Catricia Pornwell
d'Eldritch Palmer

 

Chapitre 1

Il y a 17 façons de tuer avec une petite cuillère et seulement 3 avec une fourchette, c'est pourquoi ce matin la splendide pin-up médecin légiste Catricia Pornwell fut agréablement surprise d'en découvrir une toute nouvelle sous la forme d'un affriolant cadavre encore chaud. Du coup elle regrettait presque d'avoir insulté au téléphone l'agent qui l'avait appelée si tôt pour lui donner encore plus de boulot : depuis la mort tragique de son 32e assistant en sept ans, la malheureuse grande fille était en effet surchargée, mais une enquête aussi prometteuse lui réchauffait le cœur, bien plus que l'immonde lavasse qu'on vous sert dans ce pays (elle-même s'en rendait compte). À 5 heures du matin dans le downtown, derrière un bar minable dans la poubelle duquel avait atterri la victime du crime artisanal le plus ingénieux de l'histoire, son bourbon l'aida également à tenir. "Ah, du Jack Daniel's", se réjouit-elle.
Cat avait tout de suite compris qu'elle avait affaire à quelque chose d'exceptionnel.
- C'est du jamais vu, avait-elle confié à l'inspecteur Jear, chargé de l'enquête et penché sur le même corps.
- Oh vous savez en 30 ans de carrière, j'ai connu de biens pires horreurs. "Dont mon ex-femme", ajouta-t-il mentalement.
- Je ne parle pas du résultat mais de la méthode. "Époustouflante, brillantissime au bas mot."
- Et bien le meurtrier devait être maladroit et a tout tailladé n'importe comment.
- Non bien au contraire !, avait-elle répliqué en tentant vainement de cacher une partie de sa consternation. "Mais qu'est-ce que c'est que ce plouc ? Il ne connaît rien au raffinement ! Toute sa vie, il est passé à côté du charme subtil de ses enquêtes dans les bas-fonds. J'exagère là. Mais un peu."
- Que voulez-vous dire ? Il a porté des dizaines de coups avant d'obtenir quoi que ce soit. Son couteau devait être merdique. L'autre ne s'est vraiment pas défendu.
- Voyez plutôt, il a utilisé une fourchette ! "Remarque il faut être du métier pour le voir, c'est vrai, il faut bien que je serve à quelque chose. C'est tout de même un chouette boulot."
- Sérieux ? Je vous crois sur parole, Cat. C'est glauque. Bon je vous laisse, je vais parler au gars qui l'a trouvé ce matin. Il a l'air de savoir quelque chose, je sens que ça va être du gâteau cette fois, il n'y a pas de quoi s'attendre à des surprises éblouissantes. Ses enquêtes se ressemblent toutes à la fin ! À vrai dire, j'aimerais bien que vous ayez raison, qu'il y ait quelque chose d'inhabituel dans ce crime mais je n'y crois pas vraiment. On se revoit après l'autopsie, salut ma chère ! "Tiens c'est étrange, il ne m'a pas parlé de sa tendre moitié."

Elle le regarda s'éloigner, lui et sa moustache soigneusement entretenue ; il était ultra classique avec son bel imperméable et elle se demanda si c'était cette épouse si souvent citée qui lui avait offert. Pour se marrer un bon coup, Cat imagina le portrait de la tendre moitié, brossant ses traits en fonction des dires du patron, passant outre les multiples contradictions jusqu'à aboutir à une image d'outre-tombe.
Elle repassa de la femme au mari.
"Tu n'obtiendras rien de lui, ce n'est pas comme ça qu'on mène une enquête à l'aube du 21e siècle. Ce sont mes instruments qu'il faut interroger, pas les témoins qui se demandent pourquoi ils ont fait la bêtise de nous appeler et regrettent leur tranquillité. Le pire c'est qu'après il va se concentrer sur la foule des curieux qui n'ont rien vu et se demandent pourquoi il n'y a ni hélicoptère ni camions de télévision. Comme ça il aura vraiment besoin de mon aide et je vais pouvoir m'accaparer cette enquête prometteuse."

Tournant autour du corps comme une mouche autour d'une merguez, elle se dit que non le milieu de l'investigation morbide ne serait jamais surmédicalisé et remplit une demande en triple exemplaire pour avoir un matériel de dissection (pardon d'autopsie) plus performant. La scientifique trépignait à l'idée d'utiliser ses instruments favoris sur cette œuvre d'art. À l'œil nu elle voyait déjà qu'elle avait affaire à un véritable génie, "mais bien sûr comment n'y ai-je pas pensé moi-même ?" Les traces de cette technique ingénieuse et révolutionnaire s'étalaient au sens propre devant elle, venues de nulle part, et non surgies de l'imagination de quelque Fu Manchu sadique et tristement banal. "Hélas je sais bien pourquoi", s'avoua-t-elle.
Sa joie s'éteint alors et un tout autre sentiment remonta à la surface.

Car là résidait son terrible secret : elle était un serial killer raté, incapable d'inventer le moindre tour maléfique et n'avait choisi ce métier que pour étudier les techniques de gens plus doués et plus créatifs qu'elle. "Pourquoi ces salauds dessoudent-ils toujours mes assistants ?! Ils ne me laissent jamais le temps de trouver un mobile et une arme décents. Et puis à l'université, on vous apprend tout et n'importe quoi sauf ce qui a un intérêt. J'ai 3 doctorats dont un de criminologie plus une thèse sur l'éviscération et pas un TP !"
S'apercevant qu'elle avait parlé à haute voix, elle prétendit être en train de réfléchir à son polar, en arborant un large sourire, une tête toute rouge et de grands yeux dignes d'un dessin animé japonais. L'agent qui l'avait regardée avec des yeux de merlan frit parut rassuré et voulut en savoir plus, visiblement intéressé.
- Il faudra que tu me montres ça, ça a l'air détonnant.
- Je n'en suis encore qu'au début en fait. Par contre, quand il sera plus avancé, bien sûr, avec plaisir.
Se sentant toute chose, notre complexe héroïne s'excusa auprès de Kask, (c'était donc son nom) alla s'enfermer aux toilettes où elle se mit pour de bon en rage contre le tueur surdoué, une lueur terrifiante traversa son regard infernal pour finir comme toutes les lueurs qui ont traversé des regards humains. Alors la superbe psychopathe pin-up se jura d'attraper le salaud qui avait fait ça. "Etre aussi bon, c'est vraiment inacceptable". Ainsi à cinq heures du matin un matin de janvier à Seattle, elle suait à pleines gouttes. Etre enragée, ça réchauffe.

