On sait comment ça commence…
de Basile Henriot



Pour moi ça a commencé comme ça :
« Tourner en crème dans un saladier le jaune d'un œuf et de la moutarde à l'aide d'une cuillère en bois. Ajouter de l'huile progressivement et par petites quantités jusqu'à ce que l'émulsion soit parfaitement compacte. La mayonnaise montée, l'assaisonner de sel, de poivre et de 2 centilitres de vinaigre. Important : tenir compte de la température. Le grand secret de la mayonnaise : l'œuf et l'huile doivent être exactement à la même température. L'idéal : 15°C
Si la mayonnaise est ratée, on peut la rattraper en rajoutant une cuillérée de moutarde qu'on introduira peu à peu, en tournant, dans le mélange d'huile et d'œuf amalgamé dans le saladier. Attention : tout est dans la progression. »
Et me voici dans ma cuisine, avec mon livre de recette et mon dictionnaire à la main en train de me demander si celui qui a écrit cette recette l'a déjà testée ne serait-ce qu'une fois. En tout cas, l'effet était plutôt comique.
La cuisine n'est pas mon fort, et lorsque mes parents sont absents, ma nourriture se compose généralement d'œufs ou de pâtes. Mais ce jour là était un jour spécial, et je devais m'appliquer.
Ce n'est qu'au bout du quatrième essai et après avoir regardé une bonne dizaine de fois les définitions des mots « émulsion » et « amalgamé », que je me suis décidé à retourner à ma version de la mayonnaise qui, quoi que plus primaire, a le mérite d'être comestible. Ma recette se résume tout simplement à de l'huile, du vinaigre et de la moutarde et quelques œufs jusqu'à ce que le tout soit à peu près homogène, ce qui se traduit par un ajustement permanent d'un des quatre produits. Généralement il y a beaucoup de gâchis, mais il y a quelque chose à manger.
« Un jour, tu réussiras ta mayonnaise ». J'ai du dire quelque chose de ce type là, seul dans ma grande cuisine. Et pourtant ce n'était pas n'importe quelle journée, et si aujourd'hui on me demandait quelle était la mayonnaise la plus importante de ma vie, je répondrais que c'était celle que j'avais tenté de faire ce jour là, en imaginant que quelqu'un soit assez bête pour me poser la question.
Il me restait environ deux heures avant qu'elle arrive. C'est rare que je me lève aussi tôt, c'est-à-dire 10 heures, mais pour une telle occasion, il fallait que je sois prêt. C'était cette journée que j'invitais pour la première fois la fille dont j'étais amoureux depuis le CE2. Sept ans après, j'étais toujours amoureux d'elle. Quand je dis elle, je veux dire LA fille, la seule qui ait compté pour moi. Si j'avais su…
J'achevais de faire ma mayonnaise lorsque le téléphone sonna. Je lâchai donc ma cuillère et je me précipitai vers le téléphone dans l'espoir que ce serait elle.
« Allo ? »
« Alexis, c'est toi ? »
« Maman ? »
Pas de chance.
« Oui, tout va bien à la maison ? »
« Très bien oui, le chat va bien. »
« Tant mieux, c'était juste pour te dire que nous rentrerons plus tôt que prévu, nous serons là vers deux heures. »
Je devins blême.
« Euh… Deux heures du matin ou… »
« Deux heures de l'après midi voyons. Attends, ton père m'appelle, à tout à l'heure Alexis. »
Fin de la conversation, out, raccroché.
Ils revenaient dans trois heures et demie et Sophie arrivait dans une heure et demie. Je savais que l'on n'aurait pas le temps de finir ce déjeuner, avec l'apéritif, le café, le blabla,…. J'étais désespéré. J'attendais un miracle.
Le miracle arriva, mais pas sous la forme espérée. C'est alors que le téléphone résonna. Espoir ?
« Allo ? »
« Alexis, c'est toi ? »
« Oh, salut Sophie, ça va ? »
« Très bien et toi ? »
« Oh, euh, oui ça va. »
« Alexis, je voulais juste te demander quelque chose… »
« Je t'en prie ?»
« Ca me dérange vraiment de te demander ça mais… »
« Ne t'en fais pas, je t'écoute ! »
« Est-ce que ça te dérangerait si on reportait ce déjeuner ? Parce que j'ai un rendez-vous avec Paul dans moins d'une heure. », déclara t'elle d'une traite.
« Paul, qui c'est ça ? »
« Je ne t'ai pas dit ? Paul est mon petit ami depuis trois jours. »
C'est dans ces moments que l'on regrette d'être fils unique et de ne pas avoir de petit frère sur qui passer ses nerfs.
« Alexis ? »
« … »
« Tu es toujours là ? »
« Oui, bien sur, je…, non, il n'y a aucun problème pour le déjeuner. »
Lâche.
« D'accord, et bien à demain alors.. »
« Pas de problème, à demain. »
Lâche, lâche, lâche.
« A demain Alexis ».
J'ai bien dû rester quinze minutes le téléphone dans une main, la mayonnaise dans l'autre. C'était tout simplement incroyable. Elle avait un petit ami depuis trois jours, sans que je sois au courant. Paul. Le pire, c'était que je ne le connaissais absolument pas.
L'avantage était que je n'aurais pas à trouver une excuse pour terminer le repas plus tôt que prévu à cause de mes parents. Ceci étant dit, l'option excuse me semblait préférable.
Maintenant je le détestais sans même le connaître. Il fallait que je me fasse une raison, le monde n'allait pas s'arrêter de tourner pour autant.
La chose la plus intelligente que j'ai trouvée à faire sur le moment fut de laisser tomber le bol dans lequel était la mayonnaise par terre, lorsque mon chat me surprit. Si j'avais eu un couteau dans la main, ce n'est pas le petit frère que j'avais momentanément souhaité que j'aurais tué, mais ce foutu chat qui tombait vraiment au mauvais instant, et ruinant un travail de deux heures.
« TU, NE, RECOMMENCES, JAMAIS, CA ! »
Stop, c'est un chat Alexis, ça ne parle pas, raisonne toi !
Je détestais ce chat, et il me le rendait bien, mais bon, c'était le protégé de ma mère et de ce fait il régnait en maître dans cette maison.
C'était décidément une mauvaise journée. Il ne me restait plus qu'à nettoyer la cuisine, me faire une platée de pâtes, ranger ma chambre et le tout très rapidement. Ce que je fis après avoir finalement raccroché.
Moralité de l'histoire : la prochaine fois, commander une pizza. L'effet romantique n'est pas garanti mais au moins il y a à manger, et ça revient à pas cher.
Le reste de la matinée fut banal, mes parents sont donc rentrés à deux heures et quart, avec les « salutations de ta tante Germaine qui t'embrasse très fort. » Rien de bien folichon quoi.
Pour la première fois de ma vie, je fis volontairement une sieste ce qui surprit beaucoup mon père : « Malgré tes nuits de 14 heures tu trouves encore l'énergie pour faire une sieste ? ». Le genre de commentaire auquel on a pensé pendant des mois et qu'on est très content de pouvoir caser. J'avais besoin de réfléchir, et de préparer un plan d'action. L'une de mes rares qualités parmi mes innombrables défauts était ma capacité d'analyse.
Je définis donc mon plan d'action sur les termes suivant :
1 : Identifier l'ennemi (Paul).
2 : Improviser jusqu'à ce qu'un apport en informations soit effectué.
3 : En fonction de l'apport en informations, définir un autre plan d'action.
Tout à fait le genre de plan que j'aime, simple, clair, dépouillé, je dirais même génial. Et de plus, aisément mémorisable.
Ca me paraissait pas mal. C'est sur ces pensées que je m'endormi en essayant d'anticiper la journée d'école du lendemain.

