Quelle belle vie !
de Bernard Fevre



LE BATINIOLE EDITEUR


Chapitre Un ( 240 000 ans avant J-C )


Cela faisait trois jours que la troupe des dix guerriers du clan Sakya pistait le Lion-aux-dents-de sabre. Trois jours qu’Hanourk, le chef du clan et ses dix hommes traquaient la bête, et bouillaient d’impatience et de colère rentrées. Les chasseurs tenaient peut-être ( enfin ! ) leur vengeance.
Passe encore que le fauve égorge les chiens apprivoisés, attaque les buffles sauvages qui fournissaient la tribu en nourriture et en peaux... Mais voilà deux lunes que le lion, affamé et téméraire, avait attaqué l'homme de garde à l'entrée de la caverne, et après lui avoir brisé la gorge, l'avait emporté au loin dans sa gueule puissante, avant que la tribu, réveillée par les cris de souffrance du malheureux ne puisse intervenir à temps.
Si les hominidés en ces âges farouches, acceptaient avec fatalité leur fragile condition humaine, si la mort rôdait sans cesse, que celle-ci vienne des prédateurs, de la foudre ou bien de tribus ennemies... les hommes et les femmes du clan n'avaient pas accepté la mort brutale du jeune guetteur, à peine sorti de l'adolescence... Tagur, son frère, réclamait la vie du lion en échange de la vie de son cadet.
Pour l'heure, les chasseurs épient le machairodus depuis le promontoire arboré où, en contre-bas, à trente pas, le fauve mollement affalé - sous le soleil couchant - finit de lécher la carcasse d'un cochon sauvage. Les guerriers se sont mis sous le vent, et enduits d’excréments de pachyderme, ils n'ont pas éveillé le flair de l'animal, et se sont tapis derrière des fourrés à l'abri du regard de l'animal. Tagur regarde fébrilement le chef, brandit et agite son épieu de silex avec fougue, guettant le signal de l'attaque. Tous les hommes sont tendus et prêts à risquer leur vie.
— Yahaa-ahaa ! ... Hanourk se relève et dévale la pente, entraînant la troupe. Le lion est surpris et il bondit trop tard. Alors qu’il se jette sur les courageux homos-sapiens, le lion encaisse deux coups de lances qui le blesse déjà. En s'attaquant aux jambes d'un chasseur, le fauve prête son dos aux flèches mortelles tirées par trois autres assaillants. La bête rugit de douleur et s'affale, en fouettant rageusement l'air de ses pattes griffues, et tente de se redresser. Alors rapidement, Tagur enfonce son épieu dans le poitrail de l'animal, il y met toute sa force et son désir de vengeance... La bête s'écroule en poussant des râles mortels. La mort est proche...
Hanourk, fièrement se campe devant la bête. Il pourra rentrer à la caverne auréolé de gloire d'avoir conduit sa troupe à la victoire. Il affronte crânement le regard du lion qui agonise.
Celui-ci en un instant, ressent défiler dans son cerveau primaire toute sa violente et courte vie de prédateur : la faim jamais assouvie, les combats, le sang !
Hanourk tout à coup est troublé, alors que dans les yeux de l'animal, qui le fixe avec gravité, passe comme une lueur d’humanité profonde, de chagrin, de tristesse ! Qui émeut le jeune chef ! Le lion meurt enfin dans un dernier feulement.
Indifférente, la troupe s'éloigne à grands pas, l'esprit apaisé par cette vengeance assouvie... alors qu’Hanourk reste encore un instant, seul, pensif, face au fauve abattu !




