Extraterrestres
de Arthur Z. Balogh



Leur ressemblance était frappante. Seul un observateur perspicace pouvait déceler les différences d'âge et de physique, à première vue peu évidentes.
Ils étaient grands tous les cinq. La tête un peu longue et le manque de cheveux mettaient en évidence l'ovale parfait. Les yeux proéminents contrastaient avec les oreilles aplaties et extrêmement petites. Cependant, le pourtour des yeux révélait leurs différences d'âge.
Le plus âgé avait les yeux cernés et enfoncés, les globes moins saillants. Dans les coins se cachaient des multitudes de fines ridules.
Dehors, un soleil jaune illuminait les bâtiments de l'Administration centrale disséminés dans un parc éternellement fleuri.
Sur la planète interdite les nuages n'existaient plus. Pas de changements visibles de saison et, dans l'espace, les couloirs d'approche étaient coupés de l'Extérieur vers l'Intérieur. Eux seuls disposaient d'un passage vers le reste de la Galaxie.
— Voyons « Deux, » nous ne sommes pas réunis pour nous occuper des affaires locales, il faut prendre une décision concernant Sol.
— Je sais. « Deux » dévisageait le plus âgé, aux yeux cernés. « Cinq » n'est pas avec nous. Pourquoi ? Son opinion…
— Désolé, répondit « Un. » Il est en voyage d'exploration vers Andromède selon le programme prévu. Les couloirs sont incertains, ou plutôt mal établis ! Je pense que sa mission durera plus longtemps que prévu.
Satisfait par la réponse, « Deux » esquissa un mouvement de tête et s'adressa à « Trois » qui leur tournait le dos pour regarder le parc où un gros animal en poursuivait un plus petit entre les bosquets.
— Un Rhipicephalus attaque un canidé, murmura-t-il.
— Vous restez toujours sensible, constata « Six » et il s'assit dans un fauteuil qui épousait ses formes et l'enveloppait automatiquement.
— Nous vous écoutons « Trois » ! « Un » s'assit pour refermer le cercle avec « Quatre » toujours immobile. L'interpellé restait debout. Il se retourna lentement.
— Vous voulez savoir, après plusieurs millénaires de surveillance et d'analyses, si nous pouvons établir le contact avec eux ?
Son regard effleurait ses compagnons comme pour chercher une approbation.
— Ma réponse est non, incontestablement non ! Nous ne pouvons pas révéler notre existence et nous ne savons absolument pas quand nous pourrons le faire. Dans 500 ou 5000 ans ? Ou jamais ? Impossible de le savoir.
Il s'accorda un peu de silence pour rassembler ses idées, avant d'enchaîner.
— Ce sont des humains extraordinaires pour diverses raisons. Par exemple, pendant des millénaires, leurs progrès étaient limités. Quand nous avons cru utile d'installer une religion monothéiste basée sur d'autres expériences, contrairement aux autres entités, le résultat fut décevant. Leur évolution intellectuelle stagnait. Il faut dire qu'ils ont découvert leur planète malgré eux ! C'est vraiment contre les autorités et contre les théories officielles et les croyances que la réalité a triomphé. Quelques révolutionnaires ont déclaré que « la terre était ronde » et cette constatation, sous les coups de boutoir des contraintes de la réalité, a enterré l'ancienne cosmologie liée à leur religion, pour permettre de quitter leur supposée place centrale dans l'Univers.
— Bien avant le développement réel des religions monothéistes, une tribu minuscule, nommée Hellènes, avait fondé les bases de toutes les connaissances utiles pour l'humanité à venir, en créant la philosophie matérialiste et idéaliste. Parallèlement avec ces penseurs, grâce à leurs écrivains, naissait la tragédie, pendant que d'autres artistes développaient la sculpture et l'architecture à la beauté jamais égalée.
— La tribu en question a disparu dans la fournaise des guerres incessantes. Car, les différentes races, peuplades et tribus ont passé leur temps à guerroyer et à s'autodétruire mutuellement pendant des millénaires, comme de nos jours ! Pompeusement, ils appellent cela encore aujourd'hui, l'Histoire. Des princes, des rois et des empereurs passaient leur temps à s'allier et à se faire la guerre, toujours au nom et pour la gloire de leurs dieux. En réalité, ils ne pensaient qu'à leur propre gloire et à leur immortalité.
— Pendant ces siècles, l'avancement économique et intellectuel général des populations fut presque inexistant. Après leur datation, ce qui est déjà une absurdité, au 15e siècle, un autre peuple morcelé en tribus, nommé actuellement Italiens, s'est affirmé avec une soudaineté stupéfiante comme les Grecs avant eux. Des peintres, des sculpteurs, des bâtisseurs d'églises et de palais ont laissé pour l'avenir des œuvres artistiques impérissables. Mais leur disparition fut aussi soudaine que leur apparition. Quelques siècles plus tard, ces mêmes tribus italiennes et d'autres tribus germaniques concrétisèrent la musique, réalisant des oeuvres inoubliables sur tous les instruments et dans toute l'Europe, jusqu'au vingtième siècle.
— Évolution très lente, remarqua « Un ».
— Justement, c'est à cause de cette lenteur que nos chercheurs les considèrent comme extraordinaires ! Pendant plusieurs millénaires ils eurent trois périodes éloignées dans le temps ; trois siècles pour créer toutes les formes de l'art et les bases des sciences. Une progression mystérieuse, par à-coups. Il ne faut pas oublier que depuis le début de leur histoire leur technologie était stationnaire ! Ils ont utilisé le cheval comme transport, le feu comme énergie et lumière. Il y a peu de temps encore, mis à part une poignée d'artistes et de penseurs créateurs, les populations sont restées sur le même niveau d'ignorance.
ØCependant d'autres races sur d'autres continents ont développé des cultures différentes des Hellènes. Ces cultures sont exclusives et adaptées aux races. En Asie, les Chinois et les Hindous en même temps que les Égyptiens en Afrique du nord et bien plus tard d'autres sur le continent américain…
Ø Sous notre influence, si mes souvenirs sont exacts, l'interrompit « Quatre ».
Ø C'est vrai. Comme partout dans l'Univers. « Trois » s'adressa directement à son compagnon. Remarquez que ces cultures, à l'exception des Hellènes, sont desséchées. Certaines n'ont laissé que des constructions apparemment éternelles, d'autres, sous forme de religion sclérosée, survivent dans leur forme millénaire. Seuls les adeptes de la culture hellène, qu'on appelle Européens, sont arrivés à un niveau technologique qui permettra un jour peut-être l'ouverture de relations entre eux et nous.
— Nous les considérons extraordinaires à cause de leur croissance générale très lente. Un immobilisme avec des sauts inattendus a des niveaux inégalés. C'est en faisant des comparaisons avec les autres races que nous comprenons pourquoi ils sont extraordinaires. Pensez donc, il y encore cent ans, ils ne connaissaient ni l'électricité, ni l'aviation et ne comprenaient pas que la Galaxie ne représente pas tout l'Univers ! Il ne leur a fallu que cent ans pour aller de zéro à l'espace ! Une progression foudroyante, vous ne trouvez pas ? Nous n'avons pas d'autre exemple dans toute la Galaxie d'un changement si profond après un immobilisme si long.