Une fois ressortie elle repassa les plots de sécurité.
- Bon, emmenez le corps à la maison, lâcha-t-elle. Quand elle vit que le gars à qui elle avait donné l'ordre était l'as de la contrepèterie, elle eut cependant un sourire. Réciproque.
L'as en question avait une drôle de tête et avait découvert dans sa jeunesse que faire rire les filles était une bonne approche avec une bouille marrante comme la sienne. Après tout on n'est pas responsable de la gueule qu'on a mais de la gueule qu'on fait si.
- Oui mademoiselle. Au fait pourriez-vous m'apprendre à calculer en cent leçons ?, avec une lueur persistante dans les yeux.
Un court temps de réflexion et Cat s'esclaffa :
- J'ai trouvé : s'enculer en caleçon !
- Et oui, vous êtes initiée, inutile de relever en fait. À vous.
- Vous savez, il faut détester les ridicules, répondit-elle, permutant les syllabes "test" et "rid" mentalement.
Ils étaient tous les deux pliés en deux, ce qui n'est tout de même pas correct en de telles circonstances. Puis aidé d'un pair, l'as de la contrepèterie emporta le surprenant cadavre, et son uniforme lui donnait l'air d'un canard en goguette, ce qui jurait vraiment avec le sérieux de sa fonction.
En retournant à ses affaires, elle refit la gueule à un point inimaginable, sauf si vous êtes déjà allé au boulot un lendemain de cuite.

"Ce gars m'a un instant déridée. Je vais aller prendre un steak pour me détendre. Bien saignant. J'espère qu'il y aura des "fous au comptoir" (je la garde pour lui celle-là, c'est bien son style)."

Deux heures plus tard, Catricia était au labo et se rapprochait de la concentration nécessaire à l'autopsie. Çà et là traînaient les vestiges de ses précédents exploits : massettes, zygopétales, godiveaux, crâne de Napoléon enfant, thèse de doctorat, bicorne et sabre polytechnicienne, gadgets trouvés dans pif, vieux Télé 7 jours et plein d'autres trucs encore.

Le fameux labo correspondait bien au légiste y officiant. Il lui servait également de bureau et elle passait constamment du bloc au milieu où ses instruments se trouvaient à sa petite table de travail dans un coin, pour taper ses rapports, avec en plus un PC permettant de surfer à la recherche d'informations capitales ou du meurtrier d'un de ses proches. Des deux portes que comptait la pièce, l'une donnait sur le frigo mortuaire et l'autre sur le reste du commissariat. Pour Cat, ce lieu était tout ce qu'il y avait de plus normal et les nouveaux venus étaient dramatiquement frappés par le décalage entre l'aspect invivable du lieu et, sous sa blouse entrouverte, sa robe plissée à faire b… tourner la tête d'un trépassé.
Penchée amoureusement sur le corps, elle pestait de moins en moins, mais jurait de se venger, à la fois du tueur surdoué et de ses collègues qui craignaient la mort, la honte de la profession.
Ceux avec qui elle aurait pu humainement coucher étaient morts depuis des siècles, ceux qui restaient étaient des cas si désespérés qu'ils avaient oublié l'intérêt qu'on puisse avoir à être sympa avec une femme, même si on la trouve - à tort - un peu gothique, ou que les taux de mortalité dans son entourage immédiat semblent trop élevés. C'est vrai, elle était réellement belle, mais les hommes capables de rester avec elle plus d'une semaine avaient un tel goût du risque que leur espérance de vie ne dépassait pas un mois (un seul avait dépassé un mois et depuis il lui versait 3000 dollars de pension mensuelle). Au total elle était négligée et buvait trop. Cependant ne vous méprenez pas, Cat était tout de même une brave fille, qui se rendait régulièrement sur la tombe de ses 32 assistants successifs.

"En dehors de l'as, le plus correct, c'est encore Jear : mais il se fait vieux. Les autres, Joréleurpo. Surtout ce salaud qui réveille les gens à 5 heures du matin." Un sourire méchant se forma sur ses lèvres et s'éteint lentement, et bientôt sa face fut comme s'il n'avait jamais existé. Affligé puis délicatement cruel, ce visage était en effet presque revenu à la normale. Son travail la calmait de plus en plus et cela alla encore plus loin. Peu à peu elle comprenait ce que le tueur avait fait. Elle se rendit compte qu'il avait transposé à la fourchette une technique classiquement réservée à la petite cuillère. Personne n'aurait cru cela possible. Maintenant elle était enthousiaste. "J'entrevois comment il a trouvé son idée. C'était un pari génial." Et oui, l'émerveillement grandit en elle. Bientôt, Cat fut au bord de l'épectase et vit un grand nombre de lumières de toutes les couleurs kitsch fuser autour d'elle et retomber dans un torrent de joie céleste. "C'est encore mieux que s'envoyer en l'air. Que vaudrait le monde sans le savoir ?"
"Je dois le trouver et devenir son élève" en déduit-elle. Sa vie allait enfin avoir un sens. Pour commencer, elle nota sur une feuille une liste des gens qu'elle abhorrait depuis toujours pour se mettre dans le bon état d'esprit. Une aurore se levait. La feuille était posée sur le bloc central, juste à côté du cadavre.
Comme un de ses collègues entrait, cette star au rouge à lèvres noir fit semblant de travailler à l'écriture de son roman. Il passa derrière elle et tenta de lire. "Pas maintenant, ce n'est pas encore au point, je dois le travailler un peu plus. Non, t'es lourd." Il faut dire que c'était à nouveau Kask, ce qui lui avait fait oublier que l'instant d'avant elle voulait des policiers entreprenants.
Voyant qu'il insistait, en désespoir de cause, elle détourna son attention en lui proposant une partie de jambes en l'air.
"- Non mais tu te rends compte qu'il y a un cadavre à côté de nous ? Ça te fait prendre ton pied ou quoi ?
- Et puis quoi encore ? Je l'avais quasiment oublié, je suis habituée, j'en vois tous les jours.
- Euh… moi pas en tout cas . On fait comment alors ?"
Ils s'échangèrent leur numéro de téléphone et constatèrent avec étonnement que tous deux avaient eux la même idée : chacun tenait dans sa main le même numéro : SOS amitié. En sortant, l'agent Kask se demanda s'il avait bien fait et se consola en se répétant que cette fille était vraiment trop bizarre. Il figurait maintenant en tête de liste.
Après, Catricia Pornwell ne réussit pas à se remettre au boulot. À dix heures, elle dut se résoudre à rentrer chez elle, tout en tirant des plans sur la comète pour le lendemain.
Ce soir-là, elle regarda à la télé une imbécillité ou le spectateur adhérait totalement à la violence sacralisée par un héros d'autant plus plat qu'il cachait sa vacuité derrière des formules du type "faites lui une injection d'acide acétylsalicylique" avant de s'évader d'une prison dorée en Asie Centrale. Faute d'y trouver des idées de meurtre foncièrement originales ou novatrices elle fut tout de même satisfaite d'être d'un niveau bien plus élevé que cette émission et considéra l'avantage qu'elle aurait à la citer très précisément en société pour bien sûr mieux s'en démarquer. Ensuite elle écrivit quelques lignes de son autobiographie en cours depuis deux ans, mais rien n'avançait, elle ne reconnaissait même pas ce qu'elle avait laissé. Comme elle se coucha, une sensation étrange la saisit.

Fédor Dostoïevski se tenait face à Cat.

