Le pacte
Par Bérangère de Bonnevaux


La rencontre d'Eric et Élodie ne dut rien au hasard ; ou pas grand-chose. Eric était assis sur un banc, dans le bosquet qui, en haut de la colline, coiffe le campus. Il mangeait un sandwich entre deux examens, tentant d'assimiler à toute allure l'essentiel d'un cours de linguistique auquel il n'avait jamais assisté. Les notes qu'une dénommée Sandrine lui avait obligeamment passées était manifestement bien prises, très claires, mais c'étaient ses notes à elle ; il ne comprenait pas toujours la terminologie, et encore moins la pertinence des exemples. Bref, il aurait fallu un peu plus de constance au cours de l'année. Un peu tard pour avoir des regrets…
Eric leva le nez. A travers les feuilles, le soleil lui agaçait les yeux, il commençait à faire chaud : certainement pas un jour à s'enfermer pendant des heures et des heures dans un gymnase reconverti en hall d'examen, pour finalement se taper une caisse à l'arrivée !
Élodie passa devant lui en trottinant. C'est à peine s'il jeta un regard à la grande brune en jogging, commettant ainsi une erreur d'appréciation bien masculine : elle n'avait pas de mèches blondes dans les yeux, pas de frimousse poupine, aucun dehors de petite fille innocente grandie trop vite, il n'y avait dans son physique aucune exubérance particulière ; bref, rien d'immédiatement repérable, apparemment une fille comme tant d'autres.
Elle ne commit pas la même erreur ; sans avoir l'air d'y toucher, elle avisa de loin le grand brun pensif qui mâchonnait son sandwich, le regard perdu dans les feuillages. En fait, elle le repéra parce qu'il avait l'air soucieux. L'eût-il dévorée des yeux de loin et suivi son passage, évaluant les courbes de sa poitrine, calibrant ses fesses, il aurait incontinent perdu tout intérêt. Au lieu de cela, les yeux perdus dans le vague, la mine sinistre, la bouche pleine, il l'ignora.
Elle attendit d'être sortie de son champ visuel, s'arrêta, réfléchit un instant à ce qu'elle allait inventer ; ne lui vinrent à l'esprit que des banalités qui, sur le moment, lui parurent impraticables. Une attaque directe, féminine de surcroît, pouvait-elle aboutir dans un contexte de précipitation, dans un concert de platitudes ? Elle se résolut quand même à tenter sa chance.
Il se levait lorsqu'elle revint, toujours trottinant. Parvenue à cinq mètres de lui elle feignit de se tordre la cheville et s'écroula ; ce fut là toute sa ruse.
Evidemment il se précipita, la releva, l'aida à s'asseoir sur le banc tout proche, lui enleva chaussure et chaussette. Elle poussa de petits « aïe ! aïe ! aïe ! », quand il lui toucha la cheville. Il lui offrit d'appeler du secours avec son portable, bien sûr elle refusa, lui proposant plutôt ses clés pour aller quérir sa voiture qui n'était pas bien loin.
Lorsqu'il la raccompagna chez elle, il avait renoncé à se présenter à l'examen. « De toute façon… j'étais bon pour septembre ». Mais il y avait autre chose. Plus il la regardait, plus il la trouvait gracieuse, mignonne, attirante. Levant le nez, il prit aussi conscience du cadre qu'elle avait su mettre en place dans son petit deux pièces d'étudiante : rideaux, plantes, tableaux, aquarium, et propreté. Si une instance supérieure avait jugé de la valeur des individus à leur manière d'agencer leur lieu de vie, il n'aurait pas pesé lourd dans sa balance !
Il lui prépara un sachet avec de la glace, et n'eut bientôt plus aucun motif décent de rester chez elle ; il se prépara donc à prendre congé, se demandant comment il pourrait revenir. Pauvre innocent ! il y avait longtemps qu'elle avait trouvé la parade à sa gaucherie :
- Tu as toujours les clés de ma voiture ? Bon, pourrais-tu me faire quelques courses ? Je ne pense pas que je pourrai marcher correctement avant quelque jours, et je n'ai plus grand chose…
Avec quel enthousiasme il accepta et partit avec la commande ! des pizzas surgelées, du lait, du pain, du beurre, de la confiture :
- laquelle ?
