Fétiche
de Alexandre Didier



Je suis parti en Afrique l'année dernière avec un ami. Plus exactement au sénégal. Là bas j'ai visité un petit village nommé Kédougou. Il se situe à 3 jours de voiture de Dakar. Pour y accéder il faut prendre soit le taxi brousse où bien y aller par ses propres moyens. Nous avions opté pour la seconde option. Ce village m'avait été conseillé par un ami qui l'avait visité et qui avait été marqué par la véracité de ses habitants. Nous étions donc parti en 4x4 équipé d'une carte pour nous repérer. Nous avions traversé des paysages désertiques, dans un premier temps sur des routes, puis le bitume à laisser la place au sentier de terre. Nous dormions à ciel ouvert sur le coffre du 4x4. Un soir nous avions stationné notre voiture en pleine brousse au bord d'un chemin caillouteux. Alors que nous allions nous endormir nous entendîmes des tambours résonner au lointain. Ils s'arrêtaient puis ils recommençaient et quand ils reprenaient ils étaient à chaque fois de plus en plus proche. Nous étions un petit peu terrorisé à l'idée de rencontrer une tribu primitive. Finalement les tam tam cessèrent et nos angoisses par la même occasion. Nous arrivâmes enfin à kédougou. Au premier coup d'oeil on se rendait compte que c'était un village pauvre. Il y avait une parcelle de route en arrivant dans le village puis le reste c'était des chemins de terre avec des trous monstrueux. Même le 4x4 en mode 4 roues motrice avait du mal à travers ces sentiers. En arrivant nous ne passions pas inaperçu, nous étions les seuls blancs et nous avions la seul voiture du village. Les jeunes nous regardaient en passant et poursuivaient la voiture en criant "toubab" qui signifie homme blanc. En discutant avec les habitants ils nous indiquèrent un village encore plus éloigné où l'on pourrai discuter avec des "sages" et acheter quelques babioles issu de l'artisanat local. On pris à nouveau la route cette fois ci à travers des chemins dont la terre était rouge sang. Pour accéder au village il fallait un moment quitter le sentier pour prendre à travers la brousse. Nous arrivâmes dans le village qui était essentiellement composé de case et entouré d'énormes arbres. A notre arrivé une grande partie des villageois s'attroupèrent autour de la jeep. Nous rencontrâmes dans une case un peu à l'écart des autres un vieux sage. Il devait avoir dans les 80 années. Il nous raconta brièvement l'histoire de leur village et nous proposa à vendre de petits souvenirs. Parmi eux un seul retenu mon attention : c'était une tête d'indigène avec les yeux globuleux et avec un anneau au travers des narine. A sa vue j'eu un petit frisson qui traversa mon échine. Le sage me dit qu'il s'agissait du dieu de la folie dans leur religion. Intrigué j'achetais la statuette et nous quittâmes le village.

Un mois plus tard, de retour en France je me trouvais dans la maison de mes parents et je regardais sur mon ordinateur les photos que j'avais prises en Afrique. En les examinant je me rappelais que j'avais acheté une statuette dans le village près de kédougou. Il me vint alors l'envie de l'examiner. Je la sorti de mon sac, à sa vue j'eu le même petit frisson que j'avais eu en la voyant pour la première fois. Je la dévisageais en la massant délicatement avec mon pouce. Au même moment j'entendis la voie de ma mère nous appeler à table moi et mes frères et sœur. Tous réunis dans la cuisine autour d'un bon repas l'ambiance était bonne, ça parlait de tout et de rien. Ma petite sœur s'amusait à chambrer mon petit frère sur sa façon de manger trop vite. Le repas se continuait sur cette note de bonne humeur. Au niveau du plat principal je ressentis un frisson au niveau de l'échine. Je n'y prêtais pas attention et continuait à manger. En pleine conversation avec ma sœur une sorte d'agacement m'envahi. Je ne savais pas si cet énervement venait de ce qu'elle me disait. J'éprouvais maintenant l'envie de la gifler. Malgré cela je restais conscient de l'absurdité de mon ressenti. J'arrivais tant bien que mal à garder le contrôle de moi-même. Mon frère avait remarqué un changement dans mon comportement et me demandais pourquoi j'étais tout rouge. Je ne répondis pas à sa question tentant de calmer ce bouillonnement intérieur. Ca fini par s'apaiser et je pu reprendre le cour du repas plus sereinement. Arrivé au dessert je ressenti de nouveau ce picotement au niveau de l'échine mais cette fois ci de manière plus nette. Deux minutes plus tard je sentais de la haine monter en moi. Elle était maintenant dirigée vers ma mère qui pourtant ne disait rien. J'avais envie de la cogner avec mes poings. Ne pouvant plus me maîtriser et devant l'aberration de mon ressenti je me levais de table sans rien dire et quittait la salle à manger. Dans ma chambre je réussi à me calmer. J'étais extrêmement angoissé n'arrivant pas à comprendre ce qui s'était passé. Je cherchait dans ma tête à trouver une explication rationnelle à la situation. J'allais jusqu'à me demander si ce n'était pas un début de schizophrénie. Machinalement je ressaisissait la statue africaine entre les mains et la tripotait. Il me revint alors en tête le fait que cette figurine était la représentation du dieu de la folie. N'ayant aucune autre explication valable je parti jeter dans la forêt la statuette.

Alexandre Didier

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