Nelly
de Anthony Naglaa



Pour lecteurs avertis
Pour la plupart des gens, elle était moche, sans intérêt, une fille comme les autres, une fille comme on en croise à chaque coin de rue.
Mais pour moi, elle était différente, je voyais la beauté dans ses yeux, c'est aussi con que ça, la moitié de son corps était refait et le chirurgien l'avait plutôt ratée mais elle avait su capter mon attention, il y avait quelque chose dans ses yeux qui m'interpellaient.
C'était comme une sorte de tristesse, de mélancolie, elle avait une âme triste et ses yeux le reflétaient.
A cause de ça, j'étais fortement attiré par elle.
Il fallait que je me rapproche d'elle, ce soir la dans un bar de l'avenue Mont-Royal, c'était inévitable, comme une évidence.
Pourtant, je voyais bien qu'elle avait l'air fatiguée, des cernes dans ses beaux yeux, une raie de tristesse au milieu, des rides a coté de son absence de sourire, je devinais en elle une dizaine d'année de souffrance, au moins, de plus que moi.
En d'autres circonstances, j'aurais eu honte de même me retrouvé a coté d'elle mais ce soir la, il fallait que j'aille lui parler, que je trouve un moyen d'être prés d'elle, c'était pour une bonne cause et puis j'aurais eu l'air con si je ne l'avais pas fait, en effet, cela faisait déjà une bonne minute que j'étais planté la devant elle, c'était simple je revenais des toilettes, ma Corona a la main, j'avais croisé son regard cerné et naturellement, comme si c'était écrit quelque part la haut, beaucoup plus haut, j'étais resté la a la regarder, a la fixer même.
J'en étais sur, une partie de moi me manquait et c'est cette inconnue qui la compléterait.
Alors, je me suis avancé, elle était seule, attablée face a une bouteille vide, je me suis assis face a elle, elle me regardait a peine, moi je l'observais et en un instant face a sa mine déconfite, j'ai su que c'était une pute, je ne sais pas comment, ni pourquoi, mais cela se sentait, cette femme début trentaine blonde fanée était une pute.
A mes yeux, ce n'était pas plus grave que ça, d'autres étaient pompiers ou même chercheurs, elle, c'était une pute, rien de grave je l'ai dis, un métier comme un autre, pute.
-Allo.
Au Québec, on dit Allo a la place de bonjour, on dit bonjour pour dire au revoir, ce qui est logique d'ailleurs puisque bonjour souhaite a la personne qui reçoit le bonjour, un bon jour donc dire bonjour a une personne correspond a lui souhaiter une bonne journée et souhaiter une bonne journée a quelqu'un que l'on vient de rencontrer et selon moi indélicat.
-…….
Le plan simple de me lever et de lui dire allo ne fonctionnait pas, elle ne me regardait pas, elle devait sûrement me prendre pour un pauvre petit blaireau, mais quelle idée j'avais eu, je marche dans un bar, je vois une fille et je lui dit allo, pourquoi pas bonjour mademoiselle, comment allez-vous, avez-vous remarqué le beau temps qu'il fait dehors, moins 40, nous sommes chanceux.
Cela aurait eu selon moi le même effet sur elle, qui en en plus de prés était pire que l'idée que je me faisais d'elle, elle était carrément pas terrible, un peu trop maquillée, trop de mascara, trop de fond de teint qui lui donnait l'air de porter un masque orangé et bizarre.
Je n'étais pas du genre timide mais j'avais toujours eu de la difficulté à aborder une fille, ce n'était pas par timidité mais je partais du principe que des milliers d'autres hommes ( et même des femmes ) devaient l'avoir abordée avant moi car même si elle était moche, sa mocheté était modérée et cachée comme même des océans de beauté, océans qui depuis s'était ( il faut le reconnaître ) un peu asséchés.
-Ça va ?
-…….
Bon, c'est décidé, je me lève et je lui fous une baffe, non mais, je viens lui parler de maniére héroïque et elle reste la sans rien me dire, rien a foutre, je me lève et je lui fous une baffe, je……..
-Il y a vraiment personne d'intéressant ici ce soir.
Ça y est, elle m'a parlé.
Elle avait une voix d'enfant.
Une voix triste.
Les femmes tristes sont toujours de grands enfants.
-Non, vraiment personne, d'habitude, il y a beaucoup plus de monde, mais bon…au moins, il y a moi donc, la soirée est comme même réussie.
Tenter une blague a la con cinq minutes après avoir rencontré une fille est toujours délicat, soit tu passes pour un mec hyper sympa, bien dans sa peau et assez a l'aise pour balancer une blague sans se soucier de l'image qu'il va donner de lui même, soit tu passes pour un gros con.