 

Chapitre 2

Il lui dit : Je suis vivant et tu es morte. Jamais plus il n'y aura de Fédor, et plus jamais personne n'apprendra rien de moi. Et tu te contentes de ta misérable quête !
- Mais non voyons, c'est une quête essentielle ! Si j'y arrive, je justifie à moi toute seule le monde comme phénomène esthétique ! Je ré-inclus le crime dans la totalité métaphysique dont il a été exclu depuis la nuit des temps !
- Ah ok, ok, ok. J'avais pas vu les choses comme ça. Il y a peut-être quelque chose à tirer de votre expérience. Pour écrire l'expérience est essentielle. Bien sûr vous n'avez pas connu la maison des morts.
- ...
- Quand même un truc : plutôt qu'une autobiographie, écrivez un polar.
- Et pourquoi pas un roman porno ?
- Pourquoi pas, en avez-vous vraiment les capacités ?
- Oui, bien sûr. Je ne me souviens même pas avoir été vierge un jour. Je trouve toujours des tas de contrepets. Et puis j'ai déjà la première phrase : "elle l'aimait comme un gode".
- C'est du Flaubert ! s'enthousiasma-t-il
"Le pire c'est que c'est vrai".
Il reprit :
- Il y a des gens qui ont toujours regretté qu'aucun porno ne soit jamais surgi de la plume d'un grand écrivain. Ils veulent le détail de ce qui se passe entre Roméo et Juliette cette fameuse nuit. Ça n'a jamais été écrit correctement et ca vaut mieux que de la chair au travail.
- Vous allez m'aider et on va faire un super boulot, je suis sûre.
- D'accord c'est une bonne idée, dit-il avec un sourire d ‘outre-tombe.
- Par contre avez-vous des adresses de magazines à qui les envoyer ?
- Désolé, là ou je suis, on ne les reçoit pas répondit Fédor, la mine soudain contrite. Bon, je dois y aller maintenant.
- Restez donc un peu. C'est vrai quoi, vous m'avez réveillée.
- Ah, ça non je ne crois pas. À la prochaine !
- Salut. La prochaine fois emmenez Flaubert avec vous, ça a l'air d'être un sacré farceur, ce serait traps !"

"Qu'a-t-il voulu dire ? "Je ne crois pas ?" Ah oui. Dommage. Faudra que je pense à demander à mes collègues pour les magazines".
Cat se réveilla en sueur et pensa "Je n'aurai vraiment pas du reprendre un deuxième T-bone steak". Après s'être trompée quant à l'usage du lavabo (sa façon toute personnelle de lutter pour l'égalité des sexes) notre peu fringante héroïne se servit sans verre de whisky, fuma un cigare cubain, alla chercher la bagarre dans les bars, rentra tristement amochée, prit de bonnes résolutions car à ce rythme-là elle paraissait déjà dix ans de plus que son âge, quoiqu'elle n'en eût que trente et un. Après avoir écouté l'intégrale du cycle de l'anneau de Wagner, elle écrivit Critique de la raison pure et se recoucha enfin, et fit cette fois de doux rêves dans lesquels Charles Bukowski l'emmenait aux courses en béhème.
Dix minutes plus tard, elle insultait son radio-réveil. Deux heures plus tard l'agent qui l'appelait en raison de son absence connut le même sort et prit une bonne place sur la liste noire de mademoiselle.
Cat se dit tout de même qu'elle devrait par la suite se lever plus tôt car entre Fédor et le psychopathe fou elle était complètement overbookée. Elle enfila son jean troué au-dessus de son porte-jarretelles de compétition et se mit en route.

Comme elle était la dernière pseudo bourge à ne pas avoir quitté son quartier dans une partie en cours de flétrissure de la ville, un petit voyou lui avait une fois de plus crevé les pneus. Comme un petit malin avait crevé ses pneus, Catricia prit le bus. À neuf heures trente du matin ça allait. Assise sous l'abribus, elle pensait : "j'arrive dans une heure, un bon bout de route de chez moi jusqu'à là-bas".
La foule des passagers était moins bigarrée chaque jour et bientôt elle ferait la bigarrure à elle toute seule. Cat aurait bien aimé ne pas en être gênée. Les autres blancs s'étaient presque tous enfuis, à part les plus pauvres. Elle y pensait. "J'ai survécu au crack et aux sandwiches grecs, j'ai toujours vécu dans ce genre de rues. Et en voilà une à laquelle je n'appartiens plus. J'ai vécu au milieu de nulle part et ce nulle part a changé. Moi aussi peut-être ? Après tout j'ai 4500 $ par mois. Je devrais dépenser mon argent autrement qu'en Encyclopedia Universalis et en eau de source écossaise pour whisky." Alors elle entendit la conversation de deux gamins d'une quinzaine d'années et se sentit bien plus vieille que la veille.
- Ah les droogs, on va se ressourcer dans un milkbar ?
- Si c'est pour un moloko vellocet ok !
- Ouaip, il paraît qu'y a Alex dans le coin, il sort du Ludovico. Ça l'a rendu complètement gloopy !
- Ça m'étonne pas, il paraît qu'ils passent au gars attaché à son fauteuil des films qu'aucun détraqué sur terre n'aurait pu concevoir. Gloopy c'est vrai !.
"Quels mots bizarres.
J'en avais moi aussi.
Il m'en faut d'autres.
Voilà, j'ai trouvé, je vais acheter les œuvres complètes de San Antonio. En plus ça m'aidera pour mon boulot avec Fédor." Pour se remonter le moral, elle repensa à l'autopsie. La remontée fut exponentielle. Un petit vieux vint s'asseoir à côté d'elle, il était plutôt blanc pour le coin. Deux arrêts plus tard, il descendit et comme, Cat le suivait du regard, elle vit qu'il tentait sans succès de rentrer dans un cinéma où l'on jouait Orange Mécanique.
- Désolé, vous ne pouvez pas rentrer, vous êtes trop vieux, vous allez être choqué. Je ne veux pas de problèmes.
- Mais c'est moi qui ai écrit ça !
Alors il se mit à chanter a capella un passage de la neuvième symphonie de Ludwig Van Beethoven et obtint le droit d'entrée. D'ailleurs si le cerbère n'avait pas fléchi, il aurait très clairement eu droit à un terrible coup de canne.
Les jeunes allumés étaient quant à eux toujours dans le bus. L'un deux tout à coup entailla la main d'un de ses droogs avec le couteau caché dans le manche de sa canne, en frappa un autre Georgie dans le ventre, et constata avec tristesse qu'il ne pouvait pas jeter le troisième à l'eau comme dans le film, pour des raisons relativement évidentes.
Ils se réconcilièrent ensuite, firent s'arrêter le bus et partirent en volant une Durango rouge. - Comme ça on aura plein de devotchka !

