Allo, je t'aime
de Alexandre Pontal
Octobre 2000


- Est ce grave docteur ?
- Mais non, Madame Charles, mais non…
Tu parles, mère Charles, à l’âge que tu as et avec toutes les verges que tu as chevauchées, c’est la totale que je vais te faire…
- Attendons les résultats des examens. Ne nous alarmons pas… Merci Madame Charles…
Et crac ! Encore 400 balles dans la poche. Ouf ! C’est la dernière cliente pour aujourd’hui…
- J’ai remarqué que votre charmante assistante était absente ?
- Je lui ai donné une semaine de congé, elle en avait grand besoin…
Si tu savais où elle est ma petite secrétaire ! Elle m’attend chez elle. Je vais lui faire mille choses agréables… En attendant tu bouges ton gros vagin que je puisse en cajoler un tout mignon…
- Bonsoir Madame Charles et bon Noël…
- Et Bonsoir Docteur, bon Noël…
- Surtout ne nous alarmons pas !
Ne t’alarmes donc pas la grosse, je suis le Rouletabille des glandes de Bartholin, le Albert Londres des trompes de Falote. « Docteur Laurent Merle. Interne des hôpitaux de Paris. » Avec plaque de cuivre sur rue, marbre et colonnettes, moquettes très épaisses, secrétaires mignonnes et très dévouées…Tel est mon job, mon gagne-pain, mon labeur, mon boulet dans cette ville de Montauban, citée qui a vu l’utérus de ma mère m’expulser dans l’existence il y a de cela 50 ans. 20 années que j’ausculte, que je me penche sur la chair intime des femmes. Cela devient de la routine, de l’ennui… Je suis marié pour la seconde fois, de mon premier mariage j’ai eu une fille, qui est morte. Ma deuxième épouse est stérile, aussi bien du cœur que du reste… Je suis persuadé qu’il est bien que je n’aie eu de descendance, quelle image de leur père pourraient avoir mes enfants ? Un homme aigri par la vie et qui s’emmerde dans l’existence. Pas la peine de faire des mômes dans de telles conditions ! Beaucoup de gens m’envient, j’ai une somptueuse demeure avec piscine, une jaguar que je change tous les deux ans, une femme charmante, pour les autres, je suis reconnu dans ma profession. Je me suis fait tout seul, de parents prolétaires je me suis hissé au sommet de la société bourgeoise de Montauban. Je sui comme Tapie, un arriviste qui emmerde les imbéciles qui me jalousent. S’ils savaient, ils ne prendraient ma place pour tout l’or du monde… Le soir je suis obligé de me bourrer de Valium pour oublier que le lendemain je dois me lever et reprendre ce destin lamentable. Faire des courbettes à l’une, rassurer l’autre, avorter la fille de la première, cureter la mère de la seconde… Quelle merde ! …
Enfin ouf ! Je quitte mon foutu cabinet et comme chaque soir je crache sur la moquette de l’ascenseur comme si je dégueulais sur ma vie… Ma journée commence enfin, j’ai laissé loin derrière moi la défroque du toubib fouineur de muqueuses, pour celle de l’amant sincère. Pendant deux jours fini les sourires hypocrites, plus de mensonge face aux gros culs embourgeoisés.
Cela fait cinq merveilleuses années que je te connais, que je t’aime ! Lorsque tu m’es apparue pour la première fois, j’avais eu la vision d’un Ming, une porcelaine éclatante de finesse. Tu venais remplacer cette vieille taupe de Melle Masse. Quel contraste ! Je n’ai pas hésité une seule seconde, comment pouvais-je résister à ton sourire, à ta grâce ! Dans trois heures je serai auprès de toi, ma perle chinoise. Deux jours avec toi ma magicienne orientale, deux jours où tu vas m’ensorceler à coup de baguettes. Quarante huit heures avec toi, 2880 minutes avec ma reine de Chine, mon opium. Ton corps est un roseau, ton cul un paysage Zen… Je roule vers toi ma fumée douce…
Plus que dix kilomètres mon amour, dans dix minutes tu t’inclineras devant moi, les mains jointes. Je te prendrai dans mes bras, je te soulèverai et t’emporterai dans notre palais. Je t’aimerai encore plus… Mais es-tu chinoise ? Avec un prénom comme le tien, Jeanne…
Mais Bon Dieu qu’est ce qui ce passe ! Je distingue de moins en moins la route. J’ai beau me frotter les yeux rien n’y fait, c’est même de pire en pire, tout devient noir ! Je ne vois plus le capot de la Jag ! Même plus le tableau de bord. Je vais me casser la gueule ! Mon Dieu, ce n’est pas possible… Aaaah !


