Une image d'épinal
de Danielle Kereveur




Leur mère les a quittés un vingt-quatre Décembre au soir.
Elle a tué le père Noël et dans son inhabituel triste sillage l'idée de cadeau.

Quelques années plus tard, quoique encore bien jeune, il fut invité pour ces quelques jours particuliers, chez des paysans, comme l'on disait alors, amis de ses grands-parents.

Sans-doute l'avait-on éloigné d'une vérité trop cruelle, d'une maison vide ou pleine au contraire de ces fausses valeurs de ces semblants de fête.

Du voyage qui lui parut si long, je ne retiens aujourd'hui qu'une idée ... forte ...
L'éloignement favorise l'oubli et l'émergence d'une autre imagination.

Il était bien loin de la réalité , son père l'avait confié sur les marches d'un train à une dame inconnue censée lui tenir la main pour redescendre ces mêmes marches quarante kilomètres plus loin et s'abandonner aux soins d'un autre inconnu.

Tout se déroula comme prévu.
Le maître de la ferme l'attendait dans la carriole tirée par un âne dont il eut immédiatement l'intention de se faire un ami.
Ils partirent dans le silence de cette nuit magique sous une neige drue et vivifiante.
Le vieux Monsieur ne parlait pas. lui, l'enfant,il parlait peu.

Préconscient probablement et malgré son peu d'âge qu'il entrait vivant dans la symbolique d'une image d'Epinal.

Que se passa-t-il ensuite ?
Ma capricieuse mémoire n'a jamais voulu me le restituer.
Depuis ce jour elle me fait faire un saut, enjambant la soirée puis la nuit qui suivirent pour rendre encore plus vrai et vivace le souvenir de ce matin glacial où il s'éveilla sous un édredon merveilleusement chaud.

Dans cette chambre qu'il ne reconnaissait pas, se trouvait une vaste cheminée, à la pierre refroidie.
Quelqu'un y avait déposé ses chaussons.

A l'intérieur, un petit livre d'or , tout simple, sans empaquetage, semblait l'attendre.
Il sut de loin que c'était l'histoire de Boucle d'or et des trois ours.

Seul, un personnage extraordinaire avait pu le deviner.
Depuis toujours,peut-être, il rêvait de ce livre.

En quelques secondes et dans le même temps qu'il ressuscitait l'image du Père-noël, il reprit goût à la vie et se laissa envahir d'un bonheur total.

Il n'en dit rien, mais ses petits yeux d'enfant si triste, d'enfant privé de mère, se posèrent alors sur moi.

Aujourd'hui je sais que ce souvenir est mon plus beau souvenir d'enfance et il a fait de moi ce que je suis.


D.K

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