Chapitre Deux ( 362 après J -C )


— Je t'en prie Octavia ! Laisse moi y aller ! Il est déjà trop tard, et la pension Lupus Venedi va être fermée... La jeune femme arrête de chatouiller et de caresser la chevelure ( qu'elle trouve léonine dit-elle ! ) du jeune homme, qui quitte à regret ses bras accueillants et son sourire enjôleur.
— A bientôt Renatus, fait-elle joyeuse et malicieuse.
— Oui, oui, reviens un de ces soirs ! fait mon ami Marcus.
D'autres rires et clameurs saluent avec joie ma sortie de l'auberge.
Moi, Renatus Salvatori... étudiant l'anatomie humaine à la grande école Romaine de Médecine ait une fois de plus encore négligé mes devoirs ! A cette heure plus que tardive, ma logeuse allait encore être réveillée et demain j'aurais droit à une réprimande de sa part. De plus j'avais encore une leçon à finir pour la séance de dissection du lendemain. Pff !
Il faut que je me reprenne car être amoureux d’Octavia m'éloigne de toutes mes obligations. Et sous Valentinien 1er, les ragots et les dénonciations vont bon train. Si mes escapades nocturnes arrivaient aux oreilles du Directeur de la Schola-Médicinae, je risquerai d'être radié pour manque de discipline! Sans parler de la colère de mon père, qui à grands frais, me payait ces études. Bon ! Je me dépêche et rapidement, je me faufile parmi les ruelles et je gagne le Colisée où je profite de l'ombre pour éviter les patrouilles de légionnaires, toujours promptes à se mêler de la vie nocturne des Romains.
— Oh là ! Jeune patricien ! Que fais-tu là à traîner...
D’un air moqueur, un gros barbu, de type grec ou phénicien, à surgi d'une colonne du monument et me barre la route d'un air menaçant.
— ...Fais voir un peu ce qui se cache sous cette belle toge, jeune romain !
L'homme m'agrippe et entreprend de me fouiller, à la recherche d'argent. D'un coup de coude je me dégage. Je cours, affolé, le cœur battant, en direction du forum. J'ai le temps de faire vingt pas, mais je suis vite rattrapé par deux autres complices - tapis derrière l'Arc de Constantin - qui m'arrête et me ceinture brutalement. Je me débats en vain, alors que mon premier agresseur les rejoint aussitôt, avec un rictus méchant aux lèvres.
— A l'aide! Au secours ! Je crie, espérant ameuter quelqu'un.
Un petit trapu m'agrippe les cheveux, coince ma tête et me bâillonne la bouche de sa main puissante tandis qu'un autre me frappe...
— Aie ! ...hurle-je. Une dague s'enfonce dans mon ventre. Je sens un liquide chaud en sortir et je m'écroule, plié en deux par une douleur extrême. Mes connaissances en médecine me font comprendre que le foie est touché, et que je vais mourir si personne ne vient à mon secours. Je suis recroquevillé de souffrance, alors que des mains habiles subtilisent de sous ma tunique, une bourse contenant cent sesterces et quelques pièces d'or - toute ma fortune - !
Je sens la vie s'échapper de moi... Les dernières sensations de ma courte existence sont le bruit de trois paires de sandales de cuir, qui claquent sur le pavé de la Via Appia. Un court instant, j'ai une étrange vision des trois hommes qui s'enfuient : Ils semblent vêtus de peaux de bêtes, armés de pieux et de haches en silex... ? Ils m'abandonne sans pitié alors que je me vide de mon sang.
Une immense tristesse m'envahit, alors que je songe une dernière fois à la belle Octavia, jouant de ses doigts délicats dans ma chevelure. Je quitte ce monde, tandis qu'un vent humide et chaud me fait frissonner une dernière fois !