*

« Trois » regardait la pleine lune sur le ciel constellé d'étoiles. La terrasse, ressemblant à l'étrave d'un navire, avançait au-dessus du vide, pour s'arrêter brusquement sans aucune barrière visible. Il savait qu'un champ de force invisible empêchait quiconque de tomber.
— Regarde, « l'Ange deux » se lève.
Sa femme s'approchait silencieusement. Elle sentait l'esprit de « Trois » l'envelopper délicatement en s'insinuant dans ses pensées intimes, avant de se retirer avec une douceur infinie. À l'ouest, telle une orange légèrement déformée par l'atmosphère, la deuxième petite lune émergeait lentement des brumes de la nuit.
— Pourquoi l'appelle-t-on « Ange deux, » demanda-t-elle ?
— Je ne sais pas. On l'a toujours appelée comme ça.
Il tenait la main de sa femme et caressait distraitement ses longs doigts fins.
— À quoi penses-tu ?
Il avait toujours aimé sa discrétion, parce qu'elle évitait de lire dans ses pensées.
— Aux Terriens.
— Peux-tu me montrer leur étoile ?
— C'est impossible. Ils sont de l'autre côté de la Galaxie. Plus de cinquante mille années-lumière. Regarde vers le Centre. Bien au-delà se cache leur étoile parmi des millions d'autres.
— Vous les contacterez ?
— Je ne pense pas. C'est trop tôt. Il faut leur éviter une catastrophe.
— Tu m'emmèneras un jour voir une de leurs villes ?
Il ne répondit qu'après un long silence.
— Oui, pourquoi pas ?

