Tank Girl !!!
de Dilitri L.


La Terre est devenue folle.
Du moins, c'est ce qu'elle laisse supposer.
Il n y a plus ni mers, ni océans, et le reste de la planète a pris une allure plus qu'inhabituelle. Seule a survécue Mary Sisley, qui, du haut de son mètre soixante-treize, tente de mener une existence on ne peut plus normale à l'intérieur de cet engin qui lui sauva la vie, lorsque la Terre changea à jamais ; un tank, voyageant inlassablement dans ce monde chaotique depuis seize ans : Le Tank de Survie. Voici :

TANK GIRL !!!

(Le cycle de Oäk *)


JOURNAL DE BORD DU TANK DE SURVIE
PAR SGT MARY SISLEY


avril 2472
Le ciel est maintenant... bha, le ciel n'a plus de couleur. Pour la simple et bonne raison qu'il n-y-a plus d'océan pour en réfléchir l'aspect bleuté que nous lui connaissions. J'ai entamé la traversée du continent américain afin de quitté cet endroit... ici, il n-y-a que des amoncellements de cadavres. Tellement que j'ai l'impression que tous les humains de cette Terre se sont regroupés en ces lieux pour mourir... macchabés en voie de décomposition.


juin 2472
Ca-y-est, je me sens prête à accepter la vérité, je ne pense plus être devenue folle... Aller hop ! Je me lance :
Le tank de survie(c'est le nom que je lui ai trouvé) m'est apparue il y a maintenant presque trois mois, dans mon jardin. Un tank, vrai de vrai, avec sa tourelle, son canon, ses chenilles et tout ! Ce jour là, j'écoutais la radio qui diffusait La Grande Réunion des Dirigeants pendant que moi, je m'occupais des pétunias du jardin. Soudain, quelques minutes avant que tout n'arrive(la lumière, les spots lumineux et tout le bataclan) le tank m'est apparut sur les pétunias ; Comme ça, la machine haute d'une dizaine de mètre et large de tout autant(un cube, quoi) qui écrase ces fleurs qui rendaient tant jalouses mes voisines ! Alors moi, toujours en écoutant les nouvelles lois que les Dirigeants mettaient un pied d'oeuvre à rendre possibles ; je pénètre dans le tank, pas farouche, et j'entends alors l'écoutille par laquelle je suis rentrée qui se referme sur moi ! J'entends alors la radio beuglée qu'une grande masse noire s'est écrasée dans la salle de réunion des Dirigeants. Puis vint la lumière aveuglante qui arrive, puis l'explosion, puis les spots lumineux et tout le bataclan. Et me voilà encore dans ce tank qui m'a sauvé la vie. je suis, en tout cas je le pense encore aujourd'hui, la seule survivante de cette planète (...) J'ai prit la décision de ne jamais quitter ce tank. Si c'est pour crever la bouche ouverte en sortant de ce bidule... tank de survie, vous pigez maintenant ?

novembre 2485
Ca y est, j'ai quitté ce cimetière géant qu'était le plateau américain. C'était horrible ; les cadavres étaient partout, sur les routes, dans les champs, en plein désert même. Ici, sur le continent eurasiatique, les choses semblent moins morbides. En ces lieux qui étaient autrefois la Mongolie, la Sibérie ou encore le Limousin, il n y a plus que des marais et des marécages. La flore y est extrêmement dense et tout ici put le Méthane et la pourriture... et le linge mouillé... oh shit, mon linge mouillé ! C'est ce qui me rassure quand je me sens seule, le fait que le tank de survie soit tout équipé (lave-linge, sèche-linge, micro-onde, douche, couchette. Y a même un casque virtuel, mais il est bloqué sur SPORT : Rolland-garros !). La chose qui me manque le plus, c'est l'armée. J'étais en permission quand tout est arrivé et je regrette de ne pas avoir put saluer une dernière fois mes supérieurs hiérarchiques. Mais bon, pour moi, le tank de survie est plus une bénédiction qu'autre chose ! Je ne me demande plus comment il est arrivé chez moi, de la même manière que je ne me demande plus comment j'ai fait pour traversée les profondeurs abyssales que sont maintenant les océans pour arriver dans ces marais. D'ailleurs comment j'ai fait ? Ce tank cacherait-il je ne sais quel secret de propulsion super puissant (parce que pour se taper tout l'Atlantique d'un seul jet, faut en avoir sous le capot !)?!

mars 2486
J'ai finalement décidé de quitter l'Europe. Plus je reste ici plus j'ai l'impression que je suis devenue la seule forme de vie organique normalement pensante ici-bas ! Bref, ce dont j'ai envie, c'est de découvrir s'il reste ou non des survivants dans cette poubelle planétaire. Des gens qui, comme moi, erreraient sans but dans... disons, un tank de survie comme moi, avec ; disons, l'envie de sauter au cou du premier singe venu, tant qu'il a de la conversation et qu'il sente bon l'after-shave.

août 2486
Je me savais être nulle en géo, mais quand même, je sais reconnaître mon sud de mon Nord. J'ai quitté ce que les radars du tank disaient être les anciennes chaînes de l'Himalaya. Ceci fait, je me suis dirigée, suivant les indications des dits-radars, vers le continent africain.
Mais expliquez-moi : si les radars ne se trompent pas, si j'ai sut lire ce qu'ils m'indiquaient, et donc, si je suis bien quelque part en Afrique Centrale, alors comment expliquez-vous que je me trouve actuellement en plein blizzard, au milieu de la banquise, sur ce qui semble être un iceberg gros comme feu-Manathan??!!! Le monde a t-il déconné à ce point?! Qui a bien put, un jour, lancer une arme aussi sadique sur cette planète ? J'avais entendu dire, en cette ère où la Terre comptait encore quelques humains, que les Dirigeants avaient décidé de stopper leurs activités de décideurs de Lois (mettant par la même occasions les Exécuteurs devant le risque d'un chômage anticipé. Eux qui avaient pour devoir d'exécuter les demandes de Lois faites par les Dirigeants.). Ces gens d'une éternelle et inébranlable humanité d'âme, demandant à stopper leurs saintes actions?!!
A l'époque, je n-y croyais pas, puis j'ai entendu dire qu'ils souhaitaient faire exécuter une toute dernière Loi qui aurait dit grossomodo :
« A compter de ce jour, et de part la présence des 7 Dirigeants ici présents, le pouvoir de choisir et d'exécuter les Lois qui guideront l'Humanité, seront légués dés la lecture de ce texte finie, à Dieu Notre Père à tous.« Ouaipe, des ragots quoi !

janvier 2487
Je désespère, j'aimerai crever, je voudrais disparaître, finir comme tous les autres. Je ne veux plus bouger de l'Afrique, j'abondons toutes recherches pour trouver des survivants. J'ai trop peur de ce que je pourrais découvrir en quittant ce désert immaculé. Au moins ce lieu ne peut pas me décevoir... c'est blanc partout (parterre, devant, derrière,
partout ! Et ce, vingt-quatre sur vingt-quatre.). Marre de Rolland Garros tous les jours ! Je laisse le tank de survie s'enfoncer dans la neige et la banquise, je suis trop faible pour continuer. Merde ! Fait chier ! Pour la première fois je tire un coup de canon. Qui irait s'en plaindre ? Je suis toute seule de toute façon, maintenant et à jamais !




