La guerre des 6 jours
de Anthony Naglaa



Elle a des trop beaux yeux, quand elle me regarde, j'entends Nina Simone chanter.
Je l'ai rencontrée à une époque ou tout allait mal dans ma vie, mercredi dernier.
Je rentrais du Radio Lounge a pied, un bar de merde, des filles trop bronzées, des mecs trop musclés et moi qui a l'air d'avoir rien mangé depuis la semaine passée.
Des cernes sous les yeux, un t-shirt avec beaucoup trop de couleurs et des gens qui se disent mes amis qui m'offrent des shooters de vodka (les vrais amis ne font pas boire leurs amis quand ils sont déprimés (ou au moins pas plus de 10 verres)).
Une soirée comme les autres, Montréal, on rencontre des gens que l'on connaît que l'on fait semblant de ne pas voir pour ne pas qu'ils nous voient en train de déprimer (on ne sait jamais quand je vais mal, je me mets a pleurer sans raison apparente (les larmes ne coulent pas mais a l'intérieur je sens que je suis en train de m'effondrer).
A un moment, les verres de vodka commençaient a ressembler a de l'acide dans ma bouche et mon ventre commençait a me parler en me disant des trucs sensés du genre : j'ai faim.

Deux heures du matin, je décide de rentrer chez moi et de quitter cette triste excuse pour combler l'ennui que sont les boites de nuit.
J'avais envie dans l'ordre d'une poutine, d'une crème glacée et de pleurer la à l'instant dans la rue pendant que je rentrais chez moi (dans l'ordre je précise).
Je ne savais pas ou trouver le deuxième et étais trop orgueilleux pour faire le troisiéme (la derniére fois que j'ai pleuré devant quelqu'un c'était a la fin de l'épisode de Bouba l'Ourson ou sa mère se fait tuer par un chasseur américain).
Je décide d'aller a la Banquise (un truc sensé avoir de bonnes poutines (dans l'absolu je n'en ai aucune idée mais a deux, trois heures du matin, il y a souvent des jolies un peu alcooliques qui remplissent leurs vides affectifs en mettant dans leurs bouches la moitié des organes génitaux des 3/4 mecs du Plateau).

Pas envie de me prendre la tête en remontant Saint-Laurent et surtout pas envie de passer devant le Korova ou la jeune fille a la robe bleue fête un de ces événements qu'elle aime fêter (à chaque fois une occasion pour utiliser la carte de crédit de ses parents).
Je décide de passer par Prince-Arthur, d'aller jusqu'à Saint-Denis et d'ensuite remonter vers Rachel et c'est la, la devant le Café Campus que je la croise elle.

Elle.

Elle marche sur Prince Arthur, elle est devant moi a cinq mètres a peine, elle parle avec quelqu'un, j'ai le temps de la voir, de l'entre apercevoir, je remarque tout chez elle, elle est splendide, belle, émouvante, gracieuse, époustouflante, admirable, radieuse, triste, heureuse, épanouie, elle veut des enfants avec un moi, un chien aussi, on regardera Michel Drucker le Dimanche, elle est tout, elle est rien, elle me regarde, moi.

Moi.

Je la vois, je ne marche plus, nos regards se croisent, je souris, elle me sourit, je suis ému, elle me voit, elle est avec une fille, une fille a vélo, la fille a vélo se retourne aussi, elle continue a marcher et la fille a vélo a pédaler, elle se parle, se retourne de temps en temps, me regarde, rougissent un peu.
Je suis amoureux, je la veux elle, elle, tout de suite, je veux la sentir, je veux l'approcher, je veux lui parler.

Je lui parle.

Elle s'appelle Reb, la fille a vélo c'est sa grande sœur (je me fous de son nom), je me présente, je ne sais plus ce que je dis, qui je suis, oui, Anthony, bien sur, Anthony, Anthony, ah, vous allez bien, vous allez ou, ah moi, aussi, je passe par la.
Vous voulez boire un dernier verre, un bar à coté carré Saint-louis, oui, pourquoi pas.

Je ne sais pas où je suis.

J'étais au Radio Lounge, tout allait mal et ça s'annonçait encore pire, je décide de partir, je marche sur Prince Arthur et je la croise, elle est la je suis dans un bar a coté du Carré Saint-Louis ou je suis en train de parler avec elle.
Il va bientôt être trois heures, on a peu de temps pour être ensemble, peu de temps pour se parler.

D'habitude, je ne parle pas de moi, j'évite les questions personnelles, mais la on est pas d'habitude, je veux qu'elle sache tout, réellement tout sur moi.
Bon, peut-être pas tout mais je veux qu'elle sache que j'habite a coté, que j'ai de la vodka chez moi et qu'elle peut venir si elle veut.

Elle dit non.

Trois heures arrive, je suis amoureux.

Elle part.

Elle revient et m'embrasse.

C'était le premier jour d'une guerre qui a duré six jours, une sale guerre entre elle et moi.


Anthony Naglaa



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