La foire aux célibataires
de Claude Romashov



Les deux hommes traversent le champ à découvert. Ils courent aussi vite que leurs jambes courtes le permettent. Ils s’éloignent du halo bleu électrique laissé par le véhicule qui les a déposés en rase campagne par une nuit saturée d’étoiles. Haletants ils atteignent l’orée d’un petit bois. Pas le temps de faire une pause, Ils doivent s’abriter des regards avant le lever du jour pour ne pas éveiller la suspicion des habitants de ce coin retiré de la campagne française. Personne ne désire se retrouver face à eux. Ils aperçoivent enfin les premières maisons du hameau endormi sous un ciel traversé de lueurs irréelles. La valse des faisceaux se calme quand ils atteignent les premières maisons. Ils se font encore plus discrets et respirent de soulagement. Mission accomplie ! Ils sont enfin arrivés à destination.
Le chemin serpente jusqu’à la ferme. C’est un chemin pierreux bordé de haies emplies de ronces. Un rideau de peupliers dissimule le corps de ferme aux automobilistes qui passent sur la route départementale. La boite à lettres au nom peint en rouge sur fond blanc regorge de publicités en tout genre. Rien au courrier ce matin si ce n’est la gazette locale. Il déplie les larges feuilles avec impatience. Pas un mot sur le passage éclair d’un engin inconnu dans le ciel de la région. Pas un mot sur le périple de deux individus suspects la nuit dernière. Tout est si tranquille. Une nouvelle journée commence...
Il a fait le déplacement jusqu’au centre ville du bourg le plus proche. Tout heureux, de l’été qui s’annonce et des filles qui se déshabillent. Il aime leurs robes légères et les bretelles qui se lâchent sur les épaules rondes. Il aime les filles à la peau dorée par le soleil, aussi appétissantes que des brioches…
« C’est magnifique ». Ses yeux s’arrondissent. Dans la cabine d’essayage capitonnée de velours délavé, il a revêtu un costume à fines rayures en alpaga et s’est contemplé dans la glace biseautée. « Pfuitttt… Le sifflement admiratif lui a échappé. L’homme élégant qui le dévisage, c’est bien lui ! Il tire sur les manches de sa veste, réajuste son col de chemise et sourit à son reflet. Tout serait parfait sans ces fichus mocassins neufs à talonnettes qui lui blessent les orteils. « Il faut laisser le pied prendre sa place. » lui a seriné le vendeur, un sourire hypocrite sur les lèvres. Dominique jette un dernier coup d’œil à son reflet et, pour la première fois de sa vie, il se trouve bel homme.
Quelques semaines auparavant, il était entré dans une échoppe nichée entre les pans de bois d’une vieille demeure bourgeoise suite à un article paru dans le « chasseur français ». On y vantait le travail des artisans tailleurs et la tradition française. Un savoir faire devenu rare avec le temps. D’un naturel curieux, il avait suivi avec beaucoup d’intérêt le travail du tailleur et versé des arrhes astronomiques pour le plus beau des costumes, celui en alpaga léger.
Le patron, un homme rondouillard, avachi sur une chaise derrière son comptoir s’était levé avec fracas puis avait exécuté de très jolis ronds de jambes devant ce client tombé du ciel.
« Enfin… Quel bonheur ! Un gogo » avait pensé ce jour là, le gros commerçant à lunettes d’écailles, ce garçon mal à l’aise a tout du pigeon à plumer. Ce sont des choses que l’on sent avec l’expérience…
Le grelot au dessus de la porte a carillonné d’une voix étranglée, il a mis ses pas un à un, fidèlement dans les empreintes blanches qui s’étalaient sur le parquet poussiéreux, une odeur fade de vieux tissu l’a fait éternuer. Un peu étonné par le désordre des lieux, désordre qu’il n’a pas remarqué les fois précédentes, il s’est avancé vers le rayon des costumes cousu main. Alignés au garde à vous sur des portiques et protégés par des housses en plastique transparent, les complets neufs attendaient, bien raides, leurs futurs propriétaires.
Il fait une chaleur étouffante. Le cerveau émoustillé par la proximité des demoiselles court vêtues qui passent et repassent devant la vitrine du magasin, Dominique échafaude des plans sur la comète. Il aimerait bien en saisir une, pas la queue d’une comète voyons, mais une de ces filles qui s’alanguit aux terrasses jambes dénudées et fait tourner la tête de tous les mâles à des kilomètres à la ronde.