Je suis mort. Non ! C’est impossible que je sois mort, je pense donc je suis ! Calme-toi, reste calme ! Bon Dieu ! J’ai beau écarquillé les yeux, que du noir ! Mais que m’arrive t’il ? Je ne ressens aucune douleur, donc aucun traumatisme ! A moins que je sois dans un coma vigile, ou pire, cette saloperie de Locked in syndrom mais non j’aurais ressenti les symptômes de la maladie avant. Alors quoi ? Je vais devenir fou de ne pas savoir ! Toujours le noir le plus complet, aucune sensation, où suis-je, mais Bon Dieu où suis-je ? J’ai du être transporté dans un hôpital ! Voilà c’est ça ! J’ai fait une rupture d’anévrisme et le S.A.M.U. m’a conduit aux urgences. Dans quel état vais-je me réveiller ? Paralysé, dans un fauteuil roulant, grabataire ! Me chiant dessus ! Ne pouvant plus bander ! L’horreur ! Depuis combien de temps suis-je dans cette condition ? Impossible de me rendre compte de la fuite du temps… Si au moins je croyais en Dieu, je pourrais prier, me rattacher à l’idée d’une autre vie dans l’au-delà, mais… Une angoisse insupportable me tenaille l’esprit car, j’ai toute ma lucidité et des images traversent mon cerveau. Celle de ma femme se tenant à mon chevet, me regardant un mouchoir sous le nez. Des confrères la rassurant, une infirmière vérifiant le contenu du goutte à goutte… Jeanne s’inquiétant de mon retard…
Miracle ! Depuis quelques secondes je perçois faiblement des sons… Ils deviennent de plus en plus distinctes, ce sont des bruits de rue, voitures et claquement de pas. Ils ont dû laisser la fenêtre de ma chambre ouverte ! C’est quand même bizarre que je n’entende pas les bruits familiers des hôpitaux. Aucun «bip» des instruments de réanimation, aucun cliquetis des chariots dans le couloir. D’où proviennent ces pas ? Et ces voitures qui semblent frôler mon lit ? Est ce possible dans une chambre de réanimation ? On ne laisse pas une fenêtre ouverte dans un tel lieu ! Je vais devenir fou, je suis fou ! Depuis un instant il me semble apercevoir une lueur diffuse. Ca y est, la vue me revient ! Je commence à distinguer des formes floues…
Je dois avoir des hallucinations. Je distingue en face de moi un carrefour, quatre rues ! Je suis couché sur le trottoir ! Il n’y a aucun doute, je me trouve au bord d’un carrefour ! C’est le soir, les lampadaires diffusent une lumière pisseuse. Mais qu’est ce que je fous là au lieu d’être à l’hôpital ? On a dû me déposer là après mon accident. Où se trouve ma voiture ? Je ne reconnais pas cette partie de la ville, lorsque cette saloperie de cauchemar a débuté je me trouvais dans la campagne, pas en ville ! Le S.A.M.U. va venir, ne panique pas mon vieux. J’entends des pas… Ils se rapprochent… Quelqu’un vient… Je vais appeler, cette personne va bien m’entendre si elle ne me voit pas… Il faut que je crie… Une sonnerie, je perçois une sonnerie ! Un téléphone près de moi. Une femme s’est arrêtée face à moi. C’est Jeanne ! Oh ! Ma Jeanne, vois ma détresse. Et cette sonnerie qui n’arrête pas ! Appeler au secours ! Au secours Jeanne, ne me laisse pas là ! J’allais chez toi mon amour, te rejoindre, un accident et me voilà sur ce trottoir, sauve-moi ma Jeanne ! Elle s’approche de moi. Mais que fait-elle ? Non ce n’est pas possible, non, aahh ! … Elle est entrée en moi ! Elle est dans mon intérieur, je ne sens rien mais elle est là. Par quel phénomène Jeanne a t’elle pénétré en moi ? Je dois halluciner. Hallucinations, paranoïa, troubles corporels, ce doit être le choc de l’accident. Mais y a t’il eut accident ? … Je reconnais le parfum de Jeanne, Amarige. Je subis son poids, je m’embue de son haleine. La sonnerie s’est arrêtée, elle vient de décrocher…
- Allô, Allô ?