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« Monsieur Florence, on ne somnole pas pendant mon cours je vous prie ! » beugla monsieur Delmas, le professeur de philosophie.
« Tu pensais à quoi ? » me demanda Marion, ma meilleure amie qui était assise à côté de moi.
« Boaf, deux, trois bricoles. »
Retour à la réalité. Le cours de monsieur Delmas était une heure très propice à la rêverie. J'en étais encore à démêler le réel de l'irréel quand la cloche annonça la fin du cours. Nous allâmes dans la salle de math, où nous nous assîmes de nouveau à côté.
« Et c'est quoi ces deux trois bricoles ? »
« Ma journée d'hier. »
« Ton déjeuner s'est bien passé ? »
« … »
« D'accord, je me tais. »
Il y a des silences qui veulent tout dire. Et hop, on était reparti pour affronter la jungle quotidienne du lycée. Celui où j'étais n'avait rien d'extraordinaire : quatre classes par section, des bâtiments à peu près neufs de devant (pour les brochures) et vétustes derrière. Deux classes de S (S comme soumis), une classe de ES (comme Echec Scolaire), et une classe de L, comme looser. J'appartenais aux loosers.
« Tu ne veux vraiment pas en parler ? »
« Je n'ai pas très bien dormi cette nuit Marion, il reste encore une heure de math avant le déjeuner et je ne suis pas vraiment d'humeur. »
« D'accord, je me tais. », se résigna-t-elle.
« … »
« … »
Les secondes passèrent, je commençais à croire qu'elle allait vraiment se taire, c'était bien mal la connaître.
« Tu as raté un plat ? »
« Marionnnn ? »
« Ouiiii ? »
« Je croyais avoir entendu, corrige moi si je me trompe, que tu… »
Je n'eu pas le temps de terminer ma phrase.
« Monsieur Florence, on ne parle pas pendant mon cours, je vous rappelle que vous avez le bac de mathématiques dans moins de deux mois, alors un peu d'attention je vous prie ! »
Je vous prie, je vous prie, il m'énervait avec sa manie.
Mauvaise journée en perspective. D'habitude les professeurs me laissaient tranquille, mes résultats étaient corrects, et généralement j'étais plutôt attentif. Mais je n'arrivais pas à sortir l'image de Sophie de ma tête, en train de me dire qu'un autre profitait de… Ma gorge se noua.
« Tu es bien rêveur », chuchota-t-elle.
« Tu es bien casse-pieds aujourd'hui » répondis-je dans un murmure.
« De toutes façons, tu finiras bien par me le dire. »
« Okay, elle a déjà un petit ami, et elle n'est donc pas venue déjeuner hier, ce soir je vais me pendre dans ma chambre et ce sera pas plus mal. »
« C'est ta vie. »
« Merci pour ton réconfort et ton amitié. »
On passait notre temps à se disputer mais on ne pouvait pas se passer l'un de l'autre. Marion était ma meilleure amie depuis trois ans. Elle était très intelligente (elle avait sauté une classe, et malgré ça était quand même première) mais était d'une mauvaise foi atroce.
« Tu vas vraiment te pendre ? Il y a des manières bien plus simples pour se suicider ! »
« Je ne suis pas d'humeur à plaisanter Marion. »
« Si tu le prends comme ça. »
« Ecoute, j'ai raté mon déjeuner, mes parents m'ont embêté toute la soirée, le chat m'a empêché de dormir, et Sophie a un petit ami. A part ça tout baigne, c'est gentil de demander. »
« Et tu as oublié les deux heures d'histoire cet après midi. Tu sais qu'on va avoir une correspondante ? »
« Je m'en fous royalement. »
Je n'aurais jamais dû dire ça. Si j'avais su…
A la fin du cours j'allais rejoindre Nicolas et quelques amis pour aller déjeuner. Déjeuner était un bien grand mot, la cantine de l'école n'était pas vraiment réputée pour son savoir faire. J'étais même en mesure d'affirmer que ma cuisine était meilleure que la leur ce qui n'est pas peu dire.
Après donc un solide déjeuner, mais sans avoir vu Sophie (et ce n'était pas faute de l'avoir cherchée du regard), nous repartîmes dans nos classes respectives. J'avais deux heures d'histoire géographie avec madame Chaminade, notre professeur principal.
« Bonjour à tous, asseyez vous. Aujourd'hui nous accueillons parmi nous pour trois semaines une correspondante américaine du nom de Lydia. Elle est la correspondante de Christian, que vous ne connaissez sûrement pas : il est en S » Rires entendus. « Je vous prierai donc de l'accueillir chaleureusement afin de faciliter son intégration. Lydia, tu peux entrer. »
C'est alors qu'entra la plus belle fille que j'ai jamais vue. Je m'attendais plutôt à voir une sorte de barbie avec plus de maquillages que de peau, mais je fus cruellement détrompé. Elle n'était pas très grande, blonde, yeux verts,… vraiment parfaite.
En regardant autour, je compris qu'elle n'avait pas fait impression qu'à moi. Les garçons étaient bouche bé mais les filles lui jetaient des regards indifférents voire méchants.
« Laisse tomber mon vieux Alexis, fais toi une raison, cette fille n'est pas pour toi. »
« Pardon ? »
« Non, rien, je parlais à moi-même Marion. »
« Hmmhmm. Et sinon concernant le petit ami de Sophie, tu sais qui c'est ? »
Changement discret de conversation, l'air de rien.
« Non, je ne le connais pas, il s'appelle Paul. »
« Paul ? Paul Ferret ? »
« Quoi, tu le connais ? »
« Si c'est celui auquel je pense oui, il n'y a aucun Paul dans notre niveau. »
« Je t'écoute. »
C'est alors que la voix stridente de madame Chaminade retentit : « Monsieur Florence, veuillez passer au premier rang, cela vous ôtera peut-être la tentation de bavarder. »
Et au premier rang, seule, il y avait Lydia.
« Là, maintenant ? »
« Oui, tout de suite. »
Je m'exécutais, non sans avoir fait signe à Marion de m'attendre à la sortie du cours. Je savourais le fait que la classe entière m'enviait. Ceci dit, pendant la totalité des deux heures, Lydia ne me jeta pas un regard, ni ne prononça un mot, à ma grande déception. Je décidais tout bonnement de me faire une raison, et, chose rare, d'écouter le cours de géographie.
A la sortie des cours je retrouvais comme convenu Marion.
« Alors ? »
« Tiens, je t'intéresse d'un coup ? »
« Toujours. Voyons, je plaisantais. »
« Mouais. »
Elle n'avait pas l'air convaincue.
« Comment est-ce que je pourrais me faire pardonner ? »
« Tu me prêtes ton lecteur mp3 pour la soirée ? »
« Ah non, ça c'est lâche ! »
« Très bien. Tant pis pour toi alors. »
Elle savait être persuasive.
« Okay, t'as gagné, mais dis moi avant qui est ce fameux Paul Ferret. »
« Ca ne marche pas comme ça, je te connais. »
« … »
« Donne moi le mp3. »
Je m'exécutai, comprenant que toute résistance serait inutile.
« Voilà, heureuse ? »
« Merci ! Alors concernant ton fameux Paul Ferret, il s'agit d'un prépa qui est en première année et qui est toujours premier partout. »
« Un prépa ? »
Je me demandais intérieurement pourquoi les filles s'entichaient toujours de grands prépas beaux forts et intelligents alors qu'elles n'avaient qu'à regarder autour d'elles dans leurs classes.
« Et je dois ajouter que je le trouve assez mignon. », me dit-elle sur un ton de défi.
« Merci de ton réconfort. Bon, il faut que j'y aille, merci pour tout et à demain. »
« Merci pour ton mp3. Au fait tu vas à la soirée de Nicolas jeudi soir ? »
« Peut-être, on verra. »
Je la laissai sur ces paroles et partis. Le lendemain et le mercredi furent sans histoire : cours, heure de colle, cours, devoirs,… la morne routine. Le mercredi après midi je retrouvais Nicolas comme convenu : nous avions prévu d'aller au cinéma pour voir le fameux « star wars III » dont la presse ne tarissait pas d'éloges.
J'arrivais un peu avance et attendis devant le cinéma. Nous avions eu le soin de réserver nos places et heureusement car la file d'attente s'étendait sur plus de cent mètres. C'est alors que mon portable sonna.
« Allo ? »
« Alexis, c'est moi Nicolas. », répondit-il sur un ton gêné.
Mauvais signe ?
« Ah, tu arrives dans combien de temps ? »
« Justement, je ne viendrai pas. »
Mauvais signe.
« Ah. »
« Mon petit frère s'est cassé une jambe ce midi en rentrant déjeuner en vélo et là je vais à l'hôpital. »
« Ah. »
« … »
« Euh… je suis désolé pour ton petit frère. C'est pas grave on remettra ça à plus tard. »
« Tu ne m'en veux pas trop ? »
« Mais non, ce n'est pas ta faute voyons. »
Mais bien sûr que je t'en voulais ! Je me retrouvais seul devant un cinéma bondé avec deux billets dans la main à une demi-heure de bus de chez moi crétin, pensais-je.
« Merci beaucoup Alexis, t'es génial ! Allez à demain. »
« Sans problème, à plus. »
Quel hypocrite je faisais.
Je décidai donc de rentrer chez moi, le cinéma seul n'ayant pas beaucoup d'intérêt. C'est alors que j'aperçus Christian qui me faisait des grands signes depuis la file d'attente. Je ne le connaissais pas très bien et ne lui avais parlé que deux fois, je fus donc assez surpris, mais il avait vu que je l'avais vu, donc je ne pouvais pas l'éviter. Je me dirigeais donc à contrecœur vers lui.
« Salut Alex, ça va ? »
Et en plus il se permettait d'être familier avec moi.
« Oui, oui, très bien. »
Mensonge.
« Qu'est ce que tu fais là ? »
« Là ? Je fais du parachute, ça ne se voit pas ? Vous allez voir le film ? »
« Oui, mais ça m'étonnerait qu'on ai des places, je fais la queue depuis un quart d'heure et ça n'a pas bougé ! »
« Et oui, il faut réserver ! »
« Tu y vas avec qui ? »
« J'étais censé y aller avec Nicolas mais finalement il ne vient pas. »
« Tu y vas alors ? »
Je commençai à flairer le piège. Mais un peu tard.
« Euh, je sais pas trop. »
« Est-ce que je pourrais racheter tes deux places ? »
J'allai refuser quand j'aperçus Lydia qui était restée un peu en retrait masquée par la foule. Elle était toujours la même. Depuis son arrivée elle n'avait pas prononcé un mot dans notre classe, et ignorait tout le monde.
« Et bien, je sais pas trop. »
« Elles ne te servent à rien là. »
« Ce serait une façon pour moi de boycotter cette infâme société capitaliste qui rogne les ongles des pauvres classes sous-exploitées. »
« … »
« What did he say ? » demanda alors Lydia en anglais, que j'entendais donc pour la première fois.
« Euh… » Christian ne savait pas quoi répondre.
« Je plaisantais, bon, je te fais cadeau des places, amusez vous bien et bon après midi. »
Je les laissais plantés là avec les tickets et sans leur laisser le temps de réagir et je m'éclipsais en douceur. Je me détestais, je ne me comprenais pas, j'en voulais à la terre entière. Tout allait de travers en ce moment, et comble du comble je venais de gâcher 17 Euros 80 sans comprendre pourquoi. Ce n'était d'ailleurs pas la seule question que je me posais.
Je rentrai chez moi, et me posai devant mon ordinateur pour me défouler à Civilization.
« J'ai besoin de l'ordinateur Alexis. »
Décidément.
« Soit. »
Je décidais donc de monter dans ma chambre et d'y rester. Je me posai sur mon lit et m'endormi sur le coup. Il était 18 heures.
La faim me réveilla en pleine nuit. Mes parents ne m'avaient même pas appelé pour le dîner. J'allais donc dans la cuisine. Puis d'un coup j'en eus assez, assez de tout. Je pris le couteau de boucher, le leva bien haut, le regarda fixement et me coupa une bonne tranche de rôti froid histoire de me changer les idées.
C'est alors que j'eus la bonne idée de regarder mon portable et de voir que j'avais deux messages. Le premier était de Marion.
« J'ai essayé de t'appeler mais tu répondais pas, j'espère que tu vas bien : tu n'avais pas l'air dans ton assiette ce matin à l'école, bon, j'ai plus de forfait donc à demain, bisous. »
Tout baigne Marion, c'est gentil de t'inquiéter.
Le deuxième était de Nicolas.
« Salut Alex, désolé pour tout à l'heure mais mon frère s'est cassé la jambe (on le saura), sinon j'espère que tu vas bien et je voulais savoir si tu venais à la soirée de demain, car tu n'as toujours répondu… » Je n'avais vraiment pas envie d'y aller à sa soirée. «… il y aura Marion, Stéphane et Christian entre autres… » Ah ? Peut-être que j'irais faire un tour. « … et tu savais toi que Sophie avait un petit ami ? (Non, pas du tout ?) Parce qu'elle viendra avec... » Finalement je pense que je vais y aller. « J'espère de tout cœur que tu viendras, ce serait cool. On se voit demain à l'école de toutes façons. »
Après quatre sandwichs, j'allais me recoucher pour me préparer à affronter la dure journée de demain.

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« Alexis, tu dors ou quoi ? »
Effectivement je dormais.
Je m'éveillai en sursaut, déjà 7 heures trente ! Avec l'aide d'une forte poussée en adrénaline je réussissais à être prêt en un quart d'heure (sans petit déjeuner) et arrivais juste à l'heure à l'école, pour la dernière journée de cours de la semaine.
Tout le lycée attendait avec impatience la fameuse soirée de Nicolas, pour fêter le premier mai qui arrivait vendredi. Je trouve bizarre que ce soit précisément le jour de la fête du travail que l'on ne travaille pas.
« Alors tu y vas finalement à la soirée ? », m'apostropha Marion.
« Moui, je pense. »
« Au fait, voilà ton mp3. »
« Je n'y croyais plus. »
C'est alors qu'arriva à ma grande surprise, et plus encore à celle de Marion, Lydia qui laissa plantés Christian et son groupe d'amis.
« Merci beaucoup pour le cinéma. » A ma grande surprise, mis à part les « r », son accent n'était pas mauvais du tout. Marion me regarda d'un air : tu la connais ? Toi !
« You are very welcome. », répondis je.
« You speak english ? » Sa surprise était manifeste.
« My parents used to talk to me in english while I was a child. »
Et nous continuâmes à converser ainsi en anglais. Ce n'est seulement lorsque l'on entendit la sonnerie que je m'aperçus que Marion était partie.
Lorsque j'entrais dans la classe, elle s'était déjà installée avec quelqu'un. Je me dirigeais donc vers le dernier rang quand madame Chaminade m'interpella :
« Ttt ttt ttt Alexis, le premier rang vous conviendra à merveille. »
Je m'installai donc à côté de Lydia. Marion me jeta un regard noir. Le cours fut sans histoire (c'était un cours de géographie), sauf que cette fois, la correspondante m'adressa la parole, au grand déplaisir de madame Chaminade qui me fit de nombreuses réflexions.
A la récréation j'allais voir Marion pour lui expliquer, mais ne la trouvai pas, en revanche :
« Tiens, mais ça fait longtemps que l'on ne s'est pas parlé ! »
« Sophie ? Oui, en effet. »
« Alors quoi de neuf ? »
« Bof, rien de bien folichon. Et toi ? »
« Bah j'ai toujours trouvé un petit ami. »
Quelle sadique.
« Je sais, tu me l'as déjà dis. C'est très bien ! »
Hypocrite.
« Tu veux venir prendre un pot demain avec nous ? »
« Euh… »
J'étais un peu pris au dépourvu.
« Allez, viens, par contre il y aura aussi Christian, un ami de Paul, vous vous connaissez je crois ? »
Comme le monde est petit.
« De vue seulement. »
« Et donc il y aura Lydia, il parait que ça colle bien entre vous deux non ? »
J'étais abasourdi. Comment savait-elle ça !
« Comment est ce que tu sais ça ? C'est quoi encore cette histoire ? »
« Une rumeur. Alors tu viens ? »
« Attend une seconde, qui t'a raconté ça ? »
« Je serais vraiment très déçue si tu ne venais pas ! » Elle me fit une petite moue à laquelle j'étais incapable de résister, ce qui acheva mes dernières défenses.
« Oh, tu sais bien que je suis ton dévoué chevalier. »
« C'est marrant Paul aussi me dit ça ! »
« Ah ah, que c'est drôle. »
Vraiment pas drôle du tout.
Quel connard. J'étais mal à l'aise.
« Bon, il faut que je te laisse. A ce soir, tu viens au fait ? »
« Tu sais bien que je ne pourrai pas résister à ton charme. » répondis-je avec un soupçon d'ironie.
« Quel flatteur tu fais. Garde ces paroles pour la fille que tu aimes, Alexis. Je pense que Paul et toi allez bien vous entendre, vous parlez de la même manière. »
« J'en suis convaincu. »
La bonne blague.
J'étais passé maître dans l'art de camoufler mes sentiments. La journée se déroula normalement. Je me réconciliais en espagnol avec Marion, qui était désolée de son emportement, et moi j'étais désolé de l'avoir oubliée. A midi je déjeunais avec Nicolas et l'assurais de ma venue à la soirée.
A la fin des cours je fonçais chez moi et me donnais deux heures pour trouver la façon de m'habiller pour la soirée.
Après avoir sorti une dizaine de pantalons et chemises, je me décidais finalement pour une tenue plutôt décontractée. Je restais bien dix minutes devant mon miroir à faire plein de mimiques, en un mot, je me préparais.
J'allais enfin à Carrefour acheter un cadeau et une pizza pour ma contribution au bonheur commun. J'en reconnus d'ailleurs plusieurs de l'école dans les mêmes rayons que moi.
J'arrivais à 8 heures, en avance pour aider à installer. Il fallait déménager les meubles, installer l'ordinateur, les spots, connecter les enceintes, aménager le buffet,… et faire tout ce qui est indispensable à une bonne soirée.
La soirée proprement dite commença à 9 heures et demi. Ce fut un véritable succès, il y avait un monde fou, plus de cent personnes selon Nicolas, il faut dire qu'il avait une très grande maison. Sophie arriva vers 10 heures avec aux bras un grand garçon, cheveux châtains, plutôt musclé que j'identifiai comme étant Paul, l'ennemi à abattre.
« Re Alexis, je vois que tu es venue tout de même. Je te présente donc Paul, dont je t'ai déjà parlé, et Paul, voici donc Alexis, un de mes très bon amis. »
Il me tendit chaleureusement sa main.
« Enchanté ».
Après avoir marqué un petit temps d'hésitation, je mis finalement ma main dans la sienne.
« Moi de même. »
« Alors c'est toi dont Sophie n'arrête pas de me parler ? »
« Peut-être bien oui. », répondis je assez froidement.
« Bon, si on allait danser ? », lança Sophie.
Nous allâmes sur la piste, et je m'éclipsais discrètement vers le buffet où je retrouvais Marion. Elle était ravissante : une robe longue jaune pale qui allait à merveille avec ses longs cheveux châtains clairs.
« Tu veux un petit-four ? »
« Volontiers. »
« Alors, tu as rencontré Paul ? »
« Repasse moi un petit-four veux tu ? »
Elle me le fourra dans la bouche.
« Est-ce que je peux te demander quelque chose Alexis ? »
« Je ne te garantis rien. »
« Tu es l'ami de Nicolas n'est-ce pas ? »
« Oui, je sais. »
« Je sais pas comment te dire ça. » Ce genre de conversation pouvait durer longtemps. « Promets moi de répondre à une question. »
« Dis d'abord la question. »
« Non, promets. »
« Je refuse. »
« Sinon je dis à Sophie que tu es amoureux d'elle. » Au point où j'en étais…
« Je ne t'en crois pas capable. »