« Je ressemble à une gravure de mode ». Une chiquenaude sur le revers de la veste plus un regard effaré à l’étiquette. Malgré les arrhes versées, le prix du complet est vertigineux. Il hésite et plie l’alpaga prohibitif sur son bras. Le façonnier ne le quitte pas d’une semelle et guette ses réactions d’un œil avide par-dessus ses lunettes. L’homme tend une main empressée puis se mouillant l’index, compte et recompte les gros billets.
Il sort vite du magasin pour ne rien regretter. La Citroën couleur citron acide attend fidèlement le long du trottoir, Il y engouffre son emplette sur la banquette arrière. Il est temps de rentrer, des éclairs colorés zèbrent un ciel soudain obscurci. Des ronds rouges clignotent par intermittence. Il faut un oeil exercé pour s’en apercevoir. Dominique a une très bonne vue et une bonne intuition. Il sait bien que le mystère peut surgir des situations les plus anodines en apparence. Les nids de poules sur la route du retour font tressauter l’antique machine. Lui s’accroche au volant, la housse glisse lentement du siège arrière. Dominique sans se retourner, la remet à plat. C’est pour elles… Les femmes, les filles, qu’il s’est ruiné de la sorte. Elles ont intérêt à se montrer à la hauteur de sa générosité. Un vent rageur accompagné de larges gouttes se lève quand il ferme la porte du garage pour entrer chez lui.
Le coq à la voix étranglée le précipite à bas du lit, ce dimanche matin. Il dépose sur le lit, la chemise blanche à jabot, la cravate et sort de l’armoire le beau costume de gala sans oublier le petit gilet de satin. Un parfum d’antimite lui chatouille les narines. L’odeur entêtante du produit lui rappelle qu’on ne se méfie jamais assez des mites : papillon très agressif, amateur de laine fraîche (surtout d’alpaga, une denrée exotique). La veille il a vaporisé consciencieusement chaque recoin du tissu, chaque couture pour éviter les trous du désastre qui déchaînent les sarcasmes des filles. Elles ! Elles n’ont qu’à bien se tenir car il arrive main sur le cœur et serments fleuris au bord des lèvres pour chambouler leurs petites cervelles… et plus, si elles le veulent.
Aujourd’hui, Dominique veut séduire toutes les femmes. Cette journée est essentielle. Il veut plaire. Plaire à tout prix, vivre des instants inoubliables avec des filles aussi légères que fleurs qui s’égrainent au premier souffle du vent. En capter, non pardon, en captiver une, le rêve !
Après une douche bien chaude et un massage cuisant au gant de crin. Il s’enduit le corps d’une lotion parfumée. Depuis quelque temps, il est scotché au petit écran car il veut tout savoir des bons réflexes pour garder un corps jeune et ferme. Musculation, crèmes exfoliantes, pastilles miracles, la panoplie complète du minet des villes. Minet des villes ! Lui a la peau hâlée par le grand air et les travaux des champs. Il remarque dans la glace de la salle de bains, les marques disgracieuses laissées par son tricot de corps. Jean son meilleur copain, venu l’aider à déparasiter le maïs a bien ri de son bronzage champêtre. Il a réussi à semer un doute dans l’esprit du pauvre garçon qui se demande si l’élue de son cœur s’en apercevra.
- « Non ! Évidemment, pas dès le premier soir… Elle n’osera pas me déshabiller dès le premier soir. » La surprise le fait hoqueter.
- « Si, c’est possible, elles n’ont pas froid aux yeux, les ogresses » lui a affirmé Jean en fin connaisseur. Dominique en avale sa salive. L’évolution des mœurs le dépasse un peu. Rencontrer des filles, à notre époque, s’avère difficile quand on vit à la campagne et qu’on est du genre timide.
Le disque solaire continue sa course vertigineuse dans le ciel. Il est temps de partir.
Foin de la morosité. L’appréhension n’est pas de mise. Aujourd’hui c’est jour de fête !
