Aventure sur le Nil
de Danielle Binder



PREMIER JOUR
« C’est merveilleux ! Quelle magnificence ! Quelle splendeur ! On évoque toujours les sortilèges de l’Égypte, l’envoûtement exercé par ce pays sur les touristes mais je ne me rendais pas compte de la véracité de ces dires. Béatrice, nous avons une chance extraordinaire de faire ce voyage et surtout dans de telles conditions. »
— C’est vrai, Michèle. Nous sommes bénies par les dieux. Ma prière a été entendue, mon rêve se réalise ! J’ai toujours vénéré l’Égypte. Depuis mon enfance, je n’avais qu’un seul désir : visiter ce pays ! Enfin, j’y suis arrivée ! Le rêve est devenu réalité ! Admire ce coucher de soleil, cette gigantesque boule de feu dans ce ciel ! De tels couchers de soleil n’existent pas en Europe.
Les deux amies, accoudées au bastingage du « Miss Égypte » admiraient le dieu soleil resplendissant une dernière fois en ce jour, les langues de feu qui léchaient le firmament avant de disparaître, avec le dieu, derrière les palmiers. Les jeunes femmes se connaissaient depuis l’école primaire. Chacune avait suivi sa voie : Michèle était juriste et Béatrice ergothérapeute.
Michèle avait décidé de fêter dignement ses cinquante ans ! Quand elle faisait quelque chose, elle le faisait « bien » ! De ce fait, elle avait accepté la proposition de Béatrice. Celle-ci aussi fêtait son demi-siècle et l’idée d’une croisière en Égypte pour célébrer cet événement commun lui était venue à l’esprit. On n’a pas tous les jours cinquante ans!
Béatrice adorait l’égyptologie. Toute petite, ses compagnons imaginaires étaient Isis, Osiris, le jeune pharaon Tout Ank Amon !! Elle avait fait part à Michèle de son idée. La connaissant bien, elle savait que son amie était la compagne indiquée pour ce voyage. Toutes deux étaient des femmes de carrière, indépendantes, aimant la vie. Bien que cette traversée ne soit pas bon-marché, elles décidèrent de l’effectuer.
Elles s’inscrivirent donc à cette croisière de luxe à bord du « Miss Égypte ». Parmi toutes les possibilités d’excursion qui leur
étaient offertes, elles avaient choisi : « Les splendeurs de l’Égypte ».
Le dimanche après-midi, elles s’envolèrent de Bruxelles National pour Louxor. Arrivées là-bas, un représentant de l’Agence de voyage attendait le groupe des francophones participant au voyage. Il les avait accompagnés jusqu’au « Miss Égypte », ce bateau de luxe à cinq pontons. En fait, c’était un véritable hôtel flottant !
Le groupe des francophones était réduit. Ils étaient à peine quatorze personnes.
— C’est une chance, Michèle, que nous soyons si peu nombreux. Notre guide nous consacrera plus de temps et nous pourrons lui poser toutes les questions qui nous passent par la tête!
« J’ai mené ma petite enquête ! Il y a deux couples : l’un et leurs deux fils, l’autre avec leur fille, une femme pensionnée pleine de vie, un homme de haute taille, un jeune homme, une jeune fille, un individu genre bohème – un artiste sans doute — et nous. En fait, nous sommes tous des Bruxellois ! »
— Je suppose que c’est « Papa et Maman » qui ont payé les vacances du jeune homme ! Les parents de la jeune fille ont certainement mis aussi « la main au gousset » ! J’aurais aimé avoir de tels parents ! Ces jeunes ne se rendent pas compte de leur chance !
« Peu importe ! J’espère que les membres du groupe seront sympathiques. Une dizaine de jours en compagnie d’étrangers peut être agréable mais aussi pénible ! Je souhaite que cela se passe bien. C’est tellement important de s’entendre ! . »
— Tu sais, nous ne devons pas nous marier avec eux ! S’ils ne nous plaisent pas, nous garderons nos distances mais ils ont l’air sympathique.
« Viens, rentrons nous préparer. Une soirée est prévue. Je veux être à mon avantage. J’ai quelques nouvelles robes et je ne sais laquelle mettre pour cette première soirée. Tu me donneras ton avis »
Les deux jeunes femmes rentrèrent dans leur cabine, sur le pont C. Elle n’était pas située près du piano-bar. Heureusement ! Elles désiraient pouvoir se reposer sans entendre le bruit incessant des allées et venues. La cabine était spacieuse, vingt quatre mètres carrés d’après les prospectus. Il y avait assez de place pour contenir la garde-robe des deux amies. Michèle avait un set très chic de valises en cuir bleu, Béatrice avait le même mais de couleur verte. Michèle, au goût très classique s’habilla d’une robe noire très simple mais à la coupe parfaite mettant ses cheveux blonds en valeur. Béatrice, elle portait une robe de chiffon couleur flamme qui seyait à merveille à sa chevelure sombre.
La salle à manger était localisée sur le pont A, à la suite d’un luxueux salon de style déco. Le plafond laissait pénétrer la lumière du jour — ou de la nuit. Cette nuit, les étoiles étincelantes du ciel oriental se reflétaient dans les verres de cristal posés sur les nappes blanches, immaculées.

Les deux amies prirent place autour d’une table rectangulaire destinée à six personnes. Quatre autres convives y étaient déjà installés. Chacun se présenta. Il y avait Benoît — l’homme à la stature élevée— un économiste d’âge moyen aux yeux verts et cheveux roux, Claude – un jeune homme aux yeux bleu et aux cheveux châtains, Maxence – un homme mince au visage émacié mais très beau –qui portait un borsalino noir, et Aurélie, une jolie jeune fille d’une vingtaine d’années aux longs cheveux bruns. L’ambiance, un peu guindée, se fit plus conviviale au fur et à mesure que le temps passait et que le serveur remplissait, inlassablement, les coupes de champagne !
La musique était éclectique. De douce, elle devenait jazz et puis orientale mais assaisonnée au goût européen.
Lorsque vers minuit, les convives de la table de Michèle se levèrent pour aller dormir, ils formaient un petit groupe uni.

DEUXIEME JOUR
Le lendemain, très tôt, le groupe des francophones partit visiter le Temple de Dendérah, dédié à la déesse Hathor — la déesse de
l’Amour et de la joie. Il était un peu plus de six heures trente mais l’on sentait déjà la chaleur qui émanait du désert.
Le temple était bien conservé. Les touristes étaient rassemblés autour de Anouar, l’égyptologue égyptien leur servant de guide. Plus tard, ils apprirent que son ascendance était purement égyptienne, ce dont il était très fier. Il leur faisait admirer le plafond d’une des chambres. Celui-ci était décoré d’un zodiaque très élaboré. Béatrice souffla à l’oreille de Michèle :
— Regarde, Maxence se tient tout près du jeune Claude – trop près à mon avis. Je ne crois pas que j’aimerais qu’un homme soit si proche de mon fils et le regarde de cette façon !
« Mais ce n’est pas ton fils ! Écoute, Claude n’est plus un gamin, il doit avoir une vingtaine d’années. Nous ne pouvons pas nous mêler de leurs histoires et d’ailleurs, nous ne savons pas ce qu’ils disent. »
Michèle se tourna à nouveau vers Anouar mais sa concentration n’était plus aussi intense qu’auparavant. Se pouvait-il que Maxence fasse la cour à Claude ? Il était vrai que l’attitude de Maxence, le bel homme au borsalino était assez étrange. Depuis ce matin, il ne quittait plus Claude. Le jeune homme étudiait l’archéologie. D’après ce qu’il leur avait raconté la veille, il s’intéressait particulièrement au Moyen Age, à l’épopée des Croisades mais il était également captivé par la dynastie des Ramsès qui avait, selon lui, gouverné l’Égypte avec éclat.
Maxence, lui, était un antiquaire de très haut niveau qui était obsédé par l’égyptologie. Il rêvait de participer à une expédition archéologique. Lorsqu’il en parlait, ses yeux prenaient un tel éclat de bonheur qu’il en devenait presque indécent de le regarder De riches clients visitaient souvent son magasin du Sablon. Il y vendait aussi bien des poteries africaines que des épées de samouraïs ou de la porcelaine de Limoges ! C’était un très bel homme, un peu inquiétant. Elle ne savait d’ailleurs pas pourquoi.
Anouar leur expliquait que l’original du zodiaque se trouvait au Musée du Louvre qui l’avait racheté antérieurement. En bon Égyptien, Anouar déplorait le nombre de trésors archéologiques égyptiens remplissant les musées étrangers ! Simone, la dame seule, pensionnée d’un Ministère, établissait un parallèle avec les frises du Parthénon se trouvant au British Muséum. A cet instant, Benoît – l’économiste — grommela :
— Il y a toujours des gens qui se prennent pour des guides ou des conférenciers ! Je me demande ce qui se passerait si on proposait à Simone de remplacer Anouar pendant une journée !
Michèle éclata de rire ainsi que Viviane et Jean, les parents de Laeticia ! Ils avaient eux aussi entendu les commentaires de Benoît.. Jean – d’un ton très calme – rétorqua qu’il faudrait soumettre cette proposition au groupe. Il avait pitié d’Anouar qui se démenait comme un beau diable pour leur être agréable. Jean estimait qu’il fallait lui accorder un peu de repos ! Simone, avec cet air si assuré et compétent, pouvait peut-être se substituer à l’égyptologue pour des tâches d’organisation ?
Le groupe repartit vers le « Miss Égypte » où ils déjeunèrent. Cette fois, Michèle et Béatrice se retrouvèrent placées près de Viviane et Jean. C’était un couple d’une cinquantaine d’années. Ils semblaient aisés, cultivés. Laeticia, leur fille, était de taille moyenne, avait des traits fins mais semblait assez renfrognée ! Ses cheveux auburn étaient tressés à la façon des jeunes africaines. Ce style se nommait dread locks. Un piercing au coin de sa lèvre gauche faisait d’elle une jeune fille typiquement moderne !
Viviane, sa mère, se demandait ce qui poussait une jeune européenne à souscrire à des coutumes tribales pour se sentir ‘’ in ‘‘. De temps à autres, Laeticia levait son regard vers Hugues et Yves, les deux fils de l’autre couple.
Les parents des deux frères se prénommaient Pierre et Maryse. Pierre avait pris sa pré retraite du bureau du Ministère de l’Instruction où il avait exercé ses « ravages » pendant de nombreuses années. Maryse, elle, employée dans une administration, continuait à souffrir des sautes d’humeur de sa chef de bureau ! Leurs deux fils : Hugues – étudiant en Histoire – et Yves, en sciences Pô, – étaient de beaux spécimens de l’espèce universitaire ! Tous deux étaient grands, beaux, bien élevés. Hugues avait les cheveux et les yeux sombres de son père. Sa voix portait fort et il semblait savoir discourir sur n’importe quel sujet. Son frère, Yves, avait les mêmes cheveux et yeux sombres mais il était beaucoup plus élancé. De caractère, il ressemblait à sa mère. À l’encontre de son frère Hugues, il écoutait mais ne parlait guère.
Le groupe regardait le Nil qui s’étendait dans toute sa majesté. De temps à autres, des oiseaux volaient, troublant à peine le silence Une impression de quiétude, de sérénité millénaire se dégageait du paysage. Les petits villages de terre battue, les hauts palmiers qui offraient un peu d’ombre aux rares promeneurs avaient un effet hypnotique sur les voyageurs. Les berges du Nil étaient fleuries d’ibis blancs. Elles se serraient sur les branches des arbres. On y voyait aussi des bouquets de dattiers opulents. Béatrice songeait qu’à chaque solstice d’été, Pharaon jetait un papyrus enroulé dans les eaux du fleuve. Il intimait l’ordre au Nil de monter ! Qui détenait la puissance ? Qui était le dieu ? Le Pharaon – souverain envoyé par le plus puissant des dieux : Ré — ou le Nil, qui, grâce à ses inondations, permit à la civilisation égyptienne de se développer ?
En tout cas, on ne voyait plus de pharaons aujourd’hui ! Uniquement des fellahs qui travaillaient dans les champs et ne relevaient plus la tête au passage des bateaux pour saluer les vacanciers, des pêcheurs et des femmes qui lavaient le linge ou leur vaisselle dans le fleuve ! Peu après, de la végétation luxuriante, les touristes passèrent à des collines de pierre stériles.