- ……
- Allô ? …
Que pourrais-je lui dire ? Elle reste en moi sans bouger. Je peux la regarder sous tous ses angles. Elle a mis son ensemble en cuir blanc, celui que nous avions acheté ensemble. Je peux voir qu’elle porte des «Dim up» blanc avec tout en haut un string… Elle vient de raccrocher, elle me fixe longuement puis sort. Tout en s’éloignant, elle se retourne et me lance…
- Quelle conne cette cabine !


Je n’ai jamais revu Jeanne, que faisait-elle à ce carrefour ? … Voilà bien quelques centaines de milliers d’unités que je suis là, à l’angle du boulevard Jean Jaurès et de l’avenue Charles de Gaulle. Je suis bien, je ne me pose plus aucune question, pourquoi m’en poserais-je ? Pourquoi étais-je là ? Je ne pouvais résoudre cette énigme hautement philosophique. Si un jour Bernard Henri Lévy entre téléphoner, je pourrais toujours lui poser la question… Moi qui avais travaillé dans les chairs molles j’étais maintenant tout de dur composite, quelle ironie ! La seule chose que je savais était que mes circuits appartenaient à «France TELE COM». Je suis une cabine téléphonique du model standard. Régulièrement mes vitres sont brisées, quelquefois de jeunes humains m’arrachent le combiné et me saccagent le boîtier. Des techniciens viennent et remettent tout en place, cela fait mal, mais ne dure pas. Malgré ces petits incidents techniques la vie s’écoule… Il est très intéressant d’écouter la vie des humains, moi qui ne m’occupais que de mon nombril lorsque j’étais homme. Je suis l’appelé et l’appeleur, j’écoute les joies et les peines, l’amour, la haine, les naissances et les morts. La vérité et les mensonges, la compréhension et l’hypocrisie. Les espoirs et les doutes… En moi passent toutes les couleurs, des blancs, des jaunes, des noirs, des moins noirs. Des alcooliques, des drogués, des fumeurs, des tousseurs, des pisseurs, des éjaculateurs, des sans logis, des gratteurs de psoriasis. Je suis régulièrement envahi par les puces, jonché par les serviettes périodiques, des capotes, des épluchures, des vomis… Par mes circuits passent des «je t’aime», des «à la folie» des «pour la vie», des «j’veux mourir pour toi», des «j’peux pas ce soir», des «tu m’fais chier», des «j’me barre»…
De ma vie passée rien ne me manquait. Peut être au début le souvenir de Jeanne me fit regretter mon ancien état et de temps à autre ma Jaguar. Mais avec le temps va tout s’en va, même les plus chouettes souvenirs… Je m’étais fait à ma nouvelle vie, je ne la trouvais pas plus moche qu’une autre, il y avait des hauts et des bas. Parfois j’avais des périodes de profondes déprimes causées sans doute par le manque de communication mais celles-ci ne duraient guère car j’étais devenu de nature optimiste et je trouvais dans mes rapports avec les humains matière à cultiver mon nouveau coté altruiste. Je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour rendre service à mes usagers. Il m’arrivait même parfois de tricher, je coupais la communication lorsque je sentais qu’il y avait un malaise, une gène, une dispute. Une fois j’ai même mis en relation un dealer qui venait de pisser contre une de mes vitres avec le commissariat, ce salopard a bien failli se faire pécho, comme ils disent.
Un jour des humains sont venus et m’ont transporté dans un de leur véhicules. Il y eut des trous noirs dans le fil de ma conscience, je m’aperçus que lorsque je n’étais plus branché sur le réseau, je me trouvais dans une sorte de coma profond. Par intermittences je me trouvais relier à des tas d’appareils. Je ressentis qu’ils m’avaient changé quelques microprocesseurs et surtout, j’avais été nettoyé de fond en comble.
Et puis, je me suis retrouvé en face de la gare de Montauban. Je n’étais plus seul, les techniciens de la communication m’avaient collé à deux autres cabines.
- Salut Le Cabine ! Comment tu t’appelles ?
La cabine de gauche m’avait télé communiqué ! C’était la première fois que l’une de mes semblables communiquait avec moi.