- peu importe, choisis toi-même !
Comment aurait-il pu deviner qu'elle n'aimait pas beaucoup la confiture ? Et quand elle l'invita à partager son repas, il n'avait pas encore compris, le nigaud, que c'était pour lui donner l'occasion de la prendre dans ses bras et de la porter jusqu'à son lit. Il était du genre costaud, mais à sa grande surprise, la mince Élodie se révéla plus lourde qu'il aurait pensé.
Lorsqu'il la déposa, elle tarda à retirer ses bras de son cou, juste le temps de le contraindre à mettre le nez dans ses longs cheveux châtains. Il en fut comme électrisé. Spontanément, il hasarda la bouche du côté de sa tempe, elle ne le repoussa point. Il descendit vers la joue, le cou, remonta vers les lèvres un peu trop charnues. N'en étant pas à sa première conquête, il y déposa juste un baiser léger, se gardant bien d'enfourner instantanément sa langue entre les belles dents régulières, comme lui en était d'abord venue l'inspiration.
Elle était belle de la beauté des gazelles, fine, longue, souple. Il fut surpris de sa propre émotion ; il avait toujours préféré jusqu'ici des filles plutôt rondes, privilégiant les poitrines de nourrice. Elle avait les seins menus, les reins cambrés, les attaches fines ; au moindre effort, on percevait le jeu d'une musculature délicate.
--Tu fais beaucoup de sport ?
- Pas mal, oui.
- Quelque chose en particulier ?
- Pas mal d'athlétisme, sprint et saut en longueur.
- Ca se voit.
- Ah bon ?
fit-elle mine de s'étonner, faussement modeste.
Lorsqu'ils firent l'amour, Eric la prépara du mieux qu'il pût, prenant tout son temps, s'appliquant à respecter les délais nécessaires à cette mise en condition qui, seule, permet aux femmes de s'armer pour une équipée au long cours. Il se garda de l'agresser dans ses zones sensibles. Il commença par le cou, explora le creux de l'épaule, mordilla les aisselles, bisouilla les seins, agaça leurs aréoles sans s'en prendre aux tétons, descendit le long du ventre plat et ferme, s'attardant des lèvres sur le léger galbe du nombril, et continua son voyage vers le Sud, se détournant au dernier moment vers les aines et l'intérieur des cuisses, là où elle avait quelque rondeur. Il la retourna et suivit du nez et de la bouche les sinuosités du dos, le creux des reins, appuyant de temps à autre un baiser plus câlin, finissant son circuit le visage plongé dans les fesses somptueuses, hautes, dodues et tendres, qui témoignaient sans ambiguïté de la pure féminité de ce corps athlétique. A la fin il voulut en faire le tour et attaquer par là le lieu de leurs plaisirs.
Alors ce fut elle qui l'écarta ; elle le contempla un moment sans rien dire, observa la verge pleinement érigée :
- Je te plais on dirait. C'est bien.
Elle ne la prit pas vraiment en main. Elle en fit juste le tour de ses doigts, la frôlant, l'effleurant à peine, comme pour en apprécier le volume. Et puis elle lui dit simplement qu'elle était belle, ce qu'il reçut comme une caresse.
C'est vrai qu'Eric était assez fier de son sexe. Non qu'il eût quelque chose à voir avec les monstrueux braquemarts des récits érotiques ! A cet égard, il avait simplement, amplement, toute la longueur et l'épaisseur voulues. Non, c'était surtout un organe fort et patient qui lui laissait toute faculté d'attendre ses partenaires, ce qui lui paraissait un avantage considérable sur la concurrence.