« Attends, reviens espèce de folle ! », m'exclamai-je.
« Tu promets alors ? »
« Okay. »
« Est-ce que tu sais de qui Nicolas est amoureux ? »
« … »
« Tu as promis. »
« Tu veux dire que… »
« Répond à la question. »
Je m'étais toujours douté qu'elle était amoureuse de lui mais la question m'avait complètement pris au dépourvu.
« A la vérité je n'en sais rien du tout. »
C'était la stricte vérité.
« Tu mens. »
« Mais non voyons.»
La conversation s'arrêta là. Le reste de la soirée fut sans incident notoire. Je la passais avec Lydia avec qui je discutais en anglais, en jetant de temps en temps des petits coups d'œil à Marion qui discutait avec Nicolas. A surveiller me disais-je mentalement.
« Alors comme ça tu es américaine ? »
Question idiote et bête, le genre de question que j'aime poser.
« Non, je suis une princesse elfe et j'attends ma licorne pour rentrer. »
Elle avait l'air de mauvaise humeur.
« Ah… »
« … »
« … »
« Tu en as beaucoup des questions aussi idiote ou… »
« Tu as l'air assez énervée, je pense que je vais faire un tour dans le jardin. »
« Non, reste. »
Ah ? Avais-je réussi à éveiller son intérêt ?
« Ok. »
« En fait, je déteste ce genre de soirée où je ne connais personne. »
« Bah tu connais Christian, et tu me connais moi. »
« On s'est parlé deux fois, ce qui veut dire que je suis loin de te connaître, mais tu es la seule personne à parler correctement anglais dans cette école, et Christian m'énerve. »
« Ah. »
« … »
« Bon, bah si t'es pas capable de modifier ton humeur, je pense que je vais te laisser à tes malheurs. »
« Non, je suis désolée, mais je n'aime pas les gens de cette école. »
« Ah. »
« Tu ne sais pas dire autre chose que « ah », et « ok » ? »
« Euh… si. »
« En fait, je n'aime pas l'esprit. Tous les garçons te tournent autour parce que tu es belle, et les filles sont toutes jalouses. Je déteste ça. », Continua t-elle.
Je ne m'attendais pas du tout à ce genre de révélation. A en juger son allure, elle devait déjà avoir pris deux trois verres.
« Hmm. »
« Et toi tu es le seul à qui je peux parler. »
« Pourtant je suis un garçon. »
« Oui, mais différent. »
« En tout cas, pas le genre de garçon que les filles aiment. »
Et on se dit tout ce qu'on avait sur le cœur. Elle m'avoua que son rêve était qu'un garçon soit vraiment amoureux d'elle, et qu'elle n'aimait pas Christian qui l'exhibait comme un trophée. De mon côté je lui avouais ma série de déboires, notamment avec Sophie.
Je regardais également danser Sophie avec son cher Paul qui bien sur, dansait à merveille le rock.
Quelques verres de jus de fruit (je n'aime pas l'alcool), quelques danses, le reste est confus dans ma mémoire, des couleurs, des sons, des impressions, et puis plus rien.

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Ce n'est qu'à midi que je sortis de mon état de demi conscience. Je me remémorais péniblement les événements de la veille. Le téléphone sonna pile à ce moment.
Je décrochais.
« Grmfhagn ? »
« Alexis ? Je te réveille peut-être ? »
« Non, hmmf. »
« On se retrouve donc cet après midi vers 4 heures dans l'irish pub, tu es toujours partant ? »
« Hmmhmm. »
« Bon, c'est entendu alors. A tout'. »
« Pareil. »
Je raccrochais.
C'était Sophie. Elle me connaissait suffisamment bien pour connaître mes heures de réveils. Encore un truc où je n'avais vraiment pas envie d'aller. Mais bon, suite à ma conversation avec Lydia, je me sentais un peu obligé de lui apporter un peu de réconfort afin qu'elle ne se sente pas trop seule, même si Sophie parlait également parfaitement anglais (sa mère était Australienne).
« Maman, j'ai un rendez vous cet aprèm, je peux y aller ? »
« Tu as passé l'aspirateur comme je te l'avais demandé hier ? »
Zut, j'avais complètement oublié l'aspirateur.
« Justement, j'allais le passer à l'instant. Tu n'as donc pas confiance en la chair de ta chair ? »
« Non. »
Ca avait le mérite d'être clair. Je me levais, me brossais les dents, choisissais soigneusement ma chemise, pour m'apercevoir que je l'avais boutonnée en menteur, mis des chaussettes de couleurs différentes,… la routine quoi.
Toute cette préparation avait pour but de me préparer à l'unique défi de la journée : l'aspirateur. Bien qu'en soi le maniement puisse paraître simple, la machine est beaucoup plus traîtresse qu'au premier abord.
Evidement, le sac est toujours plein, ce qui me prend un bon quart d'heure pour en trouver un : le temps de déranger mon père réparant sa voiture, comme tous les dimanches matins.
Ensuite le tuyau est bien évidement obstrué, sinon ce n'est pas drôle. Et enfin vient le moment redouté de l'aspiration. Dans le meilleur des cas, j'arrive à m'en débarrasser en une heure si tout se passe bien. Le hic est que ça ne se passe que très rarement bien : ceci étant principalement dû à mon redoutable adversaire dans la maison : le chat.
Il choisit systématiquement la pièce ou je veux passer l'aspirateur pour dormir. Le réveiller en soi est pour moi un plaisir, c'est ce qui suit qui est gênant. Prenant assez mal son réveil, son seul but est de se battre avec l'aspirateur, ce qui a pour effet de me gêner considérablement dans ma tâche.
Ceci ne serait pas un problème (du moins pas majeur) si ma mère ne s'en mêlait pas. Le résultat était que fréquemment je me retrouvais consigné. Heureusement, cette fois ci, le chat jouait dehors, ce qui fait que je pus accomplir ma tâche sereinement.
Je retrouvais donc à 4 heures comme convenu Christian, Paul, Lydia et bien sûr Sophie.
« Vous prenez quoi », demanda Paul.
Je traduisis pour Lydia, Christian me jeta un regard noir.
« Cocktail Safari pour moi, milk-shake pour Lydia. », répondis-je.
« Vodka. », grogna le correspondant de l'américaine.
« Houlà, après tout le champagne que tu as pris hier ? »
« Je fais ce que je veux. »
On se remémora les ragots d'hier : un tel avait plongé dans la piscine en costard, un autre avait repeint la cuisine en marron en jouant avec la chocolatière,…Les boissons arrivèrent. Puis on en recommanda. Je discutais avec Paul tandis que Sophie et Lydia papotaient ensemble. Christian avait l'air plutôt absent, j'aurais dû m'apercevoir que quelque chose n'était pas normal mais j'étais trop occupé à observer Sophie du coin de l'œil et à écouter Paul parler.
Le pire de toute cet histoire était que je commençais à le trouver sympathique : il avait les mêmes passions que moi, il adorait l'histoire, mais il voulait travailler dans les télécommunications, contrairement à moi qui souhaitais me tourner vers le journalisme.
Ca m'énervait.
C'est dur de trouver quelqu'un sympathique alors que l'on fait tous les efforts au monde pour le détester. Heureusement dès que je regardais Sophie, ma haine se rallumait instantanément.
« Bon, je vais au toilette », annonça-t-il.
C'est alors qu'un téléphone vibra : tout le monde regarda le sien, mais c'était celui de Sophie.
« Ah, excusez moi, c'est ma sœur. »
Sur ce elle se leva et alla dehors.
Puis d'un coup, sans prévenir, profitant du comité restreint, Christian lâcha :
« Lydia, i love you. »
Le temps donna l'impression de s'arrêter. On était tous suspendu. « In vine veritas » comme on dit. Lydia fut la première à se ressaisir.
« Euh, well, j'ai déjà un petit ami. » rétorqua t-elle en français.
Deuxième surprise. Christian devint livide, et dégrisa d'un coup.
« Qui/est/ce ? », articula t-il difficilement avec un râle dans la gorge.
« C'est Alexis. »
Je recrachais la gorgée que j'étais en train de boire et me mit à tousser violement. Christian était immobile, il regardait la scène sans vraiment comprendre ce qui se passait. D'ailleurs moi non plus je ne comprenais pas très bien, et aujourd'hui encore je m'interroge sur les raisons qui poussèrent Lydia à dire ça.
C'était quand même drôle, j'étais toujours le dernier informé, il me fallut tout de même quelques secondes pour m'assurer que je n'avais aucune petite amie et que je n'était pas sorti avec Lydia la veille. Au bout d'un moment je réussis à me ressaisir. Je ne savais pas du tout comment réagir. Apparemment elle avait dit ça pour ne pas avoir à lui dire qu'elle ne l'aimait pas. Mais tout de même.
« Euh… », prononçai-je.
Je devais avoir l'air très bête.
Christian me regardait sans vraiment me regarder, un regard vide d'expression. Et d'un coup en renversant la table il se jeta sur moi et commença à m'étrangler. Je réussis à le repousser d'un violent coup de pied puis Paul, revenant enfin, le ceintura de ses puissants membres et le plaqua par terre.
« On se calme. »
Tout le café nous regardait. Finalement je me levai, réajustais ma chemise et partis tranquillement. Je n'avais pas envi de rester, j'avais un besoin soudain de liberté. Je m'arrêtais dans un parc, et regardais longuement les canards dans le lac. Pas vraiment passionnant, mais au moins ça calme. Un de mes meilleurs après midi en définitive.
Je restais injoignable durant le week-end et ce ne fut que le lundi matin que j'appris le fin mot de cette histoire. Finalement les parents de Christian étaient venus le chercher, et il s'était fait passer un savon. Lydia demanda à changer de correspondant. En attendant elle passa le week-end chez Sophie qui put l'héberger pour le week-end.

…………………………………………………………………………………………………………………………

« AÏE ! »
« Maow »
Crétin de chat, pensais-je.
« Alexis, dépêche toi, je ne te le répèterai pas. »
On parie ?
C'est finalement à contre cœur que je me levais, pour aller affronter la dure journée de cours qui m'attendait. Après un petit déjeuner éclair, et une douche rapide, je pus aller en cours, et vu que j'étais en retard, mon père accepta, pour changer, de me déposer à titre exceptionnel parce que j'avais changé de mon propre chef l'ampoule du salon sans qu'on ait même à me le demander, la classe quoi.
J'arrivai donc finalement en avance dans mon paisible lycée. Marion n'était pas encore arrivée, mais j'aperçus Sophie et Lydia qui discutaient au fond de la cour. Elles se dirigèrent vers moi.
« Salut, tu as passé un bon week-end ? », me demanda Sophie.
« J'ai passé un week-end. »
« Ah. »
« Et vous, avez vous passé un bon week-end très chère ? » demandai-je ironiquement.
« Excellent, Lydia et moi on est allé à Disneyland, d'ailleurs je t'avais laissé un message sur ton répondeur pour te proposer de venir, mais tu n'as pas répondu ! »
Alors là, elle m'avait bien eu. Dire que j'avais passé mon dimanche à me morfondre dans ma chambre ! Sans oublier mon mémorable moment en compagnie des canards le samedi.
« Ah. »
« Il y avait Paul aussi bien évidement… » Et en plus elle remuait bien le couteau dans la plaie, je me demandais comment je faisais pour être amoureux de cette fille, il y a des fois ou j'avais vraiment envie de la frapper. « …et maintenant Lydia va aller chez moi, on s'est trop amusé cette nuit. »
« Et bien j'en suis ravi. Moi je me suis fait ridiculiser, on a essayé de m'étrangler, j'ai dû me faire un super paquet d'ennemis, mais à part ça je suis content de constater que tout va bien de votre côté. »
« … »
C'est le moment que choisit Marion pour arriver.
« Bonjour tout le monde, tout va bien ? »
Trois silences lui répondirent.
« Jevoisjevois, J'ai manqué quelque chose ? »
Trois hochements de têtes.
« … »
« En fait Christian a essayé d'étrangler Alexis pendant le pot qu'on a pris samedi. » répondit Sophie.
« Oh, rien que ça, j'aurais bien aimé être là, ça a dû être drôle. »
Hilarant eut été plus juste.
« Rien de plus normal, moi j'ai envie de le poignarder tous les jours alors… »
« Merci Marion, ça m'aide beaucoup ce que tu me dis là. », répondis-je.
« Mais tu ne l'a jamais fait. » remarqua, d'ailleurs à juste titre Sophie.
« Pas pour l'instant, soit, et alors pourquoi l'a-t-il étranglé ? »
« En fait Christian a commencé par faire une déclaration d'amour à Lydia. » commença à expliquer Sophie, « et Lydia afin de ne pas le froisser a dit qu'elle était déjà avec Alexis… »
« … et résultat je me fais étrangler. »
«Et c'est pas tout, c'est Paul qui a réussi à neutraliser Christian, heureusement qu'il était là, n'est ce pas Alexis ? »
« Oui, oui, heureusement comme tu dis… »
Marion me regardait avec des yeux grands comme des soucoupes.
« Et beh, il a l'air décidément très sympathique ce Paul ! » ajouta t-elle.
Je la foudroyais du regard.
« Bon, il serait peut-être temps d'aller en cours. » fis-je observer.
Durant toute la conversation Lydia n'avait pas prononcé un mot. Elle était restée silencieuse.