*

— Ils ont des problèmes presque insolubles. Ils s'enfoncent de plus en plus dans leurs problèmes millénaires ignorés.
Réunis de nouveau, cette fois « Trois » assis, fermait leur cercle et un petit sourire flottait sur ses lèvres.
— Je pense que j'irai sur Sol avec ma compagne indispensable. Elle veut les voir.
— Sont-ils vraiment intéressants ? « Un » regardait son vis-à-vis avec intérêt.
Il hésitait sur la réponse à donner.
— Oui et non. Ce sont des extraterrestres. Ils viennent d'une souche différente pour devenir plus tard, par les contraintes de l'évolution, nos semblables. Les différences majeures entre les habitants de la Galaxie sont intimement liées à la pesanteur et aux radiations émises par leur astre central. Ma compagne n'a jamais visité un autre monde et c'est vrai, leur système est fascinant, même sous un regard superficiel.
— Alors, ces problèmes que vous évoquiez hier, s'impatienta « Cinq » ?
Ø Leur handicap millénaire, ce sont les religions, les croyances, répondit « Trois » après un temps de réflexion. En outre, les différences collectives et individuelles trop prononcées à l'intérieur d'une même race sont alourdies par les concepts de la nation, une réalité historique et culturelle soulignée par la multiplicité des langues parlées.
— C'est trop, conclut « Deux ».
— Oui, c'est trop. Les religions, ce sont leurs croyances. Tout le monde croit en quelque chose, en un dieu unique, un être suprême, mais sous des appellations différentes. Chaque dieu unique est lié à une race, ethnie ou communauté. Le résultat, c'est qu'ils sont capables de s'entre-tuer pour la gloire d'un même dieu ! Dieu qui, hélas, leur paraît toujours différent ! D'autres vénèrent plusieurs dieux, ce qui ne les empêche pas d'être aussi impitoyables et de manquer de tolérance envers les autres.
— Manque d'intelligence, ils restent primitifs.
— Évidemment qu'ils sont primitifs ! Les populations, ces milliards d'individus avec leurs différents niveaux de vie et culturels, utilisent une certaine technicité. Une partie de cette masse possède l'électricité, la radio, la télévision. Ils ont des ordinateurs, ils voyagent en avion, utilisent des machines domestiques, des robots primitifs, mais sans comprendre le fonctionnement de cette technique d'avant-garde, à part une élite extrêmement ténue. Cette élite a tout inventé ! La majeure partie de la population ne possède presque rien. Ceux-là n'ont pas participé à l'œuvre collective des inventions. Ils vivent dans la pauvreté et dans l'ignorance et tentent de s'accrocher aux autres en quémandant de l'aide. Il y a des mouvances théoriques. Ils sont ballottés par des sentiments contradictoires. La mode actuelle c'est l'humanisme, la paix à tout prix, l'aide généralisée, tout en continuant de s'armer, parce que les contraintes raciales et nationales les obligent à refouler ceux qui ne produisent rien et veulent être entretenus. Il y a à peine cent ans, la mode était de partir et de découvrir d'autres continents, des peuplades qui n'avaient aucun contact avec la civilisation. Leur but était la conquête, agrandir leur empire, et sous la dénomination de colonisation ils ont fièrement apporté leurs religions, leurs coutumes, leur culture et technicité. C'est pour vous montrer l'influence des théories, des idées contradictoires qui changent de génération en génération. Ils ont une capacité extraordinaire pour dénigrer ce qu'ils ont adoré.
— La réelle nouveauté, c'est que depuis quelque temps les contraintes économiques les obligent à rassembler les nations disparates pour former des unions, tout en éprouvant les plus grandes difficultés pour aplanir leurs différences. De grandes entités supranationales remplacent tant bien que mal des chauvinismes régionaux où tout le monde est ennemi de tout le monde.
— Où en sont-ils exactement, du point de vue technique, demanda « Un » ?
— Leur premier avion a décollé il y a cent ans, comme je vous le disais. Ils envoient maintenant des fusées d'exploration dans leur système. Il y a quelques dizaines d'années encore, ils considéraient la Galaxie comme l'Univers. Actuellement, ils tentent de calculer l'âge du Cosmos après six mille ans d'une genèse divine supposée et quelques années après la naissance d'une théorie appelée big-bang. Plus réaliste certes, mais sous-entendant toujours la création. Sans parler de divin, ils supposent que l'Univers fut de rien, d'un instant primordial. Pour le moment, ils sont bloqués avec le problème du temps. La compréhension du paradoxe du temps leur ouvrira plus tard des perspectives insoupçonnées concernant l'étendue et l'âge de l'Univers. Mais ce n'est pas encore à l'ordre du jour.
