Ce Mondial de foot 98, quelle belle histoire !
de Arn Abo



Selon Gonzague, vingt millions de Français ont regardé la demi-finale France-Croatie à la télévision. Si on tient compte des enfants en bas âge, des gens au travail ou matériellement indisponibles, des vieux sourds et aveugles, des gens pas au courant (!), de l'équipe elle-même et de son entraîneur, cet événement nous a scotché plus d'un Français sur deux devant le petit écran jeudi soir. Fabuleux.
D'accord, les Français c'est normal. Mais les Mongols ? les Patagons ? les Inuits ? eux dont les équipes avaient été éliminées d'entrée de jeu ou même avant. Eh bien, c'est extraordinaire, ils ont fait pareil et presque dans la même proportion. Plus de deux milliards de téléspectateurs dans le monde. Dément.

Ce France-Croatie symbolise parfaitement à mes yeux le 'miracle du foot', à commencer par cet édifiant rapprochement entre les peuples. Voilà la France, un des principaux amis de la Serbie, un vieux complice pour tout dire, face à l'un des pires ennemis de cette même Serbie, la Croatie : aucune hostilité, aucun débordement agressif. Bien au contraire, tous ces garçons qui se déshabillent sans fausse pudeur, à la fin du match, devant deux milliards de voyeurs pour échanger leurs vêtements avec leurs adversaires, quelle leçon d'amitié !

Peut-on qualifier de débordement le témoignage délicat de Laurent Blanc essuyant gentiment avec sa manche la sueur du visage de son vis-à-vis ? La sanction de l'arbitre n'a pas tardé : carton jaune ! " je vous en prie, n'oubliez pas que c'est une compétition, por favor, les câlins c'est pour après dans les vestiaires ".

Je vais vous dire ce qui m'a le plus édifié dans cette rencontre amicale. La connivence géniale entre Thuram et Suker : ils avaient décidé en secret de marquer chacun un but à la même seconde. Du jamais vu ! Vous objectez qu'il aurait fallu deux ballons ? Facile, il y en avait partout autour du terrain. Dommage que Suker ait mal lu la pendule du stade et marqué une minute trop tôt pour la Croatie, obligeant Thuram à cavaler aussitôt vers le but croate pour marquer seulement cinquante secondes plus tard.

Si les deux équipes étaient au courant, tous les athlètes ont joué le coup admirablement. On a tous marché comme un seul homme. L'arbitre et les deux entraîneurs ignoraient-ils le projet ? Ils ont fait comme si. Mais je ne serais pas étonné que ce facétieux entraîneur des Croates, Miroslav Mlasévic, soit à l'origine de l'idée !

Seul couac de la soirée, les trois cent mille spectateurs mal informés, se précipitant vers les Champs Elysées en croyant que la finale avec le Brésil se déroulait le soir même dans les jardins des Tuileries et qu'on distribuait les billets gratuitement aux Guichets du Louvre. Mais ne soyons pas trop sévères dans nos critiques.

A propos de cette finale, on peut aller jusqu'à se poser la question : la connivence entre les équipes ne s'étend-elle pas parfois à l'ensemble des populations des deux nations en présence ? Du moins dans des cas exceptionnels comme celui-là.
J'en veux pour preuve ces sondages révélant que :
« trois Brésiliens sur quatre croient à la victoire de leur pays »
« soixante-quinze pour cent des Français croient à la victoire de leur pays »
Troublante convergence, n'est-ce pas ? Tout le monde s'est donné le mot.

Mais ne mélangeons pas l'accessoire et l'essentiel : pour cette finale France-Brésil, presse et radios sont formelles « nous avons rendez-vous avec notre destin ». Pourvu que le destin soit à l'heure ... et la voilà enfin, cette finale !
Avec une confirmation éclatante de l'entente entre les équipes pour arranger un beau match, un spectacle parfait. Et l'abnégation du Brésil, magnifique de générosité. Jacques Chirac, notre stratège en football, avait planifié trois buts ainsi répartis : France deux, Brésil un. Petit bras, mais victoire quand même. Et voici que, ne voulant pas d'une victoire un peu étriquée pour la France, nos amis Brésiliens nous ont offert le troisième but ! Trois à zéro !

Gonzague sait toujours trouver les mots pour conclure : « Allez les Bleus, vous ferez encore mieux en 2002 ! » C'est fraternel, c'est grand, c'est le foot !


Texte extrait de 'des astres intimes', nouvelles (Google www.arnabo a écrit.fr ) 10 euros franco, chèque à l'ordre de 'l'Aile'
association humanitaire ( www.l'aile.fr ) adressé à l'Aile, Arn Abo, 16bis rue de l'Aigle d'Or, 78100 St Germain

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