Et justement, le sentant sûr de lui, elle put se payer le luxe de lui rendre longuement ses attentions. De longs cheveux coururent de son ventre à son cou, des doigts inquisiteurs voyagèrent sur la musculature de son torse, les baisers humides de la bouche sensuelle s'écrasèrent sur ses côtes, de petits coups de langue agacèrent son ventre, les dents mordillèrent un peu ça et là. Il était aux anges, mais il lui manquait quelque chose.
N'en pouvant vraiment plus, il lui prit la main et la ferma sur son sexe. Il en éprouva comme du soulagement. Un vague sourire aux lèvres, elle commença quelques allées et venues sur la queue impeccablement verticale ; avant qu'il ait dit quoi que ce soit, prévenant son désir, elle descendit soupeser les bourses. Elle les massa un temps, remonta décalotter le sexe, le prit en bouche le temps de l'humecter puis, d'un geste qui parut à Eric d'une infinie légèreté (qu'en était-il donc de sa cheville blessée ?) elle le chevaucha et s'empala sur lui, à la verticale, l'avalant jusqu'à la racine, avec un léger râle qui en disait long sur son désir. Il ne sentit aucune résistance ; le ventre d'Élodie était désireux de lui, béant, onctueux ; il en perçut très nettement la chaleur lors de l'introduction.
Au matin, face à face, ils déjeunèrent de ce qu'il avait apporté la veille. Habituellement, elle ne prenait qu'un jus de fruit, mais l'amour lui creusait toujours l'appétit, et Élodie se tailla quelques tartines qu'elle trempa dans un café au lait. Il se moqua gentiment d'elle :
- On fait trempette ?
- Ouais, j'aime bien.
Il la contempla sans plus rien dire. Malgré les trésors de séduction qu'il avait déployés, elle n'avait pas joui. L'orgasme s'était annoncé, il était monté, plusieurs fois elle avait armé les chiens, mais le coup n'était jamais parti. A la fin elle avait renoncé, l'invitant à prendre en elle tout le plaisir qu'il souhaitait, le soutenant de la voix et le caressant tendrement pendant l'effort. Oui… mais ce n'était pas la même chose. Il éprouva le besoin d'en parler. Il lui prit doucement la main :
- Je sais que tu n'as pas eu ton plaisir ; ce soir, je serai encore plus doux.
Elle lui sourit tendrement, écartant une mèche importune
- Je n'ai pas eu d'orgasme, mais qui t'a dit que je n'ai pas eu de plaisir ? Tu penses vraiment pouvoir être encore plus doux ?
- Tu verras bien.
Il savait qu'il ne pourrait pas faire grand chose de plus pour elle. Qu'importe ! ça avait presque marché, ça marcherait sûrement ; il suffisait qu'elle s'habitue un peu à lui : après tout, ils ne se connaissaient que depuis quelques heures…

A Eric la journée parut interminable. Lorsqu'ils se retrouvèrent enfin, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et il décida de la prendre là, tout de suite, à même la moquette. Après tout il avait de la santé ; il s'occuperait d'elle ensuite, l'entourant de toute l'attention dont il était capable. Elle portait une mini et un débardeur. Il commença par dégrafer la jupette ; alors, cherchant à s'emparer des fesses sous la culotte, il dévoila ses intentions. Elle se rebiffa :
- Ah, tu crois que ça va se passer comme ça mon bonhomme ! si tu me veux, il va falloir me prendre. Et je te préviens, ça ne sera pas facile !
Un peu interdit, Eric la considéra un instant. La mèche en bataille, un peu courbée, Élodie paraissait attendre son assaut. Il n'avait nulle intention de la prendre contre son gré et parut en prendre son parti, levant les mains en signe de dénégation.
- Non, non, c'est bon, si tu ne veux pas…
- Quoi ? tu renoncerais si facilement ? et tu prétends que tu me désires ?