J'avais peur de tomber dans la deuxième catégorie.
-Euh, ouin………elle me la dit en souriant, la preuve que même derrière la noirceur se cache toujours un peu de douceur.
Il faisait chaud ce soir la, une chaleur étouffante, depuis peu, on ne pouvait plus fumer dans les bars, et moi j'en mourrais d'envie, je voulais proposer a ma compagne de sortir, en griller une avec moi mais cela était trop rapide, trop soudain, non, je devais tempérer.
Seulement, malgré moi, un certain malaise s'installait, je sentais qu'il fallait que je dise quelque chose mais rien ne sortait de moi.
Je l'ai regardé, elle avait un haut rouge qui moulait ces deux seins ÉNORMES mais et qui remontait jusqu'au menton, c'était comme un col roulé pour strip-teaseuse, c'était tout se qu'on voyait d'elle, assise sur cette chaise, avec son verre de vodka grenadine posé devant elle, elle avait l'air d'une speakerine pour une mauvaise chaîne de cul, un sorte de Playboy TV pour femmes de plus de 40 ans, une sorte de station télé qui faisait du recyclage pour les anciennes danseuses devenues trop âgées.
-Mon nom est Nelly.
J'étais déboussolé, la chose trop maquillée m'avait sourie et maintenant, elle me répondait.
-Anthony, enchanté, tu viens souvent ici ?
-Euh non……..( plus tard, j'ai appris que oui, elle venait souvent ici et que ce soir la elle avait rendez-vous avec un client qui a décidé a la derniére minute d'aller voir une autre péripatéticienne suite a la hausse inattendue des tarifs horaires de Nelly ).
Bon maintenant, il fallait que je trouve quelque chose d'intelligent a dire, je ne trouvais rien, alors je l'ai regardé avec un sourire plein d'assurance qui voulait dire, je suis bien dans ma peau mais pas trop, le genre a l'aise, sûr de lui mais avec modération et puis il y avait un son de Trentmoller qui passait donc j'ai fait semblant d'écouter la musique et d'être hyper concentré dessus, le plan, je suis quasiment venu m'asseoir face a elle par erreur, comme si c'était la seul place de libre dans tout le bar et que je devais impérativement m'asseoir ( cela peut très bien s'envisager, par exemple en cas de foulure du pied ou si j'avais dansé un peu trop ce soir la, bon d'accord, je ne sais pas danser mais elle ne le sait pas forcément. A moins bien sur que j'ai la tete de quelqu'un qui ne sait pas danser ? a quoi ressemble quelqu'un qui ne sait pas danser ? quelles sont les caractéristiques physiques de quelqu'un qui ne sait pas danser ? tant de questions…..).
-Tu aimes ce morceau on dirait.
-Oh oui, c'est mon préféré.
C'était un mensonge, c'était la première fois que je l'écoutais, la tristesse et la lâcheté des hommes la nuit est sans nom.
-Tu veux quelque chose à boire, un autre vodka-grenadine ?
J'avais été un fin observateur du guide des relations sociales en milieu urbain, de un j'ai remarqué avec agilité qu'elle avait terminé son verre et ensuite, j'ai reconnu a la couleur rubis de son verre qu'elle avait commandée un vodka-grenadine.
J'avais passé le premier test avec élégance et grâce.
-Oui, oui….pourquoi pas.
Et je lui en payais un, puis un autre, puis deux Corona pour moi, un autre verre pour elle, j'ai suivi les leçons guide des relations sociales en milieu urbain et j'ai sorti plaisanteries et anecdotes ( toutes inventées ) les unes après les autres, j'ai fait brûler ma carte de crédit.
Je parlais avec Nelly et j'ai apris qu'elle habitait pas très loin d'ici, qu'elle habitait seule pas très loin d'ici, qu'elle avait un condo ( que je devenais payé par son métier de fille l'air ) pas très loin d'ici et que :
-Si tu veux, tu peux passer prendre un verre chez moi, le bar ferme bientôt.
Dieu existe, j'en ai maintenant la preuve.
Bien sur, j'ai dit oui, on a commandé un dernier verres, j'étais fier de moi en trente minutes de conversation ou je n'avais presque rien dit sur moi, j'avais réussi a rentrer avec une femme d'au moins 40 ans de plus que moi.
Elle s'est levée la première, je remarquais de plus en plus son ENORME protubérance pulmonaire, son cul largement bombé et surtout ses goûts horribles vestimentaires, en bas de son haut rouge, elle avait un tailleur couleur argentin et des talons hauts qui la ramenait a une distance dangereusement plus élevé que la mienne.
