Alors que l'Eglise de Satan est légale depuis 1966 et qu'on la trouve dans l'annuaire !". En général il n'avait guère une très haute considération de sa clientèle.

Cat était assise dans le coin et remettait de temps en temps une pièce dans le juke box tout en guettant sa proie.

Quelle ne fut pas sa surprise en voyant surgir tout d'un coup son supérieur disparu depuis deux mois, Clint Jear ! Elle se leva pour essayer de comprendre quelque chose car elle n'appréciait pas d'être trop dépassée par les événements. De plus elle n'avait jamais rencontré de zombie aussi mal rasé.
Il était passé sans la voir et attendait quelqu'un au bar.
- Clint, je m'inquiétais tant pour vous ! Que vous est il arrivé ?
- Désolé Catricia vous faites erreur.
- Oh excusez-moi monsieur.

Se retournant elle comprit soudain. "Mon Dieu, que je suis distraite ! Il avait un bretzel dans sa poche, ça ne peut-être que lui."

Elle lui sauta dessus bien plus énergiquement qu'au premier essai. Cependant l'autre, qui était rudement malin, avait mangé son bretzel à toute vitesse. Il lui redit"mais non vous vous trompez". Hélas il en fit trop et son large sourire découvrit des morceaux collés entre ses dents (dont une était gâtée).

Par un réflexe extraordinaire elle dit :" excusez moi vous avez quelque chose de coincé". Il était acculé. Mu par l'émouvante énergie du désespoir il lui parla à l'oreille :
- Écoutez, je suis ici incognito. On nous surveille. Mettez-moi une claque et traitez-moi de vieux cochon pour limiter les dégâts.
- Voyons, je ne peux pas, je vous respecte trop.
-
Alors il fit quelque chose de convaincant. Une fois de plus la réaction de la jeune femme fut telle qu'on se serait cru dans un dessin animé japonais. Puis elle alla se rasseoir et songea un instant à utiliser Clint comme appât. Comme tout le monde la regardait elle demanda "mais qu'est ce que vous regardez ?". Ce qu'elle pouvait être candide des fois. La mayonnaise sur sa joue droite bien sûr !

Quelques minutes plus tard elle était calmée et se dit "s'il me donne une excellente raison j'envisage de lui pardonner. Et puis j'ai de toutes autres priorités. Il faut absolument que je retrouve ce type puant."

"Pourquoi a t 'elle dit qu'elle s'inquiétait pour moi ? Je l'ai pourtant vue hier matin". Clint ignorait qu'il avait été soumis à une distorsion de temps. Il demanda le journal, constata les dégâts et n'en fut guère traumatisé. C'était plutôt rationnel par rapport à ce qui lui était déjà arrivé.

Accoudé au bar, oubliant Catricia et le temps, il repensait en attendant le grand K à tout ce qu'il avait vu dans le manoir.