Il se rase avec une lame drôlement aiguisée et s’asperge d’eau de toilette. Une bonne et classique eau de toilette a l’odeur d’herbe coupée : Vetiver. Un peu sauvage. Elles vont toutes craquer… Il sent déjà leurs ongles lui griffer la peau du dos. Brrr…
Il enfile la chemise, le pantalon, le petit gilet de satin et la veste, chausse ses mocassins à talonnettes. Ce n’est pas très pratique mais nécessaire pour aborder ces demoiselles, frivoles et insaisissables qui n’aiment pas les nains et Dominique a les membres brévilignes.
Il ferme la porte, sort la Citroën soigneusement lustrée du garage et se met en route à travers la campagne. C’est un dimanche matin radieux, les prairies regorgent de couleurs, les oiseaux ivres de soleil, gazouillent à s’en rendre malade dans les arbres. Dominique veut s’arrêter pour épingler un coquelicot à sa boutonnière mais il a lu quelque part que la fleur se fane vite, et puis que c’est ringard. Ringard quand on veut plaire aux filles ! Il se ravise, allume la radio et … Fait une embardée, ébahi par une nouvelle diffusée aux infos de dix heures. « Fitchtre, ce n’est pas possible ! » Le juron lui a échappé. Le journaliste au micro de France-inter parle de phénomènes étranges, aperçus dans le ciel périgourdin, la nuit dernière. Des Objets Volants Non Identifiés. Plusieurs témoins racontent avoir vu, de leurs yeux vu des soucoupes toutes rondes et lumineuses. Elle sont apparues brusquement dans le ciel étoilé, sont restées de longues minutes au dessus de la route puis ont disparu en tournoyant. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Certains habitants ont craint pour leurs bêtes. Les vaches de la ferme du vieil Augustin en sont devenues folles. « Mais oui, il a sûrement abusé du schnaps de ses barriques » racontent les mauvaises langues. Dominique lui, sait que c’est possible. Il a lu beaucoup de choses sur le sujet. On jase, on jacasse, on revit la scène, on panique. Ceux qui n’aiment pas les étrangers sortent et graissent les carabines pour se protéger des petits hommes verts.
Une vague inquiétude fait place à l’excitation de ce jour extraordinaire. Les mains de Dominique, étrangement fuselées pour un homme de la terre, tremblent sur le volant de sa vieille 2 CV…
Il arrive enfin à destination. L’émoi provoqué par la proximité des demoiselles le rassure un peu. Un organisateur aux gestes directifs lui indique en agitant son drapeau, le chemin à suivre pour garer la Citroën en plein soleil évidemment. Le parking est au trois quart plein, ce qui est de bon augure pour la suite des évènements.
Dans un champ, planté de tentes blanches, les poivrots du coin s’agglutinent autour des buvettes. Le vin et la bière coulent généreusement dans les gosiers accueillants. Les visages rougissent et enflent comme piqués par des essaims de guêpes, les plaisanteries égrillardes chatouillent désagréablement les oreilles. Des hauts parleurs crachotent la dernière trouvaille à la mode. Et les femmes tourbillonnent en jupes froufroutantes autour des stands publicitaires. La tête de Dominique elle, tournicote dans tous les sens. Les drôlesses sont au rendez vous ! Des femmes ! Aussi variées que les douceurs d’une pochette surprise. Des belles, des moches, des vieilles, des jeunes posées comme des corolles sur le pré. Il aperçoit son copain Jean qui lui fait de grands signes, tout endimanché lui aussi. « L’air d’un premier communiant » sourit Dominique. Il le rejoint. A eux deux, ils seront plus fort pour les aborder les filles. Et d’ailleurs, les voilà qui s’annoncent bras dessus, bras dessous les copines. L’une d’elles ferme la marche, l’air ailleurs ou plutôt les yeux rivés vers le ciel qui reste bleu et vide.
« Puis-je vous offrir un verre, Mademoiselle » Dominique et Jean se plient en deux devant la blondinette aux mèches babylissées, aux prunelles aussi vides que le ciel. Une fille maigrichonne dans sa robe moulante, maigrichonne mais pas si vilaine.
La mademoiselle en question les toise de toute sa hauteur et leur tourne le dos les laissant un peu éberlués.
« Eh bien mon vieux, ce n’est pas gagné ». Dominique a la voix mal assurée. Jean l’invective. La pimbêche ne répond pas. Elle discute avec ses copines en les ignorant.