« Trois » regardait ses ongles comme pour chercher l'inspiration.
— Par conséquence, notre civilisation reste incompréhensible pour eux. Le niveau culturel général entre nos races est dissemblable. La différence de développement entre eux et nous est incommensurable. L'écart est d'environ cent mille ans. Si nous établissons un contact dans l'immédiat, nous les condamnons à disparaître. Ils sont certainement vaillants, mais ne comprendront jamais que nous avons la possibilité de les effacer instantanément.
Ø Pourquoi parler d'effacement, s'étonna « Deux ? »
Ø Parce que depuis plusieurs dizaines d'années leurs écrivains et leurs cinéastes jonglent avec l'idée d'une rencontre avec des extraterrestres et ils pensent sans exception que la suite sera une guerre à outrance. Ils ne peuvent pas imaginer d'autre relation que de puissance contre puissance, conquête, écrasement, affrontement. Regardez plutôt.
Un geste et l'immense baie où la lumière rentrait à flot s'obscurcissait lentement pour laisser apparaître des scènes de guerre. De nombreuses Soucoupes volantes irradiaient des villes entières, des avions de combat flambaient, les populations s'enfuyaient en hurlant devant l'invasion des monstres. La salle était envahie par le bruit d'une fureur guerrière pendant que les images s'enchaînaient.
— Remarquez, les humains gagnent chaque fois contre l'envahisseur.
— Parce que les extraterrestres sont des envahisseurs, demanda « Quatre » ?
— Oui. Au fond, ils sont fascinés par l'idée qu'il peut exister d'autres hommes qu'eux, d'autres cultures et civilisations dans l'Univers. Ils cherchent, ils attendent, ils espèrent et redoutent cette rencontre. Avec raison, car actuellement, il n'y a qu'une seule forme de relation possible entre eux et nous, la colonisation ou la destruction. Comme vous le savez, le problème, c'est qu'en établissant une relation entre deux races de niveaux culturels totalement différents, la plus faible est condamnée à disparaître.
— Ils peuvent nous singer, c'est certain. Mais notre civilisation restera étrangère à leur esprit et ils seront incapables de continuer à développer notre culture. Si nous leur offrons la possibilité d'essaimer dans toute la Galaxie, ce qu'ils sont incapables de réaliser par leurs propres moyens pour le moment, ils exporteront leurs problèmes spécifiques. Cette tentative de conquête causera leur perte, parce qu'ils essayeront d'utiliser nos capacités de destruction au nom de leurs nationalismes, de leur supposée supériorité et d'autres croyances nuisibles. Ces causes, souvent apparemment nobles, cachent difficilement le désir du pouvoir, le désir de régner et de régenter. Sans parler qu'en obtenant une technicité pour eux inimaginable, ils perdront leur créativité et s'engageront sur la pente de la dégénérescence. Les humains sont des individus prêts à tout. Ils ne comprennent pas encore que leur histoire est créée par des individus, des gens souvent fous. Nous ne pouvons satisfaire les désirs macabres de ces personnalités qui continuent d'imaginer encore être l'outil de Dieu.
— Nous pourrions devenir des dieux pour eux, n'est-ce pas ? « Six » regarda ses compagnons.
— Naturellement ! Leur incapacité de nous éliminer physiquement, nos possibilités de les guérir en peu de temps de toutes leurs maladies et leur immense désir de croire dans le surnaturel, pourraient nous transformer pour ces milliards d'individus profondément incultes en dieu ou diable, selon leur bon vouloir.
Le silence recouvrait les cinq extraterrestres immobiles. Dehors, le soleil illuminait les bâtiments et le jardin, mais ils restaient plongés dans leurs pensées, figés et insensibles à la beauté de l'environnement.
— L'un de leur autre problème sans solution, c'est leur diversité linguistique, continua « Trois ». Ils parlent des langues différentes. Chaque nation a sa langue principale et ses langues minoritaires, ce que nous appelons, secondaires. Nos analyses montrent les déséquilibres fondamentaux de l'humanité terrestre. Les différents langages, les religions, les différences raciales, l'écart du niveau de connaissance entre les populations et la division à l'intérieur même de ces groupes entre l'élite créatrice et les masses primitives sont les bases de ce dérèglement.
— Que conseillez-vous alors ? « Quatre » se tourna vers « Un ».
— Rien, répondit « Un ». Pas de contact. Nous continuons la surveillance et gardons la distance avec eux. Quarantaine totale. Nos intercepteurs resteront en place. L'approche est interdite pour les autres entités galactiques aussi. De temps à autre, vous pouvez vous laisser voir, comme depuis toujours à travers les âges, pour analyser leurs réactions. Nous avons le temps. On attend.