La disposition des pièces lui avait semblé impossible, et celles-ci lui avaient paru trop nombreuses pour cette taille de bâtisse. De nombreux escaliers tordus donnaient sur des niveaux intermédiaires et certains passages n'auraient laissé passer personne d'autres que des farfadets. Plusieurs fois déjà il s'était enfoncé dans les tréfonds de la terre et était remonté jusqu'aux combles. Au bout de quelques heures d'exploration, ne revenant jamais au même endroit il s'était mis à imaginer que la disposition du lieu changeait au fur et à mesure de sa progression. Les pièces se ressemblaient, il y avait les mêmes meubles, les mêmes tableaux. Parfois couverts de toiles d'araignée et parfois mystérieusement entretenus. Il avait retrouvé les mêmes motifs sur des chandeliers flambants neufs et absurdement allumés que dans des tas de brics à bracs rencontrés un peu plus tôt. Tout un peuple de créatures fantasques semblait s'activer autour de lui et remettre les lieux en ordre ou en désordre sur son passage. Pénétrant dans une pièce il avait refermé la porte, attendu quelques secondes, puis l'avait ouvert brusquement.
Le capharnaüm avait effectivement disparu, laissant place à une pièce vide, froide où un vent venu de nulle part soufflait. Il n'y avait nulle lampe allumée, nulle fenêtre mais il n'avait guère besoin de sa lampe torche pour y voir. Il avait contemplé un instant le corps blanc qui brillait qui lui tournait le dos, se reposant simplement sur un tapis aux motifs inhabituels.
Reprenant son souffle il s'en était prudemment approché. S'attendant à tout danger il avait prudemment effleuré l'épaule nue.
- Ah Clint c'est toi.. je me suis endormie et tu m'as portée à l'intérieur ?
La créature avait vingt ans. Il lui avait souri instinctivement.
- Sarah ? !
- Qui voudrais tu que je sois ?
Le rire n'était pas celui d'un démon."Pourtant ça ne peut pas être elle. Je suis vieux, elle ne devrait pas me reconnaître ou être effrayée. Cette chose me tourmente. ''
Cherchant son arme dans sa poche, il avait soudain vu sa main. Il n'y avait plus la moindre ride.

Attendant en sirotant une bière, Catricia vit un homme s'approcher de l'inspecteur Jear. Ils ne semblaient pas bien se connaître mais elle était trop loin pour entendre leur conversation.

Tiré hors de ses souvenirs par le grand K, ce vieux Clint commença son récit.
Quinze minutes plus tard :
-"J'ai presque envie d'y croire '' Hum, voici un des cas les plus intéressants que j'ai rencontré dans ma carrière. Vous avez raison, c'était vraiment votre fiancée de l'époque."Il faut absolument lui faire croire que je connais la question. Etre absolument péremptoire. ''.Que s'est il passé ensuite ?
- Je l'ai serrée dans mes bras. J'ai imprimé son visage dans ma mémoire et oublié celui du monstre sexagénaire qui a volé sa place. Je n'étais plus accoutumé à cette beauté. J'ai passé un moment avec elle et dit que je revenais cinq minutes plus tard. Puis j'ai sauté par la première fenêtre rencontrée et atterri dans un abreuvoir.
- Les cinq minutes seront tenues pour elle. Je devine que vous hésitez à la faire sortir.
- Moi je suis redevenu le vieux machin que vous avez en face de vous. Je ne sais pas ce qui se passerait.
- Si nous révoquons l'infâme démon que pour plus de commodités nous nommerons l'Ex je pense qu'il y a une chance. Elle sera sans doute intacte physiquement mais vous aurez du mal à limiter le choc. Elle se croit en 1956.
- Une autre solution serait de la laisser là-bas et de profiter d'une éternelle jeunesse en sa compagnie.

Alors un type à droite d'eux intervint
- Mais il faudrait la retenir prisonnière , et puis quoi encore !
Clint répondit :
- Merci de ce conseil mais j'allai aboutir à cette conclusion et c'est très impoli d'écouter la conversation des gens.
Se détournant et parlant à nouveau au grand K il ajouta :
- OK, on va massacrer le démon.
Le type à droite faisait 120 kilos et était persuadé d'être un modèle pour les enfants alors il mit son poing dans la gueule de Clint.
N'écoutant que son courage, Cat cassa sa chaise sur le dos de la grosse brute. Alors une nuée d'enfants surgit de nulle part et commença à la lyncher.
- Mégère tu as attaqué notre modèle !
Il y en avait partout, de toutes les couleurs et ils sautillaient en bloquant tous les mouvements de notre héroïne. Ils étaient vraiment très énervés et semblaient promis à un brillant avenir dans les OPA hostiles. Bientôt ils la submergèrent en la tirant par les pieds comme les fantômes de ses victimes sous la couette la nuit. Les autres dans le bar ne faisaient rien pour l'aider, amusés ou tétanisés par la peur. Le gros était vraiment fier de lui et encourageait les gosses, sans cesse plus nombreux. Il était également fier des gosses qui avaient compris les valeurs essentielles qu'il enseignait : le lynchage, l'attaque en nombre, l'absence d'hésitation à frapper une femme... Je n'aurai pas voulu être à la place de la pin up à cet instant. Le gros ne semblait clairement pas décidé à les arrêter, maintenant les petits diablotins montaient à quatre sur elles. On se serait cru dans le film"le village des damnés". Etait-ce la fin ?