Avec les problèmes sur la ligne, elle arriva à onze heures. La police était basée dans un tout autre quartier : il y avait essentiellement des gens de 25-30 ans en T-shirts relativement interchangeables, dont personne ne sait ce qu'ils deviennent le jour de leur 31e, quoique la plupart des thèses concernant la combustion spontanée aient été émises dans le cadre de ce problème. Elle repensa aux gamins du bus et se dit qu'après tout ils avaient plus d'avenir que les jeunes gens en T-shirt, elle pouvait les imaginer à 30, 40 ans et au-delà.
C'était un immeuble immense et gris, moche comme tout et tout décrépi, y passer dix heures ne la réjouissait généralement pas. Un tout petit commissariat, qui pour un peu serait allé jusqu'à fermer la nuit. Alors elle repensa au cadavre, et se fit délicatement guillerette.
Miss Catricia travailla un peu puis passa chez Clint Jear. En tant que chef et doyen, il était le seul à avoir un bureau tout aussi personnel que décent à la place de ses immondes boxes qui montrent aux policiers quelle est leur place (le labo, domaine réservé de cette merveilleuse Cat, lui permettant par contre de faire exception).
En face de son supérieur hiérarchique, jetant un coup d'œil ici et là, au début, pensive et droite, elle n'écouta pas vraiment ce qu'il lui racontait "vouzetenretarmoiparkontegéprogressélechatdelavoisinatouvu". Puis elle remarqua une verrue sur son menton venue de nulle part et ne put plus en détacher son regard. Au bout d'un moment sa voix devint réelle :
- Alors Cat, c'est vrai le coup de la fourchette ?
- Oui Clint, on peut dire qu'on a affaire à un original.
- J'ai lu votre rapport. D'après vous il a été transporté dans une Chevrolet verte, puis jeté dans la poubelle derrière le Pit Bar, dit-il en fronçant les sourcils et en chatouillant sa moustache, ce qui lui donnait l'air terriblement perspicace.
- Je suppose que c'est plutôt le témoin qui vous a dit ça. D'ailleurs je ne vous ai rendu aucun rapport.
- Ou avais-je la tête ? Voulez-vous un bretzel ?
- Merci j'ai arrêté.
- Vous en avez de la chance, je n'ai pas votre volonté. Bon, revenons-en à l'essentiel : avez-vous identifié le corps ?
- C'est justement à ce sujet que je suis venue vous voir monsieur.
Vu la façon dont il a été amoché j'ai du m'intéresser à son appareil dentaire. Et comme le cas est vraiment courant, on a un accord avec plusieurs dentistes de la ville et un outil de recherche. Chaque fois qu'ils ont un nouveau client, ils se connectent à mon pc et m'envoient radios et profils.
- Vous voulez dire que les campagnes pour des dents plus alignées sont un moyen indirect de ficher les gens ?
- Quoi vous ne le saviez pas ? J'ai fait une thèse là-dessus et j'ai rencontré Leonardo di Caprio qui m'a confirmé avoir été payé par le gouvernement extraterrestre qui nous dirige à notre insu.
- Ah ! Ah ! - il parvint de justesse à sourire, découvrant une élégante dent gâtée. Sérieusement, votre truc marche ?
- Il n'y a pas un objet en votre possession qui ne permette pas de vous ficher. Ne vous méfiez pas que de votre carte bleue. Sauf si vous êtes honnête bien sûr. Sinon, le gars s'appelait Jack Escher. Tenez, voici son adresse. C'était un célibataire. Ah, il possédait également un manoir à l'extérieur de la ville.
- J'y vais tout de suite. Vous m'accompagnez ?
- Non merci, l'autopsie n'a pas encore tout révélé, je dois bosser encore un peu. Quoique juste avant j'ai une question qui me brûle les lèvres.
- Allez-y, laquelle ?
- Vous parlez souvent de votre ex-femme. Mais jamais de la façon dont vous l'avez épousée.
- Je réfléchis à la manière dont je vais vous le présenter et je vous le raconte la prochaine fois, c'est promis.
- Vous ne m'échapperez pas ! _ le sourire en réponse de Jear était cette fois naturel et sincère. Au boulot, maintenant.

Dans la salle de repos, un ou deux magazines pire que "masculins" traînaient. Elle piqua le plus mauvais, négligeant celui sur papier glacé.
L'as de la contrepèterie qui sommeillait dans un coin en s'éveillant la vit faire et lui sauta littéralement dessus :
- Alors là, Miss Cat, vous m'avez sacrement déçu ! C'est un truc de brutes ça !
- C'est vrai que vous êtes particulièrement prude cher as, répondit-elle, en l'attendant pour commencer à permuter les syllabes malicieusement.
- Vous savez ma jeunesse fut étonnamment vertueuse et les chats qui rient font encore des thèses dans la bouse pour comprendre quel gîte j'habitais alors, dit-il, déclenchant les hostilités.
- Vous venez d'un bled catho où le dimanche il n'y avait que du tennis en pension, je parie ? Ou d'un royaume d'un autre âge ?
- La seconde proposition est juste, répondit l'as et il reprit :
C'était dans la louche de la baronne Jeanne que le roi bouffait et la dotation du roi ne valait rien.
- Vous deviez en avoir marre de ce néant fécond. Qui là-bas aurait tourné sa peine vers des livres ?
- Le week-end, il y avait bien la berge du ravin, mais les courses qui s'y déroulaient manquaient leur but, car il y avait bien trop de végétation. Pour arranger ça, le roi ne fendait pas deux bois par jour. Bref, on joutait dans les pièces du fond, et ca ne vaut pas ce qu'on attend d'un pilier de mine. C'était à devenir fou entre deux messes : le chant de la conteuse s'attristait, lui aussi, tout comme la poule qui mue de la fermière.
- Bon, allons quitte au but ! Vous vous en êtes donc tiré, l'interrompit-elle.
- Comme je n'avais pas de rebords à mes épaulettes, j'ai traversé un champ de coton et je suis parvenu ici. D'ailleurs vous vous seriez plu dans ce champ ma chère Cat : on y inspecte le germe.
- Ok, j'ai compris, ce qui vous intéresse c'est du bon rhum pour en brûler dans la cuiller, dit Cat.
- Et l'escalope sur la belle salade aussi. Surtout au jus de canne.
- Bon, je ne crains plus de vous choquer, mon as préféré.
- Il faudra que tu penses à me choquer un de ses jours.
- Comme c'est bon de tutoyer un spécialiste. Aussi souvent que j'aurais envie de ça.
Et ils retournèrent chacun à leur occupation. Cat pensa : "il pourrait peut-être nous aider Fédor et moi."

Après avoir laissé son équipe à l'appartement et constaté qu'il n'y avait pas grand-chose à y faire avant que ses hommes aient fini, une fois que les voisins se furent révélés n'être au courant de rien, Clint Jear se rendit à l'autre adresse, au-delà du périmètre habituel, dans un coin où il n'était pas venu depuis plus de quarante ans. Kask l'accompagnait, pour mettre les scellés. Clint parla avec lui de base-ball sans conviction particulière puis ne voulut pas croire ce que l'autre lui raconta sur Cat. Au bout d'une heure il parvint devant la grille d'une propriété assez étendue. Elle n'avait pas changé.
Face à la demeure, le vieux tacot de fonction semblait ultramoderne.
Ce manoir gothique possédait un labyrinthe végétal dans lequel il avait joué étant enfant. Jack Escher l'avait laissé à l'abandon et l'expansion fantasmagorique des arbres et des haies désordonnées rendait le lieu aussi mystérieux pour le barbon qu'il ne l'était pour le gamin intrus. Et, malgré la mousse, la goule à l'entrée demeurait intacte. Grâce à la mousse.
Jear avait grandi à quelques centaines de mètres de là dans une habitation plus modeste et plus normale. Il tenta de rassembler ses souvenirs et s'aperçut avec un certain étonnement qu'ils se concentraient essentiellement sur ce manoir. Il ne se souvenait plus du nom des autres gamins, seulement des visages et ceux-ci restaient associés au labyrinthe méphistophélique.
"- Je n'étais jamais rentré à l'intérieur.
- Vous rêvez chef ?
- J'ai déjà rêvé une fois ici."