………………………………………………………………………………………………………………………...

« Je suis vraiment ravi de t'avoir rencontré Alexis tu sais ? »
« Mais moi aussi Paul, moi aussi. »
Extatique, c'est le mot.
« Tu sais, Sophie t'aime beaucoup. »
« Oui, et toi aussi bien sur. »
« C'est normal tout de même je suis son petit ami. » me répondit-il en me faisant un clin d'œil.
Une semaine avait passé depuis le pot, et j'accompagnais Sophie, Lydia, Marion et Nicolas au cinéma (avec Paul bien sur). Pendant que nous (les hommes) faisions la queue, elles étaient parties faire un peu de shopping pour acheter un souvenir.
Le reste de la semaine avait été banal : contrairement à mes craintes, Christian ne s'était pas manifesté, j'avais eu de bonnes notes, sauf en allemand, et le chat me foutait à peu près la paix. Je nageais théoriquement en plein bonheur sauf que :
« Et toi Alexis ? Toujours pas de petite amie ? » M'interrogea Nicolas.
« On pourrait pas parler d'autre chose ? » répondis-je agacé.
Cette réplique mit un terme à la conversation. Finalement après avoir attendu suffisamment longtemps nous eûmes nos tickets pour « Travaux », une comédie dont on nous avait dit du bien. Comme par hasard, dès que nous eûmes nos tickets, elles revinrent, avec trois sacs de vêtements.
« Ah tiens, vous avez déjà les tickets. » remarque Marion.
« Bon, on y va ? » demanda Sophie.
« Oui, allons-y » surenchéri Lydia.
« Sans commentaire. » Ajoutais-je.
« Tu veux que je te porte tes sacs Marion ? » demanda Nicolas.
Tiens, tiens…
« Avec plaisir Nicolas. »
Elle rougissait.
« Tu veux que je te porte tes paquets Sophie ? » demanda également Paul, qui me prit de court.
« Volontiers. »
Je restais muet.
« Tu me prends mes paquets Alexis ? » Demanda Lydia.
« J'ai déjà les tickets. »
Quand je relevais la tête, j'aperçus tous les visages me scrutant, avec désapprobation.
« Laisse moi prendre tes paquets Lydia. »
« Mieux Alexis, tu pourrais presque devenir gentil ainsi. »
« Tu as raison Marion, il est un peu bougon ces derniers temps. »
« J'ai compris Nicolas, merci. Bon, on entre dans ce cinéma ou quoi ? »
Le film était bien. Pas extraordinaire mais bien. Ce fut un bon moment. Après vint le moment des séparations :
« Et bien c'était sympa, tu veux que je te raccompagne avec Lydia Sophie ? » proposa Paul.
« Oui je veux bien, si ça ne te dérange pas bien sur. »
« Penses tu voyons. »
Il était toujours aussi souriant, beau, fort, et à côté de lui j'étais petit, ridicule, associable. J'en avais vraiment marre.
« Tu peux aussi me raccompagner ? » demanda Marion. « Tu peux me déposer devant chez Sophie, je n'habite pas très loin. »
« Mais bien sûr, pas de problème. »
« Tu passes par la forêt ? »
« Oui, c'est plus sympa et il y a moins de monde. »
« Tu pourras me déposer devant ? »
« Pas de problème. »
Et moi alors ?
« Et Alexis alors ? » remarqua Lydia.

« Désolé, mais je n'ai que cinq places. »

Tout le monde était gêné. J'étais de trop.
« Pas de problème, un peu de marche à pied me fera du bien. Question d'habitude. »
Je commençais à être énervé. Je les laissai plantés là, et commençai à marcher. Il n'y avait que cinq kilomètres, mais c'est tout de même plus agréable en voiture. Heureusement dès que j'eus tourné le pâté de maison, j'entendis derrière moi :
« Alexis, attends moi ! »
C'était Marion qui me rattrapa toute essoufflée : elle n'avait pas l'habitude de faire du sport. Son geste me fit très plaisir, mais bien évidement je refusais de le montrer.
« C'est gentil Marion, mais ce n'est vraiment pas la peine. »
« Ttt ttt ttt, je suis sûr que tu en crevais d'envie. »
Elle avait raison, mais mon machisme refusait de l'admettre.
« Je t'assure que j'adore marcher, ça permet de mettre les choses à plat. »
« Ah, et bien dans ce cas je vais te laisser alors. »
Encore une fois elle avait gagné.
« Bon, d'accord, je suis très soulagé que tu sois là. »
« J'en étais sûre. »
A ce moment, Sophie, Lydia, Nicolas et Paul nous dépassèrent, en nous faisant de grands gestes avec les bras. Quelle bande d'hypocrites.
« Je commence à en avoir marre de ce double jeu. Et toi tu en es où avec Nicolas ? »
« Moi ? Au point mort, un peu comme toi en fait. »
« Oh, arrête s'il te plait, c'est déjà suffisamment pénible de faire semblant d'être son ami et d'afficher un grand sourire alors que tout ce dont j'ai envie c'est de lui envoyer un solide crochet. Seulement… »
« … seulement il fait 20 centimètres de plus que toi et Sophie est amoureuse de lui. »
C'était exactement ça.
« Mais pas du tout. »
« Et tu comptes rester à te lamenter sur ton sort durant sept autres années ? »
« … »
« … »
« Oui, pourquoi pas ? Après tout, l'essentiel est qu'elle soit heureuse, qu'importe avec qui, et je ne veux que son bonheur ! »
Ce devait une des choses les plus idiotes que je n'ai jamais dite.
« Stop Alexis, tu penses vraiment ce que tu dis ? »
« … »
« C'est bien ce que je pensais. », répondit elle avec son grand sourire victorieux.
« Je me console comme je peux. »
« Bon, ça suffit maintenant, c'est drôle cinq minutes mais il serait temps que les choses évoluent un peu, tu ne penses pas ? »
« … »
« Mais si tu le penses voyons. », insista t-elle.
« Oui, je pense que tu as raison. »
« Alors écoute, il serait temps de contre attaquer, tu ne penses pas ? »
« Si, si. »
« Mais tu vas me dire que c'est plus facile à dire qu'à faire. »
« C'est plus facile à dire qu'à faire. »
Encore une fois, elle avait raison.
« Ecoute, c'est très simple, tu vas la voir, tu lui donnes un bouquet de fleurs, tu lui dis je t'aime, tu l'embrasses, et si tu es un peu plus gentil avec elle qu'avec moi, ça devrait marcher. »
Tout était tellement simple avec elle.
« Pas mal, ta théorie est très intéressante, mais j'en ai une autre à te soumettre : j'entre, je lui offre un bouquet de fleurs qui s'avèrent être artificielles, ce qu'elle déteste, je lui dis je t'aime, et je n'ai pas le temps de l'embrasser car elle me fait valser avec une de ses baffes dont elle seule a le secret, mais ce n'est pas tout : ensuite Paul arrive, me met une tête au carré, et me menace de me tuer s'il me voit encore une seule fois autour de Sophie. En sortant, je me rend compte que ma vie est foutue, et je vais me jeter du haut d'un pont.»
Et tout était tellement compliqué avec moi.
« Maintenant ou plus tard, quelle différence ? »
« Bah disons que pour l'instant je conserve une once d'espoir. »
« Franchement, qu'est ce que tu as à perdre ? »
« Oh, trois fois rien, simplement la vie. »
« Si c'est ça qui te retient, je te rassure tout de suite : tu ne manqueras pas à grand monde. »
« C'est super d'avoir quelqu'un à qui parler, merci beaucoup de m'avoir accompagné. »
« Ok, désolé. Tu n'as qu'à lui écrire une lettre sinon. »
Je savais qu'elle venait de faire un énorme sacrifice en s'excusant. Je notai l'effort.
« Une lettre ? »
« Oui, au moins tu seras fixé tout en restant vivant. »
« Justement, c'est être fixé qui me dérange. On est déjà ami ce qui n'est pas si mal dans le fond. »
« Ah ça c'est sûr, il y a un petit risque dans le fond. Donc tu préfères attendre sagement plusieurs années qu'elle se décide à tomber amoureuse de toi, c'est ça ? »
« Exactement. »
« Tu fais comme tu le sens. »
Mais soudain je réalisai quelque chose.
« D'ailleurs je trouve que tu ne manques pas d'un certain culot ! »
« Pardon ? »
« Et bien tu me fais la morale, alors que toi-même tu n'es pas très avancée concernant Nicolas, alors que lui au moins est célibataire. »
« Laisse moi gérer mes affaires veux-tu ? »
J'avais marqué un point.
« Alors laisse moi gérer les miennes veux tu ? »
Pendant que nous discutions, une voiture s'arrêta devant nous.
« Bah alors Alexis, qu'est ce que tu fais à pied ? Je croyais que tu étais allergique au sport. »
« Bah papa, qu'est ce que tu fais là ? »
« J'étais allé faire un tennis avec Patrick, parce que moi j'aime faire du sport. »
« C'est pas parce qu'on aime qu'on est bon. »
Et toc.
« Continue sur ce ton jeune homme, et tu feras les trois derniers kilomètres à pied. »
Lui aussi savait être persuasif.
« Eexxccuussee moi papa. »
« Mieux, vous montez ? »
Nous montâmes donc dans la magnifique Peugeot grise de mon père. Papa déposa Marion devant l'église, et pendant le kilomètre restant :
« Alors, qui était cette charmante demoiselle ? »
« Juste une amie. »
Je commençais à avoir des remords d'avoir accepté qu'il ramène Marion.
« Juste une amie ? »
« Oui PA-PA. »
« Une simple amie que tu raccompagnes chez elle à pied après avoir été au cinéma avec elle alors que tu as une carte imagin'R ? »
« On était pas tous seuls au cinéma. »
« La belle excuse. Et là vous n'étiez pas tout seul sans doute ?»
Il pouvait être vraiment énervé quand il le voulait.
« Bon, nous sommes allés au cinéma, c'était très sympa, mais l'ami qui avait la voiture n'avait plus de place, et donc on a commencé à rentrer à pied parce qu'il n'y avait pas de bus, et qu'on n'avait pas envie d'attendre. »
« Tu sais quoi Alexis ? »
« Non ? »
Je pensais avoir gagné.
« Moi aussi j'ai eu ton âge. »
« MAIS PAPA, TU LE FAIS EXPRES OU QUOI ? »
« C'est pas grave Alexis, tu as le droit de garder tes secrets pour toi. »
Alors ça c'était le pompon.
Le reste du trajet se fit sans autre incident, mon père n'en démordit pas, et nous arrivâmes finalement à la maison. Je me posais sur l'ordinateur, et continuai tranquillement ma partie de Civilization. Mais il était décidé que je ne devais pas avoir un instant de libre ce soir là. A peine avais-je commencé que le téléphone sonna.
Etant assez énervé je décidai de ne pas regarder l'importun qui me perturbait. Mais la personne insistait, donc c'est à contre cœur que je me décidai à sortir le téléphone de ma poche. C'était Lydia. J'hésitai un moment avant de décrocher, finalement la curiosité l'emporta, et je décrochai.
« Allôôôô ? »
« Alexis, c'est Lydia. »
Elle n'avait pas l'air d'aller bien, elle était gênée.
« Je ne te dérange pas ? »
« Pas le moindre du monde. »
« Il faut vraiment que je te parle, Sophie ne va pas bien du tout, il y a eu un problème. »
Encore une fois elle avait du égarer son rouge à lèvre.
« Ah. »
« Il y a eu un problème. »
Le coup du rouge à lèvre à l'horizon.
« Je sais tu l'as déjà dit, mais peut-être serait-il judicieux de cerner ledit problème maintenant. » répondis-je moqueur.
« C'est important Alexis. »
Peut être le hamster alors.
« Bon, arrête de tergiverser et dis moi une bonne fois pour toute ce qui se passe. »
« Je ne sais pas si je peux t'en parler. »
Le peigne ? Le poster de Orlando Bloom ? Un CD des Beatles ?
« En gros tu m'appelles pour me dire qu'il y a un problème dont il faut que je m'occupe mais tu refuses de me l'énoncer c'est ça ? »
« C'est à propos de Paul. »
Et blam, toutes mes brillantes théories s'effondraient.
« Oh, Paul, je croyais que c'était beaucoup plus grave. »
« Comme si une dispute avec l'homme de sa vie n'était pas une chose grave. »
Bien envoyé, d'autant plus qu'elle savait très bien que si Paul était l'homme de la vie de Sophie, elle était quant à elle la femme de ma vie.
« Raconte moi tout. »
Le genre de phrase conventionnelle que l'on dit sans même y penser. C'est un peu comme : « Salut ça va ? ». Qui penserait à répondre non ? En toute logique l'on doit répondre « Très bien et toi ? » sinon ça ne va pas.
« … et donc Paul a répondu… »
Une fois lorsque je rentrais de vacances, un de mes amis est arrivé et m'a demandé si j'avais passé de bonnes vacances, normal. Donc en bon enfant éduqué, je lui raconte toutes mes vacances, et lui demande ensuite comment s'étaient passées les siennes.
« … à ce moment là Sophie est sortie et a dit… »
Donc poliment il me raconte également toutes ses vacances mêmes si dans le fond ça ne m'intéressait pas vraiment, mais les apparences étaient sauves. Le véritable truc qui m'a énervé dans cette histoire, c'est que à peine deux heures après, il est revenu avec une question très pertinente : « Au fait, tu ne m'as pas raconté tes vacances ! ». Inutile de vous dire combien l'évènement m'a marqué.
C'est pour ça que depuis, je ne raconte jamais mes vacances à quiconque, parce que la plupart des personnes qui me posent la question ne s'y intéressent pas vraiment, sauf mes amis évidement.
« Tu ne dis rien Alexis ? »
« Si, si, c'est plus grave que je ne pensais en réalité. »
En fait je n'en avais strictement aucune idée, étant perdu dans mes souvenirs.
« Je sais que ça t'arrange plutôt, mais c'est avant tout ton amie, et je pense que toi seul peut la consoler. »
« C'est entendu, je vais l'appeler, merci de m'avoir prévenu Lydia, il faudrait qu'on se parle plus souvent. »
J'étais sincère, depuis l'épisode du bar on ne s'était plus vraiment parlé, et je trouve ça dommage car dans le fond cet épisode était plutôt désagréable, mais finalement avec le recul je le trouve plutôt amusant, au moins j'avais des choses à dire !
C'est donc en prenant très à cœur mon rôle d'ami et de confident que je composai le numéro de Sophie. Au bout de deux sonneries j'entendis la mélodieuse voix du répondeur : « vous êtes bien sur le portable de Sophie, veuillez laisser un message après le bip sonore… » : elle m'avait raccroché au nez. Je réessayais donc et finalement, après quatre ou cinq bips, j'entendis finalement la voix de Sophie en pleur.
« Allô ? », décrocha-t-elle désespérée.
« Salut Sophie, euh… c'est Alexis. »
« Je sais. » répondit-elle dans un sanglot.
« Ca va ? »
Aïïïe, c'est maladroit ça Alexis.
« A ton avis ? »
Une voix lourde de reproches…
« Hé hé, je plaisantais. Enfin je voulais te dire que je suis vraiment désolé pour ce qui t'est arrivé, et que, et que,… »
Et que quoi ?
« …et que… »
C'est toujours dans les pires moments que ça arrive.
« Et que quoi Alexis ? »
« Et que quoiqu'il arrive, tu pourrais toujours compter sur moi. »
Voilà, on y était.
« Merci Alexis, c'est vraiment gentil. »
Le ton de sa voix était toujours aussi triste.
« Dis moi Alexis, est ce que tu as déjà été trahi par la personne que tu aimais ? », murmura t-elle.
Pas plus tard qu'il y avait deux semaines et tous les jours depuis.
« Non jamais. »
« Alors tu ne peux comprendre. »
« Tout ce que je voulais te dire, c'est de ne pas t'emballer trop vite : tu es un peu fatiguée, et peut-être que demain les choses iront mieux, tu ne penses pas ? »
Vraiment très maladroit ça mon vieux Alexis, ressaisis toi bon sang, offre lui un restaurant ou que ne sais je !
« Tu as peut être raison… »
« … »
« Merci beaucoup d'avoir appeler Alexis, c'est très gentil. »
Noooon, ne la laisse pas partir comme ça, ce serait maladroit.
« Attend, tu ne veux pas qu'on fasse un truc demain pour en parler ? »
Dis oui, dis oui, dis oui.
« … »
Allez, un petit effort pour me faire plaisir.
« Je ne sais pas trop. »
« C'est comme tu veux, je ne t'oblige pas Sophie. »
« Je ne sais pas trop, je te rappelle demain pour te dire, je pense que tu as peut être raison et que demain tout ra mieux. »
A titre personnel je trouvais ça très bien, mais j'avais fait une promesse à Lydia dont je commençais à me repentir donc…