 

Chapitre 4

Et puis quoi encore ? Elle en saisit un au hasard et l'utilisa comme un gourdin.
Bien sûr elle souffrait terriblement d'avoir à faire ça. Mais ces marmots n'avaient pas le droit de pénétrer dans un bar à leur âge et ils recevaient leur juste châtiment.
Un serrement de cœur la serrait chaque fois qu'elle entendait leurs petits cris stridents.
A la fin elle leur donna à chacun un carré de chocolat.
Tandis que les gamins sortaient en titubant et que leur maman leur demandait ce qu'ils avaient bu, le tueur schizophrène entra.
Sans voir Cat il demanda : - est ce que le grand K est ici ?
- Oui c'est moi. Ah nous avions rendez vous ? Le problème c'est que je dois faire une révocation de démon tout de suite. Enfin j'ai besoin d'assistants pour l'opération. En plus cela constituera pour vous une bonne introduction aux rites satanistes. Si vous me suivez je vous fais une remise de 10%.
- Parfait.
Cat sauta sur l'occasion :
- Il ne vous faut pas un autre assistant ?
Le schizo incognito sursauta en la voyant. Il blêmit et se mit à suer à pleines gouttes en entendant la réponse :
- D'accord madame, je vous paierai 50$ répliqua le grand K avec magnificence.
- Brillantissime , conclut-elle l'air particulièrement enjouée.
"Ca me permettra de me rapprocher de ce cher jeune beauf. Il faut que je m'accroche à lui ''
Le tueur génial qu'elle prenait pour un simple bibendum blêmit .
"Qu'est-ce que ça veut dire ? Elle se doute de quelque chose ? Jouons celui qui ne la connaît pas .''
Clint Jear parla discrètement à l'oreille de Catricia :
- Qu'est-ce qui vous prend ? Cette affaire ne regarde que moi.
- J'essaie simplement de vous aider, improvisa t 'elle.
- Mouaif ... S'il faut sacrifier une jeune vierge à un moment je prétend que vous l'êtes.
- Enfin, Clint, personne ne le croira !
- C'est vrai, personne ne voudrait de vous mais vous n'êtes plus très jeune.
Légèrement contrariée, Catricia sortit son revolver et le tua à bout portant. Ah non... Heureusement elle était tellement nerveuse qu'elle ne parvint qu'à lui faire sauter son chapeau.
Pour éviter la chaise (d'autres affaires auraient pu resurgir en cas d'enquête sur son compte) elle prétendit qu'une force extra terrestre s'était emparée d'elle un court instant. Le grand K confirma :
- Il se passe toujours des trucs bizarres dans mon entourage. Je sens que la force vient de vous quitter. Mais un traitement rapide s'avère indispensable. Connaissez vous un bon organisme de crédit ? (la note sera salée)
- Je sens que vous allez bientôt m'en présenter un. On en discute dans votre voiture.
- D'accord ."Bof elle fera quelques hold up et j'en prélèverai un imposant pourcentage ''
Personne ne s'enquit de ce qu'en pensait Clint. C'était :"Ouahhh, quel tempérament. Ca c'est une femme fascinante. Si en sortant du manoir l'autre devient vieille je fais l'échange ''