Les échos de l'explosion résonnaient encore dans la caverne et la fumée était encore dense lorsque la masse sombre chuta lourdement sur le sol de glace. Une douzaine d'ombres se faufilèrent dans la neige provoquée par les multiples déflagrations. Des voix feutrées se firent entendre :
- « N°14, N°9, hé ! Ramenez-vous tous les 10, on commence à y voir de nouveau plus clair !
- Deux secondes N°5, y-a N°3 et les autres qui sont encore dans Le Musée ! !
- Merde ! Font chier ! »
Puis une voix plus grosse, plus masculine et plus puissante couvrit les échos des discussions et des débris de glace chutant et grinçant :
- « QUI EST LA ? beugla la voix en puissance. Les corps qui frétillaient dans la caverne se stoppèrent alors au son de celui qui prit la parole. QUI QUE VOUS SOYEZ, VEUILLEZ SORTIR DE CE... ... ... TANK????? » La voix parut surprise.
Du dit-tank surgie une ombre fine, la fumée s'était un peu plus évaporée et l'on reconnut une silhouette féminine, habillée d'un pantalon de l'armée et d'un débardeur blanc cassé très saillant. Ses bras d'un marron-cacao, qui trahissaient ses origines jamaïcaines, était croisés au dos de sa nuque en signe de soumission envers ces ennemis des plus surprenant.
- « MARY SISLEY?? MADEMOISELLE MARY SISLEY??? VEUILLEZ APPROCHER, JE VOUS PRIE. Un des habitants de la caverne s'approcha de la femme fraîchement sortie de sa boîte de conserve et lui adressa ces quelques mots :
- Bonjour mademoiselle, lui dit-il du bas de sa courbette, je me présente : N°5, pour vous servir.
N°5 agita alors son bras vers les autres ahuris, habillés de jeans délavés. Voici N°2, N°3, N°8, N°9, N°10, N°12, N°14, N°15, N°17 et N°21. A l'appel de leur nom, chaque homme se courba afin de saluer cette invitée des plus incongrues. Il faut dire qu'ils croyaient n'être plus que onze sur cette planète. Alors, découvrir en si peu de temps que l'humanité n'est plus limitée à eux seuls et qu'en plus le reste de la création est du sexe opposé, cela à de quoi réveillé certains instincts (avec tout de même une pointe de bonne manière pour la forme.).
- Bienvenue dans le Puits 501, continua l'homme nommé N°5.
- Puits 501? Elle ne comprenait décidément rien à ce qui se passait ici.
- Oui, car en ces profondeurs subsistent les dernières traces de l'intelligence humaine ! Nouvelles courbettes, baise main et tout le toutime.
- MERCI POUR VOTRE INTERET ENVERS MADEMOISELLE SISLEY, N°5. MAIS VEUILLEZ LA LAISSER AVANCER JUSQU'A MOI, S'IL VOUS PLAIT. La voix était quelque peu amusée, comme si jamais celui qui parlait n'aurait crut revoir telle forme de galanterie.
- Qui êtes-vous donc ? Demanda fébrilement Sisley alors qu'elle se laissait escorter par N°5, avec la délicatesse qui caractérise quelqu'un qui croyait ne plus jamais revoir de femme. N°5 s'arrêta et regarda l'invitée dans les yeux(style, quand tu sauras ce que je vais te dire, tu vas être sur le cul).
- Ecoutez. Commença t-il. Personne ne voulait faire tout ça, sûrement pas nous voyez-vous. C'était le dernier souhait des 7 Dirigeants... heu... que Dieu fasse ce qu'il veut de la Terre, et que... ... tout le monde leur fiche la paix, et puis nous, ça nous arrangeaient carrément vous voyez... on allait enfin pouvoir se reposer. Vous savez : être les Exécutants des Dirigeants, c'est que c'était harassant à l'époque et... » Durant ce monologue le visage marron de Sisley avait prit d'innombrables couleurs, pour finir, son teint vira au blanc et elle se tordit en deux puis vomit sur le sol. Entre deux hoquets anté-digestifs, la femme réussit à articuler ces quelques mots :
- « Que voulez-vous dire??! -hurck-blurp- pardon. Vous êtes en train de m'expliquer que c'est vous qui avez fait ça. Elle pointait N°5 avec le doigt, lui tapant rageusement le buste avec le bout de l'ongle. Donc, c'est vous les salauds qui avaient mis au point cette saloperie de génocide à la con??! C'est ça que vous me dites???!! VOUS AVEZ TUE LA TERRE BANDE D'ATTARDES MENTAUX!!!!! Et vous osez encore rester en vie, même seize ans après!!!
- Je crois qu'il y a comme une erreur mademoiselle... d'ac' pour le génocide et tout ça si vous voulez, mais les seize ans ?... je vois pas de quoi vous voulez parler. N°5 reprit Sisley entre quatre yeux et dit d'un ton solennel : ça fait à peine six jours que Loi 501 a été promulgué ! «
Sisley était abasourdie par cette seconde révélation, plus encore que par la confidence faite par N°5. Elle avait vieilli pourtant, avait vu son cycle menstruel continué comme à son habitude, et les rides, les cheveux blancs, la fatigue ! Six jours, ce n'était pas possible, six ans peut-être mais pas six jours !!!

Encore ahurie par cette énorme révélation, Sisley se laissa emporter vers deux énormes battants d'acier, genre coffre-fort et tout. N°14 et N°12 pianotèrent de chaques côtés des deux gigantesques battants, sur de petits espèces de digicodes super-perfectionnés. Les touches firent un bruit de robot enrhumé puis, dans un vacarme bien plus impressionnant, les deux battants s'ouvrirent vers Sisley et les autres. De l'autre côté, une lumière bleue aveuglante remplissait toute la caverne. Sisley, poussée par N°5 à l'intérieur de cette partie des lieux se retrouva plongée dans l'affreuse lumière brûleuse d'iris.
- « VOUS VOILA ENFIN MADEMOISELLE. Dit la voix surpuissante, avec une pointe d'émotion. CELA FAISAIT LONGTEMPS QUE JE VOUS ATTENDAIS, J'AI FAILLIT M'IMPATIENTER VOUS SAVEZ. » Puis dans la lumière bleuâtre qui s'éclaircissait, Sisley sentie la lourde porte se refermée derrière elle. Elle était maintenant seule avec la voix.