Chapitre Trois ( 1283 )


Dlong, dlong, dlong...
Les cloches de Notre-Dame tintent déjà en cette fin de journée, alors que je n'ai pas fini ce pan de mur qui doit consolider l'enclos du potager de l’Evêque.
Je range avec soin, dans la remise réservée aux compagnons tailleurs de pierres, les burins, tous les marteaux et ciseaux qui occupent toutes mes journées. Je me dirige vers la baraque du Maître de chantier où je vais toucher ma paie de la semaine.
Cela fait deux ans déjà que je travaille sur le site de l’Ile... La cathédrale est bientôt finie et j'en suis heureux car ma vie ici est devenue monotone. Je suis loin de ma famille dans le Quercy où je suis né, et loin de Mathilde que j'ai hâte de retrouver et d'épouser. Bientôt, j'aurai assez d'argent pour m'en retourner au pays. J'ai trente ans et je me sens dans la force de l'âge ! Ne serait-ce ces maux de tête qui surviennent depuis peu je me sens en pleine forme ! Peut-être le climat, la foule ou le bruit ? me sont devenus insupportables ? ... Ces migraines arrivent brutalement, comme si une partie de mon cerveau voulait s'échapper de ma boite crânienne ? Et cela disparaît tout aussi brutalement... Et les tisanes recommandées par l'apothicaire sont sans effet hélas !
— Oh ! là, Hubert - la voix joyeuse du charpentier - me tire de ces idées moroses.
— ...Veux-tu venir à notre table ce soir ? Nous serons à l'auberge du Renard Blanc, pour fêter le titre de compagnon de notre jeune Guillaume !
— Et bien, c'est d'accord René ! Merci de m'inviter. Je me lave et je te rejoins.
Ordinairement, les compagnons ne se mélangeaient pas ( de peur que ne s'échangent des secrets de métiers ) mais pour un repas de fête, on faisait exception. Les ouvriers étaient trop occupés à boire et à s'amuser pour parler travail !
La soirée fut joyeuse et animée. Les occasions de s'amuser étaient plutôt rares, en fait. Mais à la nuit tombée, grisé par les pichets du bon vin de Touraine, je quitte à regret l'auberge et cette assemblée. La fatigue et un début de migraine m'obligent à partir.
Sur le Pont Notre-Dame, je croise Gina, la jolie prostituée - qui bien des fois soulagea ma solitude et ma mélancolie -... Un sourire, un échange de regard valant acquiescement de sa part, je l'accompagne chez elle. Peut-être une nuit au fond de son lit effacera ce mal de crâne tenace et mes interrogations sur l'origine de ces douleurs. Au matin, Gina réveille d'une tape sur l'épaule son amant d'un soir.
— Oh là, Hubert ! Réveille-toi ! Et ne traînes pas, veux-tu... J'ai à faire aujourd'hui.
Celui-ci ne fait pas mine de réagir. Gina le secoue... En vain. Inquiète, à l'aide d'un linge, elle mouille son visage pour le sortir de sa torpeur ; le jeune homme ne réagit pas. Prise d'un affreux doute, elle palpe sa gorge, ne ressent aucun battement ! Elle doit se rendre à l'évidence : Hubert est mort durant la nuit. Comment ? Et pourquoi ? Probablement emporté par ce mal de crâne mystérieux dont il se plaignait si souvent, et la veille encore avant de s'endormir, et ce malgré la satisfaction de ses sens.
Pourtant Hubert était d'une constitution solide ! ... Les gens mourraient bien jeunes de nos jours.
— Pff ! Soupire Gina, ignorante et démunie devant les mystères de la nature !




Chapitre Quatre ( 18 juin 1815 )