Ensuite ils se trouvèrent à quatre dans une porsche 911, ce qui est particulièrement frustrant dans un pays où la vitesse est limitée à 90km /h.
- Vous savez qu'en Allemagne il n'y a pas de limitation sur les autoroutes ? demanda le grand K rhétoriquement .
- C'est étrange j'aurai imaginé qu'un saint homme comme vous avait renoncé aux valeurs matérielles. Pourquoi n'est ce pas le cas ? demanda Cat candidement.
- Ce ne serait que pur orgueil , il faut accepter les vicissitudes de la fortune comme elles viennent. Personnellement j'ai en horreur ces vilains hères qui passent leur vie à se définir en fonction des richesses qu'ils prétendent mépriser.
Face à une telle explication, elle pouffa. Comme l'autre en était tout rouge il lui communiqua sa couleur. Pour s'excuser :
- Pardonnez moi, la force extra terrestre m'a repossédée un cours instant. Je ne me permettrai évidemment pas de douter de votre haute illumination spirituelle, maître.
- Vous pouvez m'appeler grand K chère amie.
Pendant ce temps le tueur se demandait ce qu'il était venu faire dans cette galère.
"Elle joue avec mes nerfs ou quoi ? Si elle sait qui je suis pourquoi me harceler comme ça ? Et dans l'autre alternative pourquoi ne tente t ' elle donc rien ?''
Clint Jear, quand à lui pensait"Je suis déjà à dix huit bretzels aujourd'hui. Je dois attendre au moins un quart d'heure avant de prendre le suivant. Damned ! Vais je tenir ? '' Puis il vit un insecte tenter de sortir par la vitre arrière en rebondissant inlassablement contre un obstacle invisible pour lui. A la quinzième tentative inaboutie il comprit la vacuité de la volonté. En plus il venait de frôler la mort. Alors il craqua une fois de plus.

Ils s 'arrêtèrent dans une clairière isolée à l'écart de la ville. Il y avait juste un tronc mort couché sur un tapis de mousse. Le grand K sortit un morceau de pâte à modeler et le tendit à l'inspecteur :
- C'est un rituel de mort. Il faut que vous représentiez la victime le plus fidèlement possible.
Pour s 'exécuter Jear se remémora un tableau de Bacon, y ajouta quelques couches de Giger et une pincée de Munch. Puis il écrasa le résultat entre ses mains et rendit un paquet informe sur lequel il avait simplement tracé à les mains les lettres L'E X.
- Bon il est temps que je vous explique les principes...
Cinq minutes plus tard comme ils étaient tous consentants la cérémonie put commencer. Cat fut appelée la Prêtresse, le grand K le Maître de cérémonie. Le schizo fut appelé Pif et Clint Paf. Comme ils ne voulaient pas irriter le Maître ils ne s'en plaignirent point.
La pâte avait été disposée au cœur du tronc et un chandelier posé au dessus. Ils se basèrent sur un rite officiel et reconnu dans le milieu. L'équinoxe d'automne était passé et le solstice d'hiver aussi mais ils passèrent outre. Le climat n'étant pas méditerranéen à Seattle ils durent également s'asseoir sur un autre principe de base (pour les lecteurs qui par extraordinaire l'ignoreraient les conditions météorologiques sont une donnée importante).
Par contre ils auraient pu faire l'effort de trouver un volcan ou au moins le sommet d'une montagne ! Mais ils avaient tous trop mangé et une ballade trop longue à travers la rocaille leur faisait un peu peur. Ils firent le pari que l'axe du tronc donnait sur le point où Uranus apparaît une fois par an, en compagnie de Jupiter. Bon la lune serait là dans quelques heures, c'était déjà pas mal."C'est fou ce que ça peut être restrictif un rite satanique ! Qu'ils ne s'étonnent pas d'avoir si peu d'adeptes sérieux. En plus les trois quart déclarent sans sourciller qu'ils ne croient même pas en Lucifer... '' s'inquiétait le Maître de cérémonie en s'apercevant peu à peu qu'ils auraient bien du mal à coller aux exigences drastiques du Mal."Ils disent que la Lune doit occulter Dabith '' lut il ensuite dans le petit bouquin trouvé au passage dans une librairie du coin."Je sais même pas ce que c'est Dabith, l'essentiel c'est que je ne le vois pas. '' Le temps qu'ils comprennent quelque chose aux techniques à utiliser la Lune était apparue.
Les Energies avaient l'air en forme et prêtes à se mettre au travail. Avec des zigotos pareils il était évident qu'elles en auraient un maximum.