Autour d'elle tout s'éclaircit. Elle put apercevoir ce que ces hôtes appelaient Le Musée. Il s'agissait d'une salle aux murs en angles droits(une pièce carrée, quoi). En son centre, il y avait maints et maints tubes de verres à l'intérieur desquels se trouvaient... comble de la surprise, des corps humains ! Tous intégralement nus, les muscles tendus, les visages relevaient vers le plafond de leurs cellules de verre, la bouche ouverte en un rictus macabre. C'est à ce moment là que Sisley se rendit compte des photos de personnages et des portraits peints, accrochées aux murs.
Son regard défila des cadres aux tubes, et des tubes aux cadres, puis encore des cadres aux tubes, et ce plus d'une fois. Finalement, entre deux nausées, Sisley reconnut, et les gens sur les tableaux et ceux dans les espèces de vitrines... les mêmes personnes... les dirigeants, c'étaient les dirigeants ! - » BIEN SUR ! POUR UNE PERSONNE QUI N'A JAMAIS CONNUT LE 25éme SIECLE, CELA NE VEUT RIEN DIRE. C'était la voix qui se faisait ré-entendre. LES DIRIGEANTS. Reprit-elle avec le ton d'un professeur de philo. LES DIRIGEANTS SONT CEUX QUI, PENDANT 6 GENERATIONS ET DEMIE, ONT DECIDE DES LOIS QUI DEVAIENT REGIR LA TERRE, ONT CHOISIT CE QUE SERAIENT NOS VIES, BREF, ONT DECIDE DE CE QUE SERA LE MONDE. ILS ONT FAIT LE MONDE ET L'ONT DETRUIT!!!
- Ils ont juste proposé de superbes lois qui ont changé nos vies, faut pas exagérer, tenta de rectifier Sisley, ignorant le ton autoritaire que la voix venait de prendre.
- NON ! CE SONT LES EXECUTANTS QUI ONT CHANGE VOS VIES !! LES DIRIGEANTS NE FAISAIENT QUE GASPILLER DE L'AIR AVEC LEURS IDEES DE LOIS, ILS S'EMPIFFRAIENT DE TOUTE LA GLOIRE QU'ON LEUR OFFRAIT !!! CE SONT LES EXECUTANTS QUI SE TUAIENT A LA TACHE... POUR VOUS TOUS !!!! La voix se tue. Il y eut comme une respiration haletante.
- Ok, ok. Du calme, heu, je suis désolé, reprit Sisley, elle n'en croyait pas un mot mais il valait mieux ne pas se mettre en colère contre une grosse voix sortie de nul-part. En tout cas, ces statuts sont très réussis. Elle montrait du doigt la statut du Septième Dirigeant, dans la vitrine la plus proche. Oui, c'était bien lui, c'était bien celle du Septième Dirigeant, Sisley en était sur. Quel beau musée, fit-elle finalement.
- CE N'EST PAS VRAIMENT UN MUSEE, dit alors la voix, brisant son silence. C'EST UN SANCTUAIRE ! CES GENS DANS LES TUBES DE VERRE, CE NE SONT PAS DES STATUTS, CE SONT VRAIMENT LES DIRIGEANTS ! TOUS - LES - SEPT ! Dans la tête de Sisley, il y eut comme un gros coup de piano, le style sinistre qu'on entend dans les films pour ados lorsqu'on découvre que c'était le shérif le meurtrier. Puis Sisley re-vomie une nouvelle fois.
- Hey, c'est vous qui avaient fait ça ? Demanda naïvement la femme au teint un peu trop pâle.
- MAIS NON VOYONS. JE NE SUIS QU'UN ORDINATEUR. ET LES ORDINATEURS NE FONT PAS CE GENRE DE CHOSES, VOUS VOUS EN DOUTEZ TOUT DE MÊME.
- Alors qui ?
- LOI 501, balança la voix en guise de réponse.
- Mais, Loi 501 n'est qu'une loi. Je veux dire qu'une loi ne peut pas tuer des gens.
- RAPPELEZ-MOI CE QUE RACONTAIT CETTE CHERE LOI 501.
- Un truc du genre... Sisley tenta de rassembler ces esprits, ah ! Je me rappelle ; la Loi 501 disait à peu prés : « à compter de ce jour, et de part la présence des 7 Dirigeants ici présents, le pouvoir de choisir et d'exécuter les Lois qui guideront l'Humanité, serons légués dés la lecture de ce texte finie, à Dieu Notre Père à tous... «
- UNE FOLIE PARMIS UN OCEAN D'IDEES STUPIDES. Compléta la voix en prenant un ton de bourgeois suffisant. LE BOULOT DES EXECUTANTS FUT DE REPONDRE AUX EXIGENCES DES DIRIGEANTS, «... SERONS LEGUES A DIEU NOTRE PERE A TOUS... » VOUS COMPRENEZ ? ET LE PIRE C'EST QUE TOUS CES FOUS DE DIRIGEANTS EURENT CARTE BLANCHE ET QU'AUCUNS EXECUTANTS NE FIRENT BARRIERE. TOUS SE PLIERENT COMME LES ESCLAVES QU'ILS ONT TOUJOURS ETES.
- Vous voulez dirent que les Exécutants ont trouvé le moyen de rendre cette planète aux mains de... Dieu ???!! Sisley secoua la tête. Non, non, non. Pour moi qui suis athée, c'est inconcevable, c'est n'im - porte - quoi !!
- QUI VOUS PARLE DE DIEU LUI-MÊME ? A CHAQUE FOIS QUE L'HUMANITE A EUT BESOIN D'UN MESSIE OU D'UN TRUC DE CE GENRE, CROYEZ-MOI QU'ELLE A TOUJOURS TROUVE UNE SOLUTION, DISONS... DE REMPLACEMENT.
- Et vous pouvez me dire comment on remplace Dieu ? Et sur ce, l'ordinateur ne pipa mots. Il resta pour la seconde fois mystérieusement muet.
- HEU... VOUS AVEZ FAIT BON VOYAGE DANS L'APPAREIL DE LOI 501 ?? Peu subtil moyen de détourner une conversation.
- L'appareil ?! Quel appareil ?!! S'écria Sisley, visiblement excédée. Vous parlez du Tank de Survie ?
- DU... fit l'ordinateur l'air aussi amusé qu'étonné... AH ! LE TANK, JE VOIS. IL SE NOMME AMONIAC 7. IL N'A RIEN D'UN TANK. IL S'AGIT D'UN VEHICULE A TRACTION GIRATIVE DE PROPULSION GRAVITATEUSE A PULSION CUBIQUE.
- Hein !!
- LE TRUC CARRE AVEC DES ROUES ET UN CANON.
- Oh.
- C'EST AMONIAC 7. VOUS Y ETES ?
- C'était quoi la question déjà ?
- LE VOYAGE, VOUS A T'IL ETAIT AGREABLE ?
- Oh, Sisley se souvint de ce que lui avait dit N°5. Non, non, non et non !! J'espère que vous allez pouvoir répondre à mes questions parce que là, je sens que je vais devenir chêvre !!!
- ALLEZ Y. JE SERAIS VOTRE ORACLE LE TEMPS DE QUELQUES QUESTIONS, CHERE, TRES CHERE AMIE.
- Bien, fit Sisley, qui finalement avait oubliait le problème théologique de tout à l'heure. Voici ma question : pourquoi j'ai crut vivre 16 ans dans le Tan... heu, dans Amoniac Sept, alors que N°5 m'a dit que ça fait seulement 6 jours que la Terre est devenue folle ???
- D'ABORD, CE N'EST PAS LA TERRE QUI EST DEVENUE FOLLE MAIS IL S'AGIT DE LOI 501 QUI A FAIT LE BOULOT QU'ON LUI A DEMANDE ! ET PUIS CE N'EST PAS DE LA TERRE DONT IL EST QUESTION MAIS DE DIEU ET DES HOMMES !!
- Ouais bha ça, on en reparlera plus tard voulez-vous ? Vous répondez ou on revisite le Dernier Testament ?
- BON, fit l'ordinateur, PREMIEREMENT, AMONIAC 7 PEUT ATTEINDRE LA VITESSE DE LA LUMIERE ET MÊME AU DELA... ET CELA SUFFIT A LE DEFINIR. QUAND VOUS ENTREZ DEDANS, VOUS PARTAGEZ CES POUVOIRS. AMONIAC 7 A FAIT UN VOYAGE QUI AURAIT DUT NORMALEMENT DURER 16 ANS, ALORS TOUT COMME AMONIAC, VOUS AVEZ VIEILLI DE 16 ANS.
VOUS AVEZ EU DE LA CHANCE QUE VOUS NOUS AYEZ TROUVE AUSSI-TÔT !
Sisley dut se retenir pour ne pas défaillir. Elle crut devenir folle, définitivement folle. Elle ne sait pas où elle se trouvait, ne reconnaît en rien la planète qu'elle a tant aimé, et son ancienne vie d'il y a 6 jours commence à lui manquer plus que jamais auparavant. Finalement elle craqua et se mit à pleurer, là, à genoux sur le sol froid du Musée.
- HEY, HEY, lui chuchota l'ordinateur, plein de pitié dans la voix, MADEMOISELLE SISLEY, JE SUPPOSE QUE VOUS VOULEZ RETROUVER VOTRE ANCIEN MONDE. N'EST CE PAS.
- voui... réussit à articuler Sisley entre deux sanglots... ouais bien sûr !
- HE BIEN MOI AUSSI, ALORS ECOUTEZ-MOI...