 

Chapitre 3

- Ah bon ?
"Et voilà il a pété les plombs", conclut l'agent Kask.
- Passons à autre chose. Nous ne savons même pas si Escher venait de temps en temps ici.

Puis ils entrèrent, en contournant le labyrinthe et Clint ne put guère s'y attarder. "Finalement je vais en voir l'intérieur."
L'instant d'après, il lui fut révélé un immense capharnaüm où des œuvres torturées s'entreposaient. Elles semblaient provenir d'artistes et d'époques différentes, unies par le même sentiment indicible de terreur issue du fond des âges. Kask eut également le souffle coupé et ne se ressaisit pas immédiatement.
"Le plus grand mystère de mon enfance n'est pas près d'être tout à fait levé.
Tant mieux, sinon je n'aurai sans doute plus eu qu'à crever. À me présenter aux services sociaux muni d'un petit fagot."
Ensuite il vit La chose.

"Incroyable ! C'est maintenant une affaire personnelle. Je dois éloigner ce garçon. Bon dieu, un prétexte, un seul."
- J'y pense tout à coup. As-tu rempli tous les papiers que je t'avais demandés ?
- Quoi ?!, Kask eut alors les mêmes yeux de merlan frits que face à Cat une fois ou deux.
- Oh, palsambleu j'ai oublié de te les donner ! Mais c'est urgent, il faut que l'on retourne tout de suite au bureau !
- Ok monsieur ! "toi tu me caches évidemment quelque chose."
Vous allez envoyer une autre équipe ici ?
- Non je ne crois pas, je vais juste faire fermer ce lieu. Il est évident qu'Escher avait hérité ça d'un oncle baroque quelconque et n'y avait jamais mis les pieds. Je reviendrai y faire un tour pour ne rien négliger, à vrai dire c'est vraiment pour le principe, ça attendra un peu. "J'y ai été un peu fort là. Enfin ça va, ce garçon n'a pas décidé de me harceler de questions."

Effectivement Jear et Kask retournèrent au bureau. En route Kask s'arrêta pour acheter un magazine et passa dix minutes dans la librairie. Quand il sortit enfin, son patron l'interrogea :
- Bordel (sa langue était généralement plus chiadée) qu'est-ce qu'il y avait de si intéressant à l'intérieur ?
- Une scène incroyable, il fallait que je reste
- T'es gonflé quand même mon garçon. Raconte-moi, ça pour la peine.
Son récit :
"- Je rentre, il y a une dame un peu fanée et un gros pataud au comptoir. Alors la vieille donne un coup de coude à l'autre :
- On a dit qu'on s'arrêtait de parler de ça quand il y a un client.
- Tu as dit ça : pas moi, tu décides toujours pour moi.
- Mais tu veux me tuer, moi ta vieille mère ! ou quoi ?
- Écoute, ça pourrait être pire, je pourrais être pédé.
- Évidemment ça pourrait toujours être pire, tu pourrais être mort aussi ! Arrête toi, j'en peux plus !
- Bon, je lui téléphone alors. Tu sais, j'ai déjà connu un échec, je veux être sûr d'avoir ce qu'il y a de mieux.
- Monsieur je peux vous aider ?
- Euh, oui, vous avez l'actualité du condensateur géorgien ?
- Bien sûr, il doit être dans le coin, je vous le trouve."
Pendant que la mère cherche, le fils est effectivement au téléphone. Détail touchant, en composant le numéro il fait "tu vas répondre grosse conne ?". Puis il prend une voix doucereuse :
- Allô, c'était pour m'excuser pour la dernière fois.
- [...] (Kask : je ne sais pas bien sûr ce que la fille a bien pu dire).
- Mais enfin tu dois faire un effort pour m'avoir, vous êtes nombreuses sur les rangs.
-[...] (Kask :elle ne lui raccroche pas au nez et c'est déjà beaucoup. Oui, je suis sûr qu'il y avait quelqu'un à l'autre bout, j'entendais une voix sans pouvoir distinguer les mots).
- Il faut que tu te mettes à travailler. Je veux une épouse soumise et autonome financièrement. Bon on se voit à midi."
Et tout indique qu'elle a répondu oui. À cet instant, la mère a trouvé le magazine.
"- Mais c'est celui du mois dernier ! " . Puis je me suis mis à feuilleter les quelques livres qu'ils avaient sur un rayon, le fils a raccroché, ils sont repartis de plus belle et ils ne me foutaient toujours pas dehors.
D'accord à la fin, j'en ai eu marre. N'est pas Red qui veut."
Jear avait écouté l'histoire tout en conduisant et avait apprécié les intonations qu'avait mises Kask en la racontant, sa voix rendant les personnages plutôt hauts en couleurs.
- Pas mal, t'as bien fait d'attendre mon garçon. En plus j'apprécie les gens qui connaissent Red.
- Et comment ! j'ai des tas d'anecdotes dessus. Il paraît qu'un jour le patron a viré Céline en personne parce qu'il flânait sans la moindre intention d'acheter quoi que ce soit.
- Non, ça ce sont les conneries que raconte un vieux dégueulasse !
- Au bon sens du terme
- Bien sûr !

Après s'être consacré deux heures à de la paperasserie sans intérêt, quand vers 18 heures Kask rentra chez lui, il subit plusieurs embouteillages plein de gens hargneux et aussi abrutis qu'avant le déclin du travail fordien, qui montraient ostensiblement qu'ils avaient hâte d'être chez eux pour s'engueuler avec leur conjoint et frapper leurs gosses, et ce malgré leur jus d'orange, leurs 3 œufs au petit-déjeuner, leurs vitamines et leur coupe de cheveu hebdomadaire. En tout cas l'agent Kask le voyait comme ça et était heureux de ne pas avoir pu voir l'état du gars dans la troisième voiture accidentée croisée ce jour-là.
Lui au moins était un père décent et envisagea même un court instant d'emmener ses gosses au cinéma. "Mais ils veulent voir que Independance Day, et en plus il y a des queues de 4 heures pour réserver les places. Je vais plutôt boire une bière, je l'ai bien méritée, quand je vois qui je défends." Et il fit un sourire dans le rétroviseur à un inconnu hargneux. Il ne vit pas le bras d'honneur qu'il obtint en réponse car il fut tout à coup préoccupé, quelque chose mais quoi, l'ayant fait repenser au boulot. "Mon dieu, Jear et Pornwell sont tous les deux légèrement barges. Enfin je vais quand même l'appeler un de ses jours pour lui demander si elle veut encore de moi, ce sera toujours ça de pris, elle est quand même en meilleur état que mon ordinaire et que ma régulière."
Un 4e accident s'avérant bien plus grave, il perdit tout espoir de passer, à moins de faire un long détour.
Sans savoir pourquoi, il repartit dans l'autre sens.
En sachant très bien pourquoi, il sortit son portable et ce soir-là personne n'obligea ses enfants à faire leurs devoirs.