«T’en fais pas, ce n’est pas grave ! Il y en a plein le rassure Jean en voyant la mine dépitée de son ami. Elles poussent comme des champignons. On va les effeuiller, mon vieux.» Joignant le geste à la parole il cueille une marguerite, Un peu, beaucoup, passionnément… « Pas du tout. C’est ce que nous allons voir.» Jean ouvre les bras devant des poulettes qui avancent vers eux en se pavanant. Elles rient de toute leur gorge pigeonnante. Pas en reste, Dominique soudain disert, les entoure de prévenances, propose d’un geste généreux les charcuteries au buffet étalé sur une grande planche à tréteaux mais les poulettes les évitent. L’une d’elle lui écrase les orteils et passe son chemin en pépiant.
- «Qu’est-ce qui se passe ?» demande-t-il inquiet à Jean. Pourquoi ne nous remarquent-elles pas ? C’est la deuxième fois qu’elles nous offensent, car il s’agit bien d’une offense ! Nous ne sommes pourtant pas si mal physiquement !»
- « Tu en fais trop, il faut les aborder plus directement, laisse moi faire, tu vas voir, elles vont nous tomber toutes rôties dans le bec. »
Il fait le joli cœur devant une bécasse aux gros yeux stupides. La bécasse roule des billes puis chasse l’opportun, d’un revers de main comme s’il était un vulgaire insecte. Jean en devient vert de rage contenue.
Dominique dévisage son camarade avec surprise. Jean, le beau gosse, le fanfaron aux cheveux plaqués ne rencontre pas plus de succès que lui. Quelque chose ne tourne pas rond ! Les filles sont devenues folles ou quoi ? Ils jettent un œil circonspect aux alentours. Le décor n’a pas changé : tentes blanches plantées dans la verdure, grand chapiteau d’où s’échappent les flonflons, stands publicitaires et hauts parleurs. Ce sont les mêmes vieilles filles en uniforme à rayures et canotiers en équilibre sur le chignon qui contrôlent les entrées. Pas de doute ! Ils sont bien au rendez-vous de la plus gigantesque des foires aux célibataires de la région.
Deux rougeaudes boudinées dans des robes à volants rient trop fort en venant vers eux. Cette fois, elles ne nous échapperont pas ! Ils se placent en travers de leur trajectoire. Peine perdue, les deux grosses les contournent en devisant et s’esclaffant.
Jean ne se retient pas de les insulter et Dominique outré sent monter l’énervement.
- « Mais, elles sont venues pour nous rencontrer, ces idiotes ! C’est bien aujourd’hui leur fête. » La fête des filles solitaires. Toutes les laissées pour compte de l’amour.
Quelques couples étroitement enlacés les bousculent sans s’excuser. Dominique n’arrive pas à comprendre ces marques évidentes de mépris. Il ravale sa colère et se tourne vers Jean.
- « Peut-être qu’on aura plus de chance au bal ». Le bal, c’est l’endroit où tout se joue. C’était écrit noir sur blanc dans toutes les études scientifiques produites sur le sujet. Les agences matrimoniales en fines mouches l’ont bien compris. Le bal de papa sur parquet ciré reste un incontournable de leurs sorties festives, sans compter les soirées et les balades touristiques. Le tout soigneusement emballé pour attirer le maximum de d’adhérents.
Ils entrent sous le chapiteau d’où s’échappent les premières mesures invitant à la danse des canards et autre chenille ébouriffante. L’odeur âcre de la fumée de cigarette les saisit à la gorge. La chenille se rompt. L’orchestre entonne une chanson de Michel Sardou. Un bruissement de désir s’échappe des poitrines, les épaules frémissent sous la caresse des premières notes. Les couples s’enlacent sur l’increvable Sardou qui distille des mots d’amour mielleux comme des friandises. Ce chanteur là, il est fait pour durer. Les filles de la campagne adorent ses roucoulades aussi collantes que des marshmallows.
Dominique et Jean ont du mal à respirer. Ils mettent cela sur le compte de la rengaine lancinante mais aussi du parfum un peu suranné des femmes esseulées. Un échange de regards puis ils s’élancent à l’assaut de celles qui font tapisserie. Pas les plus jolies ! Celles à la peau boutonneuse et aux nez démesurés, celles aux lunettes à double foyer ou celles aux indéfrisables fixés béton au dessus de longs visages ingrats.