Il ne comprenait plus. Il allait lui répondre qu'il avait été élevé dans le respect des femmes et de leurs désirs, mais il n'en eut pas le temps. Les yeux plissés, les lèvres pincées, elle s'était approchée et lui avait donné une bourrade. Il recula sous l'attaque mais n'entreprit rien, n'esquissa aucun geste de défense. Alors du plat des mains, elle lui porta deux ou trois coups légers au niveau des pectoraux. Il n'en revenait pas, mais demeura inerte. Élodie se demanda combien de temps il lui faudrait pour comprendre ce dont elle avait besoin. Puis elle perçut son désarroi. Trop bien élevé ce garçon ! Il fallait donc dire les choses :
- Désormais ça ne sera plus gratuit. Tu me baiseras quand tu m'auras vaincue.
Il écarquilla les yeux :
- Vaincue ?
- Oui, fais-moi toucher le sol des épaules et je suis à toi.
- Tu veux que…
- Oui, c'est ce que je veux
- Mais tu n'as aucune chance…
- Ne sois pas prétentieux ! essaie d'abord !
Croyant à une farce, rigolard, il s'approcha d'elle et voulut la saisir par la taille. Elle se déroba, passa derrière lui et, avec une pichenette derrière les genoux, le poussa en avant ; il se retrouva le nez sur le lit. Elle ne lui laissa pas le temps de respirer, l'attaquant par derrière, tentant un étranglement. Après avoir essayé en vain de desserrer l'étau du petit bras, raidi et durci sous l'effort, il résolut de se lever et de la projeter par dessus lui. Il y parvint et elle dut lâcher prise.
Il était encore incertain sur la conduite à tenir. Elle bondit avec la détente d'un jeune fauve, le ceintura dans ses cuisses en le saisissant aux cheveux et à la nuque. Ses pensées étaient confuse ; il portait Élodie accrochée à sa taille et à son cou, ne sachant trop que faire. Alors il réalisa que si elle avait vraiment voulu lui faire du mal, elle s'y serait prise autrement. En fait, elle ne tentait plus rien, se contentant de le serrer entre ses cuisses, se bornant à attendre sa réaction. Mais s'il avait voulu, elle était en position de recevoir de méchants coups. Il décida donc de mobiliser ses forces et de les lancer dans la bagarre. Elle voulait toucher le sol des épaules ? fort bien. Elle allait savoir ce qu'il en coûtait de provoquer un jeune mâle en pleine forme.
Il repoussa le menton d'Élodie vers l'arrière, pour lui faire lâcher prise. Mais elle était d'une souplesse incroyable et résista sans peine à cette tentative. Il la portait toujours accrochée à lui, se demandant comment s'en débarrasser sans lui faire mal ; il avait remarqué qu'elle était sensible de la taille, réagissant quand il l'emprisonnait dans ses doigts. Il ne s'en priva pas ; il referma ses mains sur elle et serra fort. Il sentit alors combien elle était musclée et pour la première fois, il eut un petit doute. Mais elle poussa aussitôt un cri aigu et le libéra prestement, sautant à terre :
- Sale tricheur !
- Oh, ça va hein ! si j'ai bien compris, il n'y a pas de règles !
En fait il n'y en avait qu'une, capitale, mais il l'avait déjà prise en compte. Durant tout leur affrontement, il évita soigneusement de lui enfoncer un coude dans le sein, de s'en prendre à son beau visage en furie, de molester son ventre qui, pour être supérieurement musclé, n'en était pas moins féminin. Pour sa part, elle préserva amoureusement les parties génitales du garçon de tout choc, même accidentel…
Dans ces conditions, il eut toutes les peines du monde à en faire façon. Il y avait en elle quelque chose de profondément sauvage, c'était une femme-liane, une femme-anaconda, une femme alligator, une femme qui ne se rendait pas, trouvant toujours une échappatoire, fuyant et se dégageant chaque fois qu'il essayait d'imposer sa force, ne ratant pas une occasion de lui faire sentir la sienne.
