Circé
de Claire Edmond Arnaud


Sur mars, quelque part dans les entrailles du Mont Olympe, demeure cachée une cité mille fois millénaire. Aucun homme ne se doute de son existence. Les radars des vaisseaux venus de la terre qui frôlent la planète rouge, ne peuvent la détecter car la science qui l'a érigé est très avancée. Les machines et les moindres recoins de la grande salle étaient visibles, malgré le fait qu'il n'y avait point d'éclairages artificiels. Une lumière qui semblait émaner du vide elle-même diffusait une lueur jaunâtre. Une science inconnue avait permis que la salle ne reste point dans les ténèbres, en dépit de la disparition mystérieuse des habitants de l'ancienne cité. Les machines étranges qui s'y trouvent semblent attendre encore qu'une main étrangère, après des millénaires de sommeil les réactive.

Soudain, il se produisit un son : lourd, ébranlant, inquiétant comme le grincement des chenilles d'un vieux char. Quelque chose de puissant avait glissé et une cavité qui donnait sur un long couloir sombre s'était fait jour. Le bruit des parois qui s'étaient disloquées aurait surpris quiconque, tant ce lieu était habitué au silence et à la fine poussière qui s'était déposé sur le sol durant les longs âges. Maintenant, la poussière se soulevait devant l'orifice béant de ce qui se révélait être une entrée, et une silhouette humaine, après être sortit de l'ombre du couloir, s'avançait. Elle s'arrête soudain, au milieu de construction et de machines insolites. C'est une ombre imposante qui après quelques instants se dirige au bout de la salle, pour interrompre ses pas devant un dôme sombre à l'aspect granitique. Ce dôme par sa matière noire et par sa structure monolithique semble taillé dans la masse même de la montagne dans laquelle il se trouve.

Il est impressionnant, on a du mal à imaginer qu'un laser ou qu'une machine humaine quelconque pourrait entamer sa structure. Pourtant, l'ombre dirige en silence sa paume vers sa surface, psalmodie un langage étrange et une ouverture assez grande pour le permettre d'y entrer se révèle. À l'intérieur, il n'y a rien, sinon les ténèbres la plus totale d'où brillent comme des braises, les deux yeux d'un être qui condense dans son corps une formidable puissance.

- Je t'avais dit de ne pas me déranger !

- Oui, mais j'ai des nouvelles importantes Seigneur.

- Vraiment ! Quelles nouvelles exigent que tu viennes troubler ma méditation ? Que peux-tu m'apprendre que je ne sache déjà, parle !

L'ombre hésite avant de dévoiler les nouvelles dont il est porteur, car la rage de son seigneur n'a fait que grandir depuis l'échec face à l'étoile mystérieuse. Mais finalement, sa langue se délie, malgré sa crainte de servir de bouc émissaire.

- Les choses se sont accélérées sur terre depuis ta retraite, les humains sont sur le point d'accéder à la maîtrise des champs d'énergies. Cela signifie qu'ils pourront s'aventurer très loin dans l'espace. Ils pénètrent chaque jour davantage la matière et commencent à rôder sans le savoir aux frontières même de l'esprit. Quand ils inventeront des instruments capables de voir le monde invisible, ils découvriront nos agissements et ce sera notre fin.

Le souffle de la respiration de l'être assis dans les ténèbres, et qui n'était autre que Pluton était monté d'un coup. Souffle devenant sous sa haine, murmure ronflant qui s'étendait inexorablement dans la grande salle.

- Depuis qu'Elle est apparue, les choses n'ont fait que s'accélérer mais c'était prévisible. Les armées d'esprits à notre service travaillent sans relâche seigneur, mais arrivent tout juste à freiner progrès des sciences et l'aspiration spirituelle des masses. Le changement qui ébranle les structures de l'ancien monde même s'il est fatal pour beaucoup se révèle salutaire pour le plus grand nombre. Le chaos ambiant qui règne sur la terre n'est qu'apparent. C'est parce que ce qui était caché hier est aujourd'hui mis à nu, que beaucoup croient que les choses sont au plus mal. La vérité est que la séparation entre les opposants de l'ordre et du désordre se fait de plus en plus flagrante. L'ivraie est séparée du bon grain par la force de l'histoire et les prophéties sont en train de s'accomplir ! Nous sommes dans nos derniers jours !

- C'est tout ?

- Circé et les partisans de la lumière vont gagner si rien n'est fait !

- Ne prononce pas ce nom est ma présence, tu ne m'apprends rien ! réplique Pluton, grommelant. J'ai bien envie de d'anéantir ce corps que tu as pris chez un mortel, et te laisser errer dans les limbes pour te punir de m'avoir dérangé !

- Et tu perdrais en ma personne un de tes plus fidèles lieutenants, seigneur. - Silence ! Dis-moi plutôt où en est Caïn.

- Sa destinée est atteindre les obscurs rivages de son âme par la souffrance. Sa frustration le guidera et il sera prêt dans quelques années à nous servir.

- Et Abel ?

- Notre plan a fonctionné. Son échec sentimental a fait de lui un homme frustré, rejeté bien loin de la lumière. Il se retrouve entravé maintenant.

- Mais pour un temps seulement. Je sais que la Déesse va intervenir car il est sa pièce maîtresse dans notre jeu.

- Qu'allons-nous faire alors ?

Le roi démon réfléchissait. On imaginait dans les ténèbres, sa main passant sous son menton et son visage marqué par la concentration. Le silence perdurait. Soudain !

- J'ai une idée !

- Une idée seigneur ?

- Les rochers qui gravitent entre Mars et Jupiter, tu sais bien ! La ceinture des astéroïdes !

- À quoi songes-tu ?

- Et si la terre venait à connaître l'impact direct d'un de ces objets célestes ?

- Tu veux détruire la terre ? !

Pluton ricana. - Pour un démon, tu me sembles peu perspicace par moments ! Si leur civilisation venait à être ravagé par l'impact d'un météore, l'humanité régresserait de plusieurs siècles, voire des millénaires et tout pourrait alors recommencer !

Dans les ténèbres, un plan machiavélique visant maintenir l'étau de l'esclavage occulte sur les mortels prenait peu à peu forme. Deux rires à glacer les os des héros les plus endurcis retentissent pour s'interrompre aussitôt. Ceux qui complotaient n'étaient encore qu'à dessiner dans leur esprit, le schéma diabolique de leur odieux plan.

La vision de ce qu'il manigance plus nette, Pluton déclare :
- Mon esprit a sondé l'espace et au-delà d'Uranus, j'ai vu le rocher que j'utiliserai pour apporter le feu et la mort sur les habitants de la terre. C'est un astéroïde sans nom, errant depuis la nuit des temps aux limites du système solaire.

- Je le vois aussi. Il est très gros, d'une densité phénoménale ! S'il venait à percuter la terre aucune vie n'y survivrait !

- Il faut qu'il le soit, parce que je prévois que l'homme d'ici quelques années aura les moyens de le faire exploser en millions de fragments. Il ne pourra éviter cependant, que quelques-uns de ces fragments ne s'abattent sur son monde pour le dévaster. Il me faudra à peu près un an de concentration continue pour arracher l'astéroïde à son orbite actuelle. Six autres mois seront nécessaires pour le placer dans la bonne position, avant de lui donner l'impulsion essentielle qui le mettra dans la ligne de mire de la terre. Mais l'effort psychique que je produirais m'épuisera presque entièrement. Il me faudra alors du temps pour retrouver toutes mes forces. C'est pour cela que je resterai ici après ma dépense d'énergie, où je dormirai durant quatre ans. Il ne faudra en aucun cas interrompre mon repos. Lorsque je me réveillerais peu avant l'an 2 032, la scène et tous les acteurs seront en place, pour le dernier chapitre de ma lutte avec Circé. Maintenant va préparer les armées qui attendent !

Claire edmond Arnaud Le 19 février 2002

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