Des origines de la musique
de Claire Ernoul-Ernoult



(En hommage à Roy LEWIS « Pourquoi j’ai mangé mon Père »…)

Albert Ducro-Magnon s'étirait en baillant à l'abri de son rocher : Le bulletin météo avait été formel : Avis de tempête de forte amplitude : » Il est recommandé de rester chez soi à toute personne n’ayant pas à faire à l’extérieur . » O.K. ! D'accord ! Mais Albert Ducro-Magnon commençait à avoir un sérieux petit creux là ! LA ?

Du plat de la main, il venait de frapper sans y penser sur son estomac, Le bruit ainsi obtenu lui plut. Quelle rondeur ! Quelle profondeur dans les graves ! Il recommença plusieurs fois, un peu plus haut, un peu plus bas, obtenant à chaque fois un son différent mais tout aussi charmant : ALBERT DUCRO-MAGNON VENAIT D'INVENTER LES PERCUSSIONS

Il en était tout retourné ! D'autant, qu'en plus, il découvrait également l'auscultation médicale. Après une courte réflexion, il abandonna rapidement cette deuxième piste : Les études étaient longues et ne laissaient aucun champs à l'improvisation.

Ainsi donc, Albert Ducro-Magnon Musicien-Chasseur la sautait méchamment.

Faisant fi des recommandations de la RCM (Radio Cro-Magnon) il pointa son nez de dessous la voûte rocheuse et décida que le vent avait molli.

Du reste, comment le contredire puisque Beaufort et La Grenouille n'avaient ni l'un ni l'autre eu l'opportunité d'inventer leur échelle? (Beaufort pour mesurer la force du vent, La Grenouille, d'une façon plus arbitraire, le degré d'humidité)

Il saisit son carquois de la dextre, son arc de la sénestre, puisqu'il était gaucher, et s'en alla chasser le mammouth dans la brousse voisine.

Ce n'était pas un jour à mammouth, les mammouths évitent toujours les vents forts : Ils prennent froid, ensuite, ils sont obligés de se moucher avec des feuilles, les kleenex n'existant pas, et font des allergies.

Permettons-nous d'ouvrir ici une parenthèse et de nous égarer un peu sur la condition du mammouth commun et de l'utilisation qu'il fait de son appendice nasal:

Le mammouth commun a l'habitude de humer énormément avant de tromper et lorsque le vent fraîchit, celui-ci s'engouffre alors en trombe dans sa trompe : Deux mots très proches, d'un simple point de vue étymologique, deux sons pouvant être aisément confondus par un profane :
TrombeMarine/TrompeNarine, termes différents, certes, mais non antagonistes.

Ne serions nous pas en présence d'une interaction motivique? Nous pouvons légitimement le penser: "Trombe" étant peut être, à l'origine, le même mot que "trompe" altètéré, toutefois par une probable sinusite mammouthesque. Mais fermons vite cette parenthèse: cela fait des courants d'air.

Soudain, un coq de bruyère, désireux d'en finir avec l’existence suite à une violente altercation avec la poule de bruyère, apparut dans le champ de vision d'Albert Ducro-Magnon ! Vite! Avant que l'oiseau ne se ressaisisse, Albert courut pour le prendre à revers !

Un sifflement délicat arrêta net la course de notre valeureux Chasseur, Musicien depuis peu.

Qu'est-ce ? Se dit Albert Ducro-Magnon, serait-ce un plaisantin ? Ou quelque autre chasseur désireux de le mettre, lui, Albert, au menu ?

Le sifflement délicat ne se faisait plus entendre... N'y prêtant plus attention, Albert Ducro-Magnon se remit à courir... Et le sifflement délicat revint aussitôt flatter sa trompe d'Albert (Eustache n'était pas encore né).

"Mon Baobab!" Se dit notre auteur-compositeur-chasseur-animiste, voilà qui est curieux ! On dirait que le bruit vient de mon carquois ! Un lutin facétieux se serait-il caché au fond ? Surprenons-le ! Jouons finement !

La tête négligemment cachée sous son bras, afin de voir le lutin facétieux sortir du carquois, Il reprit son pas de gazelle et le sifflement délicat recommença sa délicate mélodie. Il vida son carquois : Point de lutin ! Mais quelques trous d’importances diverses par lesquels s’engouffrait le vent tandis qui chassait.