Quand enfin elle renonça, c'était plus par épuisement que par manque de répondant. Elle était en sueur, ses mèches étaient collées au front, sa poitrine se soulevait comme un soufflet de forge. Il ne valait guère mieux ; si elle ne lui avait pas rendu plus de vingt kilos, l'affaire eût sans doute pris un autre tour…Il le savaient tous les deux.
Au fond, elle en eût été bien punie. Cette guéguerre, c'était sa petite perversion à elle, son jardin secret. Plus que de se sentir dominée, elle avait besoin, avant de se donner à un homme, d'être épuisée physiquement dans un simulacre de lutte sans merci. En fait, elle détestait qu'on la frappe et n'aurait jamais accepté qu'on la maltraite. Ses partenaires ne l'avaient pas souvent comprise. Beaucoup avaient pris peur et s'étaient enfuis, tout simplement ; certains l'avaient violemment frappée ; dans ces cas-là, évidemment, elle ne pesait pas lourd. Un seul l'assomma carrément puis se servit d'elle copieusement avant de partir en claquant la porte. Elle ne s'en était jamais plainte. A qui expliquer l'inexplicable ?
Elle attira Eric à elle et plongea sa langue dans sa bouche, aussi loin qu'elle put :
- Prends-moi maintenant ; tout de suite !
Son corps épuisé, ses muscles tétanisés par les efforts soutenus dans la lutte répondirent au quart de tour, et Eric eut tout loisir de contempler la belle Élodie dans les arcanes de son plaisir, juste avant de prendre le sien. Tout était donc bien.
Il allèrent fêter leur alliance dans un bon restaurant. Il dînèrent les yeux dans les yeux, se touchant des mains, se touchant des pieds, dans une complicité si totale qu'elle virait à l'osmose, excluant le reste du monde. Sur le chemin du retour, il s'inquiéta pourtant :
- Mais ce sera comme ça chaque fois… ?
Elle ne répondit pas. L'endroit était désert. Elle gara la voiture, bloqua les portes, et attaqua sa fermeture éclair.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? Ici ? attention ! si on nous voyait…
L'enveloppement chaud lui cloua le bec. Au bout d'un moment Eric l'avertit qu'il était grand temps de prendre un kleenex. Elle ne s'arrêta pas et pourtant, il n'aspergea ni le tableau de bord, ni leurs habits. Alors il sut qu'il était à elle.
Il porta d'ailleurs bien vite sa marque. Chacune de leurs rencontres amoureuses commençait de la même façon, même si c'était seulement symbolique, même s'ils n'allaient pas au bout de leur affrontement. Et elle se débrouillait toujours pour laisser une trace sur son corps à lui. Un petit coup de griffe par ci, un coup de dent par là, un bleu sur ses côtes, alors que lui-même s'ingéniait à ne jamais la meurtrir. Il le lui fit remarquer, elle lui répondit qu'il était bon que toute autre femme puisse savoir à qui il appartenait, et à quel genre de concurrence elle aurait affaire. Il comprit, consentit à se faire marquer, mais lui fit observer que lui aussi, peut-être, avait le droit de planter son drapeau sur son corps à elle. Elle n'eut pour toute réponse qu'un sourire énigmatique.

Un jour cela devait arriver, une de leurs explications tourna de façon inattendue. Elle s'était aguerrie avec le temps, et commençait à connaître tous ses trucs. Quand il voulut la projeter pour se débarrasser d'elle, elle s'accrocha si bien qu'il ne réussit qu'à la faire passer devant et elle se retrouva tête-bêche, tout contre lui. Elle avait beau s'accrocher à sa nuque par les jambes, elle n'était pas dans une position favorable. En fait, s'il l'avait lâchée, elle aurait pu se faire mal en tombant. Il la garda donc contre lui la tête en bas. Ils étaient totalement nus, tous les deux, et il se mit à circuler en osant des appréciations indécentes sur l'entrejambe féminin qui se trouvait directement sous son nez.