Ils optèrent pour la version Chtonique de l'opération. La Prêtresse engagea les hostilités en répétant sept fois"Nythra kthunae Atazoth". Elle tenait une bouteille de bourbon sensée remplacer le cristal idoine, en faisant bien attention de garder les paumes vers le haut. Il lui fallait faire vibrer le Cristal sept fois, les quatre premières"projetées"(personne dans l'équipe n'avait compris ce que cela pouvait bien signifier). Pour faire illusion elle le frappa rempli à moitié 3 fois puis le vida d'un trait.
A cet instant le Maître s'aperçut qu'il devait y avoir aussi un Prêtre et que le Prêtre et la Prêtresse se tenaient habituellement nus pour la cérémonie. Comme il était trop tard pour désigner un Prêtre, Catricia resta comme elle était. D'ailleurs il faisait bien trop froid.
"Binan ath ga wath am"
Comme il était très puritain le grand K omit quelques détails annexes, qui n'auraient pas fâché Cat, et ils restèrent plantés là à attendre qu'une Porte s'ouvre au milieu de la clairière. Au bout d'une heure ils s'aperçurent qu'il fallait en fait enterrer le Cristal.
"Aperiatur terra, et germinet Chaos". Il y eut une lumière aveuglante. Une voix indescriptible, glaçante et terrifiante gueula :
- Qui ose me réveiller à cette heure ? Uranus et Jupiter ne sont même pas alignées, vous allez payer le prix fort mes gaillards ! Car, voyez vous, on ne m'invoque impunément qu'un seul jour par an.
- Pardonnez nous de vous déranger cher monsieur mais pouvez vous nous rendre un service ? demanda notre héroïne en montrant bien qu'elle n'était pas du tout impressionnée.
- Je n'ai pas le choix mais attention une fois le rite terminé je suis inévitablement libéré et je peux me venger des importuns. Vous qui demeurez en ces lieux maudits abandonnez toute espérance ! Je songe déjà à vous embrocher !
- Euh.. vous désirez peut-être un café ou un thé ? C'est vrai votre voyage a certainement dû être pénible. Tenez, mettez vous à l'aise.
La Chose Innommable était en fait très sympa et ils sympathisèrent vite. Ils se racontèrent quelques bonnes blagues et échangèrent des recettes de cuisine puis la Chose demanda la permission de partir plus tôt.
- Excusez moi, j'ai un match de tennis, c'est urgent. Je peux vous indiquer un collègue, il vous aidera au moins aussi bien que moi. Vous n'aurez même pas besoin de le faire venir, il travaille à domicile en tuant à distance.
Fort urbaine, la Chose Innommable leur indiqua la marche à suivre mais oublia malheureusement de leur donner son numéro de téléphone. Bah, ils avaient toujours un moyen de la rappeler.

