Jour pluvieux… un week-end qu’on veut réussir…
D'Alexandre Forthomme

J’ai goûté cette chambre. Ses tons blancs cassés, ses volets à moitié fermés, son mobilier simple, le bruit du vent qui vient s’écraser contre les ardoises du toit et qui essaye de pénétrer par toutes les interstices laissées par une rénovation visiblement un peu bâclée. La porte qui claque à intervalle régulier et dont le bruit horripilant me berce pourtant.

Je m’y suis retrouvée seule. Volontairement. Pour la première fois depuis des semaines. J’ai laissé Thomas se promener avec Florent le long du bras de mer, l’interroger longuement sur le vent, les poissons, les bateaux qui ne pénètrent jamais dans la baie.

J’ai décidé ce matin-là de démissionner quelques instants de mon rôle de mère attentionnée et d’épouse diligente. Pour quelques heures, j’ai essayé. Sans essayer de savoir si il s’agissait du bon moment.

C’est un hôtel de brique peinte en rouge vif avec trois tourelles qui dominent une plage immense le long d’un bras de mer. Il est situé face à un grand promontoire et le bras de mer, progressivement domestiqué par les hommes et les chasseurs et n’est peuplé que d’avocettes et de hérons sauvages.

C’est le genre d’adresse que l’on garde pour les escapades qui réparent les blessures d’une crise conjugale ou pour les week-end réparateur.

Ce sont des week-ends que l’on réserve à l’avance en quittant l’hôtel le dimanche midi.

Ce sont des familles, des couples, jeunes ou vieux, un salon avec 1 vieux piano désaccordé, quelque fauteuils recouvert de lin ou de coton, une bibliothèque de polars et de livres sur les oiseaux, un bar un peu décalé ou l’on sert de la grenadine, du genièvre et du Darjeeling, une grande salle de restaurant qui domine un petit jardin qui tourne le dos à l’église. C’est un village de maisons basses, de vieux français, d’anglais en villégiature et de parisiens perdus à la recherche de l’iode, du grand vent et des plages de la baie de Somme.

Nous nous y retrouvons en moyenne une fois tous les deux mois, seuls ou avec des amis. Jack, un collègue britannique de Thomas devait nous rejoindre ce week-end là avec sa femme très rousse et assez fatigante. Ils ont abandonné le projet, prétextant un obscur dîner reporté et puis maintenu. A la réflexion ce n’est pas plus mal.

Thomas est rentré de la plage et m’a fait levé le camp vers le salon. Il avait manifestement faim et s’il y’a bien une priorité pour lui, c’est la sustentation. Florent se traînait par terre et me testait manifestement. Thomas aussi. J’ai tenté de donner le change mais y suis à peine parvenu.

Nous avons fini par gagner le salon, Florent continuait d’explorer les divers recoins de la maison.

Thomas m’a inquiété. D’abord un peu. Puis progressivement plus. Il m’a rapidement donné l’impression de me tirer la gueule. Je l’ai traité avec beaucoup de compréhension. Son attitude n’était finalement que la résultante de la mienne.

Depuis notre arrivée, ma bouche n’a pas émis d’autres sons que des ronflements qui exaspèrent mon mari. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais j’ai rapidement compris que ce week-end, je me contenterais d’assurer le service minimum.

J’avoue avoir eu une idée derrière la tête. Une idée précise. Une envie en fait. Celle de montrer à Thomas les limites de son attitude. En le singeant. Bien entendu j’ai un peu forcé le trait. Il sait se montrer volubile, attentionné. Mais là cette semaine, il est en lisière de ce que je peux décemment accepté sans me précipiter chez le premier faiseur de divorce. Alors ce week-end, qui lui semblait gagné d’avance, j’ai eu envie de le transformer en chemin de croix.

Qu’il comprenne de quoi la vie de l’autre est faite quand il se contente de balader sa silhouette dans les couloirs de l’appartement. Quand il ère en se donnant des airs d’écrivain minable en fausse crise d’inspiration.

D’ordinaire, malheureusement j’ai envie de dire, il capitule vite face à ce genre de situation. Il ne va pas puiser profondément dans son amour propre de mâle qui se prétend faussement assagi .

Là, il s’est étalé dans un fauteuil vaguement déglingué pour saisir du Libé. Je le revois souvent comme çà. Jouer à l’huître lorsque j’essaie de lui transmettre des messages clairs. Il va même jusqu’à faire semblant de lire pour éviter de m’affronter. Il ne sait vraiment pas donner le change. Quand il tire la gueule, la terre entière peux le deviner. Il s’est d’ailleurs vite endormi….

Bonjour, j’ai 33 ans et je commence la crise de la quarantaine. Et le pire est à venir. Je suis une femme…

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