- Mais voyez ce joli minou. Si tendre, si propre, encore tout fermé ; ah tiens, non, il est en train de s'ouvrir… J'ai bien envie de le mordre. Voyons, où vais-je planter mes crocs ?
Elle le devança en prenant ses testicules en bouche, tout le paquet, et commença de serrer derrière, comme si elle voulait les lui bouffer. Du coup, il arrêta de rigoler. Où en étaient-ils, au juste, de leurs conventions ? Elle serra un peu plus fort.
- Tout doux ma belle, tout doux,
lui souffla-t-il, nettement moins brillant. Il menaça :
- Attention je peux mordre moi aussi.
Il prit ses lèvres dans ses lèvres et les aspira, mais sans lui faire sentir ses dents. Elle serra davantage, la douleur n'était plus très loin.
- C'est bon, je me rends, qu'est-ce que je dois faire ?
Pour toute réponse, elle agita son derrière. Il se mit alors à la lécher, de son petit bouton rose encapuchonné jusqu'à son orifice d'amour, tendrement. Elle commença de desserrer sa prise.
Tantôt il suivait tout le parcours sinueux des lèvres délicates, tantôt il se consacrait au petit organe sensible, le décalottant du bout de la langue, tantôt il explorait l'entrée du vagin, se propulsant à l'intérieur autant qu'il lui était possible, ou alors il pressait lourdement sur l'ensemble du minou, et lui passait ainsi toute la largeur de sa langue.
Il se rendit compte qu'elle ne le serrait plus. Son bassin oscillait en rythme ; tout à coup elle abandonna ses bourses et s'empara sans transition de sa queue à demi bandée. Elle en profita pour l'enfourner en totalité. Quand elle eut sa jouissance, il sentit très nettement contre lui les contractions de son bassin.
Il était assis par terre, contre le lit, elle se reposait dans ses bras, récupérant des efforts fournis :
- Dis donc, le mec, on dirait que j'ai gagné.
- Oui, tu as gagné.
- A la régulière, hein ?
- A peu près, oui.
- Hé, c'est toi, qui m'a menacée des pires traitements ; je n'ai fait que te précéder.
Il répondit dans un petit rire :
- C'est vrai, je l'avoue.
- Donc j'ai droit à une récompense.
Il s'inquiéta :
- Qu'est-ce que tu vas encore me demander ? Ça fait mal ?
- Écoutez-moi ce douillet, j'espère que tu n'as pas vraiment cru un seul instant que…
- Avec toi, il y aura toujours un doute ; c'est aussi ce qui fait ton charme… bon, c'est quoi ta récompense ?
Pour toute réponse elle se leva et partit dans la salle de bain. Elle en revint avec son flacon d'huile d'amande douce.
- pour sanctionner ta défaite, tu vas prendre ce que je n'ai jamais donné à aucun homme.
La mine réjouie, il voulut s'emparer du récipient ; elle le retint, très sérieuse tout à coup :
- Réfléchis bien. Ce flacon sanctionne un pacte entre toi et moi. Ta présence en moi par là, ce sera ta marque secrète, le signe que je suis à toi…
Il la prépara longuement, la coucha sur le ventre et s'introduisit dans les belles fesses fermes et pleines. Il demeura là, presque immobile, durant un temps infini, se mouvant imperceptiblement, goûtant le contact des rondeurs soyeuses. Au bout d'un moment, ayant pris quelque assurance, elle entreprit de l'emprisonner dans ses muscles anaux. Il écarta les cheveux qui lui couvraient le visage ; elle était sereine, détendue, confiante, le visage reposant sur ses mains. Ses yeux étaient fermés, mais il lui trouvait le profil coquin. Il s'approcha de son oreille :
- Tout doux ma belle, tout doux…
Elle sourit, les yeux toujours fermés, et le laissa aller et venir à sa guise. Elle lui souffla simplement :
- Tu sais, tu peux toujours me quitter si tu veux, mais sûrement j'en mourrai.

Retour au sommaire