- Bonjour Mesdames…
- Tiens t’es nouveau toi. Eh ! T’écoute Muriel La Cabine, il nous a appelées Mesdames !
- Vous me comprenez ?
- Bien sûr que je te reçois, ça te surprend, vouai ! ça surprend toujours la première fois
- Ca fait longtemps que vous êtes en ca… Que vous êtes…
- Ben quoi ! T’oses pas appeler une puce une puce ! J’m’appelle Nicole La Cabine, à coté tu as Muriel La Cabine. Et toi, c’est comment ?
- Laurent Merle…
- Laurent Merle, elle est bien bonne, sûr que t’es nouveau sur le circuit !
- Et vous, ça fait longtemps que vous êtes Nicole La… Cabine ?
- 15 ans, j’ai débuté à pièces, j’en ai chier pas possible ! Avec les cartes c’est mieux !
- Et vous Muriel…
- Muriel La Cabine ! Le nouveau, elle s’appelle Muriel La Cabine ! Toi c’est Laurent Le Cabine ! Pas vrai Muriel La Cabine ?
- Tout à fait ! On ne peut changer les choses… Elles sont immuables, imprimées, vous êtes Laurent Le Cabine… Moi cela fait dix ans que je suis là, j’ai été la première, je me suis beaucoup ennuyée, puis Nicole La Cabine est venue… Maintenant vous, Laurent Le Cabine…
- Mais qui étiez-vous avant tout cela ?
- Tu nous pompes avec toutes tes questions ! Moi il y a belle lurette que je ne pose plus la question de ce que j’étais avant… Et qu’ai-je été avant ? Pour le moment je suis sur ce putain de circuit, jusqu’à quand ? … Et puis tu vois pas que t’emmerdes l’humaine, elle n’arrive pas à avoir son numéro !
Je ne sais pas pourquoi, mais au fil des jours j’étais attiré par Muriel la Cabine. Autant les ondes électriques de Nicole la Cabine étaient criardes et vulgaires, autant celles de Muriel la Cabine étaient douces avec à la fin de ses phrases des tonalités de suavité…En plus de tout cela, elle était belle… Oui belle, rayonnante, électrique. Lorsque parfois un rayon de soleil traversait ses parois de verre Sécurit et venait trouer les miennes, j’étais dans un état de sublimation amoureuse. Je lui renvoyais la balle certains soirs où mes reflets lumineux venaient lécher son plancher galvanisé… On aurait dit que les humains France Télécom s’en étaient rendus compte car ils me la choyaient, me l’astiquaient. Elle était rutilante d’Inox et de Sécurit. Rigide dans ses formes, la plus belle de tout le réseau…
Je coulais des jours heureux, collé à Muriel la Cabine. Jamais encore je n’avais connu un tel bonheur d’être aimé et d’aimer. Bien-sûr il y avait Nicole la Cabine qui venait s’interférer entre nous deux, mais elle avait compris que rien ne pouvait s’interposer entre l’amour formidable qui commençait à naître entre ma merveilleuse Muriel la Cabine et moi. Elle n’était pas jalouse, elle était aigrie par sa vie, jamais contente, toujours à critiquer les usagers, surtout les amoureux, elle manquait d’amour, une véritable vieille Cabine…
Tout allait pour le mieux sur les réseaux nationaux et internationaux. Jusqu’à ce fameux soir de la période que les humains appellent Noël…
Nous étions tous les trois dans un triste état. Il avait neigé 1000 unités avant, la neige était devenue boue grisâtre. De jeunes humains nous avaient pris pour cible, laissant sur nos vitres les impacts de leurs bombes. Nicole la Cabine était plus que morose et ronchonnait des propos orduriers, Muriel la Cabine et moi étions à notre habitude heureux. Les rues se vidaient de leurs humains, nous allions être, Muriel la Cabine et moi tranquille pour nous aimer… Lorsqu’elle est apparue. Je l’avais vu venir de loin ou plus-tôt je l’avais senti venir. Cette humaine s’est dirigée vers nous, une carte téléphonique à la main. Elle nous a longuement regardés, à hésité, puis en me scrutant de bas en haut, elle m’a choisi, bien que nous soyons libre tous les trois. C’est lorsqu’elle a poussé ma porte que je l’ai reconnue, Jeanne l’humaine !