Assises l’une près de l’autre dans le commando car qui les menait vers les lieux d’excursion prévus pour l’après-midi, — Karnak et Louxor— Béatrice confiait à Michèle :
— Je crois qu’il faudrait laisser les deux filles et les deux garçons ensemble ! Les séparer de leurs parents ! Cela paralyse certainement les jeunes d’être couvés par « papa et maman » !
« Voyons, Béatrice, tu ne parles pas sérieusement ! Nous sommes parties pour visiter l’Égypte et non pas pour jouer les marieuses ! Ceci dit, que fais-tu de Claude ? L’oublies-tu ? Tu le laisses dans les griffes de Maxence ? Moi, je le verrais bien avec Laeticia. Il étudie l’archéologie et elle l’histoire de l’art. Ils ont des intérêts communs ! Je n’aime pas le piercing qu’elle a à la bouche mais je suppose que c’est la mode et qu’on n’y peut rien. A propos, as-tu remarqué l'attention que Maxence porte à Anouar ? »
— Quoi ? Ne me dis pas qu’il s’intéresse à notre guide ! Anouar est beau mais il est marié et il ne semble pas du tout porter attention à Maxence. J’ai même remarqué que notre égyptologue a secoué la tête négativement lorsque Maxence lui a parlé.
« De quoi s’agissait-il ? «
— Je ne sais pas, je n’étais pas à côté d’eux. Par contre, j’ai entendu que Claude participerait à une expédition archéologique en Égypte en mars prochain. Je pense qu’il devra déblayer un nouveau site dans la Vallée des Rois. C’est la raison pour laquelle il effectue ce voyage. Il désire voir à quoi il s’engage. Claude en a parlé à Anouar.
Entre-temps, ils avaient atteint Karnak. Le nom Karnak désigne « Le centre du monde ».
Dans les temps anciens, on l’appelait également « La Forêt pétrifiée ». En effet, les cent trente quatre colonnes la composant évoquaient une forêt. Leurs chapiteaux s’ouvraient côté soleil et se fermaient de l’autre côté.
Karnak était situé sur la rive orientale du Nil. Ce temple, dédié à Amon — après que celui-ci se fut créé lui-même et appela à l’existence des choses et des êtres -, avait été construit par les Aménophis, Thoutmosis et Ramsès. A l’entrée du temple, il y avait jadis une allée de sphinx à tête de bélier qui reliait Karnak à un débarcadère sur le Nil où le dieu Amon, porté et suivi par de longues files de prêtres venait chaque année prendre sa barque pour une majestueuse promenade. Une gigantesque statue en granit à côté de l’entrée représentait Ramsès II et une de ses filles.
Michèle rêvassait. Le soleil de plomb l’écrasait. Un étrange envoûtement s’emparait d’elle. Elle se « voyait » remonter l’allée de sphinx. Des esclaves noirs se tenaient respectueusement derrière elle et l’éventaient avec d’énormes éventails composés de plumes d’autruche. Une foule silencieuse …
— Tu rêves ? On dirait que tu n’es plus avec nous ? Tu te prends pour Cléopâtre ?
La jeune femme sursauta. Béatrice avait interrompu sa rêverie. Béatrice et Benoît la regardaient d’un air assez surpris. Un peu honteuse, Michèle rétorqua :
« Cet endroit est envoûtant. Tout me rappelle les splendeurs d’un ancien empire, tout peut arriver ici.. Peut-être y a –t-il des ondes magnétiques qui se dégagent de ces piliers ? ! »
Maxence intervint :
— Nul ne sait où commence et où s’arrête la science. On se moquait du magnétisme, de la sorcellerie et pourtant, à l’heure actuelle on reconnaît qu’il y a plus de choses entre le Ciel et la Terre que l’homme peut imaginer.
Béatrice répliqua :
— Quand on voit comment de tels blocs de granit sont travaillés, quand on ressent cette atmosphère tellement lourde, tellement chargée, si immuable, on pourrait supposer que des forces surnaturelles ont été embrigadées par les pharaons pour construire leurs temples.
Ce fut le moment que choisit Laeticia pour intervenir :
— Bientôt, vous allez nous parler de momies, enchantements, malédictions ! ;;; Vous ne pensez pas que l’homme soit assez intelligent pour connaître par expérimentation ou par étude l’art de l’architecture ?
Tout le monde s’étonnait de la véhémence que mettait Laeticia dans ses propos. Cette jeune fille, semblant assez détachée du monde, n’avait donc pas perdu un mot de ce que l’on disait autour d’elle ? Viviane, sa mère, ne savait comment réagir. Au fond, elle approuvait sa fille mais elle aurait souhaité que Laeticia mette plus de forme dans ses dires !
— Laeticia a raison. Je partage son avis. Il n’y a rien de surnaturel mais seulement une atmosphère de magie qui émane de l’Égypte. Tout ce qui s’y passe semble irréel, magique. De ce fait, notre imagination s’emballe !
Que se passait-il ? La douce Aurélie, si timide, avait osé émettre un avis en public et prenait parti pour Laeticia !! Le sortilège égyptien opérait-il déjà ? Comment la timide Aurélie avait-elle eu la hardiesse de s’exprimer à haute voix devant le groupe ? !
Maxence souriait d’un air moqueur mais ne disait rien.
Le groupe reprit sa marche Au centre du temple, ils admirèrent deux piliers de granit dressés par le pharaon Thoutmosis Ier. Ils symbolisaient la Haute et la Basse Égypte, le papyrus et le lotus.
Tout en devisant, ils suivaient Anouar. Celui-ci leur expliquait l’importance du papyrus pour les Égyptiens et pour le monde. Grâce à l’écriture sur le papyrus, l’outil de communication d’une administration forte et centralisée, la civilisation égyptienne avait pu voir le jour et se développer. L’égyptologue les mena vers la grande salle hypostyle composée d’une allée de douze colonnes de vingt trois mètres de haut et d’un ensemble de cent vingt deux autres colonnes. Tandis que les touristes, impressionnés, levaient la tête pour admirer les colonnes épanouies en larges ombrelles de papyrus, Béatrice souffla à Michèle :
— Regarde, des couples se forment ! Laeticia et Hugues ne se quittent plus et Aurélie bavarde avec Yves. C’est tellement romantique !
« Oui et remarque que Simone ne lâche plus le pauvre Claude ! Chaque fois que Maxence s’approche de Claude, elle intervient ! Je ne la croyais pas si curieuse. Allons faire notre B.A. et sauver Maxence et Claude ! . »
— Je ne savais pas que tu avais été chez les scouts ! A moins que ce ne soit une vocation de Saint Bernard qui s’éveille tardivement ! Néanmoins, je vais t’aider. Cette Simone est tellement chipie ! Ce matin, Maxence voulait s’asseoir aux côtés de Claude dans le command car et elle m’a poussée afin d’arriver avant Maxence et s’asseoir auprès de Claude !
— Que complotez-vous ?
C’était Pierre qui intervenait. C’était un homme calme mais son œil rieur laissait transparaître le fameux gaillard qu’il avait été avant son mariage. Il était très attentif aux besoins de son épouse, Maryse, mais il entendait tout et intervenait à propos.
Béatrice lui révéla en quelques mots le sujet de leur conversation.
— Je n’aimerais pas que Maxence passe trop de temps avec mes fils mais pourtant, il ne me semble pas qu ‘il tente de séduire Claude. Je les ai entendus parler hier soir sur le ponton du bateau. J’étais sorti prendre un peu d’air et admirer la nuit égyptienne. Ils n’ont pas fait attention à moi et parlaient avec animation de papyrus, hiéroglyphes etc.… Quand je me suis approché d’eux, ils ont changé de sujet et m’ont accueilli correctement mais je sentais que je les dérangeais. D’après ce que j’ai entendu, c’était une conversation savante, une conversation de spécialistes ! En tout cas, si parler d’archéologie est un moyen d’attirer quelqu’un, les choses ont bien changé depuis ma jeunesse !
Jean et Viviane, qui s’étaient approchés et avaient entendu la conversation, se mirent à rire. Jean avait connu, captivé Viviane en lui vantant les beautés d’un tableau qu’ils avaient admiré tous les deux dans un musée bruxellois. Jean avait fait la cour à Viviane en lui expliquant en détail les oeuvres des peintres belges ! . L’histoire n’était qu’un éternel recommencement se disaient-ils !
Avant de quitter Karnak, le groupe admira le Lac sacré et un énorme scarabée de granit. Ils tournèrent trois fois autour du scarabée et chacun émit un vœu, comme il se devait !
L’égyptologue emmenait le groupe vers Louxor. La ville était placée sur l’antique Thèbes aux cent portes Le temple se situait sur la corniche, en face du port. Il était dédié aux divinités de Thèbes : Amon, Mout et Khonsai. Le sanctuaire était relié au grand temple d’Amon à Karnak par la fameuse allée de sphinx à la tête de béliers.
Claude s’était avancé vers le groupe des quatre jeunes. Il semblait se plaire en leur compagnie, surtout celle des deux jeunes filles ! Aurélie suivait des cours de bandes animées. D’un naturel très timide, elle parlait peu mais depuis qu’elle avait pris parti pour Laeticia, un déclic s’était produit. Elle s’était rapprochée des fils de Maryse et Pierre et elle bavardait avec Laeticia ! De temps à autres, on entendait son rire cristallin. Qui aurait pensé que cette timide jeune fille puisse s’épanouir ainsi, en aussi peu de temps ?
Maintenant, c’était au tour de Claude de s’amadouer ! Michèle ne pouvait s’empêcher de songer au Petit Prince de Saint Exupéry. Le passage du renard demandant au Petit Prince : « apprivoise-moi, s’il te plaît » lui revenait en mémoire !
Michèle les observait du coin de l ‘œil. Qu’il était agréable de faire partie de ce petit groupe Excepté Simone, la pensionnée, ils semblaient tours former une famille unie.
— En quoi allez-vous vous costumer ?
Béatrice et Michèle regardèrent Benoît avec surprise.
« Pourquoi devrions-nous nous déguiser ? »
— Ce soir, il y a une grande soirée galabia ! Vous n’étiez pas au courant ? Le déguisement est obligatoire !
« Non, je ne le savais pas. Et toi, Béatrice ? Tu étais au courant ? »
— Oui mais je l’avais oublié ! Ce n’est pas important. Il y a un magasin d’accessoires sur le bateau. Dès que nous rentrerons, nous irons louer quelques costumes. Cela va être une grande fête qui va réunir tous les voyageurs du « Miss Égypte ».
« C’est sympa. Je me demande combien de Cléopâtre et de Ramsès vont défiler ce soir. Ce serait l’occasion rêvée pour un cambrioleur ! »
— Michèle, vous devriez écrire des romans policiers !déclara Simone qui s’était jointe à eux.

« Non, je ne voudrais pas rivaliser avec Agatha Christie ! J’ai pris son « Meurtre sur le Nil » avec moi ! Je crois que le relire maintenant apportera une nouvelle dimension à ma lecture.
— Et vous Simone, en qui allez-vous vous costumer ? demanda Maryse
— C’est un secret !
Quand ils atteignirent le port, une surprise les attendait ! Le « Miss Égypte » était amarré près de la corniche mais pour y parvenir, il fallait passer d’un bateau à l’autre – environ cinq ou six – en traversant des halls plus clinquants les uns que les autres !! Il y avait des centaines et des centaines de bateaux qui effectuaient diverses croisières sur le Nil et de ce fait, il n’y avait pas assez de places à Louxor pour les accueillir. Donc pour atteindre le bateau le plus rapproché de la corniche, il fallait traverser quelques bateaux !
Lorsqu’ils arrivèrent finalement dans leur cabine, les francophones étaient assez fatigués ! Ils n’étaient plus habitués à une telle gymnastique.
Avant de pouvoir se reposer, ils se ruèrent vers le magasin de costumes. . Michèle se décida pour une perruque à la Cléopâtre et une longue chaînette au bout de laquelle pendait un énorme scarabée couleur turquoise. Elle avait décidé qu’elle s’offrirait une broche de Swarovzky. Cette broche, en forme de paon, coûtait assez cher. De ce fait, elle désirait réduire au minimum les dépenses pour son costume! Béatrice, elle, choisit une longue tunique brodée, une sorte de djellaba façon hollywoodienne Elles quittèrent le magasin en laissant de nombreuses femmes derrière elles. Combien de Cléopâtre, combien de Néfertiti rivaliseraient de beauté ce soir ?
Les deux jeunes femmes étaient affamées, fatiguées et désiraient surtout prendre une douche.
« Que fais-tu Béatrice ? Tu ne te reposes pas ? »
— Non, si je ne note pas tout ce que nous avons fait aujourd’hui, je ne m’en souviendrai plus demain ! Donc, je tiens mon journal chaque soir. C’est un must !
