Qu'un échec du monde
de Anthony Naglaa



Pour lecteurs avertis

J'ai vécu trois ou quatre vies différentes et habitées dans une dizaine de pays avant mes 18 ans.
Je n'ai jamais pu parler en tant que nous, jamais pu me considérer comme membre d'une nation ou d'un clan.
En vérité, j'ai toujours vécu ma vie selon des principes simples, l'indifférence et l'ataraxie.
Des fois pour me justifier, je dis que je suis timide. Malgré ça certains me trouvent snob ou arrogant.
C'est navrant pourtant j'aimerais m'extasier devant le nouvel album de Justice, j'aimerais être allé voir Spiderman 3, j'aimerais avoir lu tous les Amélie Nothomb.
J'ai peut-être besoin de partir, loin de cette race humaine et de ses déceptions, chaque rencontre comme une future ex-amertume, par sa singularité ou trop souvent par son bien commun.
Et si seulement, j'avais envie de baiser, en fait voila ce dont j'aurais besoin de regarder un match de foot ou de Hockey avec mes chums ou mes potes puis de boire une bière, une 8.6 ou une Bleue et de fourrer ma blonde ou même limer ma chienne.
Il y a constamment en moi cette envie d'ailleurs.
Un ailleurs qui se matérialise petit a petit sous les formes de Benjamin Franklin ou de Pascal.
Je ne veux pas ressentir la différenciation a nouveau.
Je ne veux plus faire semblant de sourire. J'aimerais aller mal a défaut de s'ennuyer de n'aller rien.
J'ai voulu écrire, prendre des photos, travailler, étudier, danser, danser, tourner des vidéos, oui, danser, danser pour enfin oublier mais je n'y arrive pas.
On se force l'instant de s'épanouir dans l'amorce d'une longue souffrance faite après une si courte jouissance.
Il n'y a rien d'autre quand tout ennuie.
Curb Your Enthusiasm de Larry David, Serpico avec Pacino, Joan Baez et les premiers Dylan, des histoires de Sith, des Maki et des Horomaki, de la Svenke, des chemises a strides verticales et des ballerines, des autobiographies Boliviennes et des sauvetages Colombien, des chaussures blanches et des V-neck a demi-ouvert, on est le chaperon rouge et on danse au American Apparel.
Mais après tout ça, écrire a quoi cela sert il si ce n'est aller vers l'autre,.
Mais quand l'autre se divise en littéraire, en nouvelle scène locale, en Ambitieux, en tellement bien qu'on est Fashion ne se perd t'on pas a chaque fois a force de trop souvent essayer d'être soi.
Etre soi, oui mais lequel ?
Comment faire quand on sent qu'on n'est aucun a défaut de nier le tout.
Etre un écrivain, un photographe, qui décide ?
Le public ou la masse, le nombre ou le temps de parole, qui juge ?
Roversi n'était rien avant de prendre sa caméra et tout après l'avoir fait ?
Est-ce inné ou cette naissance se produit dans les yeux de l'autre.
S'il n'est pas écrit ce livre, relève t'on quand même du génie pour l'avoir écrit dans sa tête comme un conte infini ?
Comment faire quand on désire toucher les cieux et rêver humblement que tout aille mieux.
Je peux sentir la peur mais je ne veux pas me battre, ni pleurer, je veux mettre fin a la bombe.
On ne sait plus ou au fond, on n'a jamais rien su.
Fellini a tourné tous ses films en s'inspirant uniquement de sa propre vie et l'autre nommé Angot l'a fait d'une certaine façon aussi.
De toute façon, on se fout de tout ceci, on ne se soucie guère car on a constamment les mêmes peurs, celle de la guerre.
Je ne veux pas brûler pendant que vous me regardez, aidez moi a contrôler la bombe.
Dites moi pourquoi écrire.

Anthony Naglaa

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