Mes circuits ont été imprimés d’images d’attentes, de retrouvailles devant cette gare. D’amour fou l’un pour l’autre… Jeanne l’humaine avait changé son image, ses cheveux étaient jaunes et non pas noirs de merle comme avant, voilà pourquoi je ne l’avais pas reconnue de suite…
- Allô je t’aime !
- Bonjour mon amour ! Tu es à la gare ! J’arrive dans un instant…
- Prend ton temps, je t’attends au buffet.
- Tu as des nouvelles ?
- Aucune…
- Mais il n’a pas pu disparaître comme ça !
- J’ai tout fait, tu le sais bien. J’ai contacté toutes les personnes concernées…
- Et ton détective à la noix ?
- Il n’a rien trouvé…
- C’est un imbécile !
- Non mon chéri, c’est le meilleurs. Il a même fait appel à un médium spécialisé dans les disparitions, même lui n’a rien trouvé, que des bruits vagues…
- Des bruits vagues ?
- Oui des sons, plus exactement des sonneries téléphoniques et des conversations qui se superposent entre elles…
- Des conneries !
- L’essentiel est que tu sois là, avec moi. Et puis cela fait un an qu’il a disparu. Un an de liberté. Surtout plus ses mains sur moi, je ne les supportais plus… Des mains qui avaient palpé toutes les femmes de la région…
- Je me demande encore comment tu as pu souffrir un type comme lui. Il n’avait rien pour lui, con et vulgaire…
- C’était mon patron !
- C’est pas une grosse perte ! Allez je te laisse, à tout de suite…
Elle a raccroché, elle est sortie. Elle s’est retournée et a souri à son image reflétée dans une de mes Sécurit. Elle devait se trouver belle, elle était heureuse. Moi aussi j’étais heureux, tout au fond de mes circuits et de mes fils interposés j’étais joyeux de savoir Jeanne l’humaine amoureuse. Ne l’étais-je pas moi amoureux ? Et puis il faut bien l’avouer, elle n’arrivait pas au combiné de Muriel la Cabine ! Ah ! Ma Muriel la Cabine, deux unités que je ne t’ai rien communiqué. Muriel la Cabine me reçois-tu ? Allô ! Allô ! Allô ? Allô ? Allôô ? ? ?


C’est le trou noir, j’ai peur… Ils m’ont débranché… Je suis seul, pourquoi n’es-tu pas là ? Que fais-je dans tout ce noir. Ce noir tout empli de toi mon amour, je sens mon âme se fondre dans la mienne. Tu es double, à moins que ce ne soit mon propre reflet. Mais qui es-tu ? Qui êtes-vous ? Quelle entité êtes-vous ? Derrière ma peur une immense joie m’habite, pourtant une absolue insatisfaction m’intercepte constamment. Je ne peux rester là, même si je vous sens en moi. Le noir me fait mal, ce doute qui s’impose de plus en plus. Une dualité énorme m’envahit, il ne faut pas que je reste dans ce cocon d’amour, il faut que je sorte, que je découvre un autre monde. Mais je suis si bien avec vous, la vie nous emmène, il faut que l’on naisse à nouveau…
Une lueur aveuglante me transperce. Le noir de nouveau me remplit. Une force démesurée me pousse vers cet éclair de vie. Des vibrations sonores accompagnent ces brefs instants de lumière. Le fleuve infini qui me propulsait quelques instants auparavant vient de s’interrompre, comme brisé par une incommensurable digue. Je vois nettement des ombres traverser la lumière, comme des météorites projetés en moi. Le noir qui m’habite se remplit. Je suis occupé par des masses, des formes. Il y en a de plus en plus, elles m’étouffent… Et toujours cette lumière qui apparaît par instants. Mon état de stagnation vient de prendre fin, je me déplace dans le noir. Je suis secoué, malmené, projeté. Une envie de vomir imprègne mon intérieur, il faut que je me vide. Je propulse mon contenu vers la lumière. Je suis bien maintenant, je suis vidé. De nouveau je suis transporté vers un autre ailleurs. Le noir omniprésent est maintenant, je le pressant, mon état. La lumière apparaît, immense, elle me comble. J’aime que cet élément me remplisse, il faut que je sois encombré, je suis là pour être plein. D’un coup la lumière se marie à l’eau, beaucoup d’eau, énormément de liquide, énormément de lumière… La Vie !
- Là ! Voilà, m’man, elle est propre la poubelle !

FIN


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