« Tu notes tout ou seulement les explications d’Anouar ? »
— Absolument tout, le moindre mot, le moindre incident. Cela m’aide à meubler une conversation mondaine et cela fait toujours très bon effet !
Lorsque les deux amies arrivèrent dans la salle à manger, elles s’installèrent à la même table que la veille. Les mêmes personnes y étaient attablées, exceptés Claude et Aurélie ! Pierre et Maryse avaient échangé leur place avec les deux jeunes gens. Maryse dit à haute voix qu’il était bon que les jeunes soient ensemble. Ce disant, elle fit un clin d’œil à Michèle ! Le dîner allait bon train. Les conversations aussi. Pierre profita d’un moment où Maxence s’était levé — pour dire quelques mots à Claude — pour déclarer à Béatrice, d’un air docte :
— Maryse et moi avons décidé de nous sacrifier pour le bien de Claude ! Nous allons tenter de limiter l’influence néfaste de Maxence.
La table se mit à rire aux éclats. Ils avaient fini de dîner et chacun se leva afin de rejoindre sa cabine et s’habiller pour la fête.
Vers vingt deux heures, les passagers se dirigèrent vers le pont D. La soirée aurait lieu dans la discothèque.
Michèle avait décidé que la perruque ne faisait pas assez d’effet. Aussi, avait – elle demandé à l’esthéticienne du bord de la maquiller à la façon des reines d’Égypte ! Le résultat était saisissant. Ses grands yeux bleus, maquillés de khol noir, ressortaient admirablement dans son visage clair. Elle remarqua une petite lueur qui s’éveilla dans le regard de Benoît. On appréciait donc l’art de l’esthéticienne ! Demain, elle irait la remercier.
Un bruit tonitruant de tambourins, de flûtes emplissait l’atmosphère. Béatrice dansait avec Maxence. Il y avait beaucoup de monde sur la piste de danses.
Les cinq jeunes gens étaient vautrés sur de larges coussins couleur vin jetés à même le sol. Michèle reconnut Hugues déguisé en sultan, son frère Yves était un noble d’Espagne et Claude un Indiana Jones !! Laeticia figurait une princesse hindoue tandis qu’Aurélie personnifiait une vendeuse de fleurs niçoise. Michèle repéra également un ours, un forçat, un Zorro, un Pierrot et sa Colombine, une immense poule !! Où était Simone ? En quoi était-elle déguisée ? Béatrice vint rejoindre Michèle et Benoît.
— Regardez ! Elle est folle. Elle drague ce pauvre garçon d’une façon éhontée. Il ne sait pas quoi faire !!
En effet, une jeune touriste finlandaise – déguisée en danseuse du ventre – s’était mise à virevolter autour d’un serveur égyptien. Il avait une beauté juvénile et semblait for timide. C’était certainement sa première croisière parce qu’il n’était pas fort expérimenté. L‘infortuné ne savait pas quelle contenance adopter face à la Finlandaise. La jeune fille s’accrochait à son cou et tentait de l’embrasser sur les lèvres ! Le malheureux, quant à lui, essayait de ne pas laisser tomber le plateau, chargé de boissons, qu’il tenait en mains. La musique se faisait plus lancinante, la jeune fille semblait être en transes et ne lâchait plus prise. ! N’en pouvant plus, le pitoyable serveur lui donna un léger coup de coude. Rien n’y fit. Pierre et Benoît, un sourire énorme aux lèvres, se levèrent et allèrent dégager le malheureux ! Celui-ci prit la fuite. La jeune fille, elle, prit Pierre et Benoît par la main et les entraîna dans un « Chéri je t’aime » endiablé. Le groupe des francophones se tordait de rire.
Michèle examinait la salle, elle ne voyait plus Claude. Elle remarqua « Zorro » qui se dirigeait vers la sortie. Soudain, se sentant l’âme d’un détective, elle se leva et le suivit. Elle savait que c’était Maxence. Sa démarche, la façon de se tenir, de sourire légèrement, tout en lui suggérait Maxence. La traque était aisée ! . Maxence ne se retourna pas une seule fois. Il se dirigeait vers le pont C. Il entra dans la salle qui servait de piano bar. Il y avait beaucoup de monde. Nombreux étaient ceux qui avaient préféré passer leur soirée là-bas plutôt que d’assister à la fête costumée.
Claude était assis dans un fauteuil près du piano. Michèle était ravie. Il y avait tant de monde et de bruit qu’elle passerait inaperçue. Mais elle devait s’approcher le plus près possible des deux hommes afin d’entendre ce qu’ils disaient. Comment faire ? Soudain, elle aperçut le malheureux serveur qui avait fui les ardeurs de la Finlandaise. Cela lui donna une idée. Elle s’approcha de lui, dit quelques mots en Anglais et lui glissa plusieurs dollars dans la main !
Le garçon s’approcha de Claude et Maxence et leur offrit deux apéritifs. A la question des deux hommes, il tendit la main vers le coin opposé à celui où se trouvait Michèle. Maxence et Claude avaient sans nul doute demandé qui leur offrait la boisson et il avait détourné leur attention de Michèle en indiquant une personne imaginaire, se trouvant à un endroit éloigné de celui où elle se trouvait. Pendant ce temps, la jeune femme s’était glissée derrière les deux hommes et s’était enfoncée dans un fauteuil à haut dossier. Elle pouvait suivre la conversation des deux hommes mais ils ne pouvaient pas la voir.
— Je t’assure Claude que le dieu Thot des Égyptiens était considéré comme l’inventeur de l’écriture et ensuite comme dieu de l’astronomie, de l’astrologie et de la magie.
Michèle n’entendait pas ce que Claude répondait à Maxence mais elle saisissait les paroles de Maxence.
— Les papyrus ont été bien conservés grâce à l’extrême sécheresse des environs de la vallée du Nil. La plupart des papyrus retrouvés datent du deuxième siècle avant Jésus Christ jusqu’au cinquième siècle après Jésus Christ. Ils sont écrits en hiéroglyphes ou en copte. A l’époque chrétienne, beaucoup de papyrus contenant des textes de magie ont été détruits. Cela a dû être une tragédie car la magie exigeait des formules secrètes, extrêmement précises. Tu t’imagines quel drame la dévastation des ces documents !
A ce moment, la « poule » fit son entrée dans le bar ! Maxence et Claude interrompirent leur conversation pour la regarder. Maxence déclara au jeune homme que cette « poule » était à sa poursuite ! Depuis le début de la soirée, il la retrouvait là où il allait ! Qui pouvait se cacher derrière ce déguisement ? Les deux hommes se levèrent et quittèrent le bar.
Michèle attendit quelques minutes. Lorsqu’elle se leva pour sortir, Benoît apparut.
— Je vous cherchais ! Je vous ai vu quitter la soirée galabia. Vous aviez l’air si mystérieux, une véritable conspiratrice et cela a aiguisé ma curiosité. J’espère que cela ne vous ennuie pas ?
La jeune femme sourit. Benoît lui était sympathique. De plus, il était fort cultivé et intéressant. Quelle femme ne serait pas ravie d’attirer l’attention d’un tel homme ? Il lui semblait que son maquillage à l’Égyptienne avait déclenché un petit je ne sais quoi chez Benoît.
« Benoît, faites-moi plaisir et allez chercher Béatrice. Je désire vous mettre au courant mais je ne tiens pas à le répéter par après à Béatrice. Amenez-la ici, et je vous raconterai tout. »
L’homme la regarda, intrigué, mais obtempéra. Il se leva et sortit du bar. Michèle le suivait du regard. Décidément, il était agréable. Cette croisière avait vraiment été une inspiration divine, non, une inspiration soufflée par Hathor, corrigea-t-elle !
— Alors, qu’as-tu à nous révéler ! J’espère que cela en vaut la peine ! Tu m’as dérangée au moment où la Finlandaise avait entraîné le pauvre Anouar dans une danse du ventre !
Michèle et Benoît éclatèrent de rire. Ils s’imaginaient Anouar participant à ce genre de distractions. ! Benoît songeait, quant à lui, qu’il devait être dégradant pour cet égyptologue de devoir se montrer si complaisant afin d’exercer un rôle de guide pour touristes. C’était vrai, l’Égypte n’était pas riche. Pour gagner leur vie, bien des égyptologues devaient être guides pour touristes fortunés et recevoir, outre leur salaire, de nombreux pourboires qui leur permettaient de faire vivre leur famille. Mais que ne devaient-ils pas supporter pour gagner cet argent ! Il est vrai que le roseau plie et ne se brise pas tandis que le chêne, si fier, si droit, se casse.
« Écoutez ce que j’ai entendu ce soir ! Dites-moi ce que vous en pensez ! »
Michèle relata ce qu’elle avait saisi de la conversation entre Claude et Maxence.
« Alors, qu’en pensez-vous ? »
Benoît et Béatrice furent silencieux quelques minutes. Béatrice prit la parole :
— Je pense que Maxence est attiré par Claude pour des raisons autres qu’une aventure d’homo sexuels. Peut-être il y a également une attirance sexuelle mais il y a sans doute beaucoup plus que cela.
— Moi, il me semble que l’égyptologie joue un grand rôle dans cette histoire, déclara Benoît. En fait, Claude étudie l’archéologie et participera bientôt à des fouilles en Égypte. Toutes leurs conversations tournent autour de papyrus et amulettes.
« Je suis persuadée que Maxence et Claude veulent voler un papyrus ou une amulette ! » déclara Michèle.
Les trois compagnons se regardèrent très excités par cette idée. C’était vrai ! Que ne donneraient de riches collectionneurs pour posséder une trouvaille faite en Égypte !
— Qu’allons-nous faire ? Nous n’avons que des suppositions et rien de concret ?
— Béatrice a raison mais je crois que s’il se passe quelque chose, ce sera probablement quand Claude participera à des fouilles. Nous avons le temps d’ici là. Nous n’avons qu’une chose à faire, les surveiller pour tenter de connaître leurs plans et les révéler au « boss » des fouilles en Égypte!
Béatrice, toute émoustillée, demanda :
— Tu veux dire que nous nous adresserons à Zahi Awasi, le Président du Conseil suprême des Antiquités ?
— Oui, si c’est son nom ! Tu le connais ? Tu sembles en extase, Béatrice !
— Michèle, Benoît ! Vous n’en avez jamais entendu parler ? Il paraît toujours à la Télévision ! Je rêve de le rencontrer ! C’est l’Indiana Jones égyptien !
— Béatrice, il ne faut pas rêver ! Ayons les pieds sur terre !
« Mais Benoît, comment allons-nous procéder ? » demanda Michèle.
— Il faut que l’un de nous soit toujours près d’eux pour tenter de surprendre leurs conversations. La journée, ce n’est pas un problème mais la nuit ! il nous faudrait des écouteurs – comme dans les films policiers ! Peut-être faudrait-il mettre Anouar dans le coup ? Qu’en dites-vous ?

Béatrice et Michèle se récrièrent à cette idée. Tant qu’il n’y aurait pas de preuves certaines, on ne pouvait impliquer Claude dans une affaire frauduleuse, peut-être même criminelle ! Elles étaient venues faire une simple excursion et se trouvaient embarquées dans une histoire de vols ! Pour elles, ces filatures étaient une aventure, un jeu mais pour Claude il en allait autrement ! Son avenir était en jeu ! Ils décidèrent donc de taire leurs soupçons. Il leur restait à surveiller Maxence et Claude, à ne pas les perdre de vue un seul instant et de tenter de découvrir la vérité. .
La croisière s’annonçait assez exténuante physiquement. S’ils devaient encore perdre des heures de sommeil à épier les deux hommes, elles devraient prendre des vacances à leur retour songeait Béatrice. La croisière de luxe tournait en film policier. !
Néanmoins, les deux jeunes femmes ne songèrent pas un seul instant à se rétracter et mirent au point la marche à suivre. avec Benoît.

TROISIEME JOUR
Le lendemain matin, les touristes se levèrent très tôt. Il fallait profiter de la fraîcheur toute relative pour visiter les sites. Le programme de la journée était la visite des tombeaux de la vallée des Rois et des Reines, le temple de Deir el Bahari et les colosses de Memnon. Ensuite, ils rejoindraient le bateau à Esna et de-là, ils navigueraient sur le Nil jusqu’à Edfou.
Anouar conduisit les touristes dans les tombes de Thoutmosis Ier, de Séthi Ier, d’Aménophis II et Ramsès Ier. Le bleu du ciel ressemblait à la couleur d’un saphir. La grandeur égyptienne était oppressante, épuisante.