 

Chapitre 4

Cat travailla tard ce soir-là. Elle avait vu dans les yeux de Jack Escher figés pour l'éternité une terreur inconnue des hommes, un mal qui ne doit pas être donné de voir, qui n'est pas inscrit dans les lignes essentielles que suit l'humanité depuis la nuit des temps. Ce qui est sacrement poilant.
La femme de ménage finit par entreprendre de la faire partir le temps de faire son travail à elle et pour une fois notre médecin légiste pin-up garda plus qu'un calme de surface. C'est une bonne chose, je ne dois pas trop me fatiguer, il faut m'arrêter, j'aurai fini par fourni du mauvais boulot. Mais que fais-je faire jusqu'à demain ? Écrire pour Fédor bien sûr.
Le hic c'est qu'elle allait devoir rentrer sur une ligne glauque à cette heure-là. Le téléphone sonna :
- Allô, c'est Kask. Ça répondait pas chez toi alors je me suis souvenu que tu étais très prise par ton boulot.
- Écoute, je sais pas comment rentrer chez moi, les transports en commun craignent et j'ai pas ma voiture.
- Moi j'ai passé 3 heures dans les embouteillages et je me suis souvenu d'une course à faire juste au moment où le trafic est devenu fluide. Le pire c'est que je repasse tout près du bureau. Je passe te prendre.
- Super ! c'est bizarre, mais ça tombe sacrement bien !.
- Euh... sinon c'était marrant hier
- J'ai cru un instant que tu comprenais pas que je déconnais. Le coup du numéro de téléphone m'a rassurée.
- Ah ! Ah ! Bien sûr. Bon, j'arrive tout de suite.
- Excuse-moi, je n'y pense que maintenant : est-ce qu'au moins j'habite dans un quartier proche du tien ? C'est dans la zone près du parc, ne te sens pas obligé si cela t'éloigne encore de chez toi.
Il mentit consciencieusement au sujet de l'ampleur du détour qu'il aurait à faire.

À la seconde où elle reposa le combiné, le visage de la femme de ménage se métamorphosa en celui de Dostoïevski :
- Il serait temps de commencer, dit-il sentencieusement.
"Salut, j'ai trouvé un magazine auquel offrir notre œuvre commune" fut la réponse spontanée d'une Cat à peine surprise.
- Excellent ! Puis-je le voir ?, demanda Fédor.
Après un rapide coup d'œil, il le referma comme on referme un mauvais bouquin pris dans un bac à soldes. À la fois dédaigneux et dépité, un grand écrivain russe ostensiblement déçu reprit :
- Non il n'a aucune classe et rien ne pourrait lui en donner. Finalement on devrait plutôt l'envoyer au "New York Times", ce serait plus crédible et toucherait plus de gens.
- Il sera plus dur d'obtenir la publication, Fédor.
- Pensez-vous ! Ils nous accueilleront à bras ouverts !
- La société américaine est très puritaine, vous savez.
- Mais enfin, c'est moi qui sort du siècle dernier ! Et puis tant mieux si elle est comme elle est ! Un texte fort pour un événement littéraire, l'entrée d'un nouveau genre dans le mainstream ! De toute façon mon nom devrait m'ouvrir toutes les portes !
- Je crains que malheureusement les gens aient du mal à vous croire qu'en vous leur enverrez un manuscrit signé. Ils sont mesquins et soupçonneux des fois.
À part ça que fait Flaubert ?
- Hélas il était occupé aujourd'hui.
- Ok, ce sera pour une autre fois. Enfin, pour raffiner un peu notre texte, j'ai pensé à utiliser des contrepets.
- Hmm, je n'en ai pas vraiment l'habitude. Vous êtes sûre qu'on peut en trouver de quoi remplir des volumes entiers ?
- Je connais un spécialiste de la chose, il pourrait nous aider.
- D'accord, je veux bien que vous me le présentiez, ma chère Catricia. Mais je conserve encore quelques doutes car cela nous éloignerait du projet initial dans le fond. Ne changez rien, vous avez été la première à parler d'un roman porno et cette idée s'est totalement ancrée en moi, je dois absolument la réaliser, et cela sans détour.

Cet échange au sommet fut interrompu par l'arrivée de Kask. Le visage de Fédor à nouveau remplacé par celui de la femme de ménage, décida de se mettre au boulot.
- C'est gentil Oder Kask, tu me rends un grand service.
- Mais voyons c'est tout naturel, entonnèrent les trente-deux dents blanches et alignées d'un agent souriant comme s'il avait été sponsorisé toute sa vie par une grande marque de beurre de cacahouètes.
- En plus en route tu pourras me dire ce que tu as découvert aujourd'hui.

Alors qu'ils étaient dans la voiture, tandis que l'agent nouvellement converti aux bonnes actions s'étonnait du comportement de Jear au manoir, le portable de Cat sonna. Une voix dantesque s'adressa à notre pin-up :
- C'est moi que tu cherches, petite ?
Les mots semblaient lointains comme l'enfer (ou comme le paradis, si vous habitez de l'autre côté de l'autoroute).
- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle avec une fausse naïveté et surtout en tentant de dissimuler sa joie malvenue.
- Tu le sais très bien. Par contre tu ne sais pas que ta portière est entrouverte.
Bien sûr que c'était vrai.
- Vous me voyez ? Dans ce cas vous n'êtes pas très fin. Par cette nuit, je sais pertinemment que vous êtes dans le tacot qui nous colle depuis une demi-heure.
Pendant ce temps, Kask tentait de suivre la conversation tout en ayant compris que Cat avait la situation en main.
- Erreur, je t'ai juste vu sortir du commissariat accompagnée de ton gros pataud de collègue. Tu sais, t'es plutôt marrante de ne pas t'affoler du tout. Je pourrai très bien avoir dévissé quelque chose ou mis une bombe.
En fait Cat n'était pas si à l'aise que ça, elle était même carrément inquiète à cet instant. La raison ? Kask entendant ce qu'elle racontait, elle ne pouvait pas dire au brillant schizo tout ce qu'elle aurait voulu.
"Mon Dieu, je ne pourrai jamais lui faire comprendre mes vraies intentions. Il me prend pour une banale greluche qui ne pense qu'à mettre les gens en prison. Il croit jouer au chat et à la souris."
- Je sais très bien que je ne risque rien, les types comme vous adorent faire les malins. Vous voulez un témoin et ce sera moi. C'est que ça doit être terrible de commettre un crime exceptionnel et admirable sans que personne ne le sache ?
- Ah, ah ! (qui peut s'imaginer un rire comme celui-ci a fréquenté Satan plus d'une fois). Tu me plais : je te tuerais en dernier c'est promis.
Puis en repensant à ce qu'il venait de dire cet ange déchu rit à nouveau aux éclats.
À l'autre bout de la hiérarchie céleste, Dieu, heureux que Catricia Pornwell lui adresse à nouveau la parole fit un geste, et inspira le démon pervers qui les défiait tous deux :
- Avant, je te propose quelque chose. Un dîner, enchaîna le dieu de la fourchette.
- Dans quelles conditions ? "Il semble que j'ai une chance de devenir son élève, ça lui ferait plaisir de montrer tous ses trucs."
- Dis au lourdaud de service de retourner au commissariat. Juste en face il y a un immeuble criard. 3e étage, au fond à gauche. Je mets les couverts, je me tire ailleurs, le gros t'attend dans sa caisse et il y aura une surprise.
- Vous ne serez pas là, mais je ne serai pas seule, je suppose.
- Tu verras bien. Je compte sur toi ma belle.