« Et bien au revoir alors Sophie. »
« Bonne soirée Alexis. »
Et sur ce elle raccrocha.
J'étais content.
Cette nuit là je fis de beaux rêves…

………………………………………………………………………………………………………………………...

Ce n'est qu'à onze heures que je commençais à émerger de mon doux sommeil en me remémorant péniblement les évènements de la veille. Mon premier geste fut pour éteindre mon réveil, et mon deuxième pour mon portable, où ce n'est que très péniblement que je pu déchiffrer l'inscription : « trois nouveaux messages ».
Ceci me réveilla instantanément, j'avais complètement oublié que j'avais peut être rendez vous avec Sophie, aïe…
Le premier était de Marion : « Bonjour Alexis, j'imagine que tu es en train de dormir (perspicace la Marion) mais lorsque tu seras réveillé, est ce que tu pourrais me dire comment tu as fais pour résoudre l'exer… »
Message supprimé. Je n'avais même pas encore ouvert mon agenda alors pour la résolution des exercices…
Le deuxième était de Nicolas : « Excuse moi Alexis, ce n'est pas toi que je voulais appeler, j'ai confondu avec Axel, parce que en fait je ne l'ai ajouté qu'il y a trois jours et j'ai eu le réflexe de d'appeler le premier numéro pour la lettre « a », et en fait c'était toi. Enfin bon j'en profite pour… »
…pour prendre de mes nouvelles et m'excuser de m'avoir peut être réveillé.
Message supprimé.
Enfin le troisième était de Sophie : « Salut Alex, je voulais te remercier pour le soutient moral que tu m'as apporté hier et je voulais te dire que si tu veux qu'on déjeune ensemble au mac do ce serait avec plaisir, je t'attend devant à midi, téléphone moi avant dix heures trente si tu peux pas, ciao. »
Ce n'est qu'après avoir vérifié trois fois l'heure que je pris conscience de la précarité de la situation : il était onze heures et demi, et le Mac Do, en admettant que mon père accepte de m'emmener était à un quart d'heure en voiture.
Je crois que jamais je ne me suis habillé aussi vite de ma vie. Je fut près en 6 minutes 38 secondes : un record.
Le plus dur restait à faire : convaincre mon père de m'emmener :
« Papaaaa ? »
« Oui Alexis ? »
« Ca va ? »
« Toi, tu as quelque chose à me demander. »
« Ah mais pas du tout, c'était juste pour savoir si tout allait bien. »
« Et bien sois rassuré alors, tout va bien. »
Ce n'était pas vraiment la tournure que j'avais espéré.
« … »
Il se replongea dans son journal.
« Hmm. Et il n'y a rien à faire dans la maison ? »
« Rien à part ranger le chronique désordre de ta cambre. »
« Ah oui. »
« Oui. »
« En fait j'ai un petit service à te demander. »
« Vraiment inattendu. »
« En fait j'ai rendez vous avec des amis dans… »
« C'est non. »
L'affaire était mal engagée.
« Non ? »
« Non. »
« Non non, ou juste non ? »
« Juste non. »
Tout n'était peut être pas perdu.
« On pourrait peut être négocier ? »
« La voiture est un peu sale en ce moment. », répliqua t-il.
C'était prévisible ça.
« LAVER LA VOITURE !! »
« Par exemple. »
Et il replongea dans son journal.
« Tu sais combien de temps ça prend de lavez une voiture ? », me récriai-je.
« Une petite demi-heure, et tu es en train de perdre du temps. »
« Je peux pas le faire après ? », implorai-je.
Il y eu un petit silence.
« C'est bon, j'ai compris, je te revaudrai ça papa. »
« Et tu feras aussi l'intérieur. »
« C'est ça. »
« Tu es un bon fils. »
Il se moquait de moi en plus.
« Gnâgnâgnâgnâ… »
C'est donc à contre cœur que je me mis à la tache : laver la voiture, me promettant bien un jour de lui rendre la pareil. Il y a des jours comme ça… Si encore il n'avait pas ajouté le supplice de me demander si j'avais rendez vous avec Marion, dont il croyait dur comme fer que j'étais amoureux.
Une demi-heure après la voiture fut enfin assez propre au goût de mon père qui daigna donc me déposer devant le Mac Donald. J'était déjà très en retard, et lorsque j'arriva : pas de Sophie. Après avoir essayé une petite dizaine de fois de la joindre sur son portable, je décidai de rester pour plusieurs raisons : la première étant qu'elle avait été peut être retardée, mais surtout parce que je ne voulais pas rentrer tout de suite et voir l'air réjoui de mon père et affronter ses commentaires.
Je déteste attendre comme ça sans savoir si ce que j'attendais arrivera. Il y a d'autres choses aussi que je déteste.
Par exemple lorsque j'achète quelque chose dans un distributeur, que le produit reste coincé (généralement un paquet de m&m's), et que je n'ai plus assez de monnaie pour en racheter un et faire tomber les deux d'un coup. Le pire c'est de voir tout ceux qui passent me sourire et me montrer du doigt pendant que je m'excite contre le distributeur. Mais surtout, c'est une fois que je me résigne, voir quelqu'un qui arrive et prend les deux paquets d'un coup en me faisant un grand sourire.
Aussi, arriver devant un distributeur de banque pour faire un retrait de dix euros, mais qu'il affiche : « montant minimum : 20 euros ». Je retire donc 20 euros et je reçois dans la plupart des cas deux billets de dix…
Et enfin attendre quelqu'un qui a éteint son portable et dont je n'ai aucune idée de savoir si il vient ou pas.
Finalement après une demi-heure d'attente à regarder les gens manger, Sophie arriva :
« Désolé, Alexis, je suis en retard. »
Plusieurs répliques me traversèrent la tête comme « je sais bien que je ne compte pas moi. », « du moment que j'aurais été prévenu cela n'aurait pas été trop grave », ou encore « c'est une question d'habitude ».
Mais c'est pour celle là finalement que j'opta :
« C'est pas grave, je viens juste d'arriver, j'ai eu un petit soucis moi aussi. Ca va ? »
« Très bien, et toi ? »
« Si tu vas bien alors moi aussi. »
Je suis un lâche. Mais ce n'est pas une nouveauté.
« Flatteur. »
« Comment t'être indifférente chère Sophie. »
« Arrête tu vas me faire rougir. Je t'ai déjà dis de garder ces paroles pour celle que tu aimes. »
Je faillis dire « justement » mais je me retins à temps.
« Si on ne peut plus plaisanter entre amis, où va le monde ? »
On commanda. Sophie fut servie la première (honneur aux dames), et alla garder une place à l'étage. Une fois que j'eu à mon tour mon plateau je m'apprêtai à la rejoindre. Ceci aurait été vite fait sans la présence de ce jeune garçon de 12 ans qui m'est rentré dedans au moment où j'allai monter l'escalier, renversant ainsi mon plateau (en parti sur moi).
Après m'être expliqué calmement avec le jeune garçon, il me racheta mon menu, et je pus rejoindre Sophie, qui était au téléphone.
« Deux secondes, c'est Paul. » me chuchota t-elle.
Encore et toujours lui.
Finalement elle raccrocha au bout de cinq minutes.
« Tien, c'est quoi cette tache marron sur ta chemise. »
« C'est du coca. »
« … »
« Je suis rentrer dans quelqu'un et voilà le résultat. »
L'anecdote eut le mérite de la faire rire.
« Alors ça c'est arrangé avec Paul ? »
« Oh oui, merci. Il est passé me voir ce matin avec un bouquet de fleurs, et d'ailleurs c'est pour ça que je suis arrivé en retard. »
Ca c'était vraiment le bouquet, c'était le cas de le dire.
C'était pourtant parti pour être une bonne journée.
« Et bien je suis content que ça aille mieux. » mentis-je.
« Et toi, tu ne m'as toujours pas dis de qui tu étais amoureux. »
Aïe.
« Bah euh moi… »
« Alleeez ? » insista t-elle.
« Bof, tu sais, je ne suis pas vraiment amoureux en ce moment. »
« Tu mens. »
« Boaf… »
« Pourquoi tu veux pas me le dire ? »
Et bah, parce que tu es déjà prise pardi !
« C'est quelque chose de très personnel en fait. »
« Pfff. Tu ne me fais pas confiance, c'est ça ? »
« Mais pas du tout, c'est pas une question de confiance. »
« C'est une question de quoi alors ? Je comprendrais que tu ne veuilles pas me le dire si c'était moi, mais sinon ? », répliqua t-elle.
« … »
« Non, ce n'est quand même pas moi ? »
« Non, non, je plaisantais voyons. Hé hé. »
Tu as frôlé la catastrophe mon petit Alexis.
« Alors pourquoi ? »
« Et pourquoi est ce que je te le dirai ? »
« … »
J'avais marqué un point.
« C'est vrai, excuse moi, ça ne me regarde pas. »
Elle était énervée maintenant.
« Je suis vraiment désolé, mais je ne veux pas te le dire. Personne n'est au courant. »
« Ok, ok, j'ai compris. »
Un petit silence très gênant s'installa. Finalement, afin de briser la glace, elle déclara d'un ton froid et hautain :
« Bon, il faut que j'y aille, sinon Paul va m'attendre. »
« LE Paul ? »
« Oui, je n'en connais pas beaucoup tu sais ! »
Un de trop.
« Bon et bien ça m'a fait plaisir de te voir, à demain. »
« C'est ça, à demain. »
Elle était vraiment fâchée.
Une heure avait passé. Il était encore trop tôt pour que je rentre chez moi. J'allai donc faire un tour pour me changer les idées, et profiter du beau temps. Ensuite, jugeant que j'avais passé suffisamment de temps dehors pour pas que mon père puisse m'accueillir avec un grand sourire et une petite phrase : « Tu es déjà là ? C'était rapide ! », je rentrai chez moi.
Le reste de la soirée fut tranquille : j'allai faire un tennis avec mon père.
« Tu ne m'as toujours pas dis avec qui tu étais aujourd'hui. »
« Parce que tu crois que je vais te le dire ? »
« Sert au lieu de dire des bêtises. »