On ne pouvait y échapper un seul instant. Il est vrai que l’Égypte avait été le colosse de l’antiquité. Se pouvait-il que l’Égypte actuelle, ce colosse aux pieds d’argile, s’alimente-t-il de l’admiration, des pensées des touristes actuels ? Telle une sangsue, les dieux antiques se nourrissent-ils des émotions suscitées chez les touristes ? L’Égypte ne laisse personne indifférent !
La vallée des Rois est une vallée au nord de Thèbes. L’air y est extrêmement sec. On ne peut s’y promener longtemps car on s’y fatigue rapidement
Comme son nom l’indique, la vallée contient des tombes de rois, excepté pour deux tombes de femmes, dont celle de la reine Hatshepsout. D’où son nom de vallée des Rois. L’entrée des tombes émergeait du sable. Aurélie remarqua qu’elle ramènerait de nombreuses idées pour les bandes de dessin qu’elle devrait présenter pour ses examens. Peut-être dessinerait-elle une bande ayant la Vallée des Rois comme cadre ? Claude et Laeticia l’aideraient !
Les murs des tombeaux étaient ornés de textes religieux, de magnifiques représentations de dieux. Michèle, tout en admirant ces scènes, ne lâchait pas Maxence d’une semelle. Elle était étonnée. Sa présence continue et inhabituelle ne semblait pas importuner l’homme. Néanmoins, il lui avait demandé, avec un sourire sarcastique, si elle était déjà lasse de la compagnie de Béatrice !! Il avait du charme et beaucoup d’humour. Il lui parla avec enthousiasme de son magasin du Sablon, des gens riches et moins riches qui y pénétraient pour admirer les objets mis en vente.
Simone, tentait d’attirer l’attention de Maxence mais sans grand succès. Cette petite femme boulotte, aux cheveux trop frisés pour son âge, souffrait certainement d’un manque d’assurance de soi. Elle tentait à tout prix de se faire remarquer et faisait étalage de ses connaissances à tout moment.
Béatrice se divertissait. Que devait penser Maxence de son succès auprès de la gente féminine ? Elle s’arrêta de marcher un instant. Elle voulait voir ce qui se passait avec Claude. Elle l’aperçut au centre du groupe des jeunes. Il se tenait près de Laeticia. Il parlait avec animation …des momies ! A quoi songeait Laeticia ? Pourrait-elle soutenir la comparaison avec les momies ? En sortirait-elle à son avantage ?! Béatrice songea qu’il valait mieux avoir des momies mortes depuis plus de deux mille ans comme concurrentes plutôt que des femmes vivantes, bien en chaire celles-là !Les autres garçons encadraient Aurélie. Tout était donc pour le mieux.
Il faisait horriblement chaud. Heureusement, des gardiens se trouvaient dans la tombe et éventaient les touristes !!
A leur retour dans leur cabine, Michèle demanda à Béatrice :
« Qu’as-tu remarqué lors de l’excursion ? »
— Rien, Michèle. Nous avions convenu de ne pas éveiller les soupçons de Maxence. Aussi, après avoir terminé la visite de la vallée des Rois et des Reines et après que tu te sois assise près de Maryse et converse avec elle, je me suis approchée de lui mais je n’ai rien remarqué de suspect. Benoît a pris la relève. Il va bientôt arriver et nous raconter cela.
A cet instant, on frappa à la porte. C’était Benoît. Il avait attrapé un de ces coups de soleil !
— Ne me regardez pas comme cela ! Je me suis enduit d’une bonne crème anti solaire mais cela n’a pas servi à grand chose ! Les rouquins n’ont pas la vie facile comme vous pouvez le constater ! Dur, dur d’être rouquin !
« Allons, ne te plains pas ! Au siècle passé, cela aurait été pire ! »
« Michèle me tutoie, c’est un bon signe », se dit Benoît. Il continua :
— Donc, nous sommes arrivés au temple de Hatshepsout à Dar el Barein. Je m’étais approché de Claude et je l’ai entendu dire à Hugues à haute voix, à trop haute voix : « Ce temple est érigé dans un cirque rocheux. Il a été dressé par l’architecte Senenmout. Ce palais a été creusé dans le roc. »
Je crois qu’il voulait passer cette information à Maxence, mine de rien. Je n’ai pas compris quel était l’élément important de l’information. J’y ai réfléchi mais je ne vois pas ce qui est tellement important dans le fait que ce site se trouve dans un cercle rocheux.
Quand nous sommes arrivés à Esna, j’étais près de Claude.
Je lui ai parlé archéologie et de son futur. Je me suis renseigné sur le salaire d’un jeune archéologue et quelles étaient les possibilités de travail, d’avancement. Il me semble que j’ai appris quelque chose qui peut avoir son importance.
Le salaire d’un archéologue n’est pas très élevé. A moins qu’il ne soit un spécialiste réputé, on n’invitera pas souvent un archéologue à participer à des fouilles. Il peut espérer être en charge d’une section dans un musée, être chargé de cours. Bref, il n’a pas beaucoup d’espoirs d’avoir un avenir économique assuré.
Ce qui était captivant c’était la passion avec laquelle Claude observait les scènes, les connotations religieuses sur le mur du temple de Khnoum.
On voit qu’il s’y connaît ! Je lui ai demandé s’il s’y connaissait également en papyrus. Il a eu une réaction fort étrange. Il m’a regardé avec suspicion et a changé de sujet.
« Quand nous étions à Edfou, Maxence examinait de très près le temple de Horus. Il était fasciné par – vous ne devinerez jamais par quoi ! »
Comme Béatrice et Benoît ne lui répondaient pas, Michèle reprit :
« Il était fasciné par les décombres, à l’ouest du temple, de la ville antique. » !
— J’aurais plutôt pensé qu’il serait fasciné par les calèches qui nous menaient vers le temple ! C’est tellement romantique ! , répondit Béatrice en souriant.
« Pour moi, Edfou est un grand bric à brac poussiéreux ! Je vous assure, je l’ai vu remuer les gravas avec le bout de son pied. A un certain moment, il s’est même baissé, a ramassé un peu de terre. Il la tâtait de ses mains. Il me faisait songer à un géologue plutôt qu’à un antiquaire ! Je me demande ce qu’il avait en tête ! »
Les amis réfléchirent encore quelques instants mais ne purent tirer aucune conclusion de l’observation de Michèle.
Comme la nuit était belle, ils décidèrent de monter sur le pont et d’y poursuivre leur conversation..
Accoudés au bastingage, ils contemplèrent quelques instants le Nil. Ensuite, Béatrice reprit :
— Anouar nous expliquait qu’en fait les colosses de Memnon sont des statues représentant Aménophis III et sa femme. Les Grecs avaient cru reconnaître en l’une de ces statues Memnon.
C’est alors que Maxence se rapprocha de Claude. Les jeunes étaient près d’eux et il m’était difficile de les rejoindre et m’éloigner de Simone sans aucune raison. Heureusement, Anouar nous expliquait « le chant de Memnon » et il s’adressait spécialement à Simone. Pendant qu’il racontait qu’avant qu’une des statues fut fissurée en 27 avant Jésus Christ par une secousse tellurique, cette statue faisait entendue au lever du soleil une vibration que l’on appelait le chant de Memnon, j’observais Maxence tout à mon aise. Il parlait à voix basse à Claude. Hughes leur a fait un de ces «chut » qui les a fait taire immédiatement. !
— J’aurais bien voulu savoir ce que Maxence avait à dire à Claude, dit Benoît.
Avant de rejoindre le reste du groupe pour le dîner, les trois conspirateurs établirent leurs plans pour les visites du lendemain. Ils devaient tout faire pour surprendre les entretiens de Maxence et Claude et en fait, leur fournir l’occasion d’être ensemble ! .
Après le repas, Michèle monta sur le pont supérieur. Maryse et Viviane s’y promenaient et conversaient. Elle se rapprocha d’elles.
« Alors, où sont vos deux chevaliers servants ? »
— Pierre s’est entiché de Maxence, Jean ne lâche plus Claude ! Comme, Maxence est toujours en compagnie de Claude, vous comprenez que nous sommes délaissées et que nous avons un point en commun ! Nous gémissons sur notre sort !
Michèle bavarda avec les deux femmes. Elle les trouvait fort sympathiques bien que totalement différentes. Viviane était très intelligente, cultivée. Elle était une carriériste, une fonceuse mais au ralenti ! Elle savait quelles étaient les limites qu’elle ne pouvait pas dépasser pour parvenir à ses fins. Aussi, dans le cadre défini pour elle par la société où elle travaillait, elle avait atteint le top et de ce fait les objectifs qu’elle s’était fixés. Maryse, elle, d’une gentillesse profonde, était une écorchée vive ! Sa susceptibilité et sa sensibilité extrême la poussaient à réagir vivement. Elle ne s’entendait pas très bien avec ses camarades de travail. De ce fait, elle ne pouvait défendre les initiatives qu’elle prenait et ne pouvait donc pas s’épanouir dans son travail. Elle appréciait et admirait Viviane. qui en fait, correspondait partiellement à ses aspirations. On les voyait souvent ensemble.
Plus tard, assises sur le pont, Michèle raconta à Béatrice ce que Viviane lui avait dit au sujet de Pierre, Jean, Maxence et Claude.
« Tu y comprends quelque chose ? »
— Non, mais je note tout dans mon journal. Je le relirai plus tard et peut-être, à tête reposée, tout cela semblera plus clair et je trouverai un sens à tout ce qui se passe. Je dois dire qu’à l’heure actuelle, la situation semble très confuse. Il y a des tas d’éléments que nous remarquons et qui peut-être n’ont absolument rien à voir !
La soirée était agréable. Toutes les lampes halogènes du bateau étaient allumées Le Nil s’étendait grandiose. On ne pouvait que rêver de temps révolus où les dieux descendaient sur terre, voguaient sur le Nil et présidaient aux destinées de l’Égypte. Cette Égypte immortelle et immuable où les mystères, étaient toujours présents. Y avait-il une vie après la mort ? Les Égyptiens avaient-ils découvert le secret de la résurrection grâce à l’embaument?

QUATRIEME JOUR
Le matin, ils arrivèrent à Kom Ombo. Du bateau, on découvrait le temple qui se dresse au sommet d’une colline, le long du fleuve. Tel un château-fort, il domine le Nil.
Malheureusement, dès qu’ils mirent pied à terre, le charme fut rompu ! il y avait un restaurant et des quantités de petites échoppes devant le temple ! Des gamins s’amoncelaient comme des mouches sur les touristes pour leur vendre des colliers, colifichets etc. ! Que penseraient les anciens prêtres du temple s’ils voyaient cela ? La pauvreté combinée au tourisme était un catalyseur extraordinaire de matérialisme primaire, de médiocrité – pensait Yves.
Le double temple de Kom Ombo était dédié à deux dieux : Horus, le dieu faucon et Sobek, le dieu crocodile.
Il faisait chaud. Les touristes avaient emporté avec eux des bouteilles d’eau afin de se désaltérer en cours de route..
Les femmes égyptiennes avaient fière allure dans leur melaya noire. Elles n’étaient pas incommodées par la chaleur. Un léger sourire se dessinait sur leurs lèvres lorsqu’elles voyaient les touristes boire goulûment l’eau.
Claude et Maxence marchaient côte à côte. Autour d’eux se pressaient Pierre, Jean et Benoît !
— Pauvre Benoît, s’il pense que Maxence et Claude vont dévoiler leurs secrets avec tout ce monde autour d’eux ! Viens, Michèle, tentons d’écarter Pierre et Jean !
« Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Je ne voudrais pas que Viviane et Maryse se figurent quelque chose qui n’existe que dans leurs pensées ! En fait, je pense surtout à Maryse ! Elle adore Pierre et je ne voudrais pas la blesser ! »
— Nous devons nous sacrifier pour le bien de la science ! Nos corps et notre pudeur et notre belle image de nous-mêmes ont peu d’importance dans ce cas !
En riant, les deux amies s’avancèrent vers Maxence et Claude.
Les colonnes du temple conservaient encore de beaux reliefs colorés. Hugues cogitait à haute voix devant son frère Yves et les deux jeunes filles : Comment le peuple créateur de cette civilisation si grandiose avait-t-il pu se métamorphoser à ce point ? Comment peut-on comparer les Égyptiens d’antan à ceux d’aujourd’hui ? Quel événement a pu provoquer le déclin d’une telle civilisation ?
