Emile
de David Mekersa



Emile aime beaucoup conduire, il est d'ordinaire jovial et plutôt patient. Aujourd'hui, ce n'est pas vraiment le cas... Sa journée se termine mal et surtout ne semble pas vouloir se terminer du tout !

Habituellement, après le boulot, il passe au Helder, le café de Polo, à deux pas de l'usine. Là, avec ses potes, Jean, René, Francis et Raphaël, il prépare son tiercé du lendemain. L'ambiance est bon enfant. On boit. On rigole. On parle de foot, de cul, de faits de société... Le pied avant le retour chez soit pour la bouffe, la TV, et la baise du soir avec Bernadette, toujours disponible et pas casse couille. Ouais. Le pied... Pourtant, ce soir, le pied, tu parles ! Quelle merde !

Le Helder, Polo, les potes, le coup de rouge et le tiercé - Jeannot de Passy gagnant à la cinquième -, tout se passait comme à l'accoutumée pour ce vendredi soir à St Remi. Puis le chemin du retour. Puis la galère. La galère. Encore la galère ! Vous y croyez vous ? Se perdre sur une route qu'on a parcouru des centaines de fois ?

Il est 23 h, il fait nuit noire, et ça fait au moins six fois qu'il passe ici, devant cet entrepôt sordide, alors qu'il se remet à pleuvoir. Impossible de se repérer... A droite. A gauche. Tout droit. Rien n'y fait ! Il repasse encore et toujours devant cet entrepôt. Et la galère ne se résume pas à un chemin perdu. Non. Il y a la pluie. Intermittente et poisseuse. La nuit aussi. Noire. Que même les éclairages publics ne parviennent pas à rendre supportable. Mais surtout la malchance. La malchance qui s'acharne depuis qu'il a quitté Polo et les potes. D'abord un bruit au moteur. Un cliquetis intolérable qui laissait penser que sa 4L allait le lâcher d'un instant à l'autre. Il se surprenait même à croiser les doigts pour ne pas tomber en panne. Pas ici en tout cas.

Ensuite il y avait les gens. Il n'était pas encore parvenu à interpeller une personne capable de lui dire où il était ! Il n'avait rencontré que des passants agressifs ou qui ne comprenait pas ce qu'il disait. Ceux qui daignaient lui parler, n'était "pas d'ici", eux même semblaient perdus.

La galère, la galère ! Répétait il en permanence. Il ne rêvait que d'une chose : rentrer enfin chez lui. Retrouver sa femme. Son canapé. Son chien.

Au 7ème passage devant l'entrepôt, il a, en plus, une furieuse envie d'uriner. Il décide donc de faire une halte, au risque de ne plus pouvoir redémarrer... Finalement, le parking de l'entrepôt lui semble accueillant, presque un havre de paix, totalement désert, personne pour l'emmerder.

Il gare sa voiture, allume une cigarette, la dernière, et jette machinalement le paquet vide par la fenêtre. Ensuite il sort pour uriner, tranquillement, sans se presser. Il est tellement fatigué.

Uriner à ce moment là, c'est pour lui une libération, mais pourtant la sensation n'est pas très agréable, presque douloureuse. Emile se dit que même ce plaisir là lui était refusé. Même pas de quoi pisser avec plaisir. Emile se dit que demain ça ira mieux, qu'il pissera avec plaisir et qu'il réparera sa voiture en sirotant un bière fraîche. Demain, c'est samedi. Le samedi, c'est une bonne journée pour Emile. C'est le jour où il fait sa belote, le jour où il peut enfin se détendre après une longue semaine à l'usine. Le jour où sa femme prépare le pot au feu. Le pot au feu du samedi...

Un bruit derrière lui l'extrait brusquement de ses pensées. Emile, en se retournant, se dit que même sur un parking désert on n'était pas tranquille pour pisser.

Les deux nanas étaient plutôt jolies, habillées de jupes courtes et de couleurs vives. L'une était brune, l'autre était blonde. Finalement la suite des événements pouvaient prendre une tournure agréable se dit il.

- Salut les filles. Lança t'il d'un ton assuré comme il le faisait toujours en présence féminine.

Ce fut la blonde qui lui assena un violent coup de pied dans les testicules. La douleur fut fulgurante. Aveuglante. Il en eu le souffle coupé et aucun son ne put sortir de sa bouche. Seuls ses yeux exorbités exprimaient la souffrance qu'il ressentait.

Les coups de poings qui suivirent ne furent pas douloureux. Emile se concentrait sur ses testicules, sorte d'amas douloureux qui semblait maintenant s'étendre dans ses cuisses et dans son ventre.

Il posa un genoux à terre, il fut ainsi plus facile pour la blonde de le frapper derrière le crane, les poings joints.

Une heure passa, peut être moins, peut être plus, impossible pour lui de se repérer. Il s'était mis à pleuvoir intensément et la nuit était toujours aussi noire. Le lampadaire au dessus de lui vacillait, s'éteignait parfois.

Emile n'avait plus mal. Enfin, il ne sentait rien, comme si son corps était endormis, donc il n'avait aucune sensation de douleur, de chaud, de froid. C'était presque agréable.

Il était presque nu. Les jolies filles, la blonde et la brune, l'avaient roué de coups, volé et déshabillé. Il se sentait ridicule ainsi vêtu d'un caleçon et allongé sur ce parking désert. Sa voiture était toujours là et il en fut à la fois étonné et soulagé.

Dès qu'il irait mieux, il pourrait se remettre au volant et chercher à s'échapper de cet enfer.

Il ne croyait pas si bien dire. Il était effectivement mort à 19h30, à la sortie du Bar à Polo, encastré sous un camion, avec 3,28 d'alcool dans le sang.

Bonne chance Emile.