Elle eut bien du mal à convaincre Kask d'accepter le procédé. Cependant elle lui dit :
- Je ne risque rien et il est sûr qu'il ne sera pas dans le même appartement.
Toi pendant ce temps tu sors vraiment discrètement et tu es libre de deviner où il est. Cherche un endroit d'où il pourrait me voir.
Son collègue opina.
Il fit demi-tour.
Ils firent tous trois comme prévu.
En entrant, le splendide médecin trouva une jolie petite table bon marché sur laquelle étaient posés tous les clichés du dîner aux chandelles. À ceci près qu'un cadavre récent reposait sur une des deux chaises.
Tout naturellement, elle s'intéressa en premier aux couverts. La torsion de sa propre fourchette laissait entendre qu'elle avait servi au premier crime, quant à celle que le cadavre tenait dans sa main inaugurait une 5e technique.
S'assurant que les rideaux étaient ouverts, elle s'assit, se servit du champagne, ce qui lui donna du courage, entama son saumon et attendit l'appel sur son portable.
Une minute plus tard l'échange recommençait :
- Je te vois et ton calme est époustouflant.
- Le dîner est excellent, je partage avec lui ? demanda-t-elle par bravade.
- Tu l'as bien mérité, je réponds à tes questions.
- J'ai à peu pris compris votre technique, quand on l'a devant soi c'est à peu près intelligible, mais le vrai mystère pour moi est ou allez-vous chercher tout ça ?
- Tu ne préfères pas savoir qui est celui-ci et pourquoi j'ai tué Jack Escher ?, s'étonna-t-il.
- C'est secondaire pour moi, je m'intéresse essentiellement à l'aspect purement artistique du crime, à votre inspiration.
- ? ? ? ? Tant pis, je me contenterai de ce que j'avais prévu de te dire cette nuit, ô ma pin-up imprévisible.
Vois-tu, le second corps c'est le premier venu, je l'ai fait à la vite juste après avoir raccroché. Juste pour toi. C'était un test et j'avoue que ton absence de réaction m'épate. Une personne normale n'aurait pas pu rester dans la pièce plus d'une seconde.
Quant à Jack... il n'appréciait pas suffisamment les œuvres en sa possession. Elles étaient pourtant géniales. Je voulais les lui acheter une fortune, il m'a proposé de me les donner, disant que ça l'en débarrasserait ! J'ai voulu qu'il comprenne ce que c'était que l'art. Il faudrait que tu ailles au manoir dont il avait hérité, elles y sont restées.
- "Escher est devenu lui-même une œuvre sans doute ? En tout cas, je ne crois pas qu'il ait trouvé sa technique dans un tableau ! Il ne me dit rien !". Le motif est aussi douteux que je le pensais, ce n'est pas ça qui m'intéresse mais votre inspiration. Vous ne répondez pas à ma question, pourquoi ?
- Secret professionnel. Et puis il y a une autre plus intéressante pour toi : pourquoi je t'aide comme ça ?
- J'avais déjà trouvé la réponse dans la voiture, c'est un besoin de reconnaissance, vous passez du temps à développer des techniques géniales et peu de gens sont capables de les apprécier.
- Pas mal, Cat. Bon, je vais te laisser, je parie que tu fais durer en espérant que ton collègue me trouvera.
- Vous vous méprenez sur mes intentions ! !

Ce qui mit un terme à leur conversation.
"Aurais-je du lui demander de devenir son élève ? Visiblement il n'aurait pas compris.", songea Catricia avec un regret.
Elle était déçue, mais pas autant que Kask, qui devenait une cible probable pour le tueur et avait vraiment perdu sa soirée.
"Une heure avec elle et on bascule dans le cauchemar, le schizo aurait pu nous tuer à n'importe quel moment ! C'est trop risqué. Demain soir j'irai plutôt voir Independance Day en famille. Et avant j'obligerai mes gosses à faire leurs devoirs comme ça ils réussiront et m'aideront quand je serai vieux." Quoiqu'il n'était pas sûr d'arriver jusque-là.

 

Chapitre 5

À vingt-trois heures, Clint était de retour au manoir, ce qu'il y avait vu l'après-midi ayant à nouveau embrasé en lui cette flamme supposée éteinte par quarante années sans mystère. Il contourna la demeure pour retrouver avec bonheur le passage malhonnête utilisé dans son enfance.
Le labyrinthe le séparait de la porte d'entrée.
L'inspecteur s'y engagea et fut déçu de ne point s'y perdre. Ses souvenirs étaient trop précis et la nuit trop étoilée.
Très vite il en atteint le centre, un espace assez ouvert. Il se coucha sur le dos espérant que quelque force irréelle se manifeste ou l'emporte. La lune qui lui apparut fut alors si belle qu'un nuage surgi de nulle part la cacha soudain, jaloux que mortel la contemple.
Ayant perdu l'habitude d'interpréter les rêves qui sont vrais, Clint se releva et reprit sa route, se contentant de brasser quelques souvenirs.
"J'étais déjà revenu une fois ici, emmenant avec moi ma femme qui ne l'était pas encore, à une semaine de mon mariage, lui montrant les lieux que j'aimais plutôt que de simplement enterrer ma vie de garçon. Le propriétaire venait de mourir et l'héritier de la laisser à l'abandon. Par une après-midi d'avril et une brise naissante j'étais parvenu à la convaincre d'enjamber le muret derrière, elle qui craignait que quelque cerbère colérique ne nous sermonne.
Je la poursuivais toute la soirée dans ces murs végétaux, feignant de m'y perdre autant qu'elle. Un instant qui valait que je vive les autres, même les pires. Et qui les rend incompréhensibles.
Couché exactement ici, avec Sarah sur mon côté, comment aurai-je deviné qu'elle deviendrait mon ex ? Pourquoi ce ne sont pas plutôt les étoiles que nous scrutions qui ont changé ?"

Quelques instants plus tard il pénétra à nouveau le lieu, utilisant la porte et la clé comme les gens honnêtes qu'il défendait. Il alluma et se rapprocha des œuvres entassées dans l'entrée. Entre deux représentations de Grands Anciens se trouvait la Chose, un triptyque impossible.
Il représentait la soirée à laquelle Clint venait de songer.
Au milieu le labyrinthe où ils se tenaient allongés. À gauche le portrait de la femme qu'il avait aimée et à droite celui de celle qui avait été la sienne. Les deux s'opposaient et semblaient s'être mutuellement excités dans leur création : à chaque rictus de l'un correspondait une sensation un plus forte de bonté, de plénitude de l'autre, comme si deux artistes différents avaient lutté en parallèle, deux artistes opposés dans un duel acharné. Bien des superstitions enfouies dans l'esprit de l'inspecteur remontèrent alors à la surface de son âme. Il eut bientôt la certitude qu'une chose avait pris la place de sa fiancée ce jour-là. Sérieusement.
"Mais d'ou vient-elle ? Un extra terrestre ou un démon ? Depuis combien de temps attendait-elle dans ce manoir ? À-t-elle avalé ma fiancée ? Où sont les restes ?" Bref toutes ces questions que tout époux se pose un jour ou l'autre.
Il est vrai qu'il y avait quelques bizarreries autour de cet ensemble. Personne n'avait pu le peindre puisqu'il aurait fallu non seulement assister à la scène (cela c'était encore humainement possible) mais aussi soit prédire l'avenir soit compléter les tableaux année après année. Un ou deux artistes ?
Émettant une série d'hypothèses aberrantes, l'inspecteur se mit à fouiller le manoir, persuadé d'y trouver quelques restes.