Maxence, lui, expliquait à Claude et aux deux hommes à ses côtés :
— Les Égyptiens comprenaient le papyrus. Ils traitaient ses fibres. Comme vous le savez, c’est une plante des marais et des bords Nil. On utilise la tige du papyrus pour tisser des tapis, des sandales. La racine peut être utilisée comme combustible. Mais les fibres ne supportent pas l’humidité. »
— Vous devriez être professeur d’égyptologie ! déclara Jean.
— Je ne prétends pas à ce titre mais j’avoue que je m’y connais un peu.
Maxence parlait modestement mais on se rendait compte que la remarque de Jean l’avait touché profondément. Ce petit commentaire sincère le ravissait.
Les deux amies se taisaient. Elles étaient toute oreille. La conversation était intelligente, sérieuse. Maxence avait-il voulu passer un message ? Mais lequel ?
Les touristes retournèrent au « Miss Égypte » pour y déjeuner.
Tout le monde était animé, joyeux. Michèle se demandait si les propos échangés entre Maxence et Claude n’étaient pas anodins somme toutes et si une conspiration entre les deux n’était pas uniquement le fruit de son imagination et celle de Béatrice ?
Assouan, tel un mirage, surgit des sables du désert ! Elle est la porte entre l’Égypte et l’Afrique Noire. Grâce à elle, les passagers entrevoient les profondeurs de l’Afrique secrète et sauvage. C’est elle qui permettait aux courageux voyageurs des temps anciens d’arriver aux mystérieux royaumes de Kouch et Méroé, là où les pharaons noirs virent le jour.
C’est la ville la plus méridionale d’Égypte. Elle est érigée en contrebas de la première cataracte du Nil, presque à l’embouchure du Lac Nasser.
Les touristes se promenèrent à pied dans la ville, qui se trouve sur la rive droite du Nil. L’impression prédominante était celle de l’Afrique profonde, de secret, de calme, d’énigme et de milliers de couleurs partout ! La vie y est rythmée par l’appel des muezzins. !
Le groupe, conduit par Anouar, se dirigea vers la corniche. Au pied de la corniche, ce grand boulevard d’Assouan, il y avait des bateaux en tout genre. Ensuite, Ils découvrirent la rue du marché. Ce n’était pas un souk couvert mais une rue où étaient rassemblés divers petits magasins. La rue était très animée et l’abondance des couleurs enivrait la vue. Des banderoles rouges et blanches se balançaient doucement au gré de la bise. C’était une véritable caverne d’Ali Baba ! On y trouvait des amandes grillées entassées près des piments, les barbiers côtoyaient des échoppes où des colifichets chatoyants se mélangeaient à des sacs de paille multicolores !
En fait, Assouan était extrêmement polluée mais combien ensorcelante ! Cette ville dégageait une atmosphère de lascivité, de volupté. En fait, elle est fascinante.
Un minibus emmena le groupe vers l’embarcadère situé vers l’est d’Assouan. Là, un petit canot à moteur les attendait. Il était conduit par un jeune Nubien, tout de blanc vêtu. Il devait être âgé d’une dizaine d’années !! Ce gamin était maître à bord d’un bateau dont le moteur crachotait, toussotait et risquait la panne à chaque instant ! Décidément, la situation était surréaliste. Il fallait être fort expérimenté pour maîtriser ce canot à moteur ! Néanmoins, le gamin les mena sans problèmes visiter l’île de Philae, en amont du premier barrage. d’ Assouan.
— Malheureusement, à cause ou grâce à la création du barrage d’Assouan, une grande partie de la Nubie a disparu sous les eaux du Lac Nasser. Les Nubiens, cette population à la peau d’ébène, si fine, si élancée ont dû être déplacés. La Nubie perdure sur quelques îlots et îles et a été ainsi épargnée au niveau de la première cataracte. La Nubie s’étendait d’Assouan – c’est à dire la première cataracte du Nil au Nord – jusqu’au Soudan, au Sud.
Anouar expliquait cela d’une voix posée aux touristes mais on sentait une légère amertume qui perçait sous ses propos.
L’égyptologue leur expliqua que les monuments de Philae avaient été démembrés et reconstitués en fait sur l’îlot d’Agilkia, à trois cent mètres de Philae. Cet îlot était plus élevé de treize mètres que Philae. À cause du barrage d’Assouan, les monuments ptolémaïques de Philae auraient été immergés et il avait fallu effectuer ce transfert pour les sauvegarder. Les touristes admirèrent le temple d’Isis.
Évidemment, Anouar leur raconta la légende d’Isis et Osiris.
Cette légende racontée par un Égyptien de pure souche prenait une nouvelle signification pour Béatrice : l’amour d’un peuple pour son pays, pour son particularisme. Osiris était l’Égypte, Isis était les Égyptiens ! Elle se disait que tant qu’il y aurait des hommes et des femmes comme Anouar, les dieux antiques, la fabuleuse Égypte continueraient à survivre. Comme le roi renaissait chaque matin avec le dieu soleil, l’Égypte antique et fabuleuse renaissait à chaque histoire contée par les égyptologues. Néanmoins, Béatrice n’était pas satisfaite. Anouar, en patriote égyptien pensait que l’Égypte était l’alpha et l’oméga de toute chose. Les touristes pourraient-ils se dissocier de cet enthousiasme contagieux et faire la part de l’histoire et d’une fierté patriote exacerbée ? Le jeune Nubien ramena les touristes à l’embarcadère situé vers l’est d’Assouan. De là, le groupe repartit en mini bus vers le Grand barrage, construit par Nasser.
C’était une construction gigantesque de cent onze mètres de haut et de trois mille six cent mètres de long. Ce barrage était épais à la base de neuf cent quatre vingt mètres !
Benoît était songeur.
En bon économiste, il appréciait ce que le grand barrage d’Assouan avait apporté à la population égyptienne : la fin des famines, la croissance de la population.
Avant la construction des deux barrages sur le Nil, le premier et celui construit par Nasser, la navigation devait y être difficile. Les barrages avaient pacifié le
Nil. Le premier barrage avait régularisé les crues. Le second barrage était impressionnant. Le panorama qu’il offrait au regard était spectaculaire.
Les touristes se taisaient, impressionnés. Michèle et Béatrice, saisies par la vue du Grand Barrage, n’avaient pas fait beaucoup d’efforts pour surprendre des messages échangés entre Maxence et Claude !
Le groupe remonta dans le mini bus qui les ramena au « Miss Égypte ».
Après avoir déjeuné rapidement, une surprise les attendait : une promenade en felouque !
Anouar avait loué une felouque afin de visiter les îles en aval et en amont d’Assouan. Tous les touristes étaient impatients de quitter leur confortable cabine climatisée, la piscine du bateau et monter sur la felouque !
Cette felouque était un petit bateau typiquement égyptien. En fait, c’était une embarcation en forme de galère, sans moteur. . Elle était quasiment au niveau de l’eau. Une élégante voile blanche, triangulaire, dominait la barque. Un vieux Nubien la guidait.
La felouque est le seul moyen disponible pour atteindre la rive gauche du Nil. C’est la felouque que les touristes utilisent pour visiter les îles et se détendre.

Lors de la descente du « Miss Égypte » pour rejoindre la felouque, il se passa quelque chose d’incompréhensible ! C’est dans cette partie du programme que le groupe put admirer les prouesses de gymnase de Michèle !
Il fallait quitter le « Miss Égypte » en descendant une échelle à barreaux de fer, se trouvant à l’arrière du bateau. Nul ne sait, même pas la principale intéressée, comment elle s’y prit mais elle se retrouva sur les barreaux de l’échelle… dos au bateau ! Inutile de mentionner que notre juriste ne se sentit pas à l’aise ! Pendant quelques instants, elle resta accrochée à l’échelle, sans bouger ! Finalement, aidée par deux jeunes marins égyptiens, elle osa se retourner !
Cette aventure mémorable fit rire le groupe mais aussi le souda de façon extraordinaire ! Comme quoi le rire fait beaucoup plus qu’activer les muscles de la mâchoire ! Il semblerait que des situations burlesques, tout en faisant rire les spectateurs, les unissent instantanément plus indéniablement que de longs discours sur l’humanisme, la solidarité ! Peut être faudrait-il passer des films amusants dans les écoles plutôt que de longs cours ennuyeux sur la fraternité des hommes ?
Michèle avait été le catalyseur d’un mouvement de camaraderie, de complicité, de franche gaieté ! En fait, c’est ce que recherchent inconsciemment tous les participants d’un tour organisé.
Sur les felouques, — ces embarcations sans rames ni moteur-, bercées par la brise, soumises aux caprices du vent, le touriste sent le calme l’envahir. Les dieux lui font l’offrande de l’apaisement, de la sérénité.
Soudain, Hugues exprima ce que bien des touristes ressentaient : Les psychologues devraient conseiller cette thérapie à leurs patients ! Une promenade en felouque apaise les esprits. Elle convie au calme. Aurait-ce été la psychiatrie des anciens Égyptiens ?
Nous pourrions peut-être établir une société qui établirait un accord avec des psychiatres européens et américains …
Pierre interrompit son fils et lui demanda de refréner ses instincts naissant d’homme d’affaire et laisser le groupe jouir de l’instant présent ! Les pensées d’Yves, le frère d’Hugues, avaient pris un cours totalement différent ! Il songeait que le vieux Nubien conduisant la felouque accentuait la différence des deux mondes : celui des riches, de l’Occident, prenant ces croisières de luxe et celui du tiers-monde, de la pauvreté, du vieux Nubien sur sa felouque !
A cet instant, Benoît se dirigea vers Michèle et lui glissa à l’oreille :
— Tu ne devineras pas ce que j’ai entendu ! Maxence s’est adressé à Claude. Il ne savait pas que j’étais près d’eux. Les deux jeunes filles me cachaient à sa vue!
Maxence disait : « Nous le ferons à notre retour à Louxor. Nous en reparlerons ce soir. »
« Et ensuite ? » demanda Michèle intriguée.
— Malheureusement, Maryse a choisi ce moment pour s’approcher et leur a lancé :
— Alors, les conspirateurs, que complotez-vous ?
Michèle éclata de rire :
« Je m’imagine que la réaction a dû être la séparation immédiate de Claude et Maxence ! »
— Claude est devenu écarlate et Maxence s’est retourné vers Maryse et d’un air de grand seigneur lui a demandé de ne pas être aussi curieuse !
« Qu’a-t-elle répondu ? Elle n’a certainement pas apprécié ! »
— C’est le moins qu’on puisse dire ! Elle a perdu contenance un instant et puis on a senti qu’elle se décidait à lui répondre vertement. Heureusement Viviane est intervenue et a tourné la chose en plaisanterie ! .
Michèle se demandait ce qui se passerait à Louxor. Ils devaient y rester un jour avant leur retour à Bruxelles.
« Il faudra avertir Béatrice de ne plus quitter Claude et Maxence. Il faut savoir ce qu’ils disent.. »
— Nous aurons du pain sur la planche. Peut-être faudrait-il mettre les autres membres du groupe au courant ?
« Nous discuterons de cela ce soir mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Nous en reparlerons. »
La felouque se dirigea vers Éléphantine, au nord de la première cataracte, en face d’Assouan. Les francophones y débarquèrent. A l’époque des pharaons, c’était une place forte et le point de départ des expéditions vers le Soudan. Éléphantine est la plus grande des îles. Il y a des ruines, le cimetière des béliers sacrés, des portes, des cartouches d’Aménophis II, de nombreuses inscriptions gravées dans des roches granitiques mais aussi de beaux jardins, d’épaisses palmeraies, des jardins luxuriants. Le point le plus haut de l’île est transformé en belvédère.
Anouar confiait que les anciens Égyptiens pensaient que le Nil prenait naissance entre Éléphantine et Philae, d’une mer souterraine, parmi les roches de la Cataracte.
Soudain, l’égyptologue s’adressa directement à Maxence :
— Je connais votre passion pour les papyrus et les amulettes. Savez-vous que l’on a trouvé sur Éléphantine de nombreux papyrus araméens datant du cinquième siècle avant Jésus Christ ? Ces documents témoignent qu’une nombreuse colonie juive vivait dans l’île. Qui sait, les Nubiens que nous voyons aujourd’hui sont peut-être les descendants de ces Juifs !?
Maxence se contenta de répondre que l’information était intéressante et la thèse vraisemblable, aussi époustouflante qu’elle soit !