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Lorsque ma mère entra dans la chambre dans le but évident de me réveiller, elle eut la grande surprise de me voir déjà levé et habillé :
« Tien, c'est noël aujourd'hui ? »
« Non maman, c'est dans 8 mois. C'est juste que je ne voulais pas te laisser l'immense satisfaction de me réveiller aujourd'hui. »
« … »
« Agréablement surprise ? »
« Plutôt. Tu en profiteras pour nourrir le chat. »
J'avais oublié à quel point il était agréable de prendre son temps le matin. Une petite douche, un chocolat chaud,…
Mais avec cet enchaînement de petits plaisirs, j'avais encore une fois oublié l'heure et je dû courir pour ne pas arriver en retard.
Il n'y avait personne à la grille, Marion et Nicolas n'était donc pas encore arrivé. Je décidai de les attendre.
Pour faire passer le temps j'écoutais donc parler les trois filles d'à côté.
« Nooon, tu es allé chez le nouveau coiffeur ? »
« Alors il est bien, vas-y, raconte ! »
« IL-EST-TROP-MIGNON ! D'abord il m'a…»
Et patati et patata. Ces collégiennes…
C'est alors que j'aperçus Christian, que je n'avais pas vu depuis une semaine. Lui aussi m'avait vu. Il s'approcha de moi accompagné de ses trois potes, costauds évidements…
Et bien sur pas de Nicolas ou de Paul aux alentours.
Pour une fois il aurait été le bienvenu lui.
Je cherchai des yeux une façon de m'en sortir, mais il était trop tard.
J'eu l'impression de voir ma vie défiler devant mes yeux.
« Tien Alexis, ça fait depuis longtemps. » commença t-il.
Ma gorge se noua.
« Ahah, quelle bonne surprise ! »
Ils se positionnèrent autour de moi. Mais je n'étais pas le genre à me laisser intimider pour autant ! Quoique…
« Alors quoi de neuf ? » me demanda t-il avec un sourire malveillant.
« Et bien, et bien, …, on fait aller quoi. »
« Ca va, tu n'as pas l'air dans ton assiette ! »
« Gloub… sisisi ça va. »
Ne pas paniquer, ne pas paniquer, ne pas paniquer.
« Tu as passé une bonne semaine depuis samedi dernier ? »
Nous y voilà.
Rester maître de soit, rester maître de soi, rester maître de soi.
« Excellente, merci, et toi ? »
« Oh très bien. En fait je venais juste te voir pour te filer l'argent du cinéma, je ne t'ai toujours pas remboursé ! »
Ah bah si je m'y attendais à celle là.
« Bah merci, fallait pas. », ai-je répondu mal à l'aise.
« Allez, à un de ces quatre, et profite bien de… tu vois ce que je veux dire ? »
Il me fit un clin d'œil.
« Bah, salut alors ! »
J'avais encore les jambes qui tremblaient quand Marion arriva derrière moi.
« BOUH »
« Aaaaahhhh »
C'est malin.
« Surprise. Content de me voir ? »
« Super. »
« Je t'ai fait peur ? »
« Tu plaisantes ? Non tu ne m'as pas fais peur, tu m'as juste un peu pris au dépourvu, c'est tout. »
« Juste un peu. »
« Bon, allez, un chouia au dessus de un peu, t'es contente ? »
« Très, je t'ai vu de loin, il te voulait quoi ? »
« Boaf, juste discuter, tu sais qu'on s'entend bien tous les deux. »
Elle ne put réprimer un rire.
« Je-ne-vois-vrai-ment-pas-ce-qu-il-y-a-de-risible… »
« Bah tu n'avais pas l'air très rassuré. »
« Mais pas du tout, je suis juste un peu fatigué ce matin, rien de plus. »
« Je crois surtout que tu étais un peu effrayé ! »
« Moi ? Ahahah, je suis le genre à être effrayé ? Et puis effrayé de quoi d'abord ? »
« Je ne sais pas, une idée comme ça. »
Je ne sais pas comment j'arrivai encore à la supporter malgré tout ce qu'elle me faisait subir.
Nous allâmes en cours rejoindre notre adorable professeur d'histoire.

………………………………………………………………………………………………………………………...

Nous étions dans un parc, sur un banc, ensemble. C'était le moment où jamais, je décidai de tenter ma chance :
« Sophie je t'aime. »
Elle rougit. Le monde semblait ne tourner que pour nous. C'est le moment que je choisis pour lui donner le bouquet de fleurs que j'avais astucieusement caché sous mon manteau. Ses yeux pétillaient de mille feux.
« Oh, Alexis… »
Les mots avaient du mal à sortir de sa gorge tant elle était émue.
« Je sais que ça peut te paraître un peu brusque puisque Paul ne t'a quittée il n'y a que trois jours de cela, mais je voulais que tu saches quelle place tu tiens dans ma vie. »
« Oh, Alexis, j'attends ce moment depuis si longtemps. »
Elle se pencha doucement vers moi.

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« Monsieur Florence, vous allez peut être trouver que je me répète un peu, mais je désapprouve légèrement une somnolence, même passagère pendant mon cours. »
« Hmm, excusez moi madame. »
Marion riait aux éclats.
« Tu faisais un beau rêve ? A voir ta tête tu avais l'air de bien t'amuser. »
« Oui c'était un beau rêve, et là je retombe en plein cauchemar ! »
Après le cours (et après m'être expliqué deux minutes avec madame Chaminade), j'allai rejoindre Nicolas. Nous discutâmes foot, politique, et foot.
Je trouvai fascinant que malgré le fait que nos conversations n'étaient pas très renouvelées, il se trouvait toujours quelque chose à dire sur le sujet. Je lui racontai également mes déboires de la veille, ce à quoi il rigola bien.
Ensuite j'eus à nouveau deux passionnantes heures de cours pendant lesquelles -oh miracle- je fus attentif. Et enfin arriva la fameuse pause déjeuner.
Je m'en fus donc déjeuner avec Marion et Nicolas qui « l'air de rien » s'invita.
« Alors Nicolas, ça va ? » commença Marion.
« Très bien et toi ? »
« Oh mais très bien. »
On prit trois cuillères de purée.
« Hmm, Marion, je me demandais si tu ne pourrais pas me donner un petit coup de main en français. J'ai un peu de mal sur la poésie en ce moment. »
Alors ça c'était trop fort, d'habitude c'est moi qui l'aidais en français.
« Avec plaisir Nicolas, on peut faire ça ce soir si tu veux ? »
« Mais ce soir on était pas censé… » commençai-je.
Je ne pus terminer ma phrase suite au grand coup de pied que Marion me donna sous la table.
« Vous avez quelque chose de prévu ce soir ? » demanda Nicolas.
« Non, rien du tout, je ne vois vraiment pas de quoi tu voulais parler Alexis. »
Elle me foudroya du regard.
Je décidai d'approuver.
« Moui, en fait j'ai confondu, hé hé, lundi, mardi, ça se ressemble tellement… »
Et ils continuèrent de discuter. Pour m'occuper, car je ne pouvais pas sortir étant contre la fenêtre et Nicolas avait l'air tellement concentré sur sa conversation que j'hésitais à perturber un pareil instant de bonheur, je me concentrai sur un pigeon dehors.
Majestueux, gris, il picorait une à une avec un gracieux mouvement de bec les graines que lui jetait un jeune collégien. Finalement il prit son envol vers un autre arbre et échappa à mon champ de vision. C'est alors que je me rendis compte que j'étais seul à ma table, avec un plateau vide, et tout le monde qui me regardait.
J'étais décidément très fort.
Le reste de l'après midi fut banal. Cette fois j'étais à côté de Lydia pendant les deux heures, et j'en profitai pour lui raconter ma journée de la veille. J'en profitai également pour lui parler de ma famille, et de toutes les petites choses caractéristiques qui nous concernaient et qui généralement amusaient beaucoup.
Par exemple, lorsque l'on va au cinéma, et que j'ai le malheur de m'asseoir à coté de mon père, systématiquement et j'insiste sur le systématiquement, il ne cesse de parler pendant tout le film avec des questions idiotes du genre : « C'est lui le méchant ? » ; « C'est qui elle ? », « Comment il a su où il devait aller ? »,… et j'en passe. Au début ça fait sourire, mais à la longue, et lorsque tout le monde se retourne avec un regard noir, je lui explique calmement que les gens n'apprécient pas forcément que quelqu'un parle pendant un film.
Rien n'y fait, comme je l'ai dit, c'est systématique.
Une autre comme ça sur le vif : les déjeuners de famille en été en Bretagne avec les cousins… De grands moments…
Généralement ça commence (on sait comment ça commence ?) par mon grand cousin qui est très joueur qui jette un verre d'eau sur ma petite cousine. Cette dernière réagit au quart de tour avec la carafe. Vu les dommages collatéraux, mon père et d'autres membres prennent part à la bataille, au grand dam de ma mère.
Finalement lorsque mon père arrive avec le tuyau d'arrosage on se cache tous derrière ma mère car on sait que celui qui la mouille s'en repentira tout l'été…
« J'aimerais beaucoup rencontrer ta famille ! » s'exclama-t-elle.
Comment devais-je le prendre ?
« Tu pourras peut être venir lundi prochain ? »
« Je rentre samedi, l'aurais tu oublié ? »
C'est alors que je me rendis compte que après je ne la reverrais que très rarement ! Mine de rien je commençais à m'attacher ,et je m'étais habitué à elle. D'autant plus que tout le monde était jaloux de moi ce qui n'était pas plus mal pour changer…
« Tu pourrais peut être venir, euh… » balbutiais-je.
Je réfléchissais rapidement :
Le soir même : trop précipité, les parents n'accepteraient jamais.
Mardi soir : trop précipité, les parents n'accepteraient jamais.
Mercredi soir : trop précipité, les parents n'accepteraient jamais.
Jeudi soir : pourquoi pas, mais je sentais que j'allais devoir en laver des voitures.
Vendredi soir : j'avais déjà ma chère tante Magali qui venait dîner et je me voyais mal imposer mon adorable, certes, mais très bavarde tante à Lydia.
Donc ce devait être jeudi que je devais l'inviter. Mais les négociations s'annonçaient difficile. D'autant plus que je sortais (dans le sens aller dehors) avec Marion le lendemain. Et je n'avais pas vraiment envie de laver les voitures ; ou pire encore, m'occuper du chat pendant une semaine. Mais c'était tout de même Lydia. Entre Lydia et le chat mon sang ne fit qu'un tour.
« Je ne sais vraiment pas quand est ce que je pourrais t'inviter ! »
« C'est vraiment dommage. » soupira-t-elle.
Elle avait l'air vraiment triste.
J'eus pitié.
« Ou sinon peut être que jeudi mais… »
« Oh oui jeudi c'est très bien ! »
« Ah. »
Je suis un faible.
« C'est possible ? »
« Je ferai tout pour que ce le soit, je te confirme ça mercredi ? »
« Très bien, je m'arrangerai avec Sophie pour avoir la soirée de libre. »
« Parfait ! »
Lâche, lâche, lâche… question d'habitude.
Rien n'était gagné et le plus dur restait à faire, convaincre les deux parents…
J'allai commencer par ma mère, ce qui était le plus facile. Elle était dans le salon en train de lire son Télérama. Le Télérama… Je détestais ce magazine. Je lui devais mes pires soirées, par exemple une fois mon père, qui bien évidement en raffole a vu que Télérama recommandait un jour un film au cinéma. Le film s'appelait « Le pont des arts. »
C'était parait il un chef d'œuvre. Chef d'œuvre veut dire qu'on est dix dans une salle de trente places, que l'on ne comprend rien, que c'est très long et qu'il ne se passe rien…
… sans compter les questions de mon père, mais ça c'est une autre histoire…
« Bonsoir maman, ça va ? »
« Mais très bien Alexis. »
« Il y a un film ce soir ? »
« Je ne crois pas. »
Mais avant que je ne puisse dire quelque chose, elle me demanda :
« Tiens au fait, elle part quand cette américaine dont tu ne cesses de parler ? »
J'étais un peu pris de court, je n'avais pas le souvenir de lui en avoir parlé tant que ça !
« Euh, bah, dimanche pourquoi ? »
« Tu ne voudrais pas par hasard l'inviter à dîner jeudi ? »
C'était à croire qu'elle avait lu dans mes pensées.
« Et bien, oui, pourquoi pas, je vais lui demander. »
C'est à ce moment là que mon père entra et déclara :
« Où sinon tu pourras inviter Marion si tu veux ?)
Je lui jetai un regard noir.
« Lydia, ce sera très bien » déclarai-je d'un ton qui n'admettait aucune réplique.
Je n'avais pas le souvenir de leur en avoir autant parlé. Je me faisais un peu peur.
L'essentiel était acquis, mais il allait falloir que je surveille mes propos.
Si mes parents devenaient inquisiteurs à ce point c'est qu'il y avait vraiment un problème.
Surtout ne pas céder à la panique…