*

« Trois » et sa femme, debout sur une corniche de repos sur le flanc de la montagne, dominaient la ville éclatant de mille feux. La métropole étendait vers l'infini ses bras tentaculaires au bord d'un océan faiblement illuminé par le croissant de lune. Derrière eux, des véhicules passaient sur la route à toute vitesse. Par intermittence, les pinceaux de phares illuminaient l'aire d'atterrissage improvisé, mais personne ne remarquait rien. L'air était doux et immobile. Main dans la main, ils gardaient le silence et regardaient la ville.
— C'est beau, disait la femme.
— Oui, c'est beau, répondit l'homme.
— Ils ne peuvent pas nous voir, s'inquiétait-elle ?
— Aucun danger. Tu peux te promener parmi eux si tu veux, sans danger. Ils sont terriblement dangereux pourtant ! Une femme seule la nuit…
— Leur ville est immense et si différente des nôtres !
— Nous étions comme cela il y a si longtemps.
— Alors, ils sont au début de leur existence ?
— Oui.
— C'est à cause de leur jeunesse qu'on ne peut pas faire leur connaissance ?
— Oui, c'est un peu ça et pour beaucoup d'autres mobiles.
— Sont-ils nombreux ?
— Des millions… des milliards peut-être.
— Comme les étoiles. Elle regarda le ciel dégagé avant de remarquer.
— Je ne connais pas ces constellations.
— Beaucoup sont habitées, mais ils ne le savent pas encore. Il leur reste tellement de chemin à faire.
Elle serrait les doigts de son compagnon et admira avec ses yeux immenses le monde inconnu étalé devant ses pieds.
— Vous les garderez en quarantaine ? Nous ne les approcherons pas ?
— Oui, c'est ça.
— Pourquoi l'avais-tu proposé à « Un » ?
Il ne répondit pas immédiatement et laissa errer son regard sur les illuminations lointaines.
— Je ne le dis qu'à toi. Il parlait d'une voix altérée par l'émotion.
— Parce que j'ai peur qu'ils viennent un jour !

*



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