Les francophones continuèrent leur route. Il semblait que Maxence n’eut point de message à passer à Claude. Le jeune homme jouissait de la compagnie de Laeticia. Maxence restait près d’Anouar. La felouque continua son parcours. La lumière du Nil se tamisait, une légère brise poussait la felouque. Les touristes se taisaient. Une torpeur idyllique les envahissait. Le Nil était plus qu’un fleuve, c’était un magicien qui déployait ses sortilèges, envoûtait les visiteurs à tout jamais..
Le groupe atteignit l’île de Kitchener. Elle se trouve à trois kilomètres au sud d’Éléphantine. Le jardin botanique de l’île est réputé. On accède aux jardins par des escaliers. Il y a de nombreuses plantes et essences tropicales. Les arbres attirent les oiseaux. Des palmiers royaux se mélangent aux sycomores et ébéniers. Des fromagers et bougainvilliers s’y trouvent en abondance ! Le Jardin d’Eden ressemblait-il à ce jardin botanique ? A l’heure actuelle, l’île est occupée par un petit village typiquement nubien aux murs colorés, couverts de peinture naïve. On y voit des maisons dans des petites ruelles, des cours ombragées. La végétation y est luxuriante. Les habitants disent que ce village existe depuis trios mille ans ! En fait, s’il existe depuis trois mille ans, les maisons, qui à cette époque étaient construites avec le limon amené par le Nil, sont construites aujourd’hui avec du béton !
Benoît était de plus en plus convaincu que le Grand barrage n’avait pas eu que des effets positifs. Cet homme avait l’esprit très critique. Sa formation d’économiste y était certainement pour beaucoup ! Il ne pouvait s’empêcher de considérer chaque proposition sous tous les angles. Il était conscient de ce travers et se moquait souvent de ce trait de caractère. Mais, il ne pouvait s’en défaire. Ainsi, en considérant les maisons du village nubien, inconsciemment il pesait le pour et le contre du barrage. En effet, lors des crues, le Nil charriait du limon noir qui fertilisait la terre. La végétation poussait en abondance. Quand en automne, le fleuve se retirait, les Égyptiens recueillaient le limon et construisaient leurs maisons. Malheureusement, les barrages avaient troublé le processus naturel. Il n’y avait plus de crues et plus de limon noir qui fertilisait la terre. Le béton avait remplacé le limon !
Lorsqu’ils arrivèrent au milieu du Nil, les passagers durent effectuer un transit au milieu du Nil. En effet, il est impossible de naviguer en felouque sur la première cataracte. Le fleuve semblait vouloir grandir et affirmer sa force.
La felouque fut remplacée par un puissant canot à moteur, conduit par des Nubiens d’une vingtaine d’années. C’est à ce moment que Michèle se distingua à nouveau ! Le Nil devenait turbulent. Sachant qu’elle n’avait pas le pied marin, elle décida de ne prendre aucun risque et de ne pas sauter sur le bateau à moteur ! Le bruit du puissant moteur était rassurant mais Michèle n’était pas une sportive et craignait de sauter et de se retrouver dans l’eau !
Débordante d’idées inventives, elle s’assit à l’arrière de la felouque. Celle-ci était contiguë au bateau à moteur. Les francophones assistèrent, ainsi, à un tour digne du cirque ! Seuls des clones athlétiques auraient pu le réaliser ! Assise, Michèle agrippa avec ses deux bras tendus les côtés de la felouque et – toujours assise – avança à reculons vers le grand bateau à moteur ! Malheureusement, elle n’avait pas remarqué que les deux embarcations n’étaient pas au même niveau. Il y avait un dénivellement d’environ trente centimètres entre les deux ! Aussi, atterrit-elle assez rudement sur son dos lorsqu’elle arriva sur le bateau à moteur !!
A l’approche de la cataracte, le Nil semblait vouloir manifester sa puissance. Il grandissait et ressemblait à un lac parsemé d’îles. La première cataracte est en fait un rapide. . C’est un monde de rochers, d’eau tourbillonnante, de petits récifs. Ici, le Nil majestueux se transforme en fleuve étrange, impétueux, tumultueux. Le Nil dévoilait sa force Il était impétueux, violent. La navigation y était hasardeuse..
Heureusement, les deux Nubiens connaissaient parfaitement le fleuve, les courants, les passages difficiles.
Les touristes rejoignirent le « Miss Égypte ».. Le soir, il y aurait une nouvelle fête. Le lendemain : journée libre à Assouan. .
— Alors Michèle ? Quelles sont tes conclusions ?
« Pour l’instant, je ne pense à rien ! Je suis éreintée. Je ne croyais pas que ce serait un voyage aussi chargé. Cela n’a rien d’une croisière où l’on passe son temps à se bronzer et à boire des apéritifs ! On n’a pas une minute à soi. C’est formidable d’être toujours entourée, guidée, occupée mais je ne m’imaginais pas cela tellement fatigant. »
— Ce soir, il y a un programme avec des magiciens ! Je m’imagine qu’il va y avoir des tours avec des cartes etc.… J’ai toujours aimé ce genre de spectacles. Cela sera très sympathique. Viens, habillons-nous. Que vas-tu mettre ?
« Eh bien, ce nouveau pantalon de voile verte que j’ai acheté à la dernière minute ! Je ne pensais pas le porter un jour mais il est tellement beau et comme j’ai perdu un peu de poids avec toutes ces excursions. !. »
— Je vois ! Je suppose que Benoît n’est pour rien dans le changement vestimentaire que je remarque en toi ?
Michèle se contenta de sourire. Si elle voulait être honnête, Béatrice avait raison !
Béatrice, elle, n’était pas dupe. Michèle changeait ! C’était imperceptible pour ceux qui le la connaissaient pas bien mais c’était indéniable pour Béatrice.
Michèle devenait plus coquette, se souciait beaucoup plus de l’effet qu’elle produisait sur les autres, c’est à dire sur Benoît !
Le soir, les francophones se retrouvèrent autour de leur table habituelle.
Les jeunes étaient attablés avec la touriste finlandaise qui avait tenté de flirter avec le beau serveur lors de la fête costumée. Michèle remarqua qu’Aurélie buvait les paroles d’Hugues. Claude et Laeticia étaient lancés dans une conversation animée. Quel en était le sujet ? Elle ne pouvait l’entendre. La Finlandaise tentait d’attraper Yves dans ses filets et il semblait que celui-ci ne se débattait guère et était prêt à se laisser prendre.
— Que pensez-vous faire demain ?
Viviane posait la question ? Maryse lui répondit que Pierre et elle se promèneraient dans la ville d’Assouan. Ils appréciaient le charme sauvage de l’endroit.
Jean annonça que Viviane et lui feraient probablement de même. Il voulait acheter – si possible – des peintures traditionnelles.
— Et vous ?
— Michèle et moi avons projeté de faire l’excursion d’Abu Simbel. Ce serait dommage de rater cela ! affirma Béatrice.
— Si vous le permettez, je me joindrai à vous — déclara Benoît.
Michèle sourit. Elle était contente de l’intérêt qu’elle suscitait chez cet homme si intéressant et si gentil.
— Et vous Maxence ?
— J’aimerais moi aussi me joindrai à votre groupe ! Il me semble qu’après ce voyage, nous ne pourrons plus nous quitter et nous nous reverrons souvent à Bruxelles !
Simone, qui n’avait pas encore parlé, leur déclara qu’elle ne savait pas encore quels seraient ses projets.
Lorsque le dîner se termina, le groupe se dispersa. Michèle, Benoît et Béatrice se dirigèrent vers le bar. Les touristes y étaient nombreux. Après quelques instants, Béatrice se leva et décida de se promener sur le pont. C’était une jeune femme discrète. Elle voulait laisser à Benoît et Michèle le temps de s’apprécier, d’être seuls.
Béatrice était une jeune femme à l’écoute des autres. Elle était pleine de tact et sentait instinctivement quand se manifester, quand s’éclipser.
Sur le pont, la jeune finlandaise se tenait près d’Anouar ! Où était Yves ? Elle poursuivait tous les mâles sans exception. Béatrice se demandait pourquoi la jeune fille – qui n’était pas vilaine, somme toute – était seule la plupart du temps. Il est vrai qu’elle était assez encombrante et qu’elle devait effrayer les jeunes gens !
Laeticia était seule, assise sur une chaise longue. La jeune fille semblait morose.
— Je peux m’asseoir ?
— Oui, je vous en prie.
Laeticia était énervée. Béatrice, mère de deux adolescents, décida de prendre le taureau par les cornes :
— Quelque chose vous contrarie ? Vous désirez en parler ? Vous préférez ne rien dire ?
— C’est Maxence !
— Mais Maxence est charmant ! Qu’a-t-il fait ?
— Claude et moi avions projeté, avec les autres, de louer une felouque et de nous promener sur le Nil. Or, Maxence est venu à Claude et lui a annoncé qu’ils iraient à Abu Simbel ! Claude a bien essayé de résister mais il n’était pas de force, il n’a rien pu faire. Il s’est laissé très vite convaincre par Maxence ! Je ne suis pas de force à lutter contre Maxence et surtout, je ne sais pas pourquoi Claude consent à être dominé par lui !
Le cerveau de Béatrice fonctionnait à toute allure. Comment Maxence pouvait-il influencer Claude à ce point ? Il y avait certainement une affaire de chantage là-dessous.
— Voyons, ne vous laissez pas abattre pour si peu et allez, vous aussi, à Abu Simbel ! Il ne faut pas que Maxence pense que tout lui est permis et vous devez faire comprendre à Claude que vous avez vous aussi votre mot à dire lorsqu’il prend des décisions !
Les deux femmes sursautèrent. C’était Simone qui intervenait dans la conversation ! Elles ne l’avaient pas entendu venir.
Simone reprit :
— On n’attire pas les mouches avec du vinaigre ! Si vous faites la tête à Claude, cela le fera fuir. Essayez d’être joviale, et ne laissez pas Maxence gagnez la partie. Nos amis Anglo Saxons ont une sentence pleine de sagesse : If you can’t fight them, join them !!
— Simone a raison Laeticia. La douceur accomplit beaucoup plus que la morosité. Et de plus, pourquoi laisser le champ libre à Maxence !
Sur ces paroles pleines de sagesse, Béatrice se leva et alla rejoindre Michèle et Benoît..
— Devinez ce qui vient de se passer !
Et elle leur raconta sa conversation avec Laeticia et Simone.
« Ce qui m’inquiète, c’est que tu n’as pas entendu Simone s’approcher de vous ! Qui sait combien de fois elle a pu surprendre nos conversations ! »
Benoît se taisait. Il semblait soucieux.
— A quoi penses-tu Benoît ?
— Béatrice, je me demande si cette affaire n’est pas beaucoup plus sérieuse que nous le pensons ! Simone m’intrigue. Nous ne savons pas qui elle est, quel est l’intérêt qui la pousse à poursuivre Maxence. En fait, elle tente de neutraliser Maxence et le séparer de Claude. Tout comme nous, elle les surveille. Mais pourquoi ?
Béatrice était songeuse. Elle réfléchit quelques instants, puis déclara :
— Je retourne à la cabine. Je vais relire mon journal. Peut-être vais-je y découvrir un élément susceptible d’éclairer l’affaire sous un jour nouveau ?
— Béatrice, ne te prends pas pour Miss Marple !
La jeune femme haussa les épaules en souriant et se dirigea vers la cabine. Michèle et Benoît riaient encore lorsque quelques Béatrice réapparut livide.
— Béatrice, qu’y a-t-il ?
— Venez vite avec moi !
Ils se levèrent et la suivirent jusqu’à la cabine qu’elle partageait avec Michèle.
Les tiroirs des deux tables de chevet étaient ouverts et leur contenu était éparpillé sur le tapis de la cabine !
— Mon journal a disparu !
« Pourquoi ? Tu n’avais rien écrit d’important – tu t’en serais certainement souvenue ! Mais la cabine était fermée à clé ! Comment a-t-on pu y pénétrer ? »
— Il nous faut prévenir le capitaine !
— Non ! Il nous faudra lui exposer nos soupçons qui ne se basent sur aucune preuve tangible mais uniquement sur nos impressions, notre imagination. Je crois qu’il faut se taire et continuer à surveiller Maxence et Claude et aussi Simone. Elle ne me dit rien qui vaille.
« En fait, ils seront tous avec nous à Abu Simbel. »
— Oui, demain sera peut-être une journée intéressante.
Ils discutèrent encore longuement mais n’ayant atteint aucune conclusion, ils se séparèrent en espérant que le lendemain, ils trouveraient des éléments nouveaux.