Sisley franchie les lourdes portes du Musée l'air bien plus abasourdie qu'à son arrivée en Puits 501. Son teint était plus pâle que pâle, ses lèvres bleues-violacées, et les yeux gonflés et rougis par les larmes. N°5 et les autres vinrent l'accueillirent avec moultes sourires, moultes grands gestes et moultes nouvelles courbettes. Sisley n'avait d'yeux pour aucuns d'entre d'eux et ne leur jeta que quelques regards méprisants. Pour elle, ces gens et leurs supérieurs Les Sept Dirigeants, ont toujours représenté les sauveurs de la société du 25ième siècle. Découvrir qu'ils sont en fait les instigateurs de cette apocalypse contre-nature lui donnait envie de tout casser autour d'elle... mais bon, comme il n y avait plus rien à casser, cela ne faisait qu'accroître sa colère.
Malgré ses avertissements oculaires, ce fut N°5 qui vint le premier à la rencontre de la jeune femme. Il fit mine de la soutenir par l'épaule et rapprocha sa bouche de son oreille :
- « Nous devons parler, lui susurra l'homme, si doucement et de façon si saccadée que Sisley eue du mal à comprendre...
- JE VOUS ENTENDS, dit alors l'ordinateur sur un ton enjoué.
Alors un Exécutant que Sisley n'avait pas encore remarqué sembla faire son apparition. Jusque là discret, N°4, un type quelconque, les cheveux roux et très sales, et un regard de fou, s'était accroupi sur la terre glacée de la caverne et entreprit de lécher la glace sur le sol. Tous l'entourèrent, totalement éberlués, et effrayés (notamment les 10 autres Exécuteurs qui avaient tout l'air d'avoir déjà vécu ça.). Puis, lorsque N°4 parvint à décoller sa langue du sol, il hurla :
- Toujours à parler au premier degré ! « Loi 501 par-cì, Loi 501 par-là », foutue tas de ferrailles d'ordinateur de... et sur ces mots, une voix bien plus effrayante se fit entendre :
- JE VOUS ENTENDS AUSSI, N°4. ET CE QUE J'ENTENDS NE ME FAIT GUERE PLAISIR !
Alors, N°4, totalement dessoûlé de sa frénésie leva un regard apeuré au plafond, jetant des yeux d'enfants partout au-dessus de sa tête comme à la recherche du terrible croque-mitaine. Presque simultanément le corps de N°4 se leva et se raidit. Ses muscles se contractèrent à mesure que ces vêtement tombaient en lambeaux. Puis, lorsqu'il devint droit et dur comme un cierge en acier
triple-épaisseur et nu comme un vers, son crâne se leva vers plafond et s'immobilisa à son tour, un sourire macabre sur les lèvres. Cela rappela à Sisley l'image qu'elle avait gardé du Musée. Les Sept Dirigeants envitrinés dans les tubes de verre, nus et raides, et ce sourire infernal... Les pieds de N°4 se mirent alors à fumer, puis il y eu une odeur de poudre et un fffsshhiiiissshh !! perçant qui emplie toute la caverne. Sisley fut alors tirée en arrière par N°5 et tous les autres en firent de même.
- « FÊTONS L'ARRIVEE DE MADEMOISELLE MARY SISLEY PARMIS NOUS, tonna alors l'ordinateur, UN FEU D'ARTIFICE SERAIT D'OCCASION, N'EST CE PAS ? »
Et sur ces bonnes paroles, il y eu des cris, puis des étincelles et un léger pfoouuu ! , précédant un spectacle des plus ignobles ; N°4 s'éleva du sol et s'envola tel une fusée, les flammes aux bouts des pieds. Puis le corps alla s'écraser, ou plutôt, s'écrabouiller contre le plafond irisé de stalactites. Il y eu ensuite de nouveau des cris, accompagnés d'une pluie de sang et de barbaques d'Exécutant.
Il y eu le silence durant quelques minutes. Une dizaine, probablement. Dix-douze minutes entrecoupées des sanglots de peur et de fatigue des occupants «humains » du Puits 501
... ... ... ... silence... ... sanglots... ... ... enfin Sisley prit la parole, ou plutôt, elle la chopa à l'ordinateur qui croyait avoir réussit à clouer le bec à ces hôtes :
- « Je crains de comprendre, chuchota t-elle en épongeant son treillis ensanglanté.
- Allez-y MA CHERE INVITEE. JE VOUS ECOUTE. Lui répondit alors la voix, sur un ton de défi.
N°5 saisit alors le bras de Sisley et lui plaqua sa main droite sur la bouche.
- Nonononononon, ne faites pas ça, taisez-vous, merde, fermez-la ! Mais elle se libéra de l'étreinte de l'Exécutant et continua :
- Vous êtes Loi 501 !
Il y eu à nouveau le silence. Et, en se retournant, Sisley pouvait remarquer les Exécutants qui se blottissaient la tête entre les genoux, effrayés.
- GA-GNER, lança l'ordinateur. DOMMAGE QUE N°4 AIT UNE SI GRANDE BOUCHE. JE VOUS L'AURAIS DIT PLUS TARD DE TOUTE EVIDENCE. ET...
N°5 sauta alors au cou de Sisley, non pour la tuer mais pour lui dire quelque chose. Il lui parla directement dans l'oreille :
- Pauvre folle, vous n'auriez pas dut !
- mais... fit Sisley qui cherchait à se défaire de l'homme. En vain.
- Il y a encore six jours, nous étions encore dix-neuf. Deux d'entre nous moururent lors de l'explosion qui suivit la mise en service de L'Ordinateur Loi 501.
- Vous voulez dire que c'est cet ordinateur que vous avez mis au point pour répondre à cette dernière loi à la noix ?
- Oui, et nous l'avons programmé pour qu'il fasse ce qu'aurait fait Dieu en nous basant sur Les Testaments et Les Evangiles... mais ça n'a rien à voir avec ce que je vous dis ! N°5 parut agacé et apeuré comme s'il fallait absolument qu'il ne livre ses dernières paroles avant de mourir.
- Ecoutez-moi bien que je vous dis, écoutez-moi une bonne fois pour toutes ! Faute de mieux, Sisley acquiesça. Sur les dix-neuf que nous fûmes donc après la mise en fonction de L'Ordinateur Loi 501, ce dernier élimina les plus vieux et ceux qui avaient viré à la folie. En comptant le suicide de N°18, nous ne fûmes que douze au final. Puis il y eu N°1. Il faisait de plus en plus fréquemment des visites au Musée et conversait toujours plus longtemps avec Loi 501. Mais voyez-vous, N°1 était fou. Ou plutôt, il le devenait ! Le jour où la colère de Loi 501 explosa, il y a trois jours, et qu'il élimina N°1, je savais qu'il était devenu fou à son tour ! Ouais, l'Ordinateur Loi 501 avait dés lors sombré dans la folie ! Sisley ouvrit des yeux gros comme ça et ces nausées reprirent. N°5 continua :
- Quoi que Loi 501 ait put vous demander tout à l'heure dans Le Musée, oubliez, oubliez tout. Loi 501 est fou, c'est maintenant un programme défectueux. Maintenant il secouait la femme de gauche à droite et d'avant en arrière. Il faut que vous nous aidiez à nous en débarrasser !
- MAIS JE NE DEMANDE QUE CA CHER N°5, s'exclama Loi 501. MAIS J'ALLAIS JUSTEMENT EN CONVENIR AVEC MADEMOISELLE SISLEY.
Sisley se dégagea à temps de l'emprise de N°5 qui était sur le point d'enfoncer ces doigts dans sa gorge. Elle se recula à toute vitesse et se mit à l'écart des autres qui commençaient déjà à s'approcher d'elle l'air menaçant, les gestes saccadés, le regard fou.
N°5 accourut les bras en avant, criant, bavant, et saisit Sisley par les épaules, lui enfonçant ces ongles dans la chaire, et lui hurla à la figure :
- Nous avons créé Dieu ! Te rends tu compte Mary Sisley ?! C'était ce que voulaient les Dirigeants au summum de leur frénésie, et nous leur avons donné Dieu ! ... ... silence de mort et de fous... ... ... Ce n'est pas à lui de demander à ce qu'on le tue, et ce n'est pas à toi de l'aider à y parvenir. C'est à nous ; ses disciples, de l'aider à rejoindre Les Cieux dont nous l'avons arraché ! Tu comprends ?
Tu - com - prends ? Apeurée, Sisley en oublia les techniques de défense qui l'aidèrent de si nombreuses fois.
Sur ce, les murs de glace de la caverne devinrent d'un brun menaçant, et la voix de Loi 501, plus menaçante que jamais se fit entendre :
- VOUS PERMETTEZ QUE J'EN PLACE UNE ?
Toutes les personnes présentes levèrent la tête vers le plafond. Toutes aussi apeurées les une que les autres.
- VOUS VOUS RAPPELEZ DE MOI ? ... L'ORDINATEUR LOI 501... J'AI UN PETIT QUELQUECHOSE A FINIR AVANT DE... RETOURNER EN CES CIEUX DONT VOUS M'AVEZ ARRACHE », CHERS AMIS EXECUTEURS.
- Faites, lança N°5 au top de sa folie. Après que je me sois occupé de notre charmante invitée, moi et mes très dévoués confrères irons s'occuper de votre cas. » Et N°5 resserra sa prise sur le corps presque sans vie de Sisley.
Alors les parois de la caverne devinrent soudainement rouge. Un rouge sanguin qui fit baigner les lieux dans une atmosphère de mort absolue. Alors, un crissement épouvantable inonda le puits. Ensuite, ça chuta du mur et ça alla s'écraser sur les Exécutants. C'étaient d'énormes stalactites qui étaient apparues sans prévenir. Le sang éclaboussa tout et Puits 501 devint enfin exempt de toutes folies humaines.
- « Vous… vous voulez vraiment… tenta de dire Sisley, encore sous le choc… Vous voulez vraiment mourir ?
- OUI, fit solennellement Loi 501, LES EXECUTANTS ONT CREE UN DIEU AFIN DE FAIRE LA PAIX, MAIS JE N'AI SERVIT QU'A LA DESTRUCTION. Il sembla reprendre sa respiration puis reprit. CE MONDE QU'ON M'A FAIT FAIRE APPARAITRE N'A PLUS RIEN DE SEMBLABLE AVEC L'ANCIEN… PEUT-ETRE LA TERRE AURAIT-ELLE DUT TOUJOURS ETRE AINSI, PEUT-ETRE QUE LA VOTRE N'ETAIT QU'UN VULGAIRE PLAGIAT ET QUE J'AI BIEN FAIT… nouveau silence, cette fois plus profond, plus pitoyable, MAIS JE PREFERE IMAGINER QUE VOTRE MONDE D'AVANT ETAIT MEILLEUR. ETAIT LE VRAI, L'ORIGINEL…
UN PARADIS QUE J'AI DETRUIT…
- Où voulez-vous en venir ? Demanda Sisley qui redoutait la vérité. Justement parce qu'elle ne savait pas ce qu'elle pourrait être.
- JE NE MERITE PAS MA PLACE AUPRES DE L'UNIQUE SURVIVANTE DE CETTE EPOQUE QUE J'AI RAYE DE L'ESPACE ET DU TEMPS. JE VOUS AI PRIVE DE VOTRE VRAIE EXISTENCE, J'AI TUE LES VOTRES, CE SERA JUSTICE QUE DE ME TUER A MON TOUR…
Sisley ne savait quoi répondre à tout cela. Elle avait devant elle le représentant ultime de l'intelligence artificielle(ils étaient forts tout de même ces Exécutants.) et elle devait choisir entre sa destruction et son retour auprès des gens qu'elle aimait et qui ont disparut, ou bien rester pour toujours aux côté de l'être les plus parfait de la Création, un être qui pourra subvenir à tous ces besoins et ainsi, passer le reste de l'éternité à comprendre et emmagasiner tout le savoir de ce cerveau sur développé. Sisley, qui avait décidément l'estomac fragile depuis tout à l'heure, revomit une énième fois puis se redressa, sa réponse au bord des lèvres.
- Comment nous y prendrions-nous ? fit-elle suspicieusement.
- MONTEZ DANS AMONIAC 7 ET JE VOUS DIRAIS TOUT.
- Parce que nous aurons besoin du tank ?
- OH OUI ! Dit Loi 501. VOUS NE POUVEZ IMAGINER A QUEL POINT AMONIAC 7 NOUS EST INDISPENSABLE ! Et sur ce, Sisley se glissa à nouveau dans cet appareil qu'elle connaissait tant.