Suivant le conseil de la Chose Civile et Sympathique ils commencèrent le"rite de la mort", griffonné à la va vite sur un minuscule morceau de papier sentant le soufre. Elle avait dit que ça marchait aussi contre les créatures de la nuit.
Cat : - Je descendrai aux autels des enfers
Tous : - Vers Satan le créateur de vie
Là le rite exigeait qu'elle roule un patin à Pif. Moyennement ragoûtant mais ça cadrait bien avec ses plans.
Tous : - Aide nous, Prince des Ténèbres à réaliser notre volonté.
Paf : - Agios o Satanas !
Pif : - Agios o Satanas ! Venire !
Paf : - Venire !
Le maître : - Dominus diabolus sabaoth. Tui sunt caeli
Tous : - Tua es Terra !
Le maître : - Ave Satanas !
Répétition générale.
Cat traça dans l'espace un pentagramme inversé puis commença l'invocation à proprement parler : - Nous les forces du Chaos poursuivons NN
Alors le Maître de Cérémonie intervint : - non je crois qu'il faut remplacer NN par le nom de la victime.
Paf intervint, outré : - vous n'avez aucune culture ? NN est un esprit très célèbre
L'autre se défendit : - mais vous avez bien fait des maths à l'école ! C'est comme x, c'est une inconnue qu'on peut remplacer par n'importe quoi.
Ils votèrent pour savoir qui avait raison et comme ils aboutirent à 2 contre 2 ils décidèrent de tirer à pile ou face. Le Maître de Cérémonie eut gain de cause.
Le maître : Nous poursuivons l 'E X
Cat : - Par notre volonté elle sera détruite
Tous : - Par notre volonté elle mourra
Cat : - Rions et tuons !
Paf : - Rions et tuons puis dansons pour notre Prince.
Cat : - L'E X se meurt !
Tous : - Hip hip hip hourrah !
Cat : - Nous l'avons tué et maintenant glorifions notre crime !
Puis ils se mirent à rire, la congrégation rit et sauta sur place en criant :
- La Terre rejette l 'E X !
Pif : - Tu rejettes l 'E X !
Ensuite Cat devait faire tout un tas de trucs en tant que Prêtresse avec les autres mais tous ses sauts les avait bien trop épuisés. Avant de tomber de fatigue sur le sol mousseux ils ajoutèrent"Dignum et justum est".

Ils avaient du rater quelque chose parce que juste à cet instant la version vieille et rêche de la femme de Clint surgit, en tenue de jogging.

 

Chapitre 5

Particulièrement remontée elle attaqua :
- Vous n'êtes vraiment pas passés loin mes salauds ! Heureusement vous ne connaissiez pas le nom du démon que vous invoquiez. Si je n'avais pas fait attention je me serai révoquée moi même !
Pour la forme elle émit un rire atrocement épouvantable avant de poursuivre :
- Clint je te laisse la vie, je tiens à ma pension. Mais attend toi à entendre parler de mon avocat dans les prochains jours.
Les rares cheveux de l'infortuné se dressèrent comme s'il y avait eu une différence de potentiel entre racine et extrémité de plusieurs centaines de milliers de volts.

- Les autres... je vais sonder vos âmes pour découvrir ce qui vous causera le plus de souffrances.
Elle regarda Cat et sans la moindre hésitation décida :
- Je vais t'envoyer à Disneyland en compagnie des enfants d 'Oder Kask ! !
La malheureuse, désespérée, ne fit plus le moindre geste et resta aphone.
Puis l ' E X passa au tueur schizo :
- Tiens, tiens, tu as pas mal de choses à te reprocher... Je sens que dans ta punition on va utiliser quelques fourchettes. Ce sera un juste retour des choses. Pouah, j'ai toujours eu horreur des psychopathes ! Ils font les malins en laissant plein de traces sur le lieux de leur crime mais après quand il faut affronter son juste châtiment, il n'y a plus personne. Essaie de ne pas faire de crise cardiaque avant que je ne me sois délicatement occupé de toi.
Une lueur quasi imperceptible traversa le regard de Catricia. Sans y prêter attention l 'E X se tourna alors vers le grand K.