Lorsque Benoît les eut quittées, Michèle demanda à Béatrice :
« Tu penses que Simone a bien conseillé Laeticia ? »
— Non ! Je n’aurais pas donné les mêmes conseils à ma fille ! Certes, il faut se montrer ferme, ne pas se laisser dominer par un homme mais Laeticia commence à peine un flirt avec Claude. Elle ne doit pas se montrer envahissante, autoritaire.
« Simone est veuve. Je me demande quelle est la cause du décès de son mari ! »
— Certainement pas un manque de fermeté de la part de son épouse !:

CINQUIEME JOUR
Abu Simbel est situé à deux cent quatre vingt kilomètres au sud d’Assouan.
Le groupe réduit des francophones monta dans un car de touristes italiens pour arriver à Abu Simbel. Le voyage dura près de quatre heures !
Les sanctuaires avaient été déplacés de deux cent dix mètres et rebâtis soixante cinq mètres plus haut qu’antérieurement.
Ramsès II avait fait construire deux temples, l’un pour Amon Re et Re Horaky et l’autre, plus petit, pour la déesse Hathor et Néfertari. Les deux temples avaient un aspect colossal mais harmonieux néanmoins. Ces sanctuaires étaient en partie creusés dans le rocher et en partie édifiés en plein air.
Le groupe admirait les gigantesques statues du roi et de l’homme à la tête de faucon. Ces magnifiques statues évoquaient la noblesse, la pérennité, la sérénité, la royauté. On ne pouvait rester insensible devant ces merveilles de pierre.
L’élu de Dieu, le fils de la lumière restait imperturbable devant la foule de touristes qui se pressait à ses pieds.
Néanmoins, la magie des lieux ne provoquait pas l’amnésie chez les trois compères. Ils se pressaient autour de Maxence, lui parlant, lui posant des questions. En fait, leur but était de l’éloigner de Claude, tentant de les séparer ! Laeticia ne se rendait pas compte qu’elle était redevable des quelques moments de privauté avec Claude à ses anges gardiens humains ! Simone, quant à elle, faisait de son mieux pour se trouver à tout moment près de Maxence !
Après avoir contemplé ces merveilles, les Italiens repartirent vers Assouan. Les francophones montèrent dans l’autobus. Claude était le premier mais malheureusement, Maxence fut le plus rapide ! .Il se faufila près de Claude et, triomphalement, s’assit près de lui !
Laeticia était furieuse et si les yeux de Simone avaient été des revolvers, Maxence n’aurait pas survécu !
Il semblait que les dieux de l’Égypte antique rendaient à Maxence l’amour qu’il leur portait ! Que pouvait-il comploter avec Claude ?
Lorsque éreintés les touristes arrivèrent sur le « Miss Égypte », Michèle et Béatrice ne pensèrent qu’à se doucher. Voyager sept heures dans un car bondé de touristes n’est pas une partie de plaisir ! Il fallait être passionné d’égyptologie pour subir cela !
Pendant le dîner, le groupe convoya avec enthousiasme au reste des francophones leur émotion à la vue du grandiose site d’Abu Simbel. Jean leur dit qu’il avait acheté quelques poteries mais n’avait pas trouvé de tableaux qui lui plaisaient.
Ce soir, il n’y avait rien de particulier prévu au programme. Évidemment, le dîner était déjà une attraction en soi. Les femmes, bien que fatiguées, s’habillaient de leurs plus beaux vêtements de soirée et les hommes, revêtaient des costumes d’alpaga clair. Tout spectateur se serait imaginé dans les casinos de la Côte d’Azur ou dans des hôtels luxueux du Caire ! Soudain, l’ambiance était un rien plus formelle. On se replongeait dans les soirées luxueuses du début du vingtième siècle décrites par aussi bien par Agatha Christie que Dorothy Sawyers ou même Barbara Cartland !
Plus tard, Benoît, Michèle et Béatrice s’installèrent dans le bar. Ils étaient soucieux. Rien d’anormal ne s’était passé et malheureusement, ils n’avaient pu entendre la conversation entre Claude et Maxence.
Demain, ils seraient à Louxor et y resteraient jusqu’au surlendemain soir et puis, ils reprendraient le vol pour Bruxelles.. Les prochaines vingt quatre heures seraient décisives. Elles verraient leur dernière chance d’arrêter le vol des antiquités. Si quelque chose devait se produire, ce serait certainement le lendemain. Il leur faudrait être aux aguets à chaque instant, ne pas perdre Claude et Maxence de vue un seul moment.
Excités par cette perspective, ils ne faisaient pas attention au jeune égyptien qui les servait. C’était le jeune homme qui avait été subi les assiduités de la touriste finlandaise !
Soudain, Michèle déclara :
« Nous ne savons pas si ce jeune serveur comprend le français ! Peut-être ferions-nous mieux de nous méfier de l’équipage et de ne pas parler devant eux ! »
— Michèle, tu vas être atteinte de l’espionite si tu n’y prends pas garde ! Ces malheureux ne pensent qu’à gagner quelques sous et toi tu les transformes en des Philby ! déclara Benoît en souriant.
Ils éclatèrent de rire. Au fond, cette croisière était invraisemblable ! On aurait pu en faire un télé film !
Ils arrivèrent à Louxor le lendemain matin.

SIXIEME JOUR
Les deux tables de francophones discutaient ferme ! Chacun racontait ce qu’il ferait ce jour ci. Bien que ce soit une journée libre, il semblait qu’ils ne pouvaient décider de se séparer !. Nos trois compères se taisaient. Ils suivraient Maxence. A cet instant, Aurélie déclara :
— J’aimerais me promener à nouveau dans la Vallée des Rois. Je projette d’illustrer une histoire s’y passant. Claude et Laeticia ont promis de m’aider. Pourrions-nous louer un minibus et y aller ?
Maxence jeta un regard furieux à Claude. Néanmoins, il dit :
— C’est une très bonne idée. Mais peut-être pouvons-nous la visiter un peu plus tard dans la journée ? Voir la Vallée des Rois au coucher du soleil doit être un spectacle inoubliable !
Et, étonnamment, tout le groupe des francophones décida d’une dernière excursion, ensemble, ce jour là. Même Anouar, l’égyptologue, consentit à se joindre à eux !
Dans le car, Claude était assis à l’arrière, près de Laeticia. Maxence se trouvait à l’avant et ne semblait pas prêté attention au garçon. Michèle, Béatrice et Benoît étaient aux aguets ! Ils s’étaient placés au centre de l’autocar et observaient facilement les autres touristes. Simone parlait avec animation à Viviane.
Tout semblait normal.
« Quand nous serons arrivés à destination, il nous faudra être à leurs côtés à chaque instant. Moi, je me charge de Maxence et toi Béatrice de Claude. Toi, Benoît, tu nous remplaceras, Béatrice et moi, à tour de rôle afin que notre surveillance ne soit pas trop apparente. »
— Oui, chef !
Les trois éclatèrent de rire. Le contact était tellement facile entre-eux ! Il semblait qu’ils avaient été des amis toute leur vie !
Michèle espérait qu’à leur retour, Benoît continuerait à la fréquenter.
Dans la montagne, à l’arrière de Thèbes, il y a de nombreuses petites vallées. Une de ces petites vallées se nomme la Vallée des rois. On y accède par une gorge cachée au milieu de la roche. Bien que les touristes y arrivent en masse, le pouvoir de fascination reste intense.
Le groupe admirait en silence ces caveaux dont la porte était taillée à même la roche de cette vallée désolée.
Le silence s’était abattu sur les francophones. Ils étaient face à l’Égypte immortelle. L’éternité les saluait. Le calme, la grandeur, la noblesse se dégageaient de ces lieux. Même Hugues restait silencieux. Ce grand garçon si prolixe était sous l’emprise des pharaons disparus.
Après quelques instants, Anouar prit la parole et leur rappela que tous les caveaux étaient conçus de la même manière : couloir s’enfonçant dans la montagne et débouchant sur une ou plusieurs salles, cela afin de dérouter les pillards de tombes..
Michèle ne quittait pas Maxence du regard. Tant qu’il ne cherchait pas à se rapprocher de Claude, elle ne voyait pas d’intérêt à l'importuner.
Ils se promenèrent ainsi pendant quelques heures et reprirent la direction du « Miss Égypte. » Le groupe avait conscience d’avoir vécu une expérience inoubliable. Pendant quelques instants, ils avaient communié avec le passé éternel dans un étrange paysage lunaire. Aucune parole n’avait été échangée mais une atmosphère quasi religieuse les avait unis. Tous avaient conscience de l’emprise qu’exerçaient sur eux les pharaons, le Nil. Ce n’était pas l’Égypte moderne qui les emprisonnait mais bien l’Histoire, la civilisation égyptienne. Aussi bizarre que cela puisse sembler, même les athées du groupe, même les sceptiques ressentaient une atmosphère de religiosité ! Certains paysages captaient-ils des émotions ressenties dans le passé ?
Lors de leur retour, lorsqu’ils arrivèrent dans la ville de Louxor, Maxence pria soudain le conducteur d’arrêter le mini bus. Il désirait se promener dans la ville !
Claude ne bougea pas. De ce fait, Béatrice et Michèle ne bronchèrent pas.
Elles se demandaient ce qui se passait mais il leur semblait incongru de poursuivre Maxence si Claude restait assis dans le mini bus.
Ils repartirent. Peu après, Benoît déclara qu’Il désirait descendre ! il avait affaire dans la ville !
Les deux jeunes femmes ne disaient rien. Elles ne savaient que penser et de ce fait ne savaient comment réagir ! Benoît ne leur avait pas fait signe, elles ne voulaient pas le gêner.
Benoît avait-il remarqué un fait dont elles ne s’étaient pas aperçues ? Michèle se retourna et regarda l’arrière du bus. Soudain un grand sourire éclaira son visage.
Elle se pencha vers Béatrice et lui glissa à l’oreille :
« Regarde Simone ! Cela vaut le coup d’œil ! »
La pensionnée, l’air courroucé, était à moitié debout et regardait Benoît qui
S’éloignait à vive allure vers le centre de Louxor. Elle semblait furieuse et ne savait quelle contenance adopter. Elle semblait si désemparée qu’elle en était cocasse !
— Alors, Benoît, pourquoi es-tu descendu si brusquement ? As-tu trouvé quelque chose d’intéressant ?
— Maxence est intelligent. S’il a arrêté le car, il devait nécessairement avoir une bonne raison. Il n’a pas parlé à Claude mais celui-ci était certainement au courant. Il n’a pas été surpris de la demande de Maxence. Donc, quelque chose doit se passer, et cela aura lieu cette nuit, avant notre départ. N’oubliez pas que demain nous rentrons à Bruxelles. J’étais curieux de voir ce que Maxence avait à faire à Louxor. Cette ville est terrible ! Lorsqu’on s’y promène, on peut constater la pauvreté du peuple égyptien. Cette ville est polluée, bruyante ! On y entend un bruit incessant de klaxons et la police est omni présente ! Les rues sont remplies d’immondices. Les ânes, les buffles, les chiens s’y promènent en liberté. De plus, les feuilles de canne à sucre craquent sous les pas et à chaque pas, je soulevais des nuages de poussière !
— A part cela, qu’a fait Maxence ?
— Il a loué une voiture !
« Qu’as-tu fait ? »
— Ce qu’il fallait ! Moi aussi j’en ai loué une ! Il faudra veiller à ce que Maxence et Claude ne quittent pas le bateau sans nous. Aussi, après le repas j’irai m’asseoir dans la voiture et j’attendrai qu’ils partent. Ensuite, je les suivrai.
« C’est bien pensé mais qu’allons-nous faire ? Nous n’avons pas de revolver ! »
Benoît et Béatrice se mirent à rire ! Ils voyaient mal l’honorable juriste transformée en traqueur de brigands !
— Nous n’avons pas besoin d’armes. Si quelque chose se passe, nous avertirons Anouar. Notre meilleure arme est le G.S.M.
Michèle et Béatrice ne semblaient pas très convaincues.
— Réveille-toi Michèle ! Benoît nous attend. Claude et Maxence entrent dans leur voiture !
A moitié éveillée, Michèle sauta en bas du lit et suivit Béatrice qui était déjà dans le couloir. Les halogènes du bateau illuminaient la nuit et elles pouvaient se déplacer aisément. Excepté un ou deux matelots qui les regardaient curieusement, tout le monde dormait.
Benoît, lui si calme habituellement, piaffait d’impatience dans la vieille Chevrolet bleue. Quelles étaient lentes ! Il aurait mieux fait de partir sans les attendre !
Heureusement, elles arrivaient et s’engouffrèrent dans la Chevrolet.