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Mercredi. Marion et moi raccompagnions Nicolas chez lui.
« Alors, j'ai appris que Lydia venait diner chez toi demain ? » commença Marion.
« Tout à fait. »
« Tu es très souvent avec elle. » ajouta Nicolas.
Ca y allait en ce moment.
« Je dois comprendre quelque chose ? »
« Juste que vu que tu ne me dis rien il est normal que je fasse quelques suppositions. Avant, tu vas rire mais je croyais que tu étais amoureux de Sophie. » continua t-il.
Il y avait de quoi rire en effet !
« Moi amoureux de Sophie ? Ca c'est la meilleure ! En plus elle a déjà un petit ami. Et je te fais remarquer que toi non plus tu ne me dis pas tout et de mon côté je fais aussi quelques suppositions… »
Je vis qu'il rougit furtivement. Il ne releva pas ma dernière réplique.
« Tu sais ce n'est pas parce qu'elle a déjà un petit ami que tu ne peux pas être amoureux d'elle. »
« D'autant plus que ça ne va pas très fort entre eux deux. » surenchérit Marion.
Je m'éveillai.
« Ah tiens ? »
« Oui, Sophie m'a dit qu'ils s'étaient encore disputés hier. Je ne leur donne pas plus de quelques jours. »
Nous arrivâmes à ce moment devant chez Nicolas.
« Et bien à demain Alex et Marion. »
« A demain. »
Nous marchâmes quelques mètres en silence.
« Hmm. » commença t-elle.
« Voilà qui n'annonce rien de bon. »
Elle avait une petite mine renfrognée.
« Tu vas bien en ce moment ? »
« Oui très bien et toi ? »
« J'en ai marre. », répliqua t-elle.
C'était une nouveauté, la première fois que je l'entendais dire ça. Ca ne devait VRAIMENT pas aller.
« Qu'est ce qui ne va pas Marion ? »
Petit silence.
« Marion ? »
« Non rien, j'ai eu un moment de faiblesse mais c'est passé, tout va très bien, c'est très gentil de t'inquiéter, mais il n'y a vraiment pas lieu de s'en faire. »
Petit silence.
« Tu ne dis rien Alexis ? »
« Bah qu'est ce que tu veux que je te dise ? »
« Je ne sais pas, tu pourrais insister un peu. »
« Tu ne veux pas en parler, et bien n'en parle pas. »
Petit silence.
« Bon très bien, t'as gagné, j'en ai marre du fait que je le vois tous les jours et que tous les jours il ne se passe rien, et que pendant encore deux mois ça va être comme ça, et je me dis que je ne tiendrai pas jusque là. »
« Tu as raison, c'est foutu d'avance. »
La baffe ne tarda pas. C'est qu'elle était rapide quand elle voulait. Mais je l'avais anticipée et parvint donc à l'éviter.
Une justification s'imposait.
« Tu te souviens de Charles ? »
Elle ne répondit rien.
« C'est que depuis tu as une petite réputation ! »
« Oui, bon admettons, et qu'est ce que je peux faire ? »
En fait une fois en seconde un dénommé Charles voulait savoir si Marion était amoureuse de lui ou pas. La situation était un peu ambiguë mais je vous épargne les détails.
Donc un jour il est allé la voir et lui a fait une fausse déclaration, afin de déterminer si elle était amoureuse de lui. Le problème était qu'elle était en fait vraiment amoureuse de lui. La discussion fut brève : « Je t'aime. » « Moi aussi ! » « En fait non. ».
Je vous laisse imaginer combien elle le prit mal. Il n'a malheureusement pas réussi à éviter la claque de Marion, et la marque est restée une semaine entière. Il a changé d'école, et toujours est il que depuis on se méfie un peu des réactions de Marion.
Notre rencontre aussi a été un peu comme ça, mais je préfère ne pas en parler.
« Bah foutu pour foutu, qu'est ce que tu as à perdre ? »
« Alexiiiis ? »
« Ouiiii ? »
« Ca me rappelle une conversation ça. »
« Je préfère celle là. A ta place, je… je… je l'inviterai tranquillement faire une promenade après avoir fait un peu de français avec lui et ça devrait marcher. »
On parie qu'elle fait l'inverse ?
« C'est donc ton conseil ? »
« Oui. »
« Très bien, je vais donc l'inviter au cinéma et ensuite lui offrir un bon Mac Donald et on n'en parlera plus. »
J'aurais dû parier.
« Et surtout ne lui offre pas de fleurs, le connaissant il détestera ça. »
« Merci du conseil, il déteste quoi comme fleurs ? »
« Les roses en particulier. »
« Très bien, je lui en trouverai un bouquet. »
Nicolas était encore plus extrémiste romantique que moi et avait une passion, que je n'ai jamais partagée d'ailleurs, pour le jardinage.

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Nous marchions ensemble Lydia et moi pour aller chez moi.
« Alors, tu dis bien bonsoir madame, bonsoir monsieur… », continuai-je.
« Oui ? »
« Tu ne mets pas tes coudes sur la table, tu attends que ma mère ait commencé pour commencer à manger, et tu ne t'assois pas avant elle. »
« Je me demande si j'ai bien fait d'accepter cette invitation moi. » remarqua Lydia.
« Maiiiiis si, tout va bien se passer, tu verras. »
Jeudi soir était finalement arrivé et je faisais mes dernières recommandations à Lydia avant de pénétrer dans l'antre familiale. Elle était un peu tendue.
Après un quart d'heure de marche et surtout de recommandations nous arrivâmes finalement chez moi.
« Prête pour le grand saut ? »
Elle inspira un grand coup.
Je poussai la porte.
Ce ne fut pas mes parents qui m'accueillirent mais le chat qui se frotta contre moi.
« Oh qu'il est mignon. » commença t'elle.
Elle ignorait tout de l'enfer que ce chat me faisait vivre chaque journée de mon existence.
« Il ne faut pas s'y fier, il est très machiavélique. »
Il y eu un petit silence.
« Tu vas bien Alexis ? »
« Oui pourquoi ? »
« Parce que c'est un chat. »
Finement observé.
« Ce n'est pas n'importe quel chat, celui là est très intelligent. Il a très bien compris qu'on pensait qu'il était très bête, et donc il en profite pour nous imposer son mode de vie, mais moi je ne suis pas dupe, et je sais très bien qu'il le fait exprès ! »
Elle eut un regard qui voulait en dire long.
Je décidai de m'abstenir de tout commentaire, encore une fois ce chat m'avait piégé, j'étais sur qu'il l'avait fait exprès, il paierai en temps et en heure pour ça.
C'est alors que ma mère arriva :
« Alexis, laisse le chat tranquille. »
Et nous y voilà, et elle continua :
« Oh, mais vous devez être Lydia, je suis enchantée de faire ta connaissance depuis le temps que l'on me parle de toi. »
Lydia eut un air mi surpris, mi amusé.
Je glissais discrètement en français à ma mère un petit : « tu n'en fais pas un peu trop là ? »
« Mais qui voilà donc ! » s'exclama mon père.
J'avais le pressentiment que j'allai passer une longue soirée.
Nous passâmes à table, et après les questions d'usage du type « as-tu des frères et soeurs » ; « ou habites tu » … nous passâmes à un autre sujet de conversation : moi…
Les phrases types tel que : « non, Alexis ne t'a pas dis qu'il était claustrophobe ! »… qui avait l'art de m'énerver un peu. Ca se traduisait par des petits coup de pieds sous la table et mon père qui me demande : « bah pourquoi tu me donnes des coups de pieds ? » avec un grand sourire…
Et Lydia qui riait beaucoup…
La soirée se passa donc bien, si on oublie cette histoire de soufflet raplapla et le problème des poires au sirop périmées pour le dessert, choses hélas banales dans cette famille. A dix heures la mère de Sophie passa à la maison pour ramener Lydia chez elle.

…………………………………………………………………………………………………………………………

« Alors ce dîner ? » demanda Marion.
« Il s'est bien passé, et toi ? Quoi de neuf ? »
« J'ai pris une décision. »
« Aïe. »
Nous étions en train de déjeuner ensemble à la cantine. C'était une première : nous ne déjeunions que très rarement ensemble le midi, d'habitude elle avait son groupe d'amies et allait avec elles. Mais elle avait quelque chose à me dire.
« Oui, j'ai pris une décision. » répéta t-elle.
« Donc tu as pris une décision. »
« Oui. »
Encore une conversation passionnante et constructive.
« C'est ça que tu voulais me dire ? Que tu avais pris une décision ? »
« Mais non voyons, je voulais te dire quelle était la décision en question. »
On allait peut être s'en sortir.
« Et quelle est donc la décision en question ? »
« Alors…, en fait… »
Une minute plus tard…
« J'ai décidé de passer à l'action aujourd'hui. »
Je manquai de m'étouffer avec ma purée.
« Pardon ? » répliquai je après avoir récupéré.
« Oui, c'est décidé. »
« C'est donc décidé. »
« Effectivement, c'est décidé. » continua t-elle.
Un petit silence s'installa.
« T'es sérieuse là ? » repris-je.
« A ton avis ? »
Je sentais sa main s'agiter, je décidai sagement de ne pas pousser plus loin.
« Et bah c'est cool. »
« C'est tout ce que tu trouve à dire ? »
« Bah quoi ? »
Sa main s'agitait de plus en plus.
« Je t'annonce que je vais faire ma déclaration à la personne que j'aime, que je mets en jeu mon existence, mes sentiments, et ma santé des 5 prochains mois, et tout ce que tu trouves à dire c'est : « ah bah c'est cool » ? »
« Hmm, qu'est ce que tu veux que je te dise ? »
« Je ne sais pas moi, des encouragements seraient les bienvenues tu ne penses pas ? »
« Ok, alors je te souhaite de bons encouragements. »
« Merci Alexis, c'est très gentil de ta part. » répondit elle sarcastiquement.
Je passai le reste de la récréation avec Lydia qui partait le lendemain, j'en avais un pincement au cœur. C'était les dernières heures que j'allai passer avec elle avant longtemps même si elle avait promis de venir passer me voir en août.
On eut également une conversation très profonde sur l'essence de la vie en se demandant pourquoi les personnes au téléphone agissent comme si leur interlocuteur était en face d'eux, en faisant des grands gestes plein d'emphase ou en se demandant également pourquoi lorsque l'on arrivait chez le boulanger il y a toujours systématiquement une queue d'une demi-heure et lorsque l'on en sort il n'y a jamais personne derrière soi…
Ce qui eut pour résultat que je fus plus triste encore au moment de la quitter le soir avec la maigre consolation d'avoir ma tante Magali au dîner avec nous.
La consolation s'averra plus maigre qu'espéré tout compte fait. Ma tante Magali arriva donc à huit heures tapante, selon son habitude, et selon son habitude nous raconta toutes ses histoires de boulots, l'échec de son deuxième mariage, le fait qu'elle avait l'intention de vendre sa maison de vacances en Provence… en définitive que des choses passionnantes qui ne manquèrent pas d'éveiller en moi un intérêt toujours croissant pour des sujets toujours plus passionnants les uns des autres.
Ce fut donc une soirée rasoir, déprimante du fait que je ne reverrai plus Lydia avant un petit bout de temps, et aussi intrigante dans la mesure où je n'avais pas eu le compte rendu de Marion quand à sa décision de passer à l'action.
Je me couchai tôt prétextant une migraine -je n'avais rien trouvé de mieux sur le moment pour échapper à ma tante, certes adorable mais un tantinet égocentrique- et fit des cauchemars…