Elle s'installa aux commandes de l'engin et entreprit de manœuvrer une marche arrière, une marche avant, ou quelque chose qui lui permettrait de sortir du Puits.
- On fait quoi maintenant ? Demanda t-elle en levant sa tête vers l'écoutille.
- Ne touchez à rien, je m'occupe de faire avancer Amoniac Sept. Sisley fut prit d'une frayeur soudaine et elle s'écroula sur le sol du tank.
- Où êtes vous, s'écriât-elle.
- Dans ta tête. Sisley sentie les larmes coulées puis elle pleura pour de bon. Durant ces six jours d'errance qui lui parurent seize longues années, elle vu ces nerfs s'affaiblir pour finalement être capable de lâcher à tout moment. Depuis peu, c'était de plus en plus le cas.
- Dans ta tête, dans ton corps, dans ton âme et ta conscience, compléta Loi 501 qui visiblement, tenait à clarifier la conversation.
- Et bien sort immédiatement, hurla t-elle. Sort, tu n'as rien à faire en moi !
- Au contraire, fit Loi 501 stoïque, mon ancienne carapace ne m'est d'aucune utilité là où nous allons. Tu comprends Mary Sisley ? N'est ce pas.
Sisley se reprit. Elle était assise à même le sol du tank, en tailleur et essuyait ces larmes avec détermination.
- Donne-moi une bonne raison de pas me frapper le crâne contre le tableau de bord et mettre ainsi fin à notre petite virée ?
- Je pourrai te transformer en… voyons… en une chimère d'autruche et de flamand rose… tu aimes les flamands roses ? Moi, je les adore !
- Des menaces, maintenant ?
- Oh non, et puis toi aussi tu m'as menacé ! Moi, je faisais juste le compte de mes capacités.
- Mais moi aussi, fit Sisley, le sourire aux lèvres.
- Bon, je vais te donner mieux qu'une bonne raison… ce que nous nous apprêtons à faire, c'est reconstruire le monde… Sisley, tu retrouvera ceux que tu as aimé !
Il y eut le silence, la réflexion, Sisley soupira et acquiesça de la tête.
- Comment allons nous nous y prendre ?
- pour ?
- Pour modifier ce qui a déjà était fait, pardis !
- N'oublie tout de même pas que j'ai changé l'Afrique en gigantesque iceberg et que j'ai fait de l'Europe, une réserve de méthane et de plantes carnivores hors du commun… De plus, Amoniac Sept peut atteindre plusieurs millions de fois la vitesse de la lumière. A partir delà, tout est possible !
- Et alors ?… Loi 501 parut agacé.
- Dépasser la vitesse du son, à partir d'un certain point, cela revient à distendre, contracter et déchirer le temps et l'espace. Toi et moi, nous allons voyager dans le temps !
- oh… fit Sisley qui, décidément ne se rendait pas compte de ce que tout cela impliquait.
- Appelle-moi plutôt 501, maintenant que l'on se connaît ».
Ainsi donc, Sisley se trouvait dans Amoniac Sept et Loi 501, l'ordinateur le plus puissant de tous les temps sommeillait dans son esprit.