La voiture, une vieille Cadillac noire, que conduisait Maxence, prenait la direction de la Vallée des Rois.
Benoît et les deux jeunes femmes ne disaient mot. Le dénouement de l’affaire
était proche. Michèle se demandait quelle serait la réaction de Maxence en les voyant. Béatrice se remémorait tous les faits, gestes et paroles de l’antiquaire. Elle était triste pour lui. Un homme qui vouait une telle passion à l’égyptologie ne pouvait pas être un escroc, un voleur. C’était impossible !
Benoît suivait la vieille Chevrolet. Il roulait tous feux éteints pour ne pas révéler leur présence. Étant donné qu’il savait où se diriger, il maintenait une allure constante, à une assez grande distance du véhicule de Maxence et Claude.
Finalement, ils atteignirent la Vallée des Rois. Benoît arrêta la voiture au pied du grand canyon dépourvu de toute végétation. L’aspect désolant de l’endroit ajoutait une dimension tragique aux évènements qui ne manqueraient pas de s’y passer. La voûte étoilée resplendissait immuablement. Aucun événement terrestre ne pouvait l’émouvoir.
Maxence et Claude ne prenaient pas trop de précautions. On pouvait les repérer facilement grâce aux vêtements clairs de Claude.
Soudain, les deux hommes s’arrêtèrent. Michèle, Béatrice et Benoît firent de même. Ils se dissimulèrent derrière des amas de rocs et gravas pour observer ce qui ne manquerait pas de se passer.
Claude et Maxence avaient emmené avec eux une pelle et une pioche. Ils se mirent au travail. Ils creusaient mais ils ne travaillèrent pas très longtemps. De façon inattendue, les trois amis virent Maxence sortir de sa poche quelque chose qu’il déposa en terre. Ensuite, Claude et Maxence obturèrent le trou ! Michèle, Béatrice et Benoît ne savaient que penser. Ne voyant pas d’autre solution, Benoît se redressa et courut vers les deux hommes. Les deux femmes le suivirent. A cet instant, Benoît trébucha sur la pelle que Maxence avait déposée sur le sol. Malheureusement, Benoît ne put se retenir et s’étala de tout son long aux pieds de Maxence !
Les deux jeunes femmes ne savaient comment réagir.
Claude et Maxence étaient pétrifiés de surprise, Benoît était étourdi ! Cela ressemblait à une mauvaise mise en scène ! Finalement, après que Benoît fit entendre quelques jurons, les deux jeunes femmes l’aidèrent à se redresser. Alors, elles éclatèrent de rire.
Benoît ne semblait pas apprécier ! Il s’adressa directement à Maxence et Claude.
— Qu’avez-vous dissimulé dans ce trou que vous creusiez ? Pourquoi êtes-vous ici à cette heure ?
— Je vous en prie, parlez plus bas. Les gardes peuvent arriver d’un moment à l’autre et nous serons dans de beaux draps ! déclara Maxence.
Claude, retire l’objet du trou. Partons ! . Retournons au bateau. Je vous expliquerai tout !
reprit Maxence. Il avait l’air tellement malheureux qu’aucun des trois amis ne fit objection à la proposition.
Installés dans le bar du « Miss Égypte », ils buvaient la boisson qu’ils avaient commandée.
Béatrice pensait que Maxence ne semblait pas être un voleur. Il faisait l’effet d’un gentleman, gentleman cambrioleur ? Elle se demandait quel était le motif de sa conduite. L’argent, sans aucun doute.
— Alors, Maxence. Je crois qu’il est temps de nous expliquer ce qui se passe !
Maxence observait Benoît. Il semblait intelligent, sensible. Peut-être le comprendrait-il ? Maxence décida de jouer franc jeu.
— Ainsi que vous le savez, je suis un antiquaire fort réputé. Ma passion est l’égyptologie. Mon rêve le plus cher a toujours été de participer à une expédition de fouilles en Égypte. Avec le temps, cette passion est devenue une hantise. Je ne rêvais que de cela, de découverte. Mon ambition était de découvrir un parchemin, être connu dans le monde de l’archéologie.
Malheureusement, je n’avais pas les diplômes et les contacts nécessaires.
Un jour, Claude est entré dans mon magasin. J’ai tout de suite senti que ce jeune homme avait des connaissances exceptionnelles pour un si jeune étudiant. Lors de nos conversations, il m’a avoué que sa famille était humble et qu’il se demandait comment il pourrait participer à des fouilles étant donné qu’il n’avait pas de moyens pécuniaires. L’archéologie et surtout l’égyptologie est un monde sans pitié. Il faut avoir des contacts, être reconnu dans ce monde très particulier pour pouvoir avoir sa place dans cette minorité agissante de chercheurs.
Aussi, j’ai eu une idée folle et j’ai conclu un marché avec Claude.
Michèle, Béatrice et Benoît étaient toute oreille. Ils ne disaient mot. Claude était pâle. Il savait que son avenir était entre les mains des trois amis. Tout dépendrait de leur décision.
Maxence continua :
— J’ai toujours voulu être un nouveau Carter, un nouveau Schliemann. Je voulais découvrir un parchemin exceptionnel ! Comme presque tous les parchemins avaient été détruits, en découvrir un qui mentionnerait des formules magiques serait exceptionnel ! Aussi, j’ai étudié à fond les textes de magie, la composition des papyrus, leur texture etc.… et j’en ai forgé un ! J’ai chargé Claude de découvrir l’endroit le plus propice à la découverte d’un tel trésor !
« C’est donc pour cela que vous cherchiez un endroit sablonneux et non pas rocheux pour ensevelir votre parchemin ! » demanda Michèle.
— Oui, le sable chaud conserve les papyrus. Seule l’action préservatrice des sables permet la survie des documents, ainsi que des débris et des tas de déchets. Il fallait que tout soit vraisemblable.
— Et ensuite, qu’auriez-vous fait ?
— J’aurais payé – comme convenu – les frais d’expédition de Claude et celui-ci m’aurait emmené avec lui, quelques fois, conformément à notre accord..
Benoît lui demanda s’il ne croyait pas que le monde archéologique aurait découvert sa supercherie.
— Non, je suis un expert dans la matière ! Cela aurait pris beaucoup de temps si le papyrus avait été examiné. D’ailleurs, j’aurais trouvé un moyen de reprendre le papyrus avant qu’il ne soit placé dans un musée. Je voulais uniquement que l’on parle de moi !
— C’est heureux que l’on vous ait arrêté à temps.
Tous sursautèrent. Ils se retournèrent et virent Simone !!
— Mais que faites-vous là et qui êtes-vous ? C’est vous qui me suivez dès le début de la croisière ?
Maxence était courroucé. Les autres étaient ébahis. Certes, il la savaient curieuse mais à ce point !! C’était plus que de la simple curiosité.
— Je me présente : je suis Madame Simone Capaert.
— Madame Capaert ! s’exclamèrent ensemble Claude et Maxence.
Les autres les regardaient étonnés. Ils n’avaient jamais entendu le nom de cette femme qui suscitait tant d’émotion chez Maxence et Claude. Ils semblaient vouloir se lever et se mettre au garde-à-vous devant elle !
— Qui est Madame Capaert ? demanda Béatrice.
— C’est la plus grande experte belge de papyrus! Son grand-père était un égyptologue de renom. Elle est la présidente de la chaire d’égyptologie à Bruxelles !
déclara Claude.
J’ai souvent entendu parler d’elle et de ses travaux mais je n’ai jamais eu le plaisir d’entendre une de ses conférences.
Le pauvre garçon la regardait avec des larmes pleins les yeux. Madame Capaert, c’était la fin de ses rêves d’archéologue ! Maxence, lui, considérait Simone avec admiration et même avec vénération.
Tous étaient silencieux et se demandaient quel était le rôle de Simone dans cette aventure.
Madame Capaert les examinait avec condescendance mais une petite lueur ironique dansait au fond de son regard.
— Maxence, vous avez commis quelques erreurs ! Vous avez posé tant de questions, vous avez approfondi tellement de détails concernant les papyrus et les textes magiques, que le département d’égyptologie a cherché à en savoir plus sur votre compte. De plus, Claude approfondissait lui aussi tous les sujets qui vous intéressaient. Nous avons pensé que tous deux vous étiez de mèche et que votre démarche était inquiétante. Lorsque nous avons appris que vous – ainsi que le jeune Claude, qui n’en a pas les moyens -, vous étiez inscrits à cette croisière, le Conseil d’administration m’a chargée d’une mission : vous surveiller.
— Comment saviez-vous tout cela ? demanda Maxence.
— Nous avons engagé un détective privé.
— Est-ce vous qui avez pris mon journal ? demanda Béatrice ;
— Non, je ne saurais comment m’introduire dans une cabine fermée à clé !
« Mais alors, qui était-ce ? »
— Michèle, a de bonnes intuitions !
Michèle regardait Madame Capaert éberluée. Elle ne comprenait pas ce que celle-ci voulait dire.
— Eh bien, le jeune serveur égyptien est en fait un agent de sécurité du service d’égyptologie ! Il connaît parfaitement le français. Bruxelles s’était mise en contact avec le service des fouilles égyptiennes dès que nous avons su que Claude et Maxence feraient partie de cette croisière. Le serveur était chargé de les surveiller.
— Était-ce vous, Madame Capaert, la « poule » qui me suivait lors de la fête costumée ? interrogea Maxence.
— Oui, je n’avais pas trouvé de costume plus approprié que celui-là pour passer inaperçue !
Claude était abattu. Benoît le considérait avec pitié. Soudain, tout le monde était silencieux. Béatrice regarda Michèle d’un air suppliant.
Michèle connaissait bien son amie. Elle savait ce qu’elle attendait d’elle. Aussi, après quelques secondes d’indécision, elle prit la parole.
« En ce qui nous concerne Benoît, Béatrice et moi, nous sommes prêts à ne rien dévoiler de cette affaire. Nous n’avons rien vu, rien entendu. Nous ne parlerons pas. Nous serons comme les trois singes ! Nous sommes des touristes un peu curieux qui nous demandions si l’intérêt que portait Maxence à Claude était provoqué par un sentiment un peu particulier. Si Maxence et Claude nous donnent des garanties par écrit qu’ils ne recommenceront plus ce genre de péripétie, nous oublierons toute l’affaire. »
Claude et Maxence la regardèrent avec étonnement. L’espoir se lisait dans leurs yeux. Madame Capaert se taisait. Les deux hommes retombèrent dans une apathie profonde.
— Je propose que nous allions dormir. Je vais réfléchir et je vous ferai part de ma décision.
Madame Capaert se leva et se dirigea vers la sortie. Les autres restèrent encore quelques instants assis, silencieux.

Béatrice avait mille questions à poser à Maxence mais elle n’osait rien dire. Claude était accablé. Que déciderait Madame Capaert ?
— Allons dormir. Il n’y a rien à faire maintenant ! Dans quelques heures nous serons fixés sur votre sort.
Benoît avait pitié de Claude. Quand on n’a pas les moyens nécessaires pour réaliser son rêve, il est fort difficile de résister à la tentation, pensait-il. De plus, ce rêve était celui d’une vocation, d’un destin. Pouvait-on pardonner ?

SEPTIEME JOUR
Quelques heures plus tard, les Français étaient réunis pour la dernière fois dans le bar du « Miss Égypte ». Claude était assis près de Laeticia. Celle-ci ne comprenait pas pourquoi le jeune homme semblait si triste mais c’était la première fois qu’il lui tenait la main ! Tout était pour le mieux.
Madame Capaert se leva et proposa un toast à leur excursion si réussie.
Tous levèrent leur verre. Pierre et Jean proposèrent que le groupe se revoie bientôt afin d’échanger les photos, les souvenirs etc.
La conversation était générale. Madame Capaert fit un geste discret et Maxence et Claude, qui ne la quittaient pas du regard, se levèrent et se dirigèrent vers elle.
Après quelques instants, les deux hommes la quittèrent. Michèle et Béatrice n’en pouvaient plus et allèrent aux nouvelles !
— Alors, que vous a-t-elle dit ?
— Elle me permet de continuer les études et de plus, elle désire que je me spécialise dans les papyrus égyptiens, sous sa direction !!
Le visage de Claude était tout illuminé, ses yeux brillaient de joie.
« Et vous Maxence ? Que vous a-t-elle dit ? »
— Vous ne le croirez jamais ! Elle viendra prochainement visiter mon magasin !
A cet instant, Maryse s’approcha d’eux et demanda :
— Alors, que conspirez-vous à nouveau ?
Tous éclatèrent de rire !


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