— Allez ! Grognards, de quoi avez-vous peur ?
L’Empereur galvanise ses soldats d'élite, mais en vain. Dans toute la plaine alentour, les blessés et les morts jonchent le sol. Les canons ennemis tonnent, rugissent, signant la défaite certaine du Corse.
— Soldats ! Je serai content de vous si vous m'accorder ce dernier acte de bravoure.
Les hommes se regardent, se consultent, on murmure une dernière fois, et d'un pas courageux mais résigné s'élancent. La garde Impériale est en marche, ultime rempart des forces françaises
— Je te dis adieu, Bertrand.
— Moi aussi, Alphonse !
Les deux vieux copains, amis et frères des champs de batailles, échangent une bourrade virile sur le dos et se souhaitent courage et bonne chance.
Une décharge de mitraille autrichienne, violente et cruelle, vient faucher le premier rang de la Garde, emportant une dizaine d'hommes, dont les deux fidèles amis. La suite de la bataille est, hélas du même ordre : les ennemis, plus forts en nombre et en armes prennent l'avantage !
Quelques heures plus tard, l'armée française en déroute se rend aux forces coalisées.
L’Empereur ne peut que s'enfuir vers Paris, en réfléchissant déjà à son abdication future et inéluctable !
Certains rescapés de cette boucherie, jureront plus tard avoir été frappés par la vision d'une nuée, laiteuse et ondulante qui flottait au-dessus des milliers de cadavres de cette bataille ! Faisant comme un blanc linceul sur la plaine ensanglantée...




Chapitre Cinq ( 1999 )


Maurice n'en pouvait plus ! Trois jours après cette tempête du - déjà - fameux 26 décembre 1999, la fatigue le submergeait... C'était les vingt cinquième toit qu'il réparait. Oh, réparer était un bien grand mot ! Il colmatait ce qu'il pouvait : il posait des bâches en provisoire, replâtrait - tant bien que mal - des souches de cheminées et redressait des gouttières affaissées.
Dire qu'il y a un mois encore il allait fermer le service Couverture de son entreprise. Alors que maintenant, il était désespéré de ne trouver aucun couvreur sur le marché du travail !
Mais là ce soir, il ferait un break. ! Il avait trop besoin de repos, et la fatigue pouvait lui jouer un mauvais tour... Maurice baille, frotte ses paupières rendues sensibles par le manque de sommeil et se penche pour ramasser ses outils.
— Aie ! Fait-il, une douleur aiguë le cisaille au bas du dos. ( C'était à prévoir songe-t-il, avec cette accumulation de travail.) Maurice se redresse péniblement, et se retient un instant à la corniche d'une cheminée pour soulager sa douleur. Hélas, la brique fragilisée par la tempête se casse et s'effrite sous ses doigts. Maurice glisse sur le zinc... Mon Dieu ! Prie t-il en vain alors qu'il tombe dans le vide.
Alors qu'il va désespérément vers une mort certaine, l'homme pense trop tard qu'il aurait du mettre son harnais et attacher sa corde de sécurité. Mais débordé comme il l'est en ce moment ! " Pas le temps ! " disait-il...