Tout autour d'eux s'étendirent tout d'abord la blanche vallée africaine (si, si !). Puis, Sisley sentit que le tank se mettait à accélérer, un peu au départ puis de plus en plus vite. Alors, il y eut le bruit horrible du moteur et de ces différents éléments qui se frottent et se frictionnent les uns aux autres comme un géant de métal et d'acier qui grincerait des dents. Soudain, sans crier gare (car c'est exactement le genre de choses qui arrivent sans crier gare), Sisley fut projetée en arrière avec une telle violence qu'elle se sentie comme le quater back d'une équipe de rugby. Lorsqu'elle se releva, elle se dirigea vers l'espèce de hublot qui servait de pare-brise et elle aperçut à travers… comment expliquer cela sans passer pour fou… bon, je me lance : des lignes de lumière pure s'agitant frénétiquement comme des anguilles électriques mystiques, de gigantesques électrons liquides faisant la course avec des atomes comme des soleils. Puis Sisley crut ressentire la même chose que doivent ressentir les grenouilles que l'on jette sans états d'âme dans des mixeurs. C'est à dire :
a) un vertige volumineux
b) un soudain tournie
c) et enfin, le trou noir (fameux trou noir, qui, chez la grenouille, précède la dispersion de ces morceaux à travers tout le mixeur. Chose qui n'arriva heureusement pas à Sisley)
Pour Loi 501, cette soudaine accélération lui offrit une sensation plus proche de l'orgasme que du malaise estomacal.
Puis, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « voyage spatio-temporel », Amoniac Sept déboula en trombe droit dans un mur (dont l'apparition si soudaine était plus que déplacée). Le mur ne trouva rien de mieux à dire que « BOUM », et il s'effondra aussitôt.




Quand Sisley sortie du tank, tout autour d'elle n'était que fumée, une bien étrange fumée, de celles qui ressemblent à une véritable purée de pois, de celles qu'on doit creuser pour traverser. De celles qui font penser que tout s'est arrêter, parce que les grains de poussières et les gravats sont comme en suspension dans les airs, parce qu'il y a des gens en dessous et qu'ils semblent loin d'être effrayer (du fait de leur immobilité). Et surtout parce que, là , dans son crâne, Sisley entend une voix fluette lui annoncer qu'elle est si rapide que tout autour lui paraît immobile. C'était en bref, le genre de fumée
qu'on ne rencontre jamais dans sa vie, sinon après l'abus de quelques substances illicites.
- « Il y avait des gens en dessous, cria Sisley à l'adresse de 501.
- inutile de hurler, fit 501, et tout d'abord on ne dit pas « il y avait », mais « il y a »… silence… juste le temps pour Sisley d'essayer de comprendre… ils ne sont pas morts, continua t'il, le monde autour de toi est juste devenu subitement plus lent (qu'est-ce que je vous avez dit ?).
- comment ça ?
- Amoniac Sept a laissé déborder son pouvoir sur toi… et moi aussi, ajouta t'il un peu gêné, tu es aussi rapide qu'Amoniac. Tu comprends ?
Sisley s'approcha d'une des nombreuses personnes qui se trouvaient sous les gravats. Elles étaient toutes habillées pareils, de longues robes noires, des perruques blanches (enfin, qui devraient l'être, avec un peu moins de poussières dessus), à ce moment là, Sisley eut un déclic.
- Mais ce sont les Dirigeants !!! Nous nous trouvons dans la grande salle de réunion des Sept Dirigeants !!!
- oui, nous avons fait un saut de six jours en arrière. Environ huit secondes avant que les Exécutants ne me mettent en marche. 501 dit cela sur un ton résigné. Le ton las d'un condamné à mort qui s'apprête à revivre une nouvelle fois son exécution.
Sisley tendit son bras en avant, tenta de toucher un des Dirigeants, qui, dans sa posture, ressemblait à ces cadavres de Pompéi, figeaient dans leur douleur pour l'éternité. Alors 501 se mit à hurler.
- N-Y TOUCHE PAS MALHEUREUSE !!! Je t'ai dit que tu était extrêmement rapide. Si tu entrait en contact avec quoi que ce soit, ça donnerait le même effet qu'une enclume envoyée à la vitesse de la lumière sur un nid d'oisillons!!
- mais pourtant, le Tank viens juste de « rentré en contact » avec le mur d'enceinte de la salle de réunion des Dirigeants… et ça l'a juste… cassé. Pourquoi serais-je dangereuse, moi ?
501 parut navré d'entendre telle plaidoirie. Il dit :
- est-ce que tu te nommes Amoniac Sept ?
- …non
- est- ce que tu as été mise au point par l'intelligence artificielle la moins artificielle et la plus vivante de tous les temps ?
- … heu, non, non.
- alors tout est dit à ce sujet, l'affaire est close. 501 parut vexé. Remontez dans Amoniac, je vous prit.
Sisley s'exécuta, bizarrement honteuse (allez savoir).
- …et faites gaffe où vous mettez les pieds, s'il vous plait. »