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La porte s'entrouvrit doucement et laissa filtrer une raie de lumière, une douce voix retentit :
« Alexis, tu vas être en retard ? » annonça en douceur ma mère.
« Gagna ? On est pas samedi aujourd'hui ? » articulai-je péniblement.
« Si, mais on a rendez vous chez le dentiste je te rappelle. »
Mon sang ne fit qu'un tour.
« Quoi ? »
« Et oui, c'est aujourd'hui. »
« Noooooooon. » fis je en replongeant sur mon oreiller.
« Ecoute, je sais que ça t'es pénible et que tu en as un mauvais souvenir, mais il faut y passer ! »
« Non non non. »
« J'ai été patiente jusqu'à maintenant mais… » commença t-elle.
« D'accord je me lève. » la coupai-je en sortant instantanément de ma couette avec un grand sourire forcé.
« Je te préfère comme ça, tu te brosseras bien les dents hein ? »
« Oui, ne t'en fais pas, fais moi confiance comme à toi-même. »
Elle eut un regard affligé.
« Oui bon, je vais aller me brosser les dents, tu es contente ? »
Il n'y a rien que je détestais plus que le dentiste, à part le bricolage, les dîners avec ma tante, laver les voitures, louper mon bus, y aller à pied et me faire dépasser par le bus suivant 20 mètres avant l'arrivée, tondre la pelouse,…
Je m'égare, le fait est que je n'aime pas NON PLUS le dentiste. C'est toujours la même chose, tu attends une heure dans la salle d'attente avec trois gamins qui pleurent, il y a : soit des petits « J'aime lire » et des « Astrapis » pour les petits, soit des magazines « elle » et « côté sud » pour les mères (à noter qu'il n'y a pas de magazines pour les pères, à croire qu'ils ne vont jamais chez le médecin !), mais alors pour les adolescents…
Ensuite après une attente prolongée, une infirmière arrive avec un grand sourire, théoriquement destiné à rassurer, mais il faut croire que ça ne marche qu'avec les petits enfants de 8 ans…
Et enfin on entre dans le cabinet, où le médecin est penché sur un document et te commande de t'asseoir sans te regarder, et continue de lire son document pendant cinq minutes ce qui te laisse tout le loisir de contempler une multitude d'instruments pointus avec pour tous des fonctionnalités différentes.
« C'est pour la carie ? »
« Non, je suis là pour les dents de sagesse. »
« Ah oui. »
Et l'opération commença. A ma grande surprise elle se déroula plutôt pas mal, contrairement à mes craintes. Il m'avait semblé qu'étant petit c'était beaucoup plus douloureux.
En fait c'était plus perfide que ça, ce n'est qu'une fois le cabinet quitté que les douleurs commencèrent. A midi j'avais déjà les fameuses joues de castors, ce qui fait que je ne pouvais plus manger sauf avec une paille, et que j'avais du mal à parler.
Mon téléphone sonna :
« A o ? »
« Alexis ? Ca va ? C'est Lydia. » commença t'elle en anglais.
« e ui on en ke u es a e é. » tentai-je.
« Allô ? Je t'entends très mal ? »
« on, on. »
« Allô ? Allô ? Ecoute, je te capte très mal, je raccroche, appelle moi quand tu capteras.»
Elle raccrocha. J'optai pour un sms…
Après une petite explication qui l'a fait beaucoup rire (j'avais gardé secret le fait que j'allai avoir des joues de castors, ce que je n'avais pas prévu, c'est que ça durerai une semaine, les commentaires fusèrent le lundi.), elle m'annonça une nouvelle qui me fit moins plaisir qu'elle aurait du : Sophie et Paul n'étaient plus ensemble.
Dans l'après midi je pu enfin retrouver mes facultés orales et j'eus ainsi l'opportunité de faire un dernier adieu à Lydia qui repartait vers les Etats-Unis d'Amérique.
Et enfin j'eus un appel de Marion.
« Allô Alexis ? »
« Tien Marion, quelle bonne surprise ! »
« Oui, tu vas sûrement rire, mais je n'ai pas pu t'appeler avant parce que lorsque je prenais mon bain hier, mon portable a sonné, et donc j'ai répondu, mais il est aussi tombé dans l'eau, ce qui fait qu'il ne marche plus très bien. »
Effectivement, c'était plutôt drôle.
« Et là tu m'appelles avec quoi ? »
« Avec un nouveau portable qu'on vient d'acheter, j'avais quand même réussi à sauver ma carte SIM. »
« T'es pas très douée quand même. » remarquai-je.
« Tu veux qu'on reparle de la fois où lorsque tu étais chez moi tu as commencé à faire couler un bain, en ayant oublié de boucher la baignoire, jusqu'à ce que je t'en fasse la remarque, et qu'après tu l'as faite déborder ? »
« … »
J'optai pour un silence.
« Ou encore lorsque tu m'avais inviter à dîner, que tu avais mis une casserole à chauffer en ayant oublié l'eau à l'intérieur. » continua t-elle.
« C'est du détail tout ça, c'était il y a longtemps ! » m'exclamai-je.
« Ah oui ? Et la fois où tu es allé chez Nicolas il y a un mois sous la pluie avec ton manteau sous le bras, et que tu pensais l'avoir oublié, et que ce n'est qu'une fois arrivé la bas et que Nicolas t'en ai fait la remarque que tu t'étais rendu compte que tu ne l'avais pas oublié ? »
Effectivement, ce n'était pas mon jour le plus glorieux, mais heureusement qu'elle ne savait pas que sur le retour j'étais rentré dans un cycliste.
« Ou encore la fois où… »
« Oui bon ça va, j'ai compris. J'imagine que tu ne m'appelais pas pour ça tout de même ?»
« A la base non mais réflexion faite, c'est plutôt marrant. »
Elle prenait un malin plaisir à me ridiculiser.
« Rions : hahaha. »
« Bon, je t'appelais en fait pour te faire un compte rendu de ma soirée d'hier. »
« Ah. A ton humeur sarcastique, j'en déduis que ça ne s'est pas trop mal passé.»
« Ouiiiii, c'est officiel, j'ai un petit ami. »
Elle le méritait, depuis le temps.
« Alors, comme ça c'est passé ? » lui demandai je.
« Oui bon, en fait c'est un peu plus compliqué que ça, je pense que tu vas rire, mais je ne pense pas être très doué pour les déclarations. »
Je sentais que ça allait être comique.
« Je t'écoute ? »
« Tu es sur que tu veux vraiment le savoir ? »
Je jugeai superflu de répondre à la question. Elle continua :
« Hmm, en fait on a fait un scrabble. »
Ca commençait mal.
« Et en fait je cherchais à avoir des mots pour faire des « je », puis des « toi », puis des « aime », mais j'avais jamais les bonnes lettres. »
Un grand moment en perspective.
« Après on a travaillé un texte en français, et vu qu'on travaillait, je n'ai rien dis. »
« Hmm ? »
« Après je me suis dis que j'allai lui faire écouter la BO de Titanic pour l'émouvoir, mais il détestait cette chanson, donc là non plus j'ai pas pu. »
Qu'est ce que je n'aurais pas donné pour avoir été là !
« Et ensuite on a papoté, et en fait là ça m'était sorti de l'esprit. »
Et elle osait se moquer de mes inattentions passagères…
« Et en fait c'est en sortant de chez lui que ça m'est revenu, et donc sur le palier je lui ai dit : « au fait j'ai oublié un truc. » Il a dit : « Ah », et j'ai dit : « oui, en fait je crois que je suis amoureuse de toi. » et puis je suis parti. »
« Et c'est tout ? »
« Oui, et en fait j'avais éteint mon portable en partant, pour faire durer le suspens, et après je l'ai rallumé, et quand j'ai voulu lui répondre, le portable est tombé dans le bain. »
Je ne pouvais plus me retenir, j'explosai de rire.
« Et en fait je me demandais si toi tu ne pourrais pas l'appeler pour lui demander ce qu'il voulait me dire ? »
Je m'arrêtai d'un coup.
« Quoi ? » m'exclamai je.
« Oui, parce que j'ai trop peur de lui parler maintenant, et je me suis dit que toi qui est un ami fidèle et dévoué, que tu pourrais peut être te montrer aimable pour changer. »
« … »
« … »
« … »
« S'il te plait. »
Je cédai. Je fus faible.
« D'accord. » répondis je finalement.
Bon, donc en fait rien n'était acquis. Mais le coup de la déclaration par scrabble interposé,… ça allait la poursuivre longtemps ça.
Les déclarations d'amour et Marion, c'est comme ma famille et le bricolage : on est très confiant, on en rigole beaucoup, mais à la fin on s'aperçoit qu'on est retourné à la case départ (si ce n'est pire.)
Par exemple une fois mes cousins et moi fûmes chargés de repeindre une chambre dans la maison de nos grands parents dans le sud. J'étais un peu plus jeune qu'eux à l'époque, c'est pourquoi j'eus le droit à de sévères recommandations : « Tu ne mets pas UNE goutte de peinture sur la moquette. » Ce à quoi je répondis : « oui bon c'est bon j'ai plus neuf ans maintenant ! » (Je venais d'en avoir dix.)
J'ai sûrement dû faire quelques tâches moi aussi, mais elles furent éclipsées par une, enfin des biens plus grosses : mon cousin s'acharnait laborieusement sur le plafond, lorsque le téléphone sonna. Il descendit donc, sauf qu'au lieu de poser le pied sur la moquette, il le posa dans le pot de peinture. Il eut bien évidement le réflexe idiot de le ressortir immédiatement et laissa ainsi de splendides marques sur la moquette. Mes autres cousins, et moi-même se moquâmes bien de lui.
Heureusement il eut sa revanche. En effet dans leur précipitation, un autre de mes cousins confondit la colle et la peinture, et se mit à fixer le papier peint à l'aide de peinture, ce qui ne tenait pas très bien, et il peignit avec de la colle… Un autre de mes cousins boucha les prises électriques avec de plâtre…
Inutile de vous préciser que depuis on est dispensé de travaux manuels, et c'est tant mieux comme ça.
Le soir même j'appelai comme convenu Nicolas :
« Tiens, salut Alexis, tu sais qu'il m'en est arrivé une bonne hier ? »
« Oui, j'en ai vaguement eu l'intuition, c'est d'ailleurs à ce sujet que je t'appelle. »
« Ah, Marion t'as raconté ? »
« En quelques sortes oui, mais en fait elle a eut un petit problème de portable hier, et donc n'a pas pu te répondre, et donc je joue les intermédiaires. »
« Hmm. »
« Oui, autant te dire que je ne sais pas trop ce que tu penses, mais Marion est une fille géniale, et qu'il ne faut pas se baser sur les rumeurs… »
« Tu fais allusion à Charles ? »
« Oui enfin bon, donne moi ta réponse, et tout sera pour le mieux. »
Il eut un moment de silence, puis finalement :
« Ca m'embête de te faire cet aveux, et j'aurai préféré lui dire directement, mais je crois que moi aussi je suis amoureux d'elle. »
Nous nous quittâmes sur cet aveu.
Le week-end passa, et mes pensées s'envolèrent vers le nouveau monde.
Le lundi j'eus le droit à de nombreux commentaires sur ma drôle de tête. Joues de castor obligent… Et j'eus également le grand plaisir de voir Sophie, qui m'invita à prendre un pot avec elle mercredi seule à seul. J'étais aux anges. Tout semblait voguer vers un heureux épilogue : j'étais ami avec Christian, enfin relativement tout de même, Marion et Nicolas étaient ensemble, je ne voyais plus Paul qui me rendait ridiculement ridicule à côté de lui, Sophie était libre, et Lydia m'avais envoyé un texto pour me dire qu'elle pensait à moi et qu'elle était bien arrivée, sans oublier Marion et Nicolas qui vivaient leur idylle.
Et enfin le mercredi arriva :
« J'ai réalisé quelque chose durant ce dernier mois. » m'annonça t-elle.
« Ah bon. »
« Je pensais n'avoir jamais été amoureuse, mais toute cette histoire m'a prouvé le contraire. »
« … »
« Alors je vais te l'annoncer en premier, aujourd'hui je suis officiellement amoureuse et en fait le suis depuis bien plus longtemps que je le pensais. »
« … »
« Devine qui c'est. »
« … »
« C'est un prénom en six lettres. »
« Batman ? »
« La première lettre est un A. »
« Arthur ? »
« La deuxième lettre est un l. »
« Désolé, je ne vois pas du tout. »
Ca faisait depuis un petit moment que je voyais très bien ! Elle savait que j'avais compris, mais elle avait décidé de jouer le jeu.
Je n'étais pas tellement plus doué que Marion pour les déclarations d'amour tout compte fait.
« C'est toi. »
« Alors pour ton information je t'annonce que toi ne contient que trois lettres et commence par un t. »
Je pense que je pouvais difficilement trouver pire comme réflexion.
Elle sourit un instant puis se pencha vers moi.
« Alors ? », me demanda t-elle en me regardant fixement.
Je souris bêtement…
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Et ça c'est terminé comme ça :
« Mettre une cuillère à café de moutarde dans un bol. Ajouter une cuillère à soupe de vinaigre et bien diluer la moutarde.
Ajouter progressivement 3 à 4 cuillères à soupe d'huile.
Saler et poivrer selon le goût.

Variantes :
- remplacer le vinaigre de vin par du vinaigre balsamique ou de Xérès
- remplacer une cuillère d'huile de tournesol par de l'huile d'olive
- aromatiser avec des fines herbes : persil, ciboulette, etc. »
Après une longue réflexion, j'avais opté pour une vinaigrette : moins cher, moins compliqué, plus facilement rattrapable.
Sophie avait très mal pris mon refus dans le café et était parti rapidement, sur un ton sec. Je pense qu'elle n'était pas vraiment amoureuse de moi mais que c'était plus par vengeance de Paul. Et cette histoire aura au moins eu le mérite de me faire réaliser que ce n'était pas vraiment vers elle que je penchai, mais plutôt vers :
« Allô Lydia ? »
« Salut Alexis, je te confirme donc que je pourrai venir en France pendant le mois de juillet. »
« C'est trop cool, là mes parents sont partis pour le week-end et je m'entraîne un peu en cuisine pour mieux te recevoir. »
« C'est cool ! Et au fait, j'ai une super bonne nouvelle à t'annoncer ! »
Je ne sais pas pourquoi, mais mon cœur se noua.
« Mon frère va se marier, c'est trop cool non ? » m'annonça t-elle.
J'eus un soupir de soulagement.
« On se voit pendant les grandes vacances alors ? »
« On se verra pendant les grandes vacances. »



FIN



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