Touché aux larmes, il s'assit, posa son carquois à coté de lui et se laissa aller au bonheur indicible pénétrant son âme créatrice : ALBERT DUCRO-MAGNON VENAIT DE DECOUVRIR LA MUSIQUE INSTRUMENTALE !

Ô joie de la découverte ! Ô jour! Par deux fois propice !

Afin de remplacer le vent, il souffla lui-même dans son carquois de cuir :

La "Cabrette Auvergnate" venait de voir le jour. La satisfaction de l'homme atteignait des sommets, il s'aperçut illico qu'il avait du même coup inventé : LES INSTRUMENTS A VENT !

Rien de moins ! à vent? Bon! Mais après?

Albert allait-il resté dans une configuration timbrique formelle? Voilà une question qu'elle est bonne!! Retrouvons Albert Ducro-Magnon au summum du plaisir de créer:

Ah! Comme il avait eu raison de résister à Pétronille, Madame Ducro-Magnon, qui lasse de rapiécer le carquois trop usé, lui répétait sans cesse : « Albert ! Passe donc "Au Vieux Chasseur" acheter un nouveau carquois ! "

Quant au Coq de Bruyère, il avait disparu dans les fougères. Oui! Les fougères ! Parce que les bruyères, ça va un temps... Un temps ? Deux temps? Trois temps? Mais ! C'est une Valse ! Laissons nous aller !

Suffoquant d'émotion, Albert Ducro-Magnon avait coincé par mégarde son orteil gauche dans la corde de l'arc, et, lorsqu'il s'en aperçut, fit un geste élégant mais brusque pour libérer son doigt de pied, et Merveille ! Un délicieux "Diouing" lui fut offert : LA HARPE ! IL JOUAIT DE LA HARPE !

Je sais! l'hypothèse est controversée :

Un certain Pythagore Viendra, un jour, revendiquer la découverte de l'harmonie, en divisant la corde de son arc en espaces acoustiques, diffusant ainsi sa théorie des harmoniques supérieures, Mais il y aura toujours des fumistes, et puis, Supérieur!! Vraiment! quel prétentieux!!

Albert Ducro-Magnon, gris de bonheur s'attarda quelque peu, improvisant jusqu'au coucher du soleil. se laissant aller au délire audacieux de l'anaclase...

Revenu au logis, Pétronille, sans lever les yeux de son ouvrage, lui demanda s'il avait pensé aux airelles, car le mammouth aux airelles ! Tout le monde vous le dira, c'est délicieux.

Toute à sa tâche : Elle souhaitait terminer la représentation d'un Aurochs en Majesté pour décorer la nouvelle pièce à vivre récemment creusée, elle ne perçut pas tout de suite l'état de son époux, heureux certes mais bredouille !

Il allait falloir manger le petit dernier, enfant chétif… Elle mit le chaudron sur les braises pour faire bouillir le marmot, regrettant quand même les airelles, car le marmot était encore nourri à la mamelle et sa chair serait fade.

En attendant que la collation fut prête, Albert Ducro-Magnon et sa famille discutaient avec passion de toutes ces choses magnifiques qui leur étaient données !

L'ambitus des instruments ne permettait aucune ambivalence sérielle Mais déjà, les diverses formes du rhapsode se préfiguraient.

Sautons quelques étapes sans importance, telles que la découverte des modes, qui ne sont plus d'actualité, Les neumes excellents avec le Nioc-Man ou la sauce au soja, les rythmes ternaires et la fixation définitive de la fréquence du "la" (in english A)) devenue universelle, grâce à JSBach-Ducro-Magnon.

Ne conservons qu'un concept: L'ère d'Euterpe était née et tout était possible...

Ce soir-là, et ceux qui suivirent, Albert et les siens assis auprès du feu se lancèrent à pleine voix dans les délices de l'improvisation monodique. C'est ainsi que de l'art de la chasse l'humanité passait à l'art musical: la recherche métaphysique de la "note bleue" était en marche et rien ne pourrait l'arrêter.

Claire copyright « Vue en Coupe » Clin d’œil à VM
« Nuits Blanches : Papier Noirci »



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