Elle avait une attitude et une maniére de se mouvoir aussi trash que classe, c'était dur a discerner mais ce qui m'a surpris le plus c'est qu'un string noir dépassé de son tailleur argenté ultra-chic, c'était une pute, il ne fallait pas l'oublier même si elle ne me l'avait toujours pas explicitement précisée.
En la suivant vers sa Mini-Cooper, j'ai été pris d'une peur abject : et si elle me demandait de payer ?
J'ai décidé de rester ferme quoi qu'il arrive et puis ce n'était pas le moment de reculer, il fallait y aller mon bonhomme, personne ne t'avait demandé d'aller lui parler, de la souler davantage alors ne commence pas a jouer a la vierge effarouché mon bonhomme, PAS QUESTION DE RECULER.
J'ai chassé mes mauvaises pensées en calant un dernier shooter rapide pendant que Nelly était allée se refaire une beauté au toilette. Je me demandais toujours ce que faisait les femmes au toilette, qu'est ce qui les poussaient a toujours y aller en groupe ou de même d'y aller a deux, trois, quatre fois par soirée, pour ne plus y penser, j'ai commandé rapidement au bar un dernier verre de vodka, mais véritablement un dernier.
Quelques instants plus tard, Nelly était revenue face a moi, plus je la voyais et plus je la trouvais belle, a sa maniére, je la trouvais d'une élégance brute, comme une fleur fanée, une rose qui naissait dans un bloc de ciment, je la suivais sans trop me soucier de la suite des événements.
C'est en quittant le bar qu'il s'est produit quelque chose de bizarre, Nelly flottait, elle flottait littéralement dans les airs, je ne rêvais pas, sur toute la distance qui nous séparait de son auto, Nelly volait, comme une sorte d'ange de débauche qui planait au-dessus de la Terre et se retournait pour me jeter des regards remplis d'invitation et de répulsion, des regards qui disait dés qu'on arrive, je veux que tu me baise férocement mais en même temps ne pars pas demain matin a l'aube, reste avec moi et achète moi des croissants.
Elle était belle et elle disait tout ça en un regard.
Le trajet jusqu'à chez elle ne dura que cinq minutes ou bien sur, je ne dis rien et ou mon air de je suis sur de moi mais pas trop devenait de moins en moins crédible.
Nelly habitait dans un immense immeuble réaménagé en condo de la Rue Rachel, c'était design, très élégant, le building ressemblait à un mini Trump Tower de New York avec un petit air de début du siècle dernier et une touche architecturale Parisienne.
Le hall d'entrée était rempli de miroirs, tous d'une propreté impertinente et d'immenses tapis rouges recouvrait le sol, on se croyait au Georges V.
Le luxe de l'endroit était saisissant, tout était neuf, clean et cela de maniére quasi-parfaite, rien ne traînait par terre.
Ensuite, il fallait prendre l'ascenseur qui nous amena directement dans l'appartement de Nelly et la ce que je vis changea définitivement ma vision d'elle.
Il y a avait tout d'abord un grand salon remplis de photos grandeur nature et en noir et blanc de quasiment tous les grands artistes et les grands hommes du siècle dernier, John Lennon, Martin Luther King, Malcom X, Che Guevara, Patrice Lumumba, cela me surprit profondément.
Sous les tableaux, entouré d'une décoration simpliste mais accueillante on voyait un écran plasma géant qui diffusait ce qui semblait être un concert de The Arcade Fire.
Il y avait partout des dizaines de bougies qui dégageait un parfum et une douce lumière qui contrastait parfaitement avec la pixellisation crue des images de la télévision .
Nelly avait réussi a faire se dégager de son salon une sorte de spiritualisme technologique, le lecteur DVD chromé a 700 $ reposait sur une table qui semblait venir d'une brocante ou une vente de garage, l'endroit était parsemé de plein d'autres contrastes de ce genre.
-Entre, fais comme chez moi.
Facile a dire.
-Assis toi, je vais aller me mettre à l'aise.
-Pas de problèmes, c'est vraiment beau chez toi, magnifique, même.
Surtout avoir l'air naturel.
-Ah, merci, tu veux boire quelque chose ?
-Pourquoi pas.
-Bon reste la, je reviens.
Ce qui sembla comme une éternité passa et au retour Nelly revint légèrement dévêtue ( le col roulé pour strip-teaseuse avait disparu et laissa la place a un léger débardeur, il faisait chaud, vraiment chaud ) et avec deux verres de vodka a la main.
-'A ta santé .' dit t-elle .
-A la tienne .