La nuit dans laquelle se perdit ce barbon eut cependant un terme et le matin arriva, emportant avec lui Catricia au boulot. Elle se préparait à quelques vérifications concernant les deux fourchettes et attendait qu'on lui amène le second corps pour l'autopsie.
Quand elle rentra dans le labo, Fédor était assis sur son tabouret et surfait sur le net avec le PC dans le coin.
- Ah, bonjour Catricia.
- Bonjour, maître. Vous cherchez de la matière première ?
- Et oui, je recherche du cul sur Internet. Quel nul cet Umberto Eco : il se vante de ne pas y être arrivé dans Comment voyager avec un saumon. C'est tout de même pas compliqué !
- À mon avis, il a dû recevoir des milliers de lettres de gens lui expliquant comment faire.
- Je lui souhaite de voir sa boîte aux lettres encombrées de trucs de ce genre jusqu'à la fin de ses jours !
- Et même au-delà, amen. Donc vous vous y arrivez, Fédor ?
- Quand même. Mais je suis assez atterré par ce que je trouve. Regardez ça, c'est un site abominable : ils proposent Fetish, Bondage, Sado Maso, Pregnant (enceinte), Over 70, Barely legal, Zoophilia et... Interacial !
- La perversion ultime dans l'esprit de pas mal de monde. Pour plus d'un gros beauf, tout ça c'est du même ordre.
- J'abhorre ce monde pourri. J'arrête tout, je veux vivre d'amour et de gnole fraîche !
- C'est comme ça qu'il faut concevoir la vie de l'écrivain.
- Oui, ça c'est une riche idée. Je ne vous remercierai jamais assez Cat, de m'avoir montré la voie, renchérit un Dostoïevski enthousiaste.
- Mais c'est tout naturel répondit une pin-up confuse.
- Bon, nous écrirons chacun de notre côté. Moi et mon machin, vous et votre as de la contrepèterie. On se reverra.
- Revenez nous vite Fédor.
Et il se dématérialisa avec goût.
L'as entra l'instant d'après, accompagné de son collègue et du corps. Ils le déposèrent sur la table et quand ils allaient sortir Cat lui demanda de rester dans la pièce, ce qui n'était tout de même pas un ordre très technocratique. Elle lui dit, avec une voix merveilleuse :
- Tu as un certain talent. Voudrais-tu bosser avec moi ? En littérature, j'entends.
- Pourquoi pas ? Mais tu ne sais pas comment j'écris, je n'ai pas fait de longues études, répondit-il, lui qui s'était attendu à autre chose.
- Je parie que tu as du talent.
Le téléphone sonna alors. Juste avant de le prendre Cat ajouta :
- Tu n'as qu'à faire un essai tout de suite. Je ne serais pas déçue.

Bien sûr à l'autre bout du fil c'était le mystérieux tueur qui aurait quand même pu faire l'effort d'être un peu plus imprévisible.
- Ah c'est vous ?
- Alors, tu as examiné le corps, chérie ?
- Oui, oui. C'est sûr, la technique est toujours aussi géniale. Je réitère ma question. Ou avez-vous trouvé vos idées ?
- Tu veux me les piquer ou quoi ?
- C'est ça "tant pis je montre mon jeu."
- Sacrée Cat ! Tu ne peux pas rester sérieuse deux minutes. Même dans les pires circonstances.
- Mais je suis très sérieuse !
- Bon arrête, je trouve ça d'un goût douteux, répliqua le tueur à la fourchette, avec un certain sens du paradoxe.

L'as, qui avait entendu cette conversation sans sourciller et en écrivant sa page se leva brusquement et la tendit à peine remplie à Cat, qui n'entendit pas ce que le tueur dit juste après :
Je revois sans cesse le jour où la
première fois après une belle ra-
pine céleste qui vous avait toute
étonnée, qu'à nouveau vous étiez
défoncée, et de plus retournée par
ces événements si récurrents, ces
coups enchaînés, où filait tant de
peur d'un dur avenir sans rien à
foutre pour vous et votre goûtée
aurore, je défendais, avide votre
peau, glacée, réchauffée par mon
cœur frère du vôtre, adorée, mon
organe essentiel, oui, ma raison de
vivre, de chaque nuit de plus jurer
revenir, allant et venant vers votre
personne - ce sans le moindre cal-
cul - aimée de toute façon, (ah la
douce chasteté si innocente, cette
position où vous vous teniez !)

Cherchant à comprendre Cat n'entendit pas non plus ce que le tueur ajouta ensuite. Elle lui dit tout simplement :
- Veuillez patienter un instant…
Et s'adressa ensuite à l'as :
- Mais comment ça fonctionne ?
- Je ne voulais pas que tu croies que je suis un monomaniaque incapable de faire autre chose que des contrepèteries. Je connais aussi George Sand.
À cet instant, le tueur gueula si fort qu'elle s'en rendit compte malgré la distance la séparant du combiné. Elle reprit donc, la feuille à la main "c'est quoi déjà, voyons, j'avais vu ça au lycée "
Le vilain psychopathe schizophrène haussait maintenant vraiment la voix :
- Non mais tu te prends pour qui ! Me faire ça à moi ! Tu devrais être terrifiée, me supplier ou au moins jurer que tu me trouveras ! Mais non, Mademoiselle me pose des questions indiscrètes qui ne regardent que moi et ne cherche même pas à résoudre ses enquêtes ! Elle m'a déjà obligé à quasiment tout révéler moi-même ! Puisque c'est comme ça je bute ton copain !
- NON ! ! ! Pas ça ! Prenez-moi plutôt ! jaillit du cœur sincère d'une Cat d'une seule pièce.
- Et oui, tu peux dire adieu à l'agent Kask ! ! !
- Ah bon, ouf, j'ai eu peur, répondit cette sainte rassurée qu'il ne parle finalement pas de son spécialiste du contrepet préféré.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? Tu bluffes ? !

Comme si de rien n'était l'as prit la main de Cat qui ne tenait pas la feuille. Elle pensa alors à lire une ligne sur deux. Comme elle s'esclaffait, le gros méchant s'interrogea :
- Putain qu'est-ce qu'il y a de drôle !
Je vais t'en raconter moi des trucs marrants ! Et bien voilà, tu chauffes préalablement la fourchette.
- C'est merveilleux ! !
- QUOI ? ! ! !
- Excusez-moi, je parlais à la personne à côté de moi. Je peux vous rappeler plus tard ?
- NON ! Tu bloques le visage de ta victime puis.

L'as se faisait peu à peu plus pressant et les priorités réelles de Cat s'affirmèrent. Elle raccrocha et ce qui s'est passé ensuite, seul Fédor Dostoïevski pourrait vous le conter.
Fin

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