Elle comprit et ne put réprimer sa terreur"palsambleu ! ''. Jamais la créature infernale n'avait croisé une telle puissance."Je suis foutue, une force inconnue le guide'' . Tentant le tout pour le tout elle se jeta à ses pieds en le suppliant de l'épargner. L'autre ne s'était jamais senti aussi bien, sauf une fois à l'école primaire quand il avait badigeonné les cheveux d'or de sa petite voisine d'encre noire. C'est pourquoi il ne répondait rien et se contentait d'un sourire cruel comme une classe de maternelle."Et dire que j'avais toujours cru que c'était du pipeau ! Ma mère m'a vraiment transmis le don. Merveilleux, une nouvelle aube se lève sur ma vie. '' Pendant ce temps la chose à ses pieds argumentait comme elle pouvait en sortant toutes sortes d'arguments captieux. Elle tenta une démonstration par récurrence , une par l'absurde, essaya de raisonner par condition nécessaire et suffisante, invoqua le théorème de Fermat mais rien n'ébranlait le grand K.
Comprenant qu'elle ne l'aurait pas par l'esprit elle tenta d'attirer sa pitié. Elle le regarda dans les yeux avec un air de chien implorant. Et s'aperçut que la lumière verte au dessus de la tête du K avait disparu.
- Ha ! Ha ! Que je suis bête ! C'était une simple aurore boréale !
Par un bond impressionnant elle se remit droite et fière.
- Désolé mon vieux, une petite erreur, tu n'es bien qu'un minable escroc. Je vais réfléchir longtemps à ta peine, je tiens à me surpasser.

Quelle inculture ! Il n'y a jamais eu d'aurore boréale à Seattle. En réalité la lumière verte venait d'un groupe d'extra terrestre tapi dans les bois. Les mêmes que ceux qui avaient possédé Cat dans le bar et dans la porsche. Ils étaient passé derrière l ' E X et se préparaient. Comme"aurore boréale"est une terrible insulte en vénusien ils se préparaient à lui faire très mal.
Cat en vit un qui mit ses tentacules devant ses bouches pour lui faire signe de ne pas attirer l'attention. Elle ne comprit pas et resta bouche bée. Bon c'est le résultat qui compte.
Alors un des vénusiens se transforma en pingouin géant et goba la créature de l'enfer. Cela le mit en appétit, ils rentrèrent donc vite dans leur vaisseau qui se trouvait par là et traversèrent la galaxie pour aller manger une pizza.

Profitant de la confusion le tueur démasqué s'enfuit discrètement en courant. C'était la nuit et il allait très vite, ce qui devait arriver arriva. Il ne devina pas la présence d'une falaise de cent mètres de haut à temps et la dévala comme un sac de patates périmées. C'était un dur mais pas au point de s'en tirer intact. Entendez que son visage fut quelque peu remodelé par l'expérience douloureuse. En se traînant il parvint finalement à ramper jusqu'à son repère secret. Il titubait tellement qu'il tomba dans le la piscine d'acide qu'il avait fait installer dans l'espoir d'attirer Batman chez lui. Là encore il survécut miraculeusement à ses blessures. Sans même prendre une douche il alla se coucher en regrettant de s'être levé. Avant de s'endormir il se rappela qu'il lui faudrait tondre le gazon le lendemain.

Cat avait tenté de le poursuivre et entendu à temps le bruit de sacs de patates périmées roulant indiquant la présence d'une falaise."Zut pile au moment où je découvre son visage il en change ! ''
Quand elle retourna à la clairière, Clint n'était plus là."Très certainement parti au manoir pour voir ce qu'est devenue sa fiancée .'' Le grand K par contre était resté et songeait à son quart d'heure de gloire.
- J'aurai bien voulu y croire. Je ne suis qu'un misérable arnaqueur .
- Vous n'êtes pas un escroc, ce que vous vendez c'est du rêve.
- A 7$ la minute j'ai un doute.
- Non , le secret est là . Il ne faut pas douter. Je suis sûre que si on suit exactement les indications de votre livre on obtiendra des résultats brillants. D'ailleurs la première invocation a réussi .
- Oui le livre est bon. Mais n'importe quels collégiens y seraient arrivés avec.
- Quel pessimisme ! Ce n'était qu'un diablotin. Si nous suivons tout à la lettre, le Prince lui même s'intéressera à votre talent.
A ces mots l'expression du grand K changea. Il eut un sourire plus large que ses épaules. Sans se soucier du froid ni de l'art du contrepet, ils s'attachèrent à respecter les prescriptions les plus brûlantes.
Fin

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