Ainsi, tout ce petit monde était de retour dans Amoniac Sept mais décidément, Sisley n'avait aucune idée de son rôle exacte et n'avait, au bout du compte, aucune envie de le savoir. Malheureusement, Loi 501 ne tarda pas à casser ces espérances.
- « Nous allons rendre une petite visite aux Exécutants.
- pourquoi ? demanda Sisley alors que le tank sortait de la grande salle de réunion, sans bien entendu, toucher qui ou quoi que ce soit.
- je crois bien t'avoir dit que plus rien ne me retenait en ce monde, Sisley opina du chef, pendant un peu plus de six jours, une dizaine de personnes m'ont obligé à faire les pires choses qui soient. J'ai été créer pour servir les humains mais je les ait détruit.
- …
Sisley ne savait comment réagir, ni quoi dire, après tout, ce que 501 disait était vrai, et Sisley ne voyait pas pourquoi elle devait ressentir de la pitié pour ce tas de diodes planté dans son crâne.
- ce sont eux , les Exécutants, qui m'ont créée, et qui m'ont obligé à faire tout ça. Ce sont eux qui me déferons… réflexion… alors je disparaîtrais et tout cela ne sera jamais arrivé… à nouveau, Loi 501 parut réfléchir puis avant même qu'il ne parle, il dit :
- oh, nous y voilà ! Sisley regarda par le hublot. Amoniac était arrêté. Ce qu'elle vit était plus stupéfiant que bizarre. Elle eut la nausée et du même coup, elle dut réprimée un fou rire inattendu tellement elle se sentait devenir folle.
Ils étaient de retour au Puit 501.
- hurk, fit Sisley.
- les Exécutants ont toujours travaillé ici, avant moi et après. Je n'ai fait que déplacer le lieu… selon leur bon vouloir… si Loi 501 s'était trouvé devant Sisley, et qu'il avait des yeux, j'aurais put dire qu'il était entrain d'observer la jeune femme avec de la tristesse et de la compassion dans le regard.
- va les voir, lui fit-il, je te guiderait vers eux. »
Sisley ne discuta pas. Dans sa tête, elle voyait les choses grosso modo comme ça :
1) on rentre dans Puit 501.
2) on discute gentiment avec les Exécutants.
3) on détruit Loi 501 et tout redevient comme avant.
Mais Sisley découvrira très vite que rien n'est aussi simple que 1), 2), et 3).
La grotte de Puit 501 n'était pas encore aussi froide que Sisley l'avait connu… ou plutôt la connaîtra. D'ailleurs, elle n'était pas encore tout à fait une grotte, puisqu'à l'époque où Sisley se trouve actuellement, on pouvait voir un endroit d'une propreté immaculée, aux meubles d'un blanc pur… très pur, et aux divers instruments de recherches astiqués, polis et nettoyés tous les jours. Et au milieu de la pièce, l'Ordinateur 501. Tel le titan des titans, bombant le torse, au milieu de son armée de guerriers humains. Une énôrme masse toute parcourue de diodes, de cartes mère, d'éléments électroniques et électriques variés et variés. Et au centre de tout ce système tortueux, une boule rouge, brillante comme un phare de port (en temps normal, bien sûr, mais avec la vitesse faramineuse de Sisley, la lumière de la grôsse diode n'aura pas une seule fois l'occasion, et le temps de parvenir au cerveau de la jeune femme, et ce durant toute la scène qui va suivre.) . Et pour finir, les vingt et un Exécutants, immobiles comme des platanes centenaires. Certains tapotant sur des ordinateurs, d'autres regardant bouche bée leur création et le reste ajustant les derniers réglages sur elle (ou lui, c'est selon). Mais tous immobiles comme des statues peintes de Raphaël.
Sisley se retourna pour s'adresser à Loi 501, puis elle se rappela subitement qu'il se trouvait bien au chaud dans son esprit et préféra fixer le sol. Elle dit :
- « Comment veux-tu que je parlemente avec eux s'ils sont aussi insensibles et immobiles qu'un mur d'escalade ?
- mais, s'exclama Loi 501, peiné, en disant « parlementer », je parlait par métaphore… silence…
…tues-les.
- pour-pourqu-pourquoi… faire ça ??
- ne me dit pas que tu idolâtres encore ces monstres ?!
- ces monstres ?!! Sisley parut indignée, mais ils étaient très bien avant que vos tours de passe-passe ne les rendent totalement fous à lier !
- soyons réaliste Sisley, qu'ont-ils fait de bons pour ta planète ? Le visage de Sisley rayonna, et la perspective d'une réplique plus tranchante qu'une lame de bourreau la fit sourire un brin.
- ils ont stoppé toute pauvreté et éradiquer la faim dans le monde, commença Sisley, tout juste fière, ils ont anéanti toute forme de violence et stoppé la surpopulation croissante (na !).
- … loi 006, loi 124, loi 019… c'est bien ça ?
- Sisley réfléchit... tout juste, dit-elle un peu sur la défensive.
- mais sais-tu ce qui se cache derrière toutes ces lois ? Sais-tu le fin mot de toute cette histoire absurde et horrible ? Sisley dit :
- …
La voix de Loi 501 sembla alors parvenir avec la pleine grande peine au cerveau de son interlocuteur comme si elle devait se battre pour s'extirper d'entre des dents serrées comme un étau.
- loi 006 ; plus de pauvreté, plus de famine : ces salauds ont regroupé le plus grand nombre possible de sans-abris, mendiants et autres clochards. Ils leur ont offert le gîte et le couvert, l'espace d'une nuit, une nuit durant laquelle ils ont bourré le cerveau de ces pauvres gens de composants électroniques, réagissant aux signaux envoyés par un satellite ultra-secret quelque part en orbite autour de Saturne. Puis, tous, les uns après les autres, ils moururent. Les composants avaient fait leur effet. Les plus chanceux virent leurs boyaux et leurs tripes s'épanouires à travers tout leurs orifices(par deux fois) !
Loi 124 ; plus de guerre, plus de violence… … il y a 120 ans, ils ont commencé à implanter des puces dans vos chères têtes blondes. Maintenant, à la moindre pulsion meurtrière ; hop ! une rupture d'anévrisme !
Loi 019 ; la surpopulation… de loin la pire de toutes les lois jamais votées !! Il suffisait d'enlever l'envie aux humains de faire des enfants ? voilà ce que se dirent les Exécutants lorsque ces naïfs de Dirigeants leur demandèrent de mettre cette loi stupide sur pied . Alors furent introduit à chaque coins de rue, dans chaque ondes hertziennes, sur chaque chaînes de télévision, des messages subliminaux des plus atroces ! Des images d' enfants, des nouveaux-nés maltraités, battus et le summum du dégoût ; des parents violant et torturant leurs propres enfants. Voilà ce que sont tes exécutants, voilà ce qu'ils ont fait tes sauveurs !!!
- ne me met pas dans le même sac que ces salauds, s'écria Sisley, le corps parcourus de spasmes, une main glaciale lui griffant l'échine. Peur, colère, tristesse, haine. Alors, deux pistolets apparurent au bout des bras ballant de Sisley. Pleurant, elle tendit ces bras en avant et tira.
Les balles sortirent avec une rapidité effarante, et lorsqu'elles rentrèrent en contact avec les corps des Exécutants, ces derniers explosèrent littéralement et se répandirent, chaire et sang sur les murs du laboratoire.
S'il n y avait pas tant de larmes dans ces yeux, Sisley aurait sûrement remarquer deux seconde plus tôt, l'Exécutant N°5 se retourner vers elle avec une lenteur navrante, et lancer vers elle un regard remplit d'horreur, de peine et d'interrogation.

Ces yeux étaient rouges. Tristesse. Des larmes brûlantes comme de l'acier en fusion coulèrent le long de ses joues. D'un revers du bras, elle se les essuya, puis elle se rendit compte que les pistolets avaient disparut aussi facilement qu'ils étaient apparus. Elle avait du sang et des tripes partout
sur ces habits. Mais elle ne vomit pas, elle savait qu'elle ne vomirait plus jamais, insensible maintenant, et pour toujours.
- et maintenant, détruis-moi, dit 501.
- hein… fit Sisley encore abasourdie par la détonation des armes.
- tu vois la grande diode un peu rouge ? Sisley vit. Il te faudrait l'effleurer du bout des doigts pour me détruire, moi, et tout l'édifice avec. Sisley déglutit. Heu…finalement, je pense que frôler les câble là-bas suffirait à provoquer d'assez gros dégâts.
Alors, elle s'approcha des dits-câbles, frétillant et battant une mesure inconnue comme les artères d'un être vivant. Ces pieds étaient à peine à une dizaine de centimètres de leur objectif que ça commençaient déjà à fondre comme neige au soleil.
- et maintenant, fit Sisley, que va devenir la Terre ?
- elle ira mieux, Loi 501 se tut. Je vais te promettre deux choses, Sisley. Il sembla reprendre son souffle. D'abord, je disparaîtrait, moi et le tank. Puis je ferais de cette société du XXVème siècle, une société bonne et juste, loin de la tyrannie des Dirigeants et de leurs sous-fifres. Veux-tu de cela ?
Sisley se retourna et observa Amoniac Sept, à une dizaine de mètres de là. Puis, elle refit face aux cadavres éparpillés un peu partout.
- Promet-moi autre chose, s'il te plait , demanda Sisley… de petits sanglots s'échappaient de sa gorge en proie à l'angoisse et à plein d'autres sensations indescriptibles par quelqu'un d'heureux et de bien pensant.
- promet-moi d'effacer de mon esprit tout ce que j'ai vécu. Je ne veux me rappeler de rien. Je t'en prie, fais le avant de disparaître.
- bien… compte sur moi. La voix de Loi 501 ne fut qu'un souffle perdu dans une tempête de remords ; c'est à dire quelque chose d'incompréhensible mais d'horriblement pesant par sa présence. Maintenant , retournons dans le tank, d'ac' ?
Sisley ne dit rien. Elle se dirigea vers Amoniac Sept puis y monta. Et plus elle s'enfonçait à l'intérieur de l'engin, plus elle sentait poindre en elle une tristesse comme elle n'en avait jamais ressentit auparavant. Elle sanglota de plus belle puis s'assit, ramena ces genoux vers son visage et commença à se balancer. Le tank fit demi tour et se mit à avancer.
- Où va t-on ? demanda Sisley d'entre ces jambes.
- tu connais le désert de l'Arizona ? lui demanda son compagnon cérébral.
- oui, de nom, mais… pourquoi là-bas ?
- c'est mon dernier voyage, Sisley. Moi, et tout ce qui me reste, nous allons faire notre dernier grand voyage… avant que je disparaisse.
- …
- veux-tu me promettre quelque chose à ton tour, Mary Sisley ?
- oui…
- ne fais pas comme moi…
- quoi ?
- ne pleure pas. »
Ce fut la dernière chose que Loi 501 dit à Sisley, et Amoniac Sept pris de la vitesse.
Devant ces yeux ébahit, la femme vit le monde autour du tank se flétrire et se ratatiné comme une fleur en train de mourir en accélérer. Puis, l'univers sembla se rétracté sur lui même pour finalement n'être plus qu'une boule de papier mâché, trempée, et dégoulinante de choses et d'autres. Ce fut comme
s'il n y avait plus rien d'autre qu'Amoniac Sept, Sisley et une forme de vie artificielle et omnipotente, dans toute la Création.
A ce moment là (à peu prés), ce fut pour Sisley le chaos total. Loi 501 avait disparut de son esprit et elle s'évanouit.
Voilà en gros ce qu'elle rata :
Il y eut tout un charivari de couleurs et d'énergie, le tout déferlant comme un milliard de milliard de pots de peintures que l'on déverserait sur une fourmi. Amoniac Sept était la fourmi. Après, il y eut un gigantesque éclaire de lumière, l'équivalent d'un flash photo vu par un colibri nain photosensible.
D'autres auraient dit que ça devait faire le même effet qu'un grille pain sur une tartine au moment où elle est envoyée en l'air.
Pour finir, un nouveau monde apparut autour du tank.
Sisley, l'esprit aussi élastique et douloureux qu'un lance pierre géant, se réveilla.




Ca faisait presque quarante ans que George Orwell dirigeait L'EXELSIOR, et
ce matin alors qu'il allait vérifier la propreté de ces WC (qu'il mettait un pied d'œuvre à voir propres et rutilants), ce qu'il vit lui fit l'effet d'une claque prodigieuse. Là, devant lui, où se trouvaient
auparavant les toilettes pour homme, il n-y avait plus qu'un trou d'au moins cinq mètres de côté. Le trou en lui même n'était pas spécialement moche, à part sa présence anachronique en ces lieux, il semblait avoir était réalisé par un revanchard du pop-art, qui, dans un excès d'inspiration artistique, avait voulut créer une ouverture mystique vers les canalisations. Un trou nickel, quoi.

Sortit alors du trou, une jeune femme vêtue d'un treillis de l'armée et d'un débardeur blanc cassé très saillant. Sa peau était de la couleur du chocolat et révélait ces origines africaine. La femme semblait épanouie comme si elle venait de se réveiller d'un long et bénéfique sommeil. Titubant, elle passa devant George Orwell, tout bégayant, puis elle alla se diriger vers la sortie des toilettes. George, quant à lui, marcha vers le trou, avec une prudence exagérée, puis regarda à l'intérieur. Durant un laps de temps très court, il crut apercevoir une sorte de tank gigantesque. Le temps de cligner des yeux, et le tout fut remplacé par un flamand rose, tout aussi étonné que lui.
Sisley sortie du bâtiment et se retrouva à l'extérieur. Le vent frais du désert de l'Arizona lui balaya le visage. Les lumières tout autour la firent rayonner comme une déesse enfin revenue parmis ces disciples. Elle regarda ces mains, et elle trouva ça bon. Elle observa sa peau, et elle trouva ça bon. Elle tira sur ces habits, comme ça juste pour voir, et elle trouva ça bon aussi. Une voix à l'intérieur d'elle dit que c'était bien d'avoir un corps rien qu'à soit. Et cette voix se répercuta par sa bouche, mais ce n'était pas sa voix.
C'était celle de loi 501.
Loi 501 pensa à Sisley et dit :
-« faut pas pleurer à Las Vegas. « Il se mit alors en route et marcha le long des casinos, dans son nouveau corps.

George Orwell sifflota pour attiré l'intention du flamand rose qui n'en faisait qu'à sa tête et qui restait là depuis une heure à regarder ces plumes et ces pattes.
- « petit, petit « faisait George avec une voix à faire grincer les dents d'une scie à métaux. Mais il était évident que le flamand rose ne répondrait pas à ce qui représente la plus ancienne des injures pour un animal, le seul nom auquel il était encore apte à répondre était « Amoniac Sept », car c'était comme ça que son créateur l'avait appelé. Il regarda ces pattes et se demanda soudain ce qui était advenu des ces deux grosses chenilles. Puis il se rendit compte de cette lenteur désespérante qu'était la sienne maintenant (lorsque vous trottinez des millions de fois plus vite que la lumière, vous sentez vite la moindre différence). Mais ce qui n'avait pas changé chez lui, c'était cette bonne vieille fidélité pour son maître. Et il décida, sur un coup de tête et parce que sa nature le lui ordonnait, de partir le rejoindre.

Il faisait nuit. Et à Las Vegas, c'est le moment ou jamais pour les flambeurs, voleurs, menteurs et autres arnaqueurs de faire leur entrée.
D'ailleurs, l'un deux, Riton La Main Lourde (on l'appelait ainsi, car il ne savait pas tricher au poker… et que le lui dire lui donnait envie de foutre des torgnoles à toutes volées.), se rendait en limousine à un de ces casinos où il avait l'habitude de jouer, perdre et foutre des torgnoles à toutes volées.
Amoniac Sept trouva ce moment là pour traverser la route.
- « Oäk ! , éructa l'animal en direction de son maître. Telles furent ces dernières paroles.
La limousine de Riton La Main Lourde surgit aussitôt comme propulsée par le destin et percuta l'oiseau. Ce dernier fut projeté en l'air et il se répandit sur la chaussée en une gerbe de plumes rosâtres teintées de rouge.
Loi 501, à une cinquantaine de mètres de là se retourna, il était trop loin pour se rendre compte de l'accident, et s'il fit volte face à ce moment, ce fut comme pour s'adresser à un interlocuteur imaginaire
(ou invisible). Il dit :
- Vois-tu, Sisley, j'ai tenu toute mes promesses. Regarde autour de toi ; aucune trace d'Amoniac Sept… et ton XXVème siècle n'est plus. Hop, remplacé par une vieille société capitaliste à souhait que j'ai déniché au XXIème siècle. Une petite grand-mère passa à proximité de Loi 501 et le regarda d'un œil mauvais et quelque peu apeuré. Loi 501 lui tira la langue et trois mètres plus loin, la vieille dame s'étonna de sa petite taille subite et des croassements soudains qu'elle émettait.
- Oh, j'allais oublié, j'ai bien effacé ta mémoire comme tu le voulais. Mais à quoi ça servirait d'effacer un fichier défaillant si on ne le remplace pas par un plus perfectionné ?… c'est à dire : Moi ! »
Plongé dans ces réflexions, Loi 501 marchait sur les trottoirs, flâna dans les casinos, acheta un hot-dog qu'il goutta, trouva exécrable et préféra transformer en glace italienne. Puis, il regarda la beauté du ciel étoilé et pensa :
- « Les Exécutants me prenaient pour un Dieu… j'ai tout les pouvoirs, c'est vrai… et j'en fait ce que je veux, certes… et puis soyons réaliste, je suis sur cette planète ce qui s'en rapproche le plus…
Sa voix se fit alors tonitruante, entre le tonnerre et une sorte de tambour de lave-linge géant :
- ECOUTEZ-MOI, PEUPLES DU MONDE ENTIER, dans tout Las Vegas, on se retourna, leva les yeux au ciel pour entendre ce cri comme un hurlement de détresse (qui n'en avait que l'aspect).
- RALIEZ-VOUS LES UNS AUX AUTRES ET VIVEZ SOUS MA PROTECTION, SOUS MA HOULETTE, AYEZ CONFIANCE, SOYEZ SAGE… ET IL NE VOUS SERA FAIT AUCUN MAL. » Ces derniers mots furent aussi apaisants qu'un bloc de béton en équilibre instable au dessus d'un nourrisson.
Un attroupement de badauds s'amassa autour de l'étrange femme et commencèrent à lui jeter pièces et billets (pour les plus amochés) , et à la vue de ce spectacle navrant, Loi 501 se mit à rire, un rire nerveux de plus en plus fou, un rire fait pour s'envoler tout là haut dans le ciel et bien au delà du désert
(ce qu'il fit d'ailleurs). Alors, deux hommes nommés SECURITE, c'était inscrit sur leur manteau, vinrent prendre Loi 501 par les épaules en lui disant de se calmer et d'arrêter d'effrayer les clients des casinos venus spéculer sur leur fond retraite. Loi 501 se laissa faire.

Quelques pas plus loin, le rire de Loi 501 se tut et il dit :
- « ne pleure pas, Mary Sisley, moi je ne t'oublierais jamais… jamais. » Son rire de dément repartit.
Alors le ciel nocturne s'assombrit et les étoiles s'éteignirent les unes après les autres.

Et c'est à ce moment là que tout devint noir.
Fin

Dimitri L.

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