-Ça fait longtemps que tu es la ?
-A Montréal, non, cela fait a peine un mois.
-Et qu'est ce qui t'as amené a quitter Paris ?
Je détestais me faire poser cette question, comment avouez qu'on avait quitté Paris sans vraiment y penser, comme d'autres achètent un nouveau canapé ou certains choisissent leur papier toilette à l'épicerie alors a force, je m'étais inventé une réponse prête à l'emploi.
-Tu vois Paris, c'est loin de l'image carte postale, c'est très élitiste, les gens sont détestables ( c'est faux mais les gens aiment entendre ça ) alors j'avais besoin de changer d'air……..et avant que je n'aie pu terminer ma phrase, Nelly plongea sa langue au goût de pêche et de venin au fond de ma gorge, ses gros seins étaient plaqués contre moi, je sentais sa chair se mêler a ma chair, elle avait une odeur divine.
C'était un de ces moments, un de ces moments ou dans les livres, le temps s'arrête, un de ces moments divins.
Nelly était partout assise par-dessus moi sur le canapé, elle me tenait entre ses cuisses en me dévorant la bouche, comme une fauve assoiffée de moi.
Les choses allaient de plus en plus vite, je répondis à son baiser avec férocité, on se mangeait littéralement la bouche et on se retrouva en quelques instants sur son lit après avoir pratiquement cassé toutes les choses qui se retrouvèrent sur notre chemin.
On débarrassa tout le foutoir qui traînait sur le lit de Nelly et en moins de temps qu'il ne le fallait pour le réaliser, on se retrouva a moitié nu à déchirer tout ce qu'il y a avait sur nous.
Je lui enleva son veston, foutu en l'air son top en l'arrachant sauvagement et lorsqu'elle fut en soutien gorge devant moi ,je pris deux secondes de recul tellement ces seins étaient splendides..
J'étais fou, comme pris d'une rage, je l'ai plaqué le ventre face au lit, j'ai remonté sa jupe pour voir enfin son cul bombé et je l'ai baisé comme ça, sa tete enfoncée dans l'oreiller.
Cette fille que je croyais moche au départ était dans mon lit, ou le sien, je ne sais plus et je la baisais sans retenue comme si je n'allais jamais la revoir, en y mettant toute mon intensité et ma rage, en tentant de la faire crier.
Et ça marchait, je redoublais d'ardeur, j'étais ailleurs, tour a tour, elle me suça, puis je l'ai mangeait, on a baisé, puis rebaisé, déversement d'amour sur elle et sur moi, des positions on veux tu en voila.
Elle sur moi, puis moi sur elle, dans tous les sens, pendant des heures, on se mettait la fièvre, moi qui des fois ne prenait même pas la peine de me déshabiller tellement j'étais convaincu que cela n'allait pas durer, j'étais la sur elle sans arrêt, je voulais profiter d'elle, abuser de son corps, prendre des parcelles d'elle, je voulais la faire jouir même, j'avais cette prétention, comme si elle était un cadeau dont je devais profiter au plus vite, tout était allé vite, si vite, je n'en croyais pas mes yeux, ni le reste, j'étais pressé, tellement, tellement pressé que cette nuit la, je n'ai pas mis pas de condom, tellement pressé que cette nuit la, j'ai du attraper le SIDA deux ou trois fois.
On a du faire ça toute la nuit, il faisait jour quand on a arrêté, a la fin, j'étais comblé et fatigué, elle aussi, tellement qu'elle remit son haut et son string puis me balança un rouleau de PQ a la gueule en me disant qu'elle était crevée et en me suggérant plus ou moins clairement d'y aller.
Sur le coup, cela m'avait peiné, je ne sais pas a quoi, je pensais mais je désirais une éternité mais après ce soir qui s'était transformé en jour, je ne l'avais jamais revue.
Un an plus tard, alors que je venais d'emménager rue Saint-Denis, je vais dans une librairie et je tombe sur la tete de Nelly en couverture d'un livre, le titre : Prostitué.
Dans ce récit palpitant et intimiste, Nelly racontait son passé de prostitué Montréalaise, j'ai feuilleté le livre rapidement, j'ai cherché mais a aucun moment, elle semblait parler de moi, j'ai été vexé alors je ne l'ai pas acheté.
Je repense souvent a la nuit que j'ai passé avec elle et a chaque fois cette scène d'une entrevue d'elle que j'ai vu par la suite me revient me revient : Un journaliste lui demande si elle se sent coupable d'avoir été prostitué et la Nelly répond oui, je me sens mal de l'avoir fait parce que le sexe c'est sensé être gratuit.


Retour au sommaire