Emile



Emile aime beaucoup conduire, il est d'ordinaire jovial et plutôt patient. Aujourd'hui, ce n'est pas vraiment le cas... Sa journée se termine mal et surtout ne semble pas vouloir se terminer du tout !

Habituellement, après le boulot, il passe au Helder, le café de Polo, à deux pas de l'usine. Là, avec ses potes, Jean, René, Francis et Raphaël, il prépare son tiercé du lendemain. L'ambiance est bon enfant. On boit. On rigole. On parle de foot, de cul, de faits de société... Le pied avant le retour chez soit pour la bouffe, la TV, et la baise du soir avec Bernadette, toujours disponible et pas casse couille. Ouais. Le pied... Pourtant, ce soir, le pied, tu parles ! Quelle merde !

Le Helder, Polo, les potes, le coup de rouge et le tiercé - Jeannot de Passy gagnant à la cinquième -, tout se passait comme à l'accoutumée pour ce vendredi soir à St Remi. Puis le chemin du retour. Puis la galère. La galère. Encore la galère ! Vous y croyez vous ? Se perdre sur une route qu'on a parcouru des centaines de fois ?

Il est 23 h, il fait nuit noire, et ça fait au moins six fois qu'il passe ici, devant cet entrepôt sordide, alors qu'il se remet à pleuvoir. Impossible de se repérer... A droite. A gauche. Tout droit. Rien n'y fait ! Il repasse encore et toujours devant cet entrepôt. Et la galère ne se résume pas à un chemin perdu. Non. Il y a la pluie. Intermittente et poisseuse. La nuit aussi. Noire. Que même les éclairages publics ne parviennent pas à rendre supportable. Mais surtout la malchance. La malchance qui s'acharne depuis qu'il a quitté Polo et les potes. D'abord un bruit au moteur. Un cliquetis intolérable qui laissait penser que sa 4L allait le lâcher d'un instant à l'autre. Il se surprenait même à croiser les doigts pour ne pas tomber en panne. Pas ici en tout cas.

Ensuite il y avait les gens. Il n'était pas encore parvenu à interpeller une personne capable de lui dire où il était ! Il n'avait rencontré que des passants agressifs ou qui ne comprenait pas ce qu'il disait. Ceux qui daignaient lui parler, n'était "pas d'ici", eux même semblaient perdus.

La galère, la galère ! Répétait il en permanence. Il ne rêvait que d'une chose : rentrer enfin chez lui. Retrouver sa femme. Son canapé. Son chien.

Au 7ème passage devant l'entrepôt, il a, en plus, une furieuse envie d'uriner. Il décide donc de faire une halte, au risque de ne plus pouvoir redémarrer... Finalement, le parking de l'entrepôt lui semble accueillant, presque un havre de paix, totalement désert, personne pour l'emmerder.

Il gare sa voiture, allume une cigarette, la dernière, et jette machinalement le paquet vide par la fenêtre. Ensuite il sort pour uriner, tranquillement, sans se presser. Il est tellement fatigué.

Uriner à ce moment là, c'est pour lui une libération, mais pourtant la sensation n'est pas très agréable, presque douloureuse. Emile se dit que même ce plaisir là lui était refusé. Même pas de quoi pisser avec plaisir. Emile se dit que demain ça ira mieux, qu'il pissera avec plaisir et qu'il réparera sa voiture en sirotant un bière fraîche. Demain, c'est samedi. Le samedi, c'est une bonne journée pour Emile. C'est le jour où il fait sa belote, le jour où il peut enfin se détendre après une longue semaine à l'usine. Le jour où sa femme prépare le pot au feu. Le pot au feu du samedi...

Un bruit derrière lui l'extrait brusquement de ses pensées. Emile, en se retournant, se dit que même sur un parking désert on n'était pas tranquille pour pisser.

Les deux nanas étaient plutôt jolies, habillées de jupes courtes et de couleurs vives. L'une était brune, l'autre était blonde. Finalement la suite des événements pouvaient prendre une tournure agréable se dit il.

- Salut les filles. Lança t'il d'un ton assuré comme il le faisait toujours en présence féminine.

Ce fut la blonde qui lui assena un violent coup de pied dans les testicules. La douleur fut fulgurante. Aveuglante. Il en eu le souffle coupé et aucun son ne put sortir de sa bouche. Seuls ses yeux exorbités exprimaient la souffrance qu'il ressentait.

Les coups de poings qui suivirent ne furent pas douloureux. Emile se concentrait sur ses testicules, sorte d'amas douloureux qui semblait maintenant s'étendre dans ses cuisses et dans son ventre.

Il posa un genoux à terre, il fut ainsi plus facile pour la blonde de le frapper derrière le crane, les poings joints.

Une heure passa, peut être moins, peut être plus, impossible pour lui de se repérer. Il s'était mis à pleuvoir intensément et la nuit était toujours aussi noire. Le lampadaire au dessus de lui vacillait, s'éteignait parfois.

Emile n'avait plus mal. Enfin, il ne sentait rien, comme si son corps était endormis, donc il n'avait aucune sensation de douleur, de chaud, de froid. C'était presque agréable.

Il était presque nu. Les jolies filles, la blonde et la brune, l'avaient roué de coups, volé et déshabillé. Il se sentait ridicule ainsi vêtu d'un caleçon et allongé sur ce parking désert. Sa voiture était toujours là et il en fut à la fois étonné et soulagé.

Dès qu'il irait mieux, il pourrait se remettre au volant et chercher à s'échapper de cet enfer.

Il ne croyait pas si bien dire. Il était effectivement mort à 19h30, à la sortie du Bar à Polo, encastré sous un camion, avec 3,28 d'alcool dans le sang.

Bonne chance Emile.


David Mekersa

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