Chapitre Six


En l'an 32 624 de l'empire Talmens - année 2024 de la Terre- le Grand Connétable Sworl à réuni son peuple et lui déclare :
— Amis et chers compatriotes ! Tout comme vous je crois, j'en ai assez de me casser la figure sans cesse ! De recevoir de la mitraille en pleine figure, de prendre des coups de couteaux etc.
Un murmure d'approbation accueille ces paroles qui reflètent ce que tout le monde ressent.
— Voilà déjà plus de 30 millénaires que je conduis vos destinées, que vous avez mis, et avec raison toute votre confiance en moi... Mais ; comme vous l'avez remarqué, depuis ces trois derniers siècles, nos existences sont mises en danger. Nous tournons en rond. J'ai moi aussi expérimenté - de vies en vies - de siècles en siècles - ce cycle aberrant qui ne nous promet plus aucune évolution.
Les milliards d'individus formant l'immense Empire étaient concentrés, tout ouies. Une tension formidable régnait ; signe d'approbation et de changement.
— Malgré - continue Sworl - notre influence positive, les Terriens persistent et répètent sans cesse les mêmes actions, les mêmes erreurs. Ma patience - tout comme la vôtre - j'imagine ! a atteint ses limites. Aussi, j'ai décidé de vous soumettre cette idée : Pour notre bien à tous, quittons ce monde... !
Une immense clameur de surprise et de joie mêlée accueillit ces paroles.
— ...Cette nuit si vous le voulez, tout ensemble nous partirons pour ne plus jamais revenir.
Une vibration crescendo, basse et profonde émanait de tous les individus présents. La plupart d'entre eux semblaient acquiescer et admettre cette bonne décision. Mais l'heure était aussi à la réflexion et à la discussion :
— Vous rendez-vous compte disait celle-ci, cela fait cinquante et un ans que je vis avec M. Bouchardot, et comment va t-il prendre mon départ ?
— Bah ! Sentimentalisme puéril... répondait un autre. Et lui comme tant d'autres, se rendent-ils bien compte qu'ils nous doivent tant et tant de choses.
Etc., etc. cela papotait de plus belle.
— Allons, allons ! Mes bons amis, faisait Sworl en tentant d'arbitrer les débats. Je sais que je vous propose d'aller vers l'inconnu, mais songez à votre avenir... !
Quelques jours plus tard, après mûre réflexion, le peuple Talmens se prépare à nouveau à l'exode.
A l'unisson, les milliards d'ectoplasmes formant l'Empire, reconfigurent leurs cellules internes, se métamorphosent et se transforment pour s'évader du cerveau des êtres humains, ils quittent à tout jamais cette prison d'os ! Ils s'élancent, telle une nuée laiteuse vers une autre galaxie, promesse de nourriture et d'avenir meilleur !
Ce que les hommes avaient de tout temps pris pour leur âme profonde, leur mémoire de vies antérieures ( parfois ressenties par certains ? ), Quitte leur organisme et la planète à tout jamais.
Au matin, l'humanité se réveille avec plus de simplicité et plus de légèreté, mais néanmoins avec un sentiment de manque ! C'est vrai que les gens se sentent plus gais, frais et enthousiastes face à la vie, mais un peu comme une coquille vide ! Et si on les interroge, ils répondent néanmoins qu'ils se sentent peut-être plus heureux qu'avant ? Avant quoi ? Certains ne le savent déjà plus !
En France, au Japon et dans d'innombrables pays, on se met à la recherche de : savants, de philosophes, de responsables religieux, pour résoudre ce problème, car quelque chose manque quand même. Mais on ne sait pas quoi ? Des défilés et des manifestations pacifiques ont même lieu... En vain. Le Président de l’Europe, ( tout comme tant d'autres responsables politiques ailleurs dans le monde ) ne sait comment résoudre cette crise. On fait même appel à l'armée pour traquer cet ennemi invisible qui est la cause de tout cela. Les radars, les sonars et les super-ordinateurs sont mis à contribution... On fait même des radiographies et des scanners sur des volontaires : tout est normal ! Mais quel phénomène est à l'origine de ce trouble planétaire ?





Epilogue

— Mr Geoffroy ! Réveillez-vous ! C’est l'heure de votre piqûre.
— Hein ! Quoi ? Ah ! c'est vous madame Jacqueline.
— Ca va ? Vous n'avez pas l'air bien ce mâtin !
— Humff ? Je me sens fatigué...J'ai mal dormi et j'ai fait un mauvais rêve. Je dirais même un vrai cauchemar.
— Ah bon !...Tenez, voilà le docteur pour vous. Et après on vous apportera votre petit-déjeuner.
Le médecin interne ausculte le patient, l'interroge sur son état de santé et discute un moment avec lui.
— Allez, au-revoir monsieur Geoffroy ! J'ai d'autres patients à voir.
Celui-ci agite faiblement sa main. Le docteur quitte la chambre, l'infirmière à sa suite.
— Qu'en pensez-vous docteur ?
— Je ne suis pas très optimiste. Il est très affaibli et je crois que d'ici un mois ou deux son coeur lachera...Il s'endormira et pfft !
— Hum, hum. Enfin, il a quatre vingt onze ans. C’est bien normal. Et si nous pouvions tous partir comme lui ... Tranquille...




Fin

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