Aucune de ces beautés ne réagit, aucune ne leur sourit. C’est étrange puisque c’est le moment tant attendu des slows. Les vilaines se resserrent frileusement sur leurs bancs. Ils ne vont pas les entraîner de force sur la piste tout de même, bien qu’ils soient tentés de leur faire violence.
Ils se regardent interloqués puis éclatent de rire, un rire grinçant en dents de scie, un rire incongru qui fait trembler verres et carafes sur une table à disposition des musiciens. La situation devient ubuesque. Au diable, les femmes, leur pudibonderie, leur bêtise ! Plus besoin de leur sortir le grand jeu. Après les slows ils vont pouvoir se déchaîner sur de la musique disco !
Des Bee Gees d’opérette, aux voix de chats écorchés miaulent à fendre l’âme. Les couples se cherchent, se tâtonnent et s’élancent sur la piste.
Ils dansent aussi harmonieux et souples que des robots. Jean et Dominique les imitent mais personne ne veut leur céder un pouce de place. Les gens les bousculent, ne les voient pas et leur marchent sur les pieds. Minuscules et perdus au milieu d’une forêt de bras et de jambes, ils ne peuvent plus respirer et sentent monter la panique. D’un geste furtif, ils appuient sur la télécommande de survie, bien cachée sous la veste. L’appareil ne répond pas aux sollicitations de leurs doigts fuselés. De plus en plus inquiets. Le patron n’avait pas prévu que la chaleur dérègle les mécanismes sensibles. Leur espace vital s’amenuise. Bientôt, ils n’auront plus assez de réserve d’azote.
- Ca devient dangereux ! C’est comme si nous étions transparents,
Il faut partir avant qu’on nous aplatisse ou pire qu’on nous désintègre ».
Ils décrochent discrètement leurs micros miniatures, invisibles sous les cravates, les glissent dans leurs talonnettes et sortent des poches de leurs vestes de curieux flacons qu’ils hument frénétiquement. De l’azote pur et concentré pour calmer les picotements dans les mollets et la curieuse sensation de ne pas appartenir à ce monde de pantins désarticulés. Décidemment, Dominique et Jean n’apprécient pas les bals populaires, ni les moeurs de la campagne française.
Ils se dégagent en rampant de la cohue. Dehors c’est toujours la même ambiance festive, sauf que les poivrots sont allongés à l’ombre. Ils courent à toutes jambes vers l’abri d’un bosquet d’arbres. Là, garé sous les branches feuillues d’un vieux chêne, leur véhicule, le vrai les attend.
Une magnifique soucoupe volante, ronde et dodue, tous feux éteints. Si perfectionnée qu’elle est indétectable à tout radar terrestre.
Enfin rassurés, ils envoient valser par les hublots, l’attirail du bon pèquenot : Costume à rayures au pantalon à pattes d’éléphant (Quelle mode étrange !), cravate bariolée, petit gilet de satin et chemise à jabot. Ouf ! Ils ont vraiment eu chaud, accoutrés de la sorte. Ils revêtent leurs combinaisons subastrales en pur vortex et se sentent exister, habillés en Septentrionaux.
Jean et Dominique rassurés d’avoir échappé aux terriennes plus coriaces que les chênes centenaires de leur campagne, se concertent. Oui, il faut garder ces prénoms exotiques, cela plaira aux filles pas farouches qui les attendent là-haut.
Le boss ne va pas être content, toute la technologie mise en oeuvre pour cette occasion unique n’aura servi à rien. Les deux espions de Septentrionus rentrent bredouilles. Ils avaient pour mission de percer le mystère de l’attraction terrestre des individus de sexes opposés, dans leur biosphère ! Mais… rien à faire, le milieu rural de cette chiure de mouche dans l’univers, ils parlent de la France, bien entendu, est bien trop fermé, bien trop étriqué pour une étude sérieuse de son mode de vie…
Dans un coin retiré de la campagne française, un vieux paysan se frotte les tempes. Il a trop goûté au vin jeune du tonneau. Il ne sait pas depuis combien de temps il a dormi dans la cave. Les membres engourdis, il remonte à l’air libre pour s’apercevoir que tout est propre et en ordre. De jolies fleurs couleur bleue électrique sont écloses dans les jardinières placées aux fenêtres. Bah ! Se dit l’homme « J’ai du faire une toute petite sieste. »

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