La chambre
de Carole Prodigue



Je me trouvais dans ma chambre. Mais ce n'était pas ma chambre habituelle. Elle etait sombre, les murs marrons semblaient d'une terre friable, qui partait en poussière au moindre souffle. La petite fenêtre ne laissait passer qu'un rayon de lumière, ce qui rendait encore plus lugubre l'atmosphère étouffant de cette pièce.
J'étais seule, assise sur le fin matelas qui me servait de lit. Je ne bougeais pas. Mon regard était perdu sur le mur vide. Des cernes ornaient mes yeux qui ne luisaient plus. Je ne pensais à rien, ou je ne m'en souviens pas. Il n'y avait aucun bruit dans cette « chambre ».
Je met le mot chambre entre guillemets puisque chacun a sa propre définition de ce mot. Pour certain, une chambre est un lieu où on se réfugie en cas de problèmes pour y trouver du réconfort. Pour d'autres, une chambre est un lieu d'intimité où se trouve tout se qui est personnel et à quoi on tient. Enfin, une chambre peut uniquement symboliser le lieu où on dort. Dans cette chambre, il n'y avait aucun objet personnel, aucun biblot qui pouvait me rappeller quoique ce soit. Il y avait juste deux matelas posés à même le sol et une petite armoire afin de ranger les quelques vètements que nous possédions. Pour moi, c'était uniquement un lieu pour dormir ou dans lequel je fuiais le monde extérieur.
Je ne pouvais pas m'allonger, j'avais trop mal au dos. On aurait dit que je me faisais poignarder par une centaine de couteaux bien affutés.
Puis il y eu un coup qui fit trembler la maison, et les murs de ma chambre s'effritèrent un peu plus. J'entendis alors un cri aigüe, celui de ma sœur, et des larmes emplirent mes yeux, mais ne coulèrent pas, comme des nuages qui retiennent la pluie avant qu'elle ne tombe à grands flots. Mais elle ne tomba pas. Je ne pleurais jamais. J'avais appris à être dure et les larmes n'étaient pas les bienvenues chez moi. Les cris de ma sœur s'atténuaient peu à peu. Je n'allais pas tarder à la voir débarquer dans notre « chambre ».
La porte s'ouvrit doucement. Je m'attendais à voir mon petit bout de choux avec ses joues rouges et ses grands yeux bleus. Mais la main que j'aperçus sur la poignée était large et poilue. Je retins mon souffle durant de longue seconde et je regardais fixement la porte qui s'ouvrait lentement. Je vis enfin le visage de mon père, les yeux à peine ouverts, fatigués. Il ne s'était pas rasé depuis au moins une semaine, et ça ne l'avantageait pas. Ses oreilles décollées et son nez constament rouge lui donnait un air de clown. C'est pour cette raison que j'ai toujours eu peur des clowns et que le cirque me donne des frisson rien que d'en entendre parler.
Ma maison ressemblait à un petit cirque. Mon père serai le clown, le chef, le directeur du cirque qui fait son show et veut se faire remarquer, ma mère serai l'assistante débile qui obéit à tout et qui ne donne jamais son avis malgré son point de vue de divergeant, et ma sœur et moi serions les animaux, les lionceaux ou les bébés tigres qui se font fouetter à chaque faux pas ou à chaque petit grognement déplacés.
Sa voix était grave et il parlait d'un ton monotone, ou devrais-je dire crier, car je ne me souvenais pas, du moins, récemment, que mon père ai parlé sans crier. Il me demanda de l'accompagner dans le salon afin d'y rejoindre ma mère et ma sœur, l'assistante du clown et le lionceau…Je me levais doucement du matelas afin de ne pas forcer sur mes muscles affaiblient par la mal-nutrition. Mes jambes étaient squeletiques. Je baissais les yeux en passant la porte devant mon père et je me pris une sérieuse giffle puisque je ne m'étais pas levée assez rapidement. Je sentais le sang chaud qui coulait le long de mon menton. Je ne l'essuyais pas. Dans ces moments là, on a besoin de chaleur et celle du sang était la seule qui m'était donnée.
Je n'aimais pas marcher pieds nus dans le salon. Le sol était sale, les mégots de mon père trainaient un peu partout. Les cendres du feu recouvraient une partie du sol près de la cheminée. Je recroquevillais mes doigts de pieds. J'aperçu ma mère, effondrée sur le canapé, mais je ne voyais pas ma sœur. Aucun mot ne sorti de ma bouche cependant ouverte, béate, étonnée. Ma mère se leva et vient me serrer dans ses bras. je me retins pour ne pas crier de douleur puisque ses bras étaient serrés derrière mon dos. Le sang tachait le col de son chemisier blanc. Elle m'ammena sur le canapé. En m'asseyant, apreçu quelque chose derrière que je n'ai pu distinguer. Je me mis donc à genoux sur le canapé pour voir ce que c'était que cette « chose ». et là, je fus stupéfaite.
On aurait di qu'elle dormait, les jambes à moitié pliées, son ours en peluche serré contre sa poitrine, les yeux fermés. La seule chose qui montrait qu'elle ne doramait pas était la mare de sang qui grandissait sous sa tête et qui colorait ses belles boucles blondes…Elle avait à peine 